Archive | août, 2010

A PROPOS DE LA SIGNATURE DE LA CONVENTION DE PARTENARIAT ENTRE LA CHINE ET LA RDC

26 Août

A PROPOS DE LA SIGNATURE DE LA CONVENTION DE PARTENARIAT ENTRE LA CHINE ET LA RDC

Réponse de Fweley Diangitukwa à Monsieur MUSEMA KWELI

Monsieur MUSEMA KWELI,

Je viens de lire votre article et je sens un grand malaise à la fin de cette lecture. Quel est, pour vous, le rôle d’un parlement ? Doit-on penser, suivant votre avis critique, que le salaire de six mille dollars (6’000 $) payé aux députés (TOUS) est vu par le pouvoir comme un moyen d’acheter leur silence et leur adhésion définitive au régime ?

Si oui, dites ouvertement que vous appréciez le régime dictatorial ! Ou, l’opposition parlementaire doit-elle, quel que soit le salaire payé à chaque parlementaire, remplir son rôle, celui de critiquer la mauvaise politique du gouvernement et d’interpeller les ministres et les PDG qui gouvernent et gèrent mal ? A propos du salaire des parlementaires, vous oubliez que c’est avec l’argent du pays qu’ils sont payés et non avec l’argent du pouvoir ou avec celui d’un individu. Il faut dire en plus que le parlement actuel est composé en majeure partie de députés de l’AMP et c’est à eux que le salaire de 6’00 dollars a été principalement destiné pour les empêcher de ne pas se prononcer négativement contre le pouvoir en place. C’est donc accidentellement que les députés de l’opposition reçoivent un tel salaire. Les Congolais ne sont plus naïfs même si le pouvoir continue à le croire.

Monsieur MUSEMA KWELI,

Votre approche du pouvoir est très despotique et tyrannique. En êtes-vous conscient ? Avez-vous lu attentivement le contrat signé, non avec la Chine en tant qu’Etat, mais uniquement avec les entreprises chinoises ? Avez-vous procédé par une analyse du discours en lisant ce texte ou vous n’êtes intéressé qu’à l’adhésion aveugle de tous les députés à la politique économique du pouvoir ? Si vous avez lu ce contrat, avez-vous décelé les stratégies y cachées, avez-vous découvert l’objectif poursuivi par le pouvoir à travers ce contrat ? Je vous le dis. Le contrat avec les entreprises chinoises s’inscrit dans une fuite en avant. C’est le moyen « idéal » trouvé par le pouvoir actuel pour préparer l’échéance de 2011. Mais est-il raisonnable de promettre le développement du pays avec l’argent des autres, avec l’argent que l’on n’a pas encore ? Le président Joseph Kabange Kabila l’a fait pendant sa compagne électorale de 2006. Cela s’appelle « démagogie ».

Que se passera-t-il si, pour une raison ou pour une autre, les Chinois viennent à changer d’avis (simple hypothèse) ? Avec quel argent Joseph Kabange Kabila va-t-il réaliser ses cinq chantiers qui, du reste, ne profiteront pas aux Congolais ? Souvenons-nous de cinq chantiers de Joseph-Désiré Mobutu, à savoir : la sidérurgie de Maluku, le CCIZ, la Voix du Zaïre, le domaine agropastoral de N’Seke, la route asphaltée Kinshasa-Kikwuit aujourd’hui complètement détruite. Que reste-t-il de ces cinq chantiers de Mobutu ? Pourtant le Congo-Zaïre avait payé et il s’est inutilement endetté. Sans aucun doute, l’histoire se répétera avec les cinq chantiers de Kabila, parce qu’ils ont été réfléchis dans une perspective électorale sinon électoraliste de 2011. Ne l’oublions pas.

Disons-le ouvertement. Les cinq chantiers de Joseph Kabange Kabila sont très loin de développer la RDC parce que l’essentiel n’y est pas repris, à savoir la formation et l’agriculture. Ces cinq chantiers s’inscrivent dans la logique de la politique coloniale du développement du Congo. Le savez-vous ? Tout est entrepris uniquement dans le sens d’évacuer les richesses du Congo vers l’étranger (avant vers Anvers en Belgique et demain vers la Chine, via la Tanzanie). Ces cinq chantiers ne rapprochent ni le peuple ni les provinces et ils n’incitent pas les Congolais à prendre librement des initiatives. L’argent de ces cinq chantiers ne sera pas placé au Congo et il ne circulera pas dans le pays pour contribuer à l’économie nationale. Les cinq chantiers vont plonger le Congo dans un nouvel endettement colossal. Après quelques réalisations, le pouvoir actuel fera croire au peuple congolais, qu’il juge naïf et sans mémoire, que Joseph Kabange Kabila est populaire (se référer au populisme). Il (le pouvoir) va ainsi se mettre à préparer la prochaine élection frauduleuse de Kabila en 2011 en s’appuyant sur lesdits cinq chantiers, sans parler de l’endettement que ces travaux auront entre-temps entraîné.

Si vous suivez avec intérêt le parcours de tous les pays sous développés ou en voie de développement qui ont réussi leur transition vers le développement (Chine, Corée du Sud, Singapour, Inde, etc.), vous vous rendrez vite compte que ces pays ont d’abord résolu la question de la faim et ils ont mis un accent particulier sur la formation primaire, secondaire, supérieure et universitaire. En RDC, on bâcle l’enseignement primaire qui est pourtant la base de toute connaissance, la base du développement d’une nation. Le pouvoir de Kabila – comme celui de Mobutu auparavant – paie très mal les enseignants. Quel est la place que les cinq chantiers de Kabila accorde à ces deux secteurs particuliers (enseignement et agriculture) ? Zéro.

Si vous voulez maintenant que les opposants disent à ceux qui gouvernent la République ce qu’ils doivent faire, que ceux-ci démissionnent pour laisser la place à ceux-là. Acceptez dès lors le discours sur l’incompétence de ceux qui gouvernent la RDC.

Monsieur MUSEMA KWELI,

L’histoire montre qu’aucun pays ne s’est développé avec l’argent des autres. Même pas l’Espagne et le Portugal au moment où ces deux pays avaient des colonies en Amérique latine et en Afrique parce que ces pays utilisaient l’argent des autres (Angleterre). Nous avons des idées précises sur l’avenir de notre pays, car nous y réfléchissons depuis des décennies. A partir de ces quelques réflexions, relisez le contrat signé avec les entreprises chinoises, comparez-le avec les cinq chantiers de Kabila. Vous vous rendrez vite compte qu’il nous faut une autre approche, une autre politique économique, d’autres Congolais qui réfléchissent différemment, qui maîtrisent les enjeux géopolitiques et non ceux qui invitent les parlementaires au silence sous prétextent qu’ils reçoivent un salaire de six mille dollars. Je répète qu’ils sont payés avec l’argent du pays. Y avez-vous pensé ? Je comprends qu’il est absurde de payer 6’000 dollars à un député et moins de 100 dollars à un enseignant du primaire alors que les deux vont au même marché et vivent dans le même pays mais il s’agit d’un autre débat qui ne transparaît pas dans votre article. Toutefois, il faut souligner que la différence entre les deux salaires est de 5’900 $. Ce n’est pas normal, c’est même très criminel.

La complaisance et le manque de rigueur dans notre manière d’analyser les faits politiques ainsi que notre approche de la manière de gouverner un Etat tuent notre pays et compromettent notre avenir. Sans avoir l’intention de vous faire une leçon, je dis simplement et à haute voix : Réfléchissons à l’avenir de notre nation, mais réfléchissons bien pour éviter des erreurs.

Dr Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

Mardi 20 mai 2008

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