Archive | janvier, 2011

L’avenir de l’Afrique francophone se joue en Côte d’Ivoire

23 Jan

L’avenir de l’Afrique francophone se joue en Côte d’Ivoire

Par Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

http://www.fweley.wordpress.com

Le projet de recoloniser l’Afrique sous d’autres formes date des années 1960

Dans son livre Qu’est-ce que la politique ?, Julien Freund avait prévu que la décolonisation allait être une courte parenthèse, c’est-à-dire une préparation vers une nouvelle forme de colonisation plus subtile. En 1965, il écrivit clairement que l’Occident « n’exclut pas qu’à l’avenir le colonialisme puisse renaître sous d’autres formes, suivant les modalités nouvelles de l’esprit de conquête ». Dans son récent livre, La Planète émiettée, François Thual, dit sans détour que nous sommes maintenant entrés dans les processus de « recolonisation de la décolonisation ». Il existe aujourd’hui, dans les relations internationales, en particulier dans les relations Nord/Sud, des formes très subtiles de domination qui ressemblent ni plus ni moins à une véritable colonisation. D’après cet auteur, « Atomiser le monde, tel semble être le dessein des nouvelles puissances mondiales du XXIe siècle, héritières directes des anciennes puissances, lesquelles ont reconverti leurs techniques de contrôle de l’espace mondial. En flattant les narcissismes collectifs des poussées identitaires, ces puissances ont émietté la planète, facilitant ainsi la domination des pays ».

 

Comme un serpent, la colonisation a fait la mue

 

Les Africains savaient depuis longtemps que la souveraineté des Etats africains était un vain mot parce qu’il ne pouvait s’appliquer dans aucun pays. Ils savaient également depuis les années 1960 que les chefs d’Etat africains étaient imposés par les Occidentaux. Cela avait commencé par l’installation à la tête des Etats nouvellement indépendants des jeunes Africains naturalisés Français et députés au parlement français. Ils s’appelaient Léopold Sedar Senghor, Houphouët Boigny et consort. Les nouveaux présidents représentaient le pouvoir français dans ce qui était considéré comme étant leur Etat. Au sujet de la souveraineté étatique, l’illusion était au rendez-vous car les citoyens africains croyaient qu’ils avaient acquis l’indépendance, alors qu’en Occident, les décideurs savaient que rien n’avait réellement changé, sinon la nomination des représentants à la tête des anciennes colonies devenues des Etats fantoches. Les anciennes puissances coloniales rédigeaient les constitutions de nouveaux Etats, suggéraient la formation de parti unique pour faciliter la prise de décision par un réseau acquis à leur cause. Créés sans ressources financières parce que les colons étaient partis avec les caisses de la colonie au lendemain de la proclamation de l’indépendance, les jeunes Etats d’Afrique s’adressaient aux mêmes anciennes puissances coloniales pour obtenir une ligne de crédit. Le tour était joué. Très vite, les Etats africains étaient endettés et se retrouvaient dans l’incapacité de remboursés leurs dettes. La complicité entre réseaux africains et occidentaux avait facilité le détournement des fonds prêtés aux Africains rapidement logés dans des banques occidentales. A la demande des puissances coloniales, les institutions de Bretton Woods que les mêmes puissances occidentales avaient auparavant créées proposèrent des nouveaux prêts sous forme d’ajustement structurel. Le but de tous ces emprunts était d’avoir une mainmise et un contrôle direct sur les Etats africains et d’empêcher ceux-ci de jouir de leur souveraineté. Depuis cette politique d’endettement suivie de l’ajustement structurel, peu d’eau a coupé sous le pont. Les chefs d’Etat occidentaux et les chefs de gouvernement rendaient visite à tour de rôle à leurs représentants en Afrique comme le font le holding en visitant les chefs de succursales à travers le monde. Et lorsqu’un chef d’Etat ne faisait pas correctement le travail que le Nord lui demandait, il était défait, chassé du pouvoir. La valse des coups d’Etat a suivi la ligne des volontés occidentales. Celui qui s’entêtait était jugé communiste et assassinés ensuite. Ils sont nombreux à avoir péri à cause de leur insoumission et de leur nationalisme.

Dans leurs administrations, les puissances occidentales avaient créé de postes de pouvoir pour diriger et contrôler le fonctionnement des Etats africains. Elles avaient créé des grandes écoles pour apprendre aux Africains comment développer leurs pays mais les théories y enseignées servaient plus le développement des pays occidentaux que celui des pays africains.

Pour faciliter la mainmise sur le continent, l’Occident a déplacé sa guerre froide en Afrique où il a mené des guerres idéologiques pour continuer à contrôler ses anciennes colonies.

Le vent venu de l’Est a mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud et, un peu partout, les Africains ont contesté les régimes dictatoriaux qui les gouvernaient. Pour donner l’impression d’être des démocrates, les puissances occidentales se sont provisoirement séparés de leurs affidés dans le continent comme Kerekou, Mobutu, Denis Sasou Nguessou et Cie avant de les reprendre peu de temps après ou de les remplacer par de nouveaux serviteurs. Cela a duré jusqu’au jour où les Africains ont compris finalement qu’ils étaient joués, qu’ils étaient victimes d’un complot. Pendant ce temps, cinquante ans ont passé.

 

La Grande-Bretagne a échoué dans sa manœuvre d’abattre l’insoumis Mugabe

En 2008, le gouvernement américain a tenté de convaincre les gouvernements d’Afrique australe d’empêcher le navire chinois transportant des armes pour les forces de sécurité du Zimbabwe de décharger sa cargaison sur leur sol. Les États-Unis ont redouté que les grenades et les balles ne soient utilisées par le régime de Robert Mugabe pour réprimer l’opposition. Dans le même temps, les appels à une intervention internationale pour désamorcer la crise post-électorale au Zimbabwe se sont multipliés, des responsables religieux ont affirmé, de leur part, que les violences risquaient d’atteindre des proportions génocidaires. En fait, les gouvernements occidentaux, en particulier britannique et américain, qui n’apprécient pas le régime de Robert Mugabe, ont trouvé, dans cet incident de livraison d’armes, l’occasion inouïe pour abattre ouvertement Mugabe afin de faciliter l’arrivée au pouvoir de son opposant traditionnel, Morvan Tsvangirai, leader du Mouvement pour un changement démocratique, qui a bénéficié d’une marge d’avance considérable dans l’élection présidentielle de 2008. Or, l’ancien syndicaliste, Morvan Tsvangirai, est non seulement le « candidat de l’opinion occidentale » mais il est également le favori de l’ancien colonisateur britannique. C’est donc sur lui que l’on a voulu compter pour mettre en place un régime pro-occidental afin de tourner définitivement la page au règne de Mugabe. Du reste, l’Union européenne, par la voix de la présidente slovène, a demandé ouvertement au président Robert Mugabe de quitter le pouvoir.

Si la stratégie occidentale peut être compréhensible dans son ensemble, ces mêmes gouvernements occidentaux ont oublié qu’au moment où ils s’insurgeaient contre le président Robert Mugabe à cause d’un navire chinois qui lui livrait des armes, leurs États vendaient des armes dans d’autres pays africains qu’ils qualifient des pays amis. Comment, dans ces conditions d’hypocrisie généralisée, pouvaient-ils reprocher à Robert Mugabe et aux Chinois ce qu’ils font eux-mêmes partout sur le sol africain ?

Lorsque les pays occidentaux parlent de dictateurs atrabilaires en Afrique, ils insistent sur le non-respect des droits de l’homme – ce qui est idéalement une bonne chose –, mais ces mêmes pays coopèrent ouvertement avec la Chine sans se préoccuper outre mesure du manque de respect des droits de l’homme dans le pays de Mao. Ils coopèrent ouvertement avec les dictateurs africains qui sont devenus des présidents à vie. On peut honnêtement s’interroger s’ils sont cohérents avec eux-mêmes. En tout cas, aussi paradoxal que cela puisse être, tous ceux qui trouvent le président Mugabe abominable sont aussi abominables que lui, car ils ne voient le mal que d’un côté.

Les dirigeants occidentaux détestent Mugabe pour les raisons qui ne sont pas difficiles à comprendre : celui-ci ne gouverne pas pour la préservation de leurs intérêts. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que leur presse fournisse des informations objectives sur lui. La politique dictatoriale de Mugabe n’est pas aussi mauvaise que celle des autres dirigeants africains, bons amis des États occidentaux, sur lesquels la presse occidentale se tait constamment. Aujourd’hui, de millions de paysans zimbabwéens, dont les familles avaient été spoliées par des fermiers blancs pendant la colonisation, sont devenus des esclaves sur les terres de leurs ancêtres. La Grande-Bretagne, qui avait prévu, dans les accords de Lancaster House, la restitution de ces terres mais qui n’a hélas jamais respecté et appliqué son engagement, pourrait-elle accepter une telle barbarie dans son pays ?

Le président Mugabe a finalement gagné l’élection de 2008 en usant de la violence et en poussant son opposant traditionnel à ne pas se présenter. Cela est à la fois inhumain et condamnable comme il est tout aussi inhumain et condamnable le refus de restituer les terres des autochtones autrefois confisquées en usant de la violence. Dans les deux actes, il y a eu de la barbarie. On ne peut noircir l’un et blanchir les autres car les deux problèmes – comme deux fesses humaines – vont ensemble. Ils doivent être résolus simultanément. Aussi longtemps que le MDC, le parti de l’opposant Tsivangirai, sera considéré par les Zimbabwéens, à tort ou à raison, comme l’équivalent du parti de Ian Smith ou le meilleur défenseur des intérêts des fermiers blancs, il rencontrera beaucoup de peines à accéder au pouvoir à Harare. Il convient donc de laisser le temps au temps pour mieux apprécier le comportement électoral des Zimbabwéens qui doivent eux-mêmes décider librement de leur avenir.

Entre les tyrans des pays africains devenus des présidents à vie et leurs souteneurs au Nord (individus, entreprises, institutions ou États), qui sont les vrais dictateurs des peuples africains et qui sont les plus abominables ? Pour changer l’histoire de leur continent, les Africains doivent se mettre à poser les vraies questions et à les résoudre en étant unis.

 

La France réussira-t-elle là où la Grande-Bretagne a échoué ?

Pour la France, l’échec en Côte d’Ivoire est un prélude de sa perte dans les autres pays où elle a encore de l’influence, comme le Gabon, le Cameroun, le Sénégal, le Togo, le Bénin, le Mali, le Congo-Brazza, la Centrafrique, etc. La crise ivoire est un enjeu de taille car de son issue dépendra désormais la politique africaine de la France. Pour la Côte d’Ivoire, l’échec de la lutte que mène Laurent Gbagbo est un retour vers la politique tant décriée menée par Houphouët Boigny, c’est-à-dire le retour en force de la France dans la politique et la gestion économique de ce pays, tandis que le succès du président Laurent Gbagbo est une entrée certaine dans l’indépendance et dans la souveraineté étatique. L’enjeu est donc de taille. Si la Côte d’Ivoire échoue, c’est toute l’Afrique francophone qui échoue avec elle. En revanche, si elle s’en sort bien, c’est toute l’Afrique francophone qui sera sauvée avec elle. Dans ce cas, la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo est une locomotive qui mérite d’être soutenue. Si la Côte d’Ivoire sort victorieuse, elle sortira de la zone CFA et de la Françafrique. Elle imprimera sa propre monnaie et entraînera d’autres pays dans sa mouvance. L’Afrique francophone sera alors réellement indépendante.

 

L’avenir de l’Afrique francophone se joue actuellement en Côte d’Ivoire

La France voit disparaître progressivement son hégémonie d’autrefois en Afrique. Alors qu’ils étaient seuls pendant la colonisation et après le retrait soviétique dans les année 1980, les Occidentaux affrontent aujourd’hui un concurrent de taille qui ne cache pas ses ambitions en Afrique : la Chine. Derrière le conflit de succession à la présidence de la République ivoirienne se joue en réalité le conflit d’influence entre le monde occidental et la Chine mais aussi avec d’autres puissances émergentes comme l’Inde. Il y a au-delà tout le conflit sur le contrôle des ressources naturelles de ce pays et de ce nouvel Eldorado pétrolier qu’est le Golfe de Guinée. Un peu partout dans le continent, Français, Britanniques et Américains perdent des marchés au profit des nouveaux partenaires (Chine, Inde, etc.). Après la contestation dans le monde arabe et latino-américain contre les intérêts pétroliers des firmes occidentales, l’Occident ne souhaite plus perdre le continent africain qui est le seul espace qui lui reste soumis.

Les milieux politiques occidentaux voient ainsi en Laurent Gbagbo celui qui représente cette Afrique qui cherche à se soustraire du contrôle occidental pour affirmer sa souveraineté tandis que Alassane Ouattara, « ami » des Français (en particulier de Sarkozy), ancien directeur du FMI, représente le gestionnaire idéal (parce que libéral) de la Côte d’Ivoire. Il est sur la droite ligne des interlocuteurs appréciés à Washington, Londres, Paris et Bruxelles. Nous sommes en présence de l’éternel conflit entre pro et anti qui était extériorisé entre Lumumba et Mobutu. Au Congo, l’Occident avait utilisé de gros moyens pour liquider Lumumba et installer Mobutu au pouvoir parce que celui-ci défendait bec et ongle les intérêts des firmes et des puissances occidentales. Le sort de la Côte d’Ivoire risque de se ressembler à celui du Congo si on n’y prend garde.

Gbagbo, comme Lumumba, est vu comme un nationaliste dangereux tandis que Ouattara, comme Mobutu, est l’homme de l’ouverture du marché ivoirien aux intérêts des firmes et nations étrangères. Le décor congolais des années 1960 est bien planté en Côté d’Ivoire. Autrefois au Congo, la communauté internationale, en s’appuyant sur l’ONUC (l’ONU au Congo), était unanime quant à la liquidation physique de Lumumba, de la même façon, dans le cas de la Côte d’Ivoire, la même communauté internationale, en s’appuyant sur l’ONU en Côte d’Ivoire, est unanime quant à la liquidation de Gbagbo.

Le conflit en Côte d’Ivoire est un exemple de la renaissance de la guerre froide, c’est-à-dire de la guerre entre l’Ouest et l’Est sur le territoire africain et pour des intérêts extérieurs au continent. Mais est-ce que les Africains comprennent cela ?

 

Conclusion

Au-delà de l’enjeu électoral, c’est tout le destin du continent africain (plus précisément de l’Afrique francophone) qui se joue en Côte d’Ivoire. L’issue de ce conflit déterminera si l’Afrique s’engage dans la voie de sa seconde indépendance en affirmant sa souveraineté ou si au contraire la recolonisation de l’Afrique reprend ses droits.

Si la Côte d’Ivoire perd dans ce conflit, le pillage des ressources naturelles de l’Afrique sera plus immense et plus profond, car l’Afrique est aujourd’hui l’unique espace où les firmes occidentales imposent leurs lois sans négociation avec les autorités étatiques.

Le retour de la France en Côte d’Ivoire entraînera une menace plus sérieuse pour plusieurs pays de la sous-région ouest-africaine et de l’Afrique subsaharienne dans lesquels se trouvent des ressources naturelles stratégiques convoitées partout dans les capitales occidentales.

Comment sortir l’Afrique de la nouvelle colonisation afin d’assurer sa souveraineté ? Voilà la question qui doit préoccuper les Africains dans leur ensemble mais plus particulièrement les Africains francophones plus touchés par la mainmise occidentale dans l’économie de chaque nation.

Les pays les plus puissants ont pris une telle avance qu’ils s’octroieront continuellement plus de droit de regard sur les pays les plus pauvres et les institutions internationales sont devenues des lieux où leurs décisions sont imposées (déjà, aucun pays faible ne fait partie du Conseil de Sécurité de l’ONU). Nous assistons au retour de la loi de la jungle dans la gestion de cet univers international déjà anarchique (ne dit-on pas que c’est le plus fort qui gagne et qui impose sa loi ?). Il faut voir dans la globalisation un retour à une nouvelle forme de colonisation qui ne dit pas son nom.

La compréhension des enjeux internationaux et des plans des puissances occidentales qui ne peuvent plus de passer du pillage des Etats africains pour assurer leur aisance matérielle doit davantage pousser les Africains à revendiquer leurs droits. On a enfin compris que les pays occidentaux qui s’affublaient de l’étiquette d’Etats respectueux de démocratie, de droits de l’homme, d’éthique sont loin de respecter ces principes moraux. Il n’y a que la sauvegarde de leurs intérêts qui compte. Pour réussir à conquérir leur souveraineté, cinquante ans après l’acquisition de leur indépendance nominale, les Etats africains doivent devenir solidaires et lutter ensemble. La première étape commence par la résolution pacifique du cas ivoirien.

 

Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

http://www.fweley.wordpress.com

Sources :

– Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Sirey, 1965.

– François Thual, La Planète émiettée, Paris, Arléa, 2002.

– Fweley Diangitukwa, Les grandes puissances et le pétrole africain, Paris, L’Harmattan, 2009 et La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas, Paris, L’Harmattan, 2010.

L’intellectuel congolais face au pouvoir

16 Jan

Conférence à Berne devant des Congolais, le 14 août 2010

Par Dr Fweley Diangitukwa, politologue et écrivain, auteur de nombreuses publications, entre autres « La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas », éditions L’Harmattan, mars 2010, 318 pages.

1. L’intellectuel congolais face au pouvoir

S’il est exact que dans toutes les sociétés, ce sont les hommes qui s’engagent fermement qui font l’histoire à travers leurs actions et les décisions qu’ils prennent pour orienter le destin de leur nation respective, si également toute société, semblable à la vie humaine, est en mutation perpétuelle, si elle est à tout moment engagée dans un mouvement historique, dans une transformation permanente d’elle-même, de ses institutions, des membres qui la composent et de son propre milieu, il est aussi exact que les mutations externes et internes influent sur l’histoire de toute société. Aucun pays n’échappe à cette loi sociale universelle car le changement est l’un des phénomènes les plus constants de toute société. Dans cette tendance vers un changement social permanent, on observe régulièrement une lutte entre les acteurs qui aspirent aux transformations des structures et ceux qui, au contraire, s’y opposent et préfèrent la conservation de leur fonction et de leurs privilèges. Ceux-ci sont, pour ainsi dire, plus intéressés au statu quo qu’au changement. L’intelligentsia politique est l’une des catégories sociales qui participent plus que les autres – à travers ses initiatives et ses décisions – aux mutations de la société.

Définir le concept de l’intellectuel

Avant de définir le concept d’intellectuel, la roumaine Doïna Cornea commence par exclure ceux qui ne sont pas des intellectuels : « Selon une opinion fort répandue, mais tout aussi fausse, tous ceux qui détiennent des diplômes d’études supérieures seraient, ipso facto, des intellectuels. Pourtant, parmi les diplômés que nous rencontrons, combien ne disposent que d’un savoir limité [aux notions apprises] ! Ils appartiennent – du fait même de leur médiocrité – à la catégorie de ceux qui sont dépourvus de pouvoir ; mais paradoxalement, le régime en a besoin, il encourage même leur médiocrité qu’il exploite comme occasion de chantage, pour obtenir ainsi leur inconditionnelle abdication, en tant qu’hommes et citoyens, face au pouvoir. Instruments dociles, dépourvus de dignité, ils deviennent la clef de voûte du régime. Ce sont les hommes du jour, les hommes des opportunités et des complicités lâches. Une seconde catégorie, mieux préparée dans sa stricte spécialisation, mais chez qui tout fondement culturel et moral fait défaut, est précisément la catégorie de l’intelligentsia au pouvoir. […] Ils sont si imbus d’eux-mêmes, ils se donnent tant d’importance – pour sûr, il leur a été bien facile de parvenir si vite, en étant partis de si bas ! Nous le retrouvons partout, parmi les ministres, parmi les activistes haut placés. […] Il est certain, le pouvoir ne peut conférer à celui qui le détient le statut d’intellectuel ». Pour Doïna Cornea, l’élite intellectuelle est cette « catégorie de plus en plus restreinte de ceux qui possèdent, par-delà un savoir étendu, des qualités intellectuelles d’exception ». A ces qualités exceptionnelles que doit posséder l’intellectuel, il faut ajouter les exigences de nature éthique.

La fonction de l’intellectuel dans la société

L’intellectuel remplit une double fonction : Premièrement celle de témoin. « Non pas de témoin passif, indifférent, mais de témoin actif, qui vient témoigner, au nom de la vérité, du bien, de la justice devant la société. Par son témoignage sincère il devient l’artisan de son temps, car il apporte à son époque un plus de vérité, de bien et de justice […] En vertu de ces exigences intérieures, l’on reconnaît les vrais intellectuels au fait qu’ils ne sont manœuvrables par aucun pouvoir, ni politique ni d’aucune espèce. Ils suivent la voie de leur conscience quels qu’en soient les risques et c’est pourquoi ils ne se laissent pas « agir » par des « vérités » toutes faites, imposées de l’extérieur, qui leur sont étrangères et qui, devant leur conscience, sont en réalité des non-vérités. C’est grâce à ces qualités qu’ils sont reconnus par la société comme étant des modèles exemplaires et deviennent, grâce à leur force irradiante, ses animateurs ».

L’audace de contester le pouvoir commence généralement chez la contre-élite avant de se propager et d’orienter le comportement des autres agents qui, très souvent sinon toujours, se réfèrent, dans leur agir (praxis) aux mots d’ordre de l’élite intellectuelle.

Comment intelligentsia congolaise est-elle composée ?

En RD Congo, il existe une division entre une certaine catégorie d’intellectuels congolais qui restent inconstants, instables, malléables, cupides, toujours à la recherche d’argent facile et des postes politiques et ceux qui son résolus à se battre pour le vrai changement. Les intellectuels de la première catégorie utilisent leur savoir pour se rapprocher du pouvoir afin de participer au mangeoire ou à « la politique du ventre » que d’aucuns qualifient de « politique du haut et du bas de la ceinture ». Dans la première catégorie, on retrouve des Congolais instruits, qui déclarent publiquement faire partie de l’intelligentsia congolaise, mais qui ont un comportement contraire à l’éthique. Les intellectuels de la deuxième catégorie restent plutôt constants dans leur démarche.. Cette catégorie aspire au changement pour participer à la reconstruction d’un nouveau Congo, d’un pays prospère qui rejoint le rêve des pères de l’indépendance. Il y a enfin une troisième catégorie composée de femmes et d’hommes qui vaquent à leurs occupations sans vraiment s’intéresser directement à la politique. Certains, parmi les intellectuels de cette dernière catégorie, vivent une frustration profonde mais ils préfèrent se taire.

Les mêmes intellectuels de la première catégorie multiplient des conférences publiques dans lesquelles ils associent les femmes et les hommes du pouvoir dictatorial de Kinshasa et des Congolais renommés du pouvoir, avec l’espoir de bénéficier au passage de quelques retombées financières de la part de l’actuel régime dictatorial de Kinshasa (on se souvient de la fable de La Fontaine : « le corbeau et le renard ») ou avec l’espoir de se faire apprécier et, in fine, dans la perspective de décrocher un poste dans les remaniements futurs. Que peut-on penser de ces intellectuels de la diaspora qui sèment la confusion, qui font du rapprochement avec les membres du gouvernement la principale raison de leur fédération des Congolais ? Quel jugement doit-on réserver à tous ceux qui apprécient sans gêne la fréquentation des membres du gouvernement et des acteurs des six millions de victimes congolaises ?

Quant à la seconde catégorie composée de ces intellectuels restés fermes dans leur choix et convictions, résolus dans leur démarche, ils suivent allègrement leur chemin pour la construction d’un Congo nouveau, plus beau qu’avant suivant le rêve des pères de l’indépendant. Certes, ils sont encore divisés mais leur cohésion ne va plus tarder car ils sont appelés à s’unir pour sauver la mère patrie en danger.

Seul finalement le long terme nous dira qui de ces deux catégories aiment vraiment le Congo et qui a aujourd’hui raison. Un sage et stratège chinois a dit : « La véritable sagesse consiste à savoir que, avec ses capacités intellectuelles limitées, les ruses de l’homme seront toujours déjouées par les ruses du temps ».

Un pays qui souhaite amorcer un décollage économique doit avant tout compter sur un capital national. Or, un tel capital nécessite qu’il y ait la paix dans le pays. Avons-nous la paix au Congo avec les 6’000.000 de victimes et la répétition des guerres à l’est de la République que Joseph Kabange et son gouvernement sont incapables de gagner ? Evidemment que non ! Alors, sur quelle base doit-on adhérer à un régime incompétent et irresponsable qui laisse massacrer ses propres populations et tolère la prédation et le pillage des ressources naturelles ?

Après cette précision entre les intellectuels de pacotille qui passent leur temps à guetter les possibilités de se rapprocher du pourvoir et à jeter jour et nuit des fleurs à Joseph Kabange, il est temps de dire qu’il convient de privilégier la recherche de la paix et le développement par le capital national. L’apport extérieur doit être un simple appui pour éviter que les pays étrangers pillent les ressources naturelles sans état d’âme et sans une réelle contrepartie. Il appartient à l’État congolais de savoir défendre ses propres intérêts au lieu de continuer à vendre ses ressources naturelles à vil prix et de glorifier vilainement les cinq chantiers qui s’inscrivent dans une stratégie électorale – sinon électoraliste – de courte vue.

Un intellectuel est celui qui s’investit pour son pays, dans son domaine de prédilection. En tout cas il n’est pas celui qui spécule à longueur de journée, qui pérore et multiple des articles et des conférences pour jeter des fleurs à un pouvoir tyrannique et incompétent (responsables de six millions de victimes congolaises) afin de se faire remarquer.

En RD Congo, il y a une fracture réelle et profonde entre ceux qui poursuivent leur bonheur immédiat et égoïste – peu importe les moyens utilisés ou à utiliser pour y parvenir – et ceux qui se battent pour la réalisation du bonheur collectif.

2. S’unir pour vaincre : un choix obligé

 

Nous mettre ensemble est la plus belle leçon à donner à notre peuple meurtri. Unis dans une plate-forme commune ou dans une structure commune face aux sangsues qui pillent les ressources naturelles du Congo avec l’appui direct de leurs commanditaires à l’étranger, nous serons en mesure de créer rapidement une base capable d’éroder, voire balayer et supprimer le pouvoir de la honte qui nous gouverne.

Face à la détermination du camp adverse qui tient à demeurer au pouvoir en s’appuyant sur les armes démodées récupérées auprès des forces armées congolaises (FAZ) et achetées à l’étranger auprès des puissances qui soutiennent le pouvoir fantoche de Kinshasa, l’impératif de l’union doit habiter chaque parti opposé au régime actuel de domination et de corruption ; il doit habiter chaque résistant, bref chacun de nous. Nous n’avons qu’une alternative : utiliser la même force qu’utilisent ceux qui se sont emparés du pouvoir ou nous unir dans une plate-forme de collaboration, de concertation et d’actions communes concrètes en vue d’amorcer un changement radical dans notre pays. Agir dans le sens de faire du Congo un havre de paix – un paradis sur terre pour les générations futures – est possible si nous nous mettons ensemble pour faire échec au plan diabolique de nos ennemis. Rêvons ensemble et à haute voix d’un Congo nouveau, d’un pays où il fera beau vivre et où aucun Congolais ne voudra émigrer pour un ailleurs moins rassurant. Ce autre Congo, imaginaire et utopique, peut naître – et il doit naître – de l’union des consciences des résistants coalisés. Faisons fi à nos ambitions individuelles, taisons nos rancunes et nos différences afin de privilégier, à cette étape particulière et déterminante de notre histoire, l’intérêt du peuple en lieu et place de nos propres intérêts individuels souvent égoïstes.

Ensemble, nous bâtirons une nation forte avec une armée républicaine dissuasive, nous protégerons la société civile ravagée et humiliée par ceux qui nous gouvernent et tolèrent l’agression de la République par des soldats venus du Rwanda voisin ou de l’Ouganda. Ensemble, nous bannirons tout discours creux pour laisser place à l’action concrète.

Quels que soient nos choix et notre degré d’amour patriotique, ne répétons plus l’erreur de 2006 où il y a eu 32 candidats face à UN soutenu par la communauté occidentale et par les Nations Unies. Cette bêtise des candidats, qui ont privilégié leurs ambitions personnelles à la place des intérêts du peuple, a coûté très cher à la nation congolaise. Que l’expérience de 2006 soit une leçon pour tous les résistants et les opposants à la dictature. N’oublions pas que depuis l’accession des pays africains à l’indépendance, le pouvoir néo-colonial s’appuie sur ses représentants locaux pour poursuivre la politique coloniale de pillage des ressources naturelles de notre continent. Nous l’avons vécu en 2006 avec l’arrivée massive des soldats occidentaux sur le territoire congolais pour soutenir leur homme. Nous le revivrons demain si nous ne nous organisons pas dès à présent. Un homme averti en vaut deux, dit-on.

Les partis au pouvoir poussent – et ils pousseront davantage – les Congolais à se diviser pour mieux régner sur nous. Montrons-leur notre capacité de cohésion et montrons simultanément au monde entier notre degré de maturité et notre capacité de nous entendre pour défendre les intérêts du peuple. On ne contribue pas nécessairement au développement de son pays en étant Chef de l’Etat. Il appartient donc aux résistants de s’appuyer méthodiquement sur un leader collectif qui tracera les chemins du futur dans la sérénité.

Nous, membres de la plate-forme « Le Congo en légitime défense » (CLD), ouvrons les portes de notre structure pour concrétiser l’esprit de l’union que nous distillons. Bien malin est celui qui réussira à arracher la victoire face au camp des vampires déterminés à se maintenir au pouvoir contre vents et marées, en s’appuyant sur les moyens violents qu’ils usent à profusion et aux fraudes électorales, comme en 2006. Le CLD appelle tous les résistants à s’unir pour vaincre les ennemis du Congo afin de les mettre définitivement hors d’état de nuire. Cet appel est pressant. Il va de l’intérêt de la nation. Devenons des artisans du progrès et témoins de notre histoire immédiate. Face à la majorité parlementaire et sénatoriale qui nous impose ses hommes, formons à notre tour une majorité silencieuse en associant avec nous le peuple congolais.

Les résistants qui aiment le Congo doivent soutenir l’union qui fait la force. Construisons ensemble un autre avenir pour le Congo.

Pourquoi je m’oppose à la modification de la loi électorale

8 Jan

Pourquoi je m’oppose à la modification de la loi électorale

Dr Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

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Aux termes de la déclaration du porte-parole du gouvernement, le pouvoir en place cherche, dans le cadre de l’élection présidentielle de novembre 2011, à substituer le scrutin majoritaire à deux tours au scrutin majoritaire à un seul tour et, partant, abroger le principe de la majorité absolue, comme critère de la légitimité auquel est subordonnée l’élection du Président de la République, au profit du principe de la majorité simple ou relative. Deux motivations semblent guider ce projet : le coût trop élevé du scrutin à deux tours et la cristallisation des antagonismes identitaires préjudiciables à l’unité nationale. En réalité, ces arguments ne résistent pas dès que l’on fait une incursion dans le droit comparé. Les pays africains ont maintenu les deux tours dans leur Constitution : Gabon (art. 9), Bénin (art. 43), Burundi (art. 62), Burkina Faso (art. 39), Mali (art. 30), Sénégal (art. 21), Togo (art. 60), etc.

Mais comment comprendre qu’à l’approche des élections, le gouvernement, sur instruction du Président de la République, ait pris la décision d’engager la procédure de la révision de l’article 71 de la Constitution relatif au mode de scrutin et, ipso facto, la modification de la loi électorale no 06/006 du 09 mars 2006, en ses articles 101, 109, 110, 112 et 114 ?

Que dit la Constitution dans l’exposé des motifs ?

 Dans l’exposé des motifs de la Constitution, il est écrit : « Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République du Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des institutions et de leurs animateurs ». La contestation de la légitimité de l’autorité suprême sinon des autorités politiques est la cause principale des crises politiques récurrentes et des guerres qui ont ensanglanté notre pays depuis son indépendance. L’identification de la crise de légitimité est un constat unanimement admis par toute la classe politique, toutes tendances confondues. C’est justement cette exigence axiologique de la légitimité qui explique la multiplication de garde-fous introduits dans le dispositif institutionnel, afin de garantir l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit.

Or, en voulant réviser la Constitution sur la question de la légitimité du chef de l’Etat, le pouvoir actuel cherche à démonter pièce par pièce toute l’armature institutionnelle qui aurait dû constituer un espoir pour les Congolais. L’AMP tue dans l’œuf tous les efforts accomplis à Sun City pour sortir le pays des conflits récurrents, car cette révision va fatalement ramener le pays dans la situation de contestation et d’instabilité que les Constituants ont voulu éviter. Ceci revient à dire, en d’autres termes, que l’impératif d’une légitimité incontestable pour l’élection du chef de l’Etat s’impose.

Pour quelles raisons le camp présidentiel voudrait-il réviser la Constitution ?

Après un mandat catastrophique pendant lequel aucune des promesses faites au peuple congolais en 2006 n’a été tenue ; après les massacres et les assassinats des journalistes, des opposants, des prêtres, des religieuses, des activistes des droits de l’homme et des civils ; après la publication du Rapport Mapping par le Haut Commissariat des droits de l’homme des Nations Unies, après la révocation très irrégulière des magistrats, le pouvoir n’a plus d’argument pour convaincre les Congolais. Ceux-ci expriment et manifestement ouvertement leur mécontentement à cause entre autres de la mauvaise politique salariale et budgétaire, du mensonge politique, de la corruption, de l’impunité, du clientéliste, etc. Devant cette situation très inquiétante pour le pouvoir, le raccourci pour imposer le candidat du PPRD et de l’AMP est de supprimer le deuxième tour. Cela permet au camp présidentiel de financer des candidats alimentaires et de les injecter dans la course à la magistrature suprême, dans l’unique but d’éparpiller les voix des électeurs et de retrouver leur chef de file en tête de liste. Cela évitera surtout au candidat de la « majorité actuelle » d’affronter son adversaire au cours d’un débat télévisé.

Depuis l’élection présidentielle de 2006, le pouvoir s’appuie sur le mensonge politique et la violence pour gouverner la République. Les citoyens congolais sont les témoins de ce comportement abject des dirigeants. La volonté de modifier la loi électorale en supprimant le deuxième tour constitue donc une preuve flagrante de la volonté de tricher à la prochaine élection présidentielle. Cette tentative n’est autre chose qu’un complot ourdi contre la volonté populaire. Je rappelle qu’en 2006, le deuxième tour a été organisé sans le débat télévisé prévu dans la loi électorale. Donc, pour le pouvoir, la logique des fraudes déjà amorcées continue.

Le pouvoir a toujours considéré les Congolais comme un peuple naïf et malléable. Mais ayant constaté la maturité politique de ces mêmes Congolais et leur degré de conscience et de cohésion, surtout après l’assassinat de Chebeya, Bazana, Tungulu, le PPRD et l’AMP ont pris peur. Cette peur s’est confirmée avec le retour de M. Etienne Tshisekedi à Kinshasa. Ainsi, la seule solution qui reste au camp présidentiel, c’est d’organiser les fraudes électorales en amont en révisant la Constitution.

Sachant que, malgré de longues années à la tête de l’Etat, l’actuel chef de l’Etat ne maîtrise aucun dossier – ni économique, ni géopolitique, ni culturel – et que ses moyens de communications sont déficientes, le camp présidentiel préfère éviter le désastre et épargner l’humiliation à son candidat en le faisant élire frauduleusement par un seul tour. Cela est possible grâce à l’éparpillement des voix des électeurs. C’est dans ce sens que depuis plus de deux ans de nombreux compatriotes ont annoncé leur candidature à la magistrature suprême. Il s’agit donc d’un coup monté depuis longtemps par le pouvoir. Du reste, je n’ai cessé de dénoncer cette stratégie du gouvernement qui se concrétise dans cette volonté de réviser la Constitution.

La volonté de provoquer délibérément le peuple

La révision de la Constitution s’inscrit également dans le but de provoquer le peuple congolais afin de trouver un prétexte pour surseoir à l’organisation de l’élection présidentielle prévue en novembre prochain. Un seul prétexte suffit pour mettre le pays à feu afin que ceux qui sont au pouvoir se maintiennent.

Il faut noter que les élections municipales n’ont pas été organisées depuis 2006. L’AMP a signé une alliance contre nature avec le CNDP pour renforcer sa force militaire et mieux écraser la volonté populaire de changement. Non seulement les Congolais savent que le CNDP est un bras armé au service du président rwandais, mais en plus ils comprennent aujourd’hui pourquoi c’est le CNDP qui était présent à l’aéroport de N’Djili, le 30 juin 2010, lors de l’arrivée de Paul Kagame venu assister à la cérémonie de notre indépendance nationale et pourquoi aussi c’est encore le CNDP qui a assuré la sécurité dans la ville de Kinshasa pendant le séjour de Kagame dans la capitale. Tout cela va dans le sens de la provocation.

C’est certainement pour surprendre le peuple et l’empêcher de s’opposer devant l’urgence que le chef de l’Etat a attendu le dernier moment pour annoncer sa volonté de modifier la Constitution (alors qu’il a eu tout le temps pour agir depuis 2006). En tout cas, il est absurde que le pouvoir demande aux députés de se prononcer sur cette question parce que le peuple sait que le Parlement est majoritairement acquis au camp présidentiel. Une telle démarche est inutile et, dans ces conditions, l’article 218 ne saurait être évoquée à cause de la docilité et de la soumission des députés. En plus, ceux de la majorité ont acquis la mauvaise réputation d’être régulièrement corrompus à chaque votation importante.

Le mépris du peuple au travers du choix de la révision de la Constitution

Certes, l’article 218 de la Constitution pose le principe des procédures de droit commun. Les alinéas 3 et 4 de l’article susvisé établissent la distinction entre une procédure dite « normale » et une procédure « allégée » ou « abrégée ». Selon la doctrine classique de droit constitutionnel, la procédure allégée ou abrégée, qui se limite au niveau du Congrès (donc de deux chambres), s’applique dans le cadre des révisions à caractère technique, dépourvues d’enjeux politiques majeurs. En revanche, la procédure normale, qui doit passer par voie référendaire, est requise lorsque la révision aura un impact important sur la pratique institutionnelle, a fortiori, lorsqu’elle va affecter la logique fonctionnelle du régime politique. Dans le cas d’espèce, la substitution du scrutin majoritaire à deux tours au scrutin majoritaire à un tour, de l’avis de juristes et politistes avertis, conduit inexorablement au bipartisme de fait. C’est un changement politique si important que l’on ne peut l’instituer dans la précipitation en excluant le peuple souverain.

Le Parlement aurait dû initier une discussion avant que le porte-parole du gouvernement ne fasse la déclaration

Dans une démarche raisonnable, le Parlement aurait dû initier une discussion sur le bien-fondé d’une élection à un seul tour et à l’issue du débat se prononcer sur la nécessité d’organiser un référendum sur cette question. Or, dans la précipitation de faire élire le candidat du PPRD et de l’AMP en un seul tour, l’annonce de la volonté de modifier la loi électorale n’est pas venue du Parlement mais du gouvernement par la voix de son porte-parole. C’est là une démarche maladroite qui frise l’irresponsabilité, la tricherie et le manque de respect dans le partage de pouvoir entre le législatif et l’exécutif. L’on peut comprendre la raison pour laquelle le gouvernement n’a plus eu le sens de retenue. On a oublié que le Parlement n’est pas un lieu où l’on cherche à assurer les avantages voire les privilèges de quelques-uns au détriment du peuple mais une institution où les lois sont décidées et/ou révisées suivant l’intérêt de tous les citoyens sans exclusion.

 Le président de la République doit être élu par une majorité absolue d’électeurs

Je dis NON à cette volonté de tricher, car, pour mon pays, je ne veux pas d’un président mal élu ou élu par une minorité et qui doit, après son élection, gouverner le peuple congolais sans une légitimité suffisante. Je refuse un tel scénario. La loi électorale stipule : « …futur président de la République doit être élu par une majorité absolue d’électeurs et, donc, de bénéficier d’une légitimité incontestable ». Cette loi doit être respectée scrupuleusement, pour ne pas avoir un président jouissant d’une légitimité déficitaire. Le futur chef de l’Etat doit être élu par une majorité absolue des Congolais pour gouverner plus aisément et avec moins de contestation. Parce que je ne veux pas voir à la tête de mon pays un président élu par une caste, un réseau ou un parti politique minoritaire ou encore par une alliance des affairistes, je demande à tous les partis politiques dans l’opposition de s’unir pour vaincre l’opprobre de notre pays, c’est-à-dire notre ennemi commun. Il faut penser que le pouvoir va s’entêter et faire voter cette révision de l’article 71 en s’appuyant sur sa majorité au parlement. Mais ce sera là une preuve supplémentaire que le chef de l’Etat se moque éperdument du peuple.

Je demande d’ores et déjà aux citoyens congolais, victimes des atrocités du pouvoir, de ne pas donner des voix aux candidats qui ne s’affichent pas clairement dans l’opposition et qui ne seront pas recommandés par le front commun de l’opposition. Les associations non gouvernementales (ONG), les Eglises, les mouvements associatifs, les étudiants, les syndicats, les administrations publiques, les mamans commerçantes, les mamans moziki, etc. doivent se liguer pour faire barrage à cette dérive. Les députés de la majorité et de l’opposition qui ont le sens de responsabilité, du nationalisme et du respect des textes juridiques et de l’Etat de droit doivent s’opposer à la volonté du clan présidentiel qui cherche à les induire en erreur en les entraînant dans une révision qui n’intéresse finalement d’un petit réseau de quelques profiteurs autour du chef de l’Etat. Les députés ne doivent pas perdre de vue qu’ils seront obligés d’affronter leurs électeurs qui risqueront de les sanctionner sévèrement en ne les votant pas s’ils n’ont pas privilégié les intérêts de la nation dans l’exercice de leur mandat.

A partir de maintenant et devant la détermination du pouvoir en place de se maintenir contre la volonté du peuple qui désire le changement, l’opposition est obligée de s’entendre et de s’organiser en se structurant afin de mieux répliquer à chaque coup fourré du camp présidentiel. L’opposition doit désormais apprendre à anticiper pour ne plus subir. A cause du mépris que l’AMP entretient à l’égard du peuple, à cause des crimes commis et du manque de réalisations significatives, le chef de l’Etat et ses hommes devront être sévèrement sanctionné en novembre 2011. C’est le rôle de l’opposition de préparer le peuple pour que ses voix ne soient pas volées par les acteurs du pouvoir en place qui organisent déjà les fraudes en amont au travers de la révision constitutionnelle. Comme l’a dit le professeur Auguste Mampuya Kanunk’a-Tshiabo, « le temps n’est plus aux tergiversations et autres atermoiements, une candidature unique s’impose pour la victoire du peuple contre la puissance de l’argent et de la démagogie ».

Peuple congolais, cette année nouvelle sera explosive, mais nous avons l’obligation de tenir bon. Les dérapages seront nombreux mais nous ne reculerons pas, jusqu’à la victoire.

Que les femmes, les hommes, les gendarmes qui se mettent au service du pouvoir sachent qu’ils rendront un jour des comptes au peuple congolais.