Immigrés : les sociétés occidentales produisent la non-intégration des étrangers

19 Nov

Immigrés : les sociétés occidentales produisent la non-intégration des étrangers

Par Fweley Diangitukwa

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La Suisse, comparativement aux autres pays d’Europe, est une exception. Ce pays est composé d’Européens venus de différents pays. Il est difficile de trouver un Suisse de souche, pur-sang. Les vieux Suisses viennent de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Autriche, etc. Les plus jeunes sont les fils d’immigrés italiens, espagnols, français, belges, portugais, kossovars, etc. Si les plus anciens occupent des postes politiques au niveau communal et cantonal, ils se faufilent petit à petit au niveau fédéral, en particulier dans l’administration. Ils sont nombreux dans les universités et les entreprises à occuper des postes importants. Les immigrés les plus récents, surtout ceux qui ont une différence de peau – comme les Africains – ont beaucoup de peine à émerger à cause des données sociologiques négatives : la charge culturelle ou le poids culturel. Les Noirs sont en Suisse depuis les années 1980 seulement. La colonisation, la pigmentation, la formation acquise à l’étranger, etc. tout cela ne nous aide pas à avancer. La racisme est une réalité quotidienne.

Dans la mentalité occidentale, les immigrés du Sud sont un fardeau pour les Etats. Certains Européens ont peur que la race noire sinon les étrangers venus de loin supplante la race blanche. Il y a plusieurs mythes en Occident autour des immigrés : on croit que l’Europe est envahie par les immigrés, on croit que les immigrés viennent dans le Nord pour fuir la faim dans leur pays d’origine, on croit qu’il faut freiner l’immigration en limitant le nombre ou en recourant à la politique d’aide au développement, on croit que l’immigration provoque une fuite des cerveaux, on croit que les immigrés ne participent pas suffisamment dans le développement du pays d’accueil parce qu’ils envoient des fonds dans leur pays d’origine. On croit également que le fait que les immigrés restent attachés à leur pays d’origine est un indicateur du défaut d’intégration sociale et économique dans le pays hôte. Le dernier mythe souhaite que les Etats soient capables de gérer, contrôler et stopper les migrations.

J’ai démontré dans mon livre[1] que tous ces mythes sont faux.. Et ces sont ces mythes qui expliquent à mon avis pour quelle raison à compétences égales, les immigrés n’ont pas les mêmes chances que les nationaux. Les relations (réseaux et clientélisme) entretenues entre les nationaux (frère, sœur, cousins, amis de famille, oncle, tante, etc.) facilitent plus les nationaux que les étrangers qui doivent souvent bricoler leur réseau dans le pays d’accueil.

Un Suisse, Jean-Pierre Tabin, a défendu la thèse suivante : « Les paradoxes de l’intégration pourront ainsi être mis en lumière : pour pouvoir s’intégrer elle-même, la société nationale (pays d’accueil) a besoin de produire la non intégration des étrangers. Autrement dit : l’intégration de la société nationale est facilitée par la non-intégration des étrangers à cette société. Vu sous cet aspect, c’est la société d’accueil qui organise la non-intégration des étrangers parce que les nationaux refusent de voir les étrangers comme des personnes bénéficiant de mêmes droits[2] (voir dans mon livre). Ces raisons sont aussi valables pour la France où il y a, à mon avis, plus de discrimination vis-à-vis des étrangers à cause de son passé colonial. Je pense que la Belgique ressemble à la France. La division entre les Flamands et les Wallons n’aide pas les étrangers à émerger. Les Belges de souche se protègent là où les Français respectent le centralisme étatique, c’est-à-dire l’esprit jacobin. Puis, il y a cette peur atavique de l’étranger. L’homme blanc accepte difficilement d’être commandé par un étranger parce qu’il se croit toujours supérieur. C’est le poids de l’histoire. Devons-nous penser qu’il s’agit d’une question de durée et de mentalité ?

En tout cas, les sociétés nordiques sont plus ouvertes que les pays de l’Europe centrale.

La question de l’émigration a plusieurs réponses

La question de l’émigration a plusieurs réponses car la réalité change d’un pays à l’autre et d’une époque à l’autre. Il y a des pays où les migrants sont valorisés et d’autres où il règne une méfiance totale à leur égard. Puis, cela change d’une époque à l’autre. En Afrique par exemple, les Marocains et les Maliens, suivis des Sénégalais accordent une grande importance à leurs migrants car ceux-ci apportent un plus à leur quotidien. Il fut un temps où les migrants étaient recherchés en Afrique du Sud. Les premiers sud-Africains qui étaient rentrés après l’apartheid trouvaient des postes importants. Ce la n’est plus le cas aujourd’hui.

 

Quant à la promotion des étrangers dans des postes politiques, la méfiance des décideurs politiques s’explique par plusieurs raisons : la promotion dans le pays d’accueil fait généralement suite à l’appartenance à un réseau (les anciennes relations comptent beaucoup dans les nominations) et ensuite ceux qui ont toujours vécu dans le pays pensent qu’ils ont souffert plus par rapport aux étrangers ou ils pensent que les nationaux ont plus de droits que les étrangers ou encore plus que les leurs qui reviennent de l’étranger qu’ils soupçonnent parfois travailler pour des puissances étrangères ou pour les intérêts des pays où ils ont vécu avant leur retour. En Chine et en Inde par exemple, les Chinois revenus de l’étranger éprouvent beaucoup de peine à trouver un poste politique. En revanche, ils sont appréciés dans les centres de recherche, universités, laboratoires, firmes et autres. La cohésion au sein de partis politiques luttant à l’intérieur explique en grande partie la difficulté qu’éprouvent ceux qui rentrent et qui tombent comme un cheveu dans (la soupe) des structures où les anciens membres ont pris l’habitude de se fréquenter régulièrement et de partager un certain nombre de secrets.

 

C’est un état d’esprit qui change avec l’information que l’on donne aux citoyens. Tout dépend également de celui qui dirige. Au début du règne de Mobutu et de Laurent-Désiré Kabila, les Congolais revenant de l’étranger étaient valorisés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il appartient aux étrangers de changer cet état de chose par l’information, par la construction de leurs propres réseaux et par l’exécution d’un travail exemplaire dans le poste occupé.

 

Il n’y a pas que du côté négatif dans la fuite des cerveaux, il y a aussi du positif et la fuite des cerveaux ne concerne pas que l’Afrique. Les Européens hautement qualifiés vont aux Etats-Unis et au Canada pendant que les Africains viennent en Europe. Il y a des pays qui savent tirer profit de cette fuite, c’est notamment le cas des pays comme les Etats-Unis, le Canada, la Chine, l’Inde, Singapour, l’Espagne, etc. En matière d’immigration, les pays africains n’ont pas de stratégies et de bons stratèges.

 

La Grande-Bretagne recrute des infirmières en Afrique du Sud et ce pays forme son personnel soignant sur la base du programme britannique afin de résoudre le problème d’équivalence. Mais tous les infirmiers formés en Afrique du Sud ne sont pas recrutés par la Grande-Bretagne qui recrute aussi au Botswana sur les mêmes conditions. Des jeunes gens suivent la même formation avec l’espoir d’être recrutés par des agences afin d’aller travailler en Grande-Bretagne mais tous ne sont pas envoyés dans ce pays. Du coup, l’enseignement dans ces deux pays et le niveau du personnel médical local se sont améliorés. La Chine et l’Inde recrutent leurs migrants hautement qualifiés pour enseigner et travailler dans des pôles d’excellence pendant leurs vacances et/ou leur année sabbatique. Ces deux pays incitent leurs migrants les plus doués à rentrer travailler chez eux afin de faire bénéficier au pays d’origine l’expertise acquise à l’étranger. Que font la RD Congo et les pays africains ? Nous avons souvent des gouvernements irresponsables en matières de politiques publiques.

 

Il nous faut de bons stratèges et de bonnes stratégies pour amorcer le développement de nos pays et freiner ainsi l’exode des personnes hautement qualifiées. Impossible de faire autrement.

[1] Migrations internationales, codéveloppement et coopréation décentralisée, Paris, L’Harmattan, 2007, pp. 196-201.

[2] Ibid., pp. 235-237.

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