L’ORIGINE DES CONFLITS AU RWANDA ET DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS (KIVU)

11 Déc

Veuillez d’abord écouter :

http://congojustice.org/le-conflit-au-congo-la-verite-devoilee/

LES CONFLITS DANS LA RÉGION DE KIVU

Conférence donnée par

Dr Fweley Diangitukwa

Université de Genève

www.fweley.wordpress.com

 

Il est impossible d’évoquer les conflits dans la région des Grands Lacs sans rappeler au préalable l’origine des conflits dans cette partie du continent africain et plus particulièrement l’instabilité de la vie politique au Rwanda. C’est à cet exercice rapide que je me donne dans les pages qui suivent.

 La découverte des Grands Lacs par les Occidentaux

La découverte des Grands Lacs par les Occidentaux est de date récente. Ces pays étaient déjà connus par les Arabes. C’est vers 1872 que quelques postes missionnaires furent fondés mais ils furent vite abandonnés devant l’hostilité des esclavagistes arabes entre 1879 et 1881. L’intérieur de Ruanda-Urundi n’avait jamais vu un Européen avant le voyage de l’Allemand Baumann, en 1892. C’est en 1894 que le lac Kivu fut découvert par Goetzen. Le Ruanda-Urundi faisait partie, avant la Première Guerre mondiale, de l’Est Africain Allemand. Lorsque l’Eglise catholique obtint du roi l’autorisation de fonder les premières missions, ce sont exclusivement des Tutsi qu’elle forma, en excluant les Hutu de la formation scolaire. Aux Hutu, les pères catholiques belges prêchaient la résignation et la patience. Les Tua étaient simplement ignorés.

 La colonisation arabe et occidentale des pays des Grands Lacs

L’histoire du Rwanda est pleine de convulsions. En 1913, après la mort du vieux monarque, les chefs hutu, s’estimant toujours lésés, se révoltent. Le nouveau roi tutsi fait appel aux troupes allemandes pour exterminer les « rebelles » et ravager leurs principautés. Les colons allemands s’attachent ainsi aux Tutsi pour diriger les pays.

Pour comprendre les conflits interethniques au Kivu, il faut rappeler l’histoire politique de la région des Grands Lacs. Cette région dont fait partie le Kivu a subi successivement l’influence des Arabes, des Allemands et des Belges.

Après le départ des Allemands, à la fin de la Première Guerre mondiale, les colons belges qui prennent la relève, sous forme de mandat, s’appuient de nouveau sur les Tutsi pour gouverner le pays.

Après la création de l’Association Internationale Africaine, cinq expéditions belges furent envoyées dans la région des Grands Lacs.

Par son climat et son altitude, la région de Kivu attira une foule d’Européens qui s’y installèrent et y demeurèrent comme colons. Ils attirèrent beaucoup d’autres, de sorte que, sous la colonisation belge, le Kivu se transforma de jour en jour. Les nouveaux venus étaient pressés de faire fortune en plantant du café, en spéculant sur les terrains, en découvrant de l’or ou du platine, en obtenant une concession. En peu de temps, il y eut un afflux de demandes de concessions agricoles et un afflux de populations. Très vite, le Kivu devint une région surpeuplée. Avec une étendue du cinquième seulement du Congo, sa population fut égale à la moitié de celle de la grande colonie, c’est-à-dire le Congo belge. Le gouvernement belge créa un Comité National du Kivu afin de proposer des solutions et un Décret fut arrêté le 13 janvier 1928.

Longtemps partagé entre l’influence arabe et l’occupation allemande, le Ruanda-Urundi passa sous le protectorat belge à la fin de la Première Guerre mondiale. C’est donc au Ruanda-Urundi que la Belgique trouva la main-d’oeuvre pour exploiter les richesses agricoles et minérales du Kivu et pour exploiter les mines du Katanga. Si les Congolais étaient occupés dans l’exploitation du caoutchouc, c’est au Ruanda-Urundi que la Belgique recrutait la main-d’œuvre pour travailler dans le Kivu. Ce détail est important car il est en partie à l’origine des conflits actuels. Donc, à cette époque, le Ruanda-Urundi, ainsi que la région du Kivu, étaient un réservoir abondant de population alors que le Katanga était vide.

Le brassage des populations dans le Kivu

A partir des années 1920, il y avait un brassage total des populations dans la région des Grands Lacs. A partir de la loi du 25 août 1925, le Rwanda et le Burundi étaient unis au Congo belge dont ils formaient un Vice-Gouvernement Général. En 1937 , il fut signé un accord entre les autorités administratives du Kivu, les autorités du Rwanda et le Comité national du Kivu pour créer la MIB (Mission d’immigration des Banyarwanda) qui avait comme objectif, d’une part, d’organiser les migrations des populations du Rwanda et, d’autre part, de créer une circonscription rwandaise dans les secteurs dépeuplés de la zone de Masisi.

Après la Seconde Guerre mondiale, le bloc communiste invite le roi Mutara III Rudahigura et ses dignitaires tutsi à se débarrasser du régime colonial belge. Les Tutsi acceptent la proposition de la propagande marxiste afin de devenir maîtres du pays.

En 1956, le mwami Mutara (tutsi) réclame l’indépendance. Cette attitude des Tutsi déplaît à la fois au gouvernement belge et à l’église catholique qui forme l’élite moyenne tutsi composée de prêtres. Puisque les Tutsi ont accepté d’adhérer à l’idéologie marxiste dans intention de libérer leur pays du jour colonial, la Belgique décide alors de changer de partenaires, elle décide de s’appuyer sur les Hutu qui réclament le respect du nombre qu’ils représentent.

En 1959, après la mort du mwami Mutara, les missionnaires soutiennent ouvertement le nouveau Parti du Mouvement pour l’Emancipation hutu (Parmehutu) dirigé par Grégoire Kayibanda. LesTutsi et les Hutu se massacrent. Le 1er juillet 1962, le Rwanda obtient son indépendance. Cela met fin à la royauté et le dernier roi Kigeri V s’enfuit à l’étranger. Une partie de Tutsi se réfugient en Ouganda et dans le Kivu où, avec le temps, elle est adoptée sous forme des permis d’établissement de longs séjours. Sous le régime du président Mobutu, la politique de la nationalité accéléré est appliquée en faveur des Tutsi présents sur le sol zaïrois.

L’origine des conflits actuels

A partir de 1963 et 1964, les réfugiés tutsi installés en Ouganda et au Burundi tentent plusieurs raids. Ils parviennent en 1994 à renverser le gouvernement hutu après l’assassinat du président Habyarimana. Les populations hutu se réfugient dans le Kivu avec l’aide de la communauté internationale. Installés à proximités du Rwanda, Paul Kagame s’emploie à détruire leurs camps de fortune et à les pourchasser à travers le territoire de la République démocratique du Congo. Nombreux seront massacrés dans cette chasse à l’homme.

Les causes des conflits actuels

Le partage de l’Afrique en colonies n’avait pas tenu compte des anciennes divisions politiques et de la répartition ethnique dans chaque région. Seuls les intérêts économiques prévalaient. Les différentes influences étrangères qui se sont succédé, passant par des Arabes, des Allemands et des Belges, ont laissé la région des grands Lacs dans une inorganisation administrative quasi-totale.

Au-delà de la question du brassage des populations dans le Kivu, il y a le problème foncier. Le Kivu est une région agricole qui est un grenier pour le Rwanda. Les terres du Kivu sont convoitées par les dirigeants du Rwanda. Les vaches du Rwanda viennent paître dans le Kivu.

A partir de l’indépendance, le Rwanda était sous l’influence des pays occidentaux francophones. D’abord la Belgique. Mais avec la perte de l’influence belge au Rwanda, la France augmenta la sienne. Pour conquérir le Rwanda, les réfugiés tutsi installés en Ouganda firent appel à l’aide américano-britannique. A partir de 1994, la France fut accusée d’avoir participé dans le génocide et Paul Kagame a redéfini la politique extérieure du Rwanda en s’appuyant sur le soutien des Anglo-Saxons. Il y a donc en filigrane un conflit entre la francophonie et l’anglophonie dans la région des Grands Lacs. La francophonie est menacée par des réfugiés tutsi devenus anglophones. Après le retrait soviétique en Afrique, les Américains souhaitent augmenter leur zone d’influence en Afrique. Après avoir échoué en Somalie, le Rwanda était une aubaine pour les Etats-Unis qui sont soutenus par les Britanniques et les Canadiens. La lutte d’influence à la périphérie n’est plus maintenant entre Américain et Russes (Ouest-Est) mais entre Libéraux de l’Ouest. Donc, au conflit politique se superpose un vieux conflit interethnique datant de l’époque coloniale. En réalité, le conflit interethnique est un prétexte pour atteindre un autre but : le pillage des ressources naturelles et la lutte contre les Hutu présents dans la région.

 

Un conflit à plusieurs dimensions

Un conflit politique

Kigali cherche à résoudre une énigme : empêcher les militaires hutu qui se constituent en une force armée prête à reconquérir le pouvoir au Rwanda. Ceux-ci se battent pour récupérer le pouvoir à Kigali. Ils s’appuient pour cela sur le nombre et le principe de démocratie directe et ils doivent pour cela être à l’entrée de Kigali. Le conflit actuel est né à partir de cette nouvelle donne et il a été polarisé avec l’augmentation des réfugiés rwandais à l’est du Zaïre (devenu la RDC). Le conflit entre ethnies du Rwanda s’est transposé avec plus de violence sur le territoire congolais à cause de la présence de mêmes groupes ethniques qui s’opposent dans le Kivu.

Pour changer la politique au Zaïre, Laurent-Désiré Kabila s’est appuyé sur des soldats rwandais lui prêtés par Paul Kagame. Celui-ci poursuivait deux buts : pourchasser les réfugiés hutu installés à proximité du Rwanda et contrôler directement le pouvoir de Kinshasa à travers les hommes qu’il a placés autour de Laurent-Désiré Kabila.

Un conflit économique

A cause de ses richesses, en particulier l’or, le cassitérite et maintenant le coltan, le Kivu a toujours été une région convoitée par les grandes puissances et par les firmes transnationales qui mènent la guerre actuelle à distance pour obtenir à vil prix les minerais dont elles ont besoin, sans oublier les appétits des industries qui vendent des armes et qui trouvent dans le conflit kivutien un marché propice pour la vente de leurs armes.

Dans l’analyse du conflit au Kivu, il faut prendre en considération trois principaux facteurs : le foncier (une terre riche et convoitée), la démographie (une forte densité de la population) et l’économique(la présence des minerais rares). La guerre menée par Kundabatwara Mihigo avec l’appui du Rwanda et des firmes transnationales, principalement anglo-saxonnes, répond à ces trois facteurs.

Pour répondre à l’appel de Paul Kagame qui a peur d’un retour des Hutu à Kigali, NKunda lutte contre les FDLR (forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Il facilite, grâce à l’anarchie qui y règne, le pillage et l’achat à vil prix des minerais rares que l’on trouve dans le Kivu, car, en temps normal, les prix de ces minerais seraient négociés et ils coûteraient chers. Grâce à Nkunda, le Kivu est devenu un couloir pour la sortie des minerais qui sont acheminés à l’étranger depuis le Rwanda et l’Ouganda. Mais l’occupation du Kivu sert de prétexte pour verser le surplus de la population rwandaise sur la RDC et répondre ainsi à un plan américain qui souhaite la partition du Congo que les Etats-Unis trouvent trop grand, car dans l’esprit des grandes puissances, il faut émietter les pays pour faciliter leur domination.

La question de la nationalité

En effet, les populations d’origine rwandaise qui ont émigré ou qui ont été incorporés au Congo belge lors de la colonisation, ne sont pas perçues comme nationales par les autres populations autochtones. Les populations d’origine rwandaise sont habituellement appelées Banyarwanda (dont TUTSI 10 %) ou Congolais d’expression rwandaise pour les distinguer des Rwandais habitant le Rwanda. Il existe plusieurs ethnies qui ont toujours vécu au Kivu en toute harmonie. Mais avec toutes les arrivées massives, les conflits à répétition et le manque d’emplois, les populations autochtones se sentent menacées dans leur propre pays. Au Kivu, vivent plusieurs minorités autochtones : Nande (40 %), Nyanga (4 %), Bashi, Tembo et Hunde (3 %) du Masisi qui se sentent menacés, etc. Cette spécificité du Kivu pose depuis l’indépendance la question de la nationalité dans les deux provinces, surtout dans la région du Nord-Kivu. Devant la persistance des conflits, ces populations se sont organisées en forces de résistance appelées Maï-Maï.

A l’heure où nous parlons, il y a des Congolais et des Hutu qui meurent à l’est du Congo parce qu’ils n’ont pas d’arme pour se défendre et parce que les firmes transnationales ont besoin des richesses minérales qui se trouvent dans le Kivu. Il y a des femmes et des enfants qui sont violées par les soldats présents dans la région ainsi que par les soldats de la MONUC qui sont censés protéger les populations autochtones. Alors je pose cette question naïve : qu’est-ce qui est plus important : l’homme ou le minerai ? Ne sommes-nous pas entrés dans une phase de recolonisation de l’Afrique, car les mêmes causes économiques qui étaient à l’origine de la colonisation sont aujourd’hui mises en avant ? Qui sont les vrais ennemis du Congo ? Comment faire respecter le principe démocratique au Rwanda et en Afrique des Grands Lacs ? Comment lutter contre les fraudes électorales et le pillage des richesses minières du continent africain afin que l’Afrique établisse de bonnes relations avec le reste du monde ?

Ecouter encore :

http://kamitewoman.over-blog.com/article-cepgl-arguments-pour-refuser-le-projet-de-formation-d-une-armee-regionale-dans-les-grands-lacs-par-fweley-diangitukwa-69919515.html

Pour plus de détails sur cette question, lire :

Fweley Diangitukwa, « Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC« , Paris, L’Harmattan, 2001.

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