La RDC dans l’impasse

28 Juin

 

La RDC dans l’impasse

22/04/2007

Celui qui croit en l’avenir de son pays défend la cause de son peuple et il le protège contre toute agression extérieure.

En Afrique, la « science électorale » se construit et s’explique sur la base du patronage, du néo-patrimonialisme et du clientélisme. Pour gagner, il faut en plus des cadeaux, établir des alliances, nouer des amitiés solides, construire des réseaux, corrompre les représentants des électeurs et les différentes classes sociales (nobles, bourgeois, riches, pauvres, etc.) sans oublier de s’attirer la faveur des chefs spirituels – les prêtres et les pasteurs –; il faut approcher régulièrement les syndicats, les responsables des secteurs privés, les patrons d’entreprises, sans oublier les universités et la classe intellectuelle.

La possession du pouvoir se résume et se réduit à l’art de distribuer les postes politiques les plus importants dans le cercle de ses relations, non en fonction des compétences de chacun, mais plutôt en fonction du degré d’affinité, de soumission et de confiance envers le pourvoyeur des postes politiques. On comprend dès lors l’influence des hommes politiques sur leurs familles et dans leurs contrées.

Puissants personnages et puissants représentants du pouvoir central, riches, courtisés, jouissant du double prestige du titre et de la fortune, investis de l’autorité politique et matérielle, il leur est facile de faire sentir leur influence et d’imposer leur choix sur la population, par des promesses ou par la corruption. Les électeurs sont sous leur dépendance comme les pauvres et les ouvriers qui vivent sous la dépendance des riches et des patrons.

La « science électorale » cherche à expliquer le comportement électoral et le choix électoral, mais elle a également pour objet de réprimer les pratiques frauduleuses et les actes de corruption qui accompagnent les opérations électorales.

 

Elle exige ainsi la désignation des gardiens impartiaux, par lesquels se transmet et s’enrichit la connaissance des scrutins, qui privilégient l’intérêt supérieur de la nation, comme le Parlement de l’Ukraine l’a fait en décembre 2004 au moment où ce pays traversait les fraudes électorales les plus graves de son histoire, en rétablissant la vérité. Mais que faire lorsqu’une république bananière nomme des magistrats partiaux qui ne travaillent que pour les intérêts de celui qui les a nommés ? En d’autres termes, à qui le peuple doit-il s’adresser s’il découvre que les magistrats de la Cour suprême de Justice de leur pays sont immoraux et iniques, qu’ils ne disent pas la justice, qu’ils travaillent pour les intérêts d’une coterie là où ils doivent garantir la volonté générale ? Que doit faire un peuple, lorsqu’il découvre que la justice est inféodée au pouvoir exécutif et au chef de l’État et ne défend pas les intérêts des citoyens ? A qui le peuple doit-il s’adresser ? Doit-il très librement se faire justice tout en sachant qu’il sera écrasé par les chars de l’armée, que personne ne le protégera ni ne le défendra ou doit-il s’adresser à la justice communautaire, c’est-à-dire au Tribunal international de La Haye tout en sachant que même cette instance internationale de justice peut être pervertie et protéger les intérêts des grandes puissances qui financent son existence ? Que doit donc faire un peuple

 

 

 

 

lorsqu’il découvre que les intérêts supérieurs de la nation ne sont protégés ni par la justice nationale et ni par la justice internationale ? Devant une telle réalité, peut-on reprocher à un peuple d’utiliser la rue ou un autre moyen pour se faire justice si les acteurs qui, par principe, doivent garantir et défendre les pratiques démocratiques, se mettent à servir uniquement les intérêts partisans ? Pour éviter les fraudes, le favoritisme et l’impunité, ne faudrait-il pas exiger que les juges, à tous les niveaux, soient élus au suffrage universel sur la base de leur moralité, parce que le système de nomination favorise largement le clientélisme et a déjà montré ses limites ? 

Dans un système de nomination, ne doit-on pas s’attendre à ce que les juges décident toujours en faveur de la personne qui les a nommés ?

Avant sa mort, le cardinal Frédéric Etsou a laissé le message suivant au peuple congolais : « Nous, pasteurs du peuple de Dieu, avons une mission délicate et difficile, celle d’être serviteurs du Logos, serviteurs du Verbe Incarné, serviteurs de la Vérité et non du mensonge. Et cela, avec courage […] Ouvrons les yeux dans les diocèses pour voir la misère de notre peuple, ouvrons nos coeurs devant plus de millions de Congolais tués par une guerre inutile d’occupation. […] Comme tout le monde, nous disposons des informations sur les vrais résultats électoraux […] Ces résultats diffèrent de loin de la mascarade politique que nous venons de vivre le mercredi 15 novembre par la déclaration de la CEI et du verdict de la Cour suprême de Justice du lundi 27 novembre 2006. Nous ne devons pas entrer dans cette grande comédie […] Nous devons fermement condamner la logique dans laquelle la communauté internationale avec la complicité de quelques Congolais nous a enfermés […] Le message que cette communauté internationale nous flanque non seulement est fallacieux, mais également subtil et dangereux et contribue à l’hypothèque de notre pays. […] Dans les eaux troubles, les Congolais qui n’aiment pas le Congo se plaisent dans la corruption et dans un enrichissement scandaleux en dépit de la misère de nos populations. Nous, comme pasteurs, nous sommes avec le peuple et au service de la vérité. On ne peut pas, au nom de la violence et du mensonge, museler la bouche des serviteurs de la Parole qui ont le souci réel des populations congolaises si paupérisées ».

Lorsque l’armée a tiré à l’arme lourde sur 14 Ambassadeurs du CIAT, dont celui de la Belgique, le monde politique occidental est resté indifférent. La Cour suprême de Juste n’a rien dit. Pas une seule protestation. Tout s’est passé comme si le président actuel de la RD Congo a obtenu de ses parrains un permis de tuer. Dans des circonstances analogues, l’armée a tiré sur les paisibles citoyens du Bas-Kongo, membres de la secte corruption lors des élections sénatoriales. La Cour suprême de Justice, inféodée au pouvoir, n’a vu la faute que du côté de ceux qui protestaient. Elle n’a pas condamné ceux qui ont organisé les fraudes. Lors des accrochages entre les milices du président et celles du sénateur Jean-Pierre Bemba, des civils ont été tués mais la Cour suprême de Justice ne s’est pas intéressée à eux et à leurs familles. Dans plusieurs autres circonstances, la Cour suprême n’a pas pratiqué la justice qui est sa mission.

 

 

 

 

 

De nombreux Congolais croupissent dans les prisons et attendent leur procès, mais l’on sait d’ores et déjà le sort qui leur sera réservé et la protection que le pouvoir recevra. Les hommes de main du pouvoir continueront à opérer dans l’ombre sans s’inquiéter outre mesure des conséquences des leurs actes. Dès lors, que doit-on penser de la Cour suprême de Justice en RD Congo ?

Malgré le courage du mea culpa du cardinal Frédéric Etsou, les Congolais n’ont maintenant aucun moyen de changer les résultats électoraux. Alors et encore, cette éternelle question d’ordre juridique : « A qui un peuple doit-il s’adresser lorsqu’il découvre que le pouvoir judiciaire de son pays a cessé d’être juste, qu’il est corrompu et est au service du pouvoir politique ? »

 

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