Le travail des enfants mineurs en Afrique : le cas de la RDC

10 juin

Le travail des enfants mineurs en Afrique : le cas de la RDC

Conférence le 28 août à la cinémathèque de Lausanne

par Dr Fweley Diangitukwa

1. Qui sont-ils ?

Ce sont des enfants mineurs, âgés entre 5 et 14 ans. Ils vivent avec leurs parents ou sont abandonnés par ceux-ci et ne reçoivent aucune assistance et aucun encadrement du gouvernement. L’un de leurs droits les plus fondamentaux est refusé sinon bafoué, celui d’une éducation de base qui leur donnerait les moyens de se construire un avenir meilleur et de se défendre dans la vie. Ces enfants, issus pour la plupart d’une population sans instruction et misérable et qui commencent à travailler dès l’âge de 5 ans, deviennent d’excellents travailleurs à 10 ans alors qu’ils sont toujours considérés comme une main-d’œuvre très bon marché par ceux qui les emploient.

En RD Congo, l’école n’est pas gratuite, les enfants dont les parents n’ont pas de revenu pour payer leurs frais scolaires finissent par abandonner le chemin de l’école. Puis, il ne leur reste plus que le choix d’aller travailler dans les mines. A leur âge, le travail est comme un jeu. Ils prennent plaisir à s’occuper sans mesurer le danger qui les guette.

Aujourd’hui, « plus d’un demi-milliard d’enfants vivent avec moins de 1 euro par jour. Ils sont les plus durement touchés par la misère, dont ils garderont toute leur vie des séquelles psychologiques et physiques. Plus de 100 millions d’enfants ne vont jamais à l’école. Chaque année 11  millions de mineurs de moins de 5 ans meurent, soit 30 000 par jour, ou 1 toutes les trois secondes ».

2. Pourquoi travaillent-ils si tôt et si péniblement ?

La plupart de ces enfants n’ont pas d’autre choix ou ne trouvent pas d’autre issue, dans la mesure où ils ne peuvent pas aller à l’école parce que leurs parents n’ont pas l’argent nécessaire pour payer leur scolarité. Ce sont donc des enfants issus de familles pauvres et misérables, souvent analphabètes. Ils travaillent parce que leurs parents n’ont pas de travail ou ont été licenciés à cause de la demande mondiale pour le cuivre et le cobalt qui a dégringolé. Cette chute a entraîné la fermeture de plusieurs sociétés minières au Katanga. Aujourd’hui, la RD Congo est profondément touchée par le chômage et le sous-emploi. Tout le monde se met à travailler pour combler le manque de revenu, les enfants compris. Ou encore ces derniers travaillent parce que les firmes transnationales qui les emploient préfèrent acheter le travail des enfants qui n’imposent pas de conditions plutôt que d’engager leurs parents qui ont des revendications (salaire minimum, syndicat, etc.).

Ils travaillent pour survivre et parfois pour subvenir aux besoins de leurs parents sans emploi ou trop âgés et ne bénéficiant d’aucune forme d’assurance sociale (assurance vieillesse ou assurance maladie). Pour les entreprises, ces enfants constituent une main-d’œuvre peu onéreuse sinon presque gratuite, car ils ne reçoivent pas de salaire mais juste une prime ou une ration alimentaire pour avoir la force nécessaire de continuer à travailler  le jour suivant.

3. Dans quelles conditions travaillent-ils ?

Les conditions de travail des enfants mineurs sont épouvantables. Ils triment dans des mines dangereuses, se vendent pour la prostitution ou sont forcés à travailler de longues heures comme  domestiques, dans des plantations ou dans des usines, des carrières et des mines. De nombreux enfants passent leur journée à casser les pierres (au véritable sens du terme), entourés de poussière et sous un soleil ardent. C’est la seule vie qu’ils connaissent. Chaque jour, ils réduisent de grosses pierres en gravats utilisés sur les sites de construction. A longueur de journée, des adolescents continuent à fouiller dans les gravats à la recherche de cobalt, un dérivé du cuivre qui peut être plus lucratif que le gravier. Avec ce qu’ils gagnent, ils sont incapables de payer les frais mensuels de l’école et cela devient un cercle vicieux.

Certains travaillent de 5 heures à 18 heures. D’autres ont commencé par accompagner leur mère et/ou leur père dans la carrière pour l’aider, puis sont devenus autonomes pour gagner leur propre vie.

Ils travaillent avec des outils de production rudimentaires et délabrés : un maillet dans la main, une pelle et une pioche, sinon ils portent de gros fardeaux sur leurs épaules entre 35 et 50 kilos, voire plus pour les plus grands.

Les dangers sont nombreux. « Des ‘creuseurs’ clandestins pénètrent dans le polygone minier soutenant la galerie. Ils exploitent dans une telle précipitation qu’ils ne tiennent pas compte des normes d’exploitation. Le fait de toucher maladroitement le polygone minier entraîne souvent l’éboulement de la mine. L’effondrement de galeries est un danger omniprésent qu’ils minimisent. Il arrive quelquefois que des corps sans vie s’entassent sous terre, parfois sans jamais être retirés des décombres. Par exemple, le polygone de la Société minière de Bakwanga (Miba) près de Mbuji-Mayi (appelée « la capitale du diamant » au Kasaï Oriental en République démocratique du Congo) s’étend sur 45.000 km2. Le nombre de ‘creuseurs’ artisanaux dans la province du Kasaï Oriental est estimé à 200.000. Depuis la disparition des mines de diamants de surface, les ‘creuseurs’ sont aujourd’hui obligés d’aller en profondeur, sans outils appropriés, avec une torche, une lampe ou avec des bougies alors qu’ils travaillent dans des conditions très pénibles, dangereuses et incertaines. A cause de ses conditions, il y a des décès des ‘creuseurs’ qui sont rapportés tous les mois, à la suite de d’éboulements ou par noyage ou lors d’une extraction sous-marine (cfr. AFP / 20 août 2009 17h44).

Les conditions d’exploitation sont semblables dans les carrières d’uranium de Shinkolobwe au Katanga. Malgré le fait qu’ils soient exposés aux éboulements et à la radioactivité, les mineurs clandestins opèrent pour le compte de trafiquants étrangers et leurs intermédiaires locaux. Ils vont dans la mine sans bottes ni masque, sans gants ni combinaison de protection, alors que les acheteurs qui viennent sur les sites, qui n’entrent jamais dans les mines, « sont minutieusement protégés par des vêtements et des bottes anti-radiation, car les risques liés à l’uranium sont importants ». La recherche d’uranium est un travail risqué voire mortel mais les mineurs clandestins se moquent éperdument de la mort. Ils disent : « Nous sommes déjà des cadavres et un cadavre n’a pas peur de mourir d’irradiation ». Alors, ils descendent dans des galeries parfois profondes de plus de 200 mètres. « Une fois dans les galeries, les équipes de deux à cinq personnes travaillent à l’aide de pelles et de pioches, simplement éclairées par des torches et des lampes-tempête. Les mineurs creusent dans la boue ou cassent des pierres pour prolonger les galeries et trouver de bons filons. Ensuite, ils chargent des sacs en raphia remplis de 50 à 60 kg de minerai sur leur dos et les remontent à la surface ». C’est dans les mines de Shinkolobwe qu’ont été extraites les 1500 t d’uranium qui ont permis aux Américains de fabriquer les bombes atomiques larguées sur Nagasaki et Hiroshima, au Japon, pendant le Seconde Guerre mondiale. Officiellement fermées en 1960, ces mines sont toujours investies par des mineurs clandestins et à cause des conditions rudimentaires de travail, les « creuseurs » clandestins se tuent chaque mois dans l’anonymat total. L’uranium extrait de ces mines est acheté par les Chinois, les Coréens, les Pakistanais, etc. La situation dans les mines et dans les régions environnantes sont dramatiques : « Les véhicules qui transpirent les minerais uranifères dans des camions ouverts sur 120 km jusqu’à Lubumbashi essaiment de la poussière radioactive alors que de nombreux marchés vendent des denrées alimentaires au bord de la route ». On oublie que la poussière répandue peut altérer la santé des plus jeunes mais aussi celle des adultes.

Dans les mines, les dangers sont très nombreux : graves blessures, amputation d’un membre et handicap à vie, absence de soins médicaux adéquats, mort subite.

4. Que faire pour résoudre le fléau des enfants mineurs ?

1. Pour les Etats qui ne l’ont pas fait, les pays doivent ratifier la Convention sur les pires formes de travail des enfants ; pour ceux qui ont déjà ratifié, ils doivent respecter le programme défini par le Bureau international du travail pour l’élimination du travail des enfants.

2. Rendre l’école obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans révolus. Aider les enfants qui sont déjà sur les carrières à reprendre le chemin de l’école. Apprendre un métier à chaque enfant afin qu’il se défende dans la vie. Bref, il faut faire en sorte que chaque enfant ait accès à une éducation de qualité, avec de réelles perspectives d’emploi sérieux à la fin de la scolarité. C’est le seul moyen de rompre le cycle de la pauvreté qui afflige les familles des enfants mineurs. Mais les Etats pauvres en n’ont-ils la volonté et le moyens ? La réponse à cette question est négative. Si certains ont la volonté, les moyens leur font souvent défaut.

3. Faire connaître aux enfants leurs droits et les faire participer à l’analyse de leur situation et de la réalité qu’ils vivent (en présence des membres de leurs familles). Prouver aux parents et aux employeurs que le travail infantile est un danger. Entretenir une prise de conscience collective. Faire des recommandations et prévoir les moyens pour les faire respecter.

4. Aider les familles où il y a des enfants mineurs à trouver d’autres sources de revenus afin que leurs enfants n’aillent plus travailler dans les mines, en leur donnant les moyens de scolariser leurs rejetons et en brisant le cycle de la pauvreté qui condamne tant d’enfants à casser des pierres et/ou à travailler dans la mine ou encore à devenir des enfants soldats. C’est en assurant de meilleures conditions de vie aux adultes qu’on arrive à supprimer le travail des enfants.

5. Au niveau international, il est nécessaire et urgent de susciter une prise de conscience planétaire du problème (par des émissions à la TV par exemple) afin de mettre définitivement fin à ces pratiques éhontées d’un autre âge. Par ailleurs, il faut chercher à punir les gouvernements qui ne respectent pas les droits des enfants, en l’occurrence le droit à l’éducation. Mais qui va punir ces Etats lorsque les chefs d’Etat ont été mis en place par les grandes puissances et les firmes transnationales qui utilisent les enfants mineurs et qui tirent directement profit de leur travail ? Le problème est en réalité complexe et nécessite une prise de conscience globale et planétaire.

5. Développer des usines de transformation en produits finis afin de créer des emplois décents sur place et donner un travail aux familles démunies afin d’assurer un bien-être collectif.

Conclusion

Pour abolir définitivement le travail des enfants dans les mines, il faut préalablement bien saisir la nature complexe du problème. Donc, sans information correcte sur les dangers encourus, il est difficile d’y faire face efficacement.

Les mines du Congo sont entre les mains des grandes firmes transnationales. C’est un Canadien qui est à la tête de la Gécamines (générale des mines). Les minerais de ce pays sont achetés par les grandes firmes transnationales puisque la RD Congo n’a pas d’usines de transformation utilisant des minerais. « Les compagnies minières nord américaines et anglo-saxonnes (Canada et Grande-Bretagne) font un chiffre d’affaires de $ 300 milliards par an selon SABC/Radio 2000, alors que la RDC doit se contenter d’un budget de $ 4 milliards par an et de moins de 25 % des parts dans chaque contrat minier ou forestier ». Les compagnies étrangères qui exploitent les minerais de la RD Congo et les trafiquants qui achètent ces minerais connaissent parfaitement bien les conditions de travail des mineurs et celles des enfants mineurs mais ne font rien pour changer la situation. Le gouvernement ne fait rien parce qu’il lui manque les moyens pour agir mais aussi parce que le chef de l’Etat est un affidé des grandes firmes transnationales et des grandes puissances, dans ce sens qu’il a été placé à la tête de l’Etat avec leur concours. Il ne peut donc pas aller contre les intérêts de ceux et celles qu’il représente à la tête de l’Etat. Ceci souligne encore la complexité du problème de enfants mineurs. En réalité, l’exploitation des minerais du Congo relève d’un pillage bien organisé au niveau planétaire et les enfants mineurs ne sont que des victimes innocentes.

En tout cas, jusqu’à aujourd’hui, « Nous avons misérablement échoué à protéger les droits essentiels des enfants », a dit Kofi Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies.

Minerais recherchés : coltan, uranium, cobalt (un minerai essentiellement utilisé pour fabriquer des batteries rechargeables et des alliages), cuivre, etc.

Produits agricoles : tabac au Malawi, cacao en Côte d’Ivoire, ananas au Ghana, etc.

Entreprises : Pour la plupart étrangères : Anvil Mining (société australienne) ; Mwana Africa (société sud-africaine qui détient 20 % dans la société minière de Bakwanga (Miba) ; compagnie canadienne Banro qui détient à titre privé de grandes concessions orfières au Sud Kivu et au Maniema ; compagnie britannique First Quantum qui possède la mine cuprifère de Luisha au Katanga.

Sites : mines de Shinkolobwe, mine de Bakwanga (Miba), mine de Dikulushi, site de Kanseveré, mine cuprifère de Luisha au Katanga, mine de Kilo-Moto dans la province Orientale.

Le coltan (colombite-tantalite) est un minerai de couleur noire ou brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite (Fe, Mn) (Nb, Ta)2O6 et la tantalite (Fe, Mn) (Ta, Nb)2O6.

La colombite (ou columbite) et la tantalite sont les principaux minerais de niobium (d’abord appelé colombium) et de tantale, et contiennent des proportions variables de niobium et de tantale.

La colombite a été découverte en Nouvelle-Angleterre (États-Unis)

Le coltan se trouve en quantités commerciales en Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo dont la région du Kivu détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales, ainsi qu’en Australie, au Brésil, au Canada et en Chine.

Le tantale est très prisé pour sa grande résistance à la corrosion. Considéré comme un métal stratégique, il est surtout utilisé en électronique dans la fabrication de condensateurs mais aussi, il sert à former des alliages avec d’autres éléments (Co, Ni) dans l’aéronautique et particulièrement la fabrication des réacteurs. On l’utilise également comme revêtement, dans les échangeurs de chaleur, et dans des alliages pour les outils de coupe ou de tournage.

Importance des besoins en occident

Le coltan se retrouve dans certains composants électroniques, et par là, plus particulièrement dans les téléphones portables. Le secteur de l’électronique monopoliserait ainsi 60 à 80% du marché du tantale[1].

Mais il est utilisé aussi pour des biens électroniques particuliers. En 2000, la Play Station 2 de Sony n’aurait pas été fabriquée en quantités suffisantes à cause d’une pénurie mondiale et d’une hausse des prix du tantale[2].

Le trafic de coltan en Afrique centrale

Les conflits en République démocratique du Congo seraient, du moins en partie, liés à l’exploitation du coltan. Un rapport d’experts présenté en 2001 au Conseil de sécurité de l’ONU dénonce les grandes quantités de ce minerai illégalement extraites du sol de la République démocratique du Congo, et transportées en contrebande par les armées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi qui occupaient la Province orientale et la région des Kivus, à l’est du pays.

L’armée rwandaise aurait ainsi récolté 250 millions de dollars en 18 mois grâce au trafic illégal de ce minerai, dont le Rwanda est dépourvu.

Ces exploitations minières illégales encouragent le maintien d’armées étrangères au Kivu, et mettent en péril l’écosystème forestier de la région.

Les trois États mis en cause par le rapport onusien ont nié leur implication dans le trafic du coltan.

Du fait de la difficulté de contrôler la légalité des opérations minières menées dans la région, plusieurs fabricants électroniques ont décidé de boycotter officiellement le coltan venant d’Afrique centrale, préférant s’approvisionner en Australie[3].

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