L’engagement

28 Juin

L’engagement

30.04.2003

 Que puis-je dire maintenant que je partage avec tous les Compatriotes une très importante réflexion coulée sous forme d’un livre et intitulée tout simplement : Lettre à tous les Congolais. Savoir gouverner et servir la République ?d’impôts ou s’assurer un certain statut au sein de la communauté, bref comme des moyens au service de leurs propres objectifs.Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC (Paris), 2001, la relation du Congolais à la politique est une relation de complaisance et de convenance. Le peuple congolais a compris, sinon il doit comprendre. Beaucoup de Compatriotes s’engagent en politique pour leur propre intérêt et non pour l’intérêt supérieur de la République, autrement ils s’empresseraient de donner des institutions stables à la nation. Ceux-là ont cessé de parler fort dès qu’ils ont trouvé leur place au soleil, d’autres sont allés jusqu’à menacer leurs Compatriotes du dehors en leur promettant publiquement la prison simplement parce qu’ils osent revendiquer clairement et ouvertement l’installation d’un Etat de droit, respectueux de l’homme.

Poursuivre le raisonnement amorcé dans ce livre tout en m’interrogeant sur le sens et le pourquoi de l’engagement ? Très concrètement : pourquoi les Congolais s’engagent-ils ? L’on me répondra pour des raisons politiques, d’autres diront pour des raisons diverses.

Deux publications constituent le soubassement de ma pensée sur cette question, car il est important de bâtir sur du solide là où d’autres bâtissent sur du sable mouvant et lorsque le vent vient, il emporte tout. Tout fond comme un château en Espagne, mais il n’y a pas qu’en Espagne où des châteaux sont construits sur du sable. Chez nous aussi. Mais revenons à l’essentiel, au fil rouge de cet article.

Deux livres constituent le soubassement de ma pensée sur cette question : Le savant et le politique de Max Weber et Les partis politiques de Robert Michels. Max Weber trouve que les hommes cherchent le pouvoir pour plusieurs raisons, mais principalement pour trois : souligner l’intérêt personnel (qui peut être égoïste), partager les valeurs personnelles de progrès (qu’elles soient religieuses, sociales, scientifiques, etc.), obtenir le concours à l’appui de faire triompher l’intérêt général.

A partir des partis politiques et des syndicats qu’il étudia Robert Michels analyse le déplacement des buts c’est-à-dire cette importante forme de distorsion au sein de l’organisation qui survient lorsqu’une organisation déplace son but – en substituant à son but légitime quelque autre but pour lequel elle n’a pas été créée, pour lequel aucune ressource n’a été attribuée et qu’on ignore même. Il explique que la forme la plus bénigne et la plus habituelle de déplacement des buts est le processus par lequel une organisation inverse l’ordre de priorité entre ses buts et ses moyens, de telle sorte qu’elle fait de ses moyens le but et de ses buts un moyen. Le moyen qui est ainsi le plus couramment déplacé, c’est l’organisation elle-même.

Les organisations sont en effet des instruments ; elles ont été créées pour servir un ou plusieurs buts spécifiques. Mais au cours du processus qui les crée, qui leur procure des ressources, se constituent des groupes d’intérêt qui sont plus motivés par la préservation et l’accroissement de l’organisation elle-même que soucieux de l’aider à réaliser son objectif initial. Ces groupes d’intérêt utilisent les buts de l’organisation comme des moyens pour récolter des fonds, obtenir des exemptions.

La lecture de ces deux livres m’amène à m’interroger sur l’engagement de l’homme congolais. S’engage-t-il pour des idées nobles, supérieures ou plutôt pour des intérêts individuels et égoïstes ? La question vaut la peine d’être posée publiquement. Comment expliquer que des Compatriotes qui, hier encore dans l’opposition, critiquaient violemment et véhément les méthodes dictatoriales et tyranniques de Mobutu et Cie qui gouvernaient le pays s ans se référer au droit édicté – ou du moins de ce qui existait encore de ce droit – trouvent normal de se mettre aujourd’hui, sans état d’âme, au service d’un autre pouvoir tout aussi incohérent, qui gouverne la République sans règles acceptées par le peuple et sans souci de donner à cette même République un droit qui définit la fonction de l’Etat dans le long terme ? Une vision de l’avenir, en quelque sorte.

Mon copain d’en face avec qui j’ai parlé du projet de cet article m’a dit : « Il faut avoir la capacité nécessaire pour avoir une vision claire de l’avenir ». Alors qu’ils savent pertinemment bien que la République est instable parce qu’elle n’a jamais eu des institutions stables, ces « nouveaux » Compatriotes-là se complaisent à servir un Etat qui n’ose même pas prononcer les termes de Constitution, d’Etat de droit, de référendum populaire, etc.

En RDC, tout est devenu provisoire et transitoire : l’homme, la nation, la paix, la vie. Les Congolais se sont mis à penser et à rêver à la vie de l’au-delà, à celle du paradis, parce que celle-ci ne les intéresse plus. On gère le quotidien, on négocie le quotidien, on définit le quotidien. Une stratégie de courte vue. Il n’est pas étonnant que l’aventurisme et l’usage de la violence deviennent payants, car c’est le court terme – c’est-à-dire l’immédiat et le pragmatisme – qui compte.

On a cessé de prêter attention aux Compatriotes qui  manifestent et affichent beaucoup de sérieux. Ils sont même jugés dangereux. Je n’ai pas la prétention de dire que tous ceux qui dirigent actuellement le Congo sont des  incompétents, mais ceux-ci sont très nombreux dans des postes de commandement et des postes stratégiques. Il suffit de les écouter à la télévision ou d’amorcer une conversation avec eux sur des questions sérieuses : ils louchent vite, très vite. Quel malheur pour la République et pour nos cousins et cousines qui n’ont jamais appris les exigences du métier politique !

Les décideurs politiques ne parlent plus que de la guerre comme si la guerre empêchait de réfléchir et d’innover, alors même que la guerre n’est rien d’autre que la continuation des relations politiques avec l’appoint d’autres moyens, pour reprendre une pensée du théoricien Clausewitz dans don livre : De la guerre. Des réformistes qu’ils aspiraient être, ces Compatriotes-là sont devenus ou sont en train de devenir des conservateurs, exactement comme Robert Michels l’avait prévu.

Que peuvent-ils encore nous dire publiquement, eux qui critiquaient si fort le régime de Mobutu et qui agissent aujourd’hui exactement comme lui (et parfois pire), en gouvernant la République sans institutions.

Comme je l’ai déjà dit dans ma publication parue aux éditions l’Harmattan :

Pour que la RDC devienne stable, il faut que chaque Congolais trouve d’abord la stabilité en lui-même, dans sa façon de penser, d’agir et d’être, tout en se souciant, à chaque étape de la vie, du Congo éternel, c’est-à-dire de ce Congo qui restera après notre passage sur terre.

Fweley Diangitukwa, politologue et écrivain

 

 

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