Archive | mai, 2011

LE MONDE BOUGE, QUE FAISONS-NOUS ?

27 Mai

LE MONDE BOUGE, QUE FAISONS-NOUS ?

Par Dr Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

http://www.fweley.wordpress.com

 Pourquoi je suis inquiet

 Je suis inquiet de voir s’ériger un groupe de laudateurs congolais qui passent leur temps à admirer ce qu’ils qualifient de performance économique de l’Etat congolais, sans au passage se prononcer sur l’origine de l’argent avec lequel le gouvernement actuel réalise maladroitement les quelques rares réalisations qui s’inscrivent toutes dans une démarche de campagne électorale. Malheureusement pour eux, seuls quelques naïfs se laissent abuser par leur démarche démagogique. Occupés à détourner l’attention du public des problèmes importants et à flatter le narcissisme de l’homme d’Etat, ces laudateurs congolais ont cessé de réfléchir par eux-mêmes pour passer leur temps à applaudir et admirer leur leader malgré ses insuffisantes et son incompétence internationalement reconnue. On ne trouvera jamais sous leur plume quelques suggestions qui iraient dans le sens d’améliorer la politique économique du Congo. C’est comme si ceux qui décident étaient des prophètes qui savent par quelle voie passer pour parvenir à endiguer le chômage et à doper l’économie congolaise. Pendant ce temps, les ménages crient au manque d’emploi, à une baisse vertigineuse de leur pouvoir d’achat et de leur niveau de vie. Là où auparavant les familles s’en sortaient par elles-mêmes, elles ont aujourd’hui besoin d’un coup de main extérieur. Si elles ne sont pas secondées par un membre se trouvant à l’étranger (diaspora), elles s’adonnent à la corruption sinon à la prostitution pour les jeunes filles afin d’arrondir les fins du mois. L’avenir du Congo est morose. La situation est si catastrophique que beaucoup de pays développés épris de pitié consentent des remises à zéro de la dette que leur doit l’Etat congolais. Seul un Etat pauvre, incapable de s’en sortir par lui-même, peut accepter une telle humiliation publique. Entre-temps, les laudateurs qui sont incapables de réfléchir pour proposer des solutions au mal économique congolais s’enorgueillissent de ces remises de dettes. Les Congolais, à travers ces individus, ont perdu leur fierté et leur dignité.

Lorsque les laudateurs présentent les rares réalisations du gouvernement, ils ne rappellent jamais aux lecteurs que ces travaux sont accomplis avec l’argent emprunté aux Chinois, à la Banque mondiale et/ou au FMI. L’Etat congolais lui-même ne produit pas grand-chose pour ne pas dire rien. Lorsqu’il parvient à produire, c’est toujours avec de l’argent étranger[1]. Mais un pays ne s’enrichit pas avec des emprunts. Cela, les laudateurs ne l’ont jamais compris. Ils louent aveuglément le leader et cela leur suffit. Ils attendent en retour une reconnaissance sous forme de nomination, sinon une récompense en monnaie trébuchante de leur chef.

Je suis inquiet parce que la RDC, mon pays, ne s’inscrit pas dans la dynamique mondiale, il va à contre-courant.

 Le monde est en concurrence depuis la nuit des temps

 Les pays du monde sont en concurrence depuis la nuit des temps et le centre économique a toujours changé avec les siècles. Pendant longtemps, l’Egypte fut le centre, puis Bagdad, Rome (l’Italie), Anvers, l’Angleterre, les Etats-Unis. Ce sont maintenant les nouveaux pays émergents qui réclament une place au soleil.

Apparu en 2001, l’acronyme BRIC symbolise les quatre stars des pays émergents, à savoir : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine[2]. Ces pays représentent plus de 40 % de la population mondiale, plus de 50 % du PIB des 150 pays en développement, des taux de croissance de 5 % à 10 % par année, des matières premières et la main-d’œuvre, de l’énergie, de l’innovation, une soif d’apprendre et une envie de s’imposer. Ces pays vont dépasser les Etats-Unis, l’Europe et le Japon dans trente ans en tant que force économique et financière. La face du globe va s’en trouver changée. Les pays regroupés sous le terme de BRIC pourraient devenir économiquement plus puissants que les pays de l’actuel G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Canada). Ils vont largement dominer l’économie mondiale vers les années 2050. De nombreux pays émergents sont porteurs de la croissance économique de demain, parmi lesquels il convient d’ajouter : le Mexique, la Turquie, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, l’Argentine, etc. On prévoit qu’en 2030, la Chine devrait être la première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis et l’Inde.

 La Chine : l’atelier du monde

 L’histoire ne le dit pas assez, mais la Chine fut pendant des siècles la civilisation la plus avancée, surclassant le reste de la planète dans de nombreux domaines. La Chine a presque tout inventé avant les Occidentaux[3] : l’acier, la brouette, la manivelle, l’écluse, le pont suspendu, le métier à tisser, la céramique, etc. Elle est à l’origine de plusieurs inventions majeures : la boussole, l’imprimerie, le papier, les pâtes alimentaires, la poudre à canon ou le billets de banque. Au début du XIXe siècle, son économie représentait un tiers du PIB mondial. Mais elle fut exploitée par les puissances coloniales européennes, britannique (guerre de l’opium), américaine et japonaise. Si la Chine des années 70 est un géant démographique, elle est un nain économique. Mais en une génération, soit 25 ans, la Chine a traversé les mutations que les pays occidentaux ont mis 150 ans à accomplir.

Il a fallu 58 ans au Royaume-Uni pour doubler son PIB en pleine révolution industrielle (fin XVIIIe-début XIXe siècle), 47 ans aux Etats-Unis entre 1839 et 1886, la Chine l’a fait en 30 ans (trois fois moins) entre 1980 et 2010. Elle est entrain de vivre actuellement sa première révolution industrielle. Beaucoup d’entreprises occidentales délocalisent en Chine. C’est maintenant l’Empire du Milieu qui prête aux Occidentaux.

Tout commence en 1978, deux ans après la mort de Mao, lorsque la Chine s’ouvre à l’économie de marché et invente un nouveau système économique : le capitalisme d’Etat ou l’économie de marché socialiste ou encore l’économie sans démocratie. Grâce à une main-d’œuvre docile, travailleuse et mal payée, la Chine est devenue en peu de temps la deuxième puissance économique mondiale (détrônant le Japon) et ambitionne d’être un jour la première. Sa croissance économique est aux alentours de 10 % depuis plus de trente ans. En Chine, la terre appartient à l’Etat qui la loue aux paysans.

Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, l’Inde et la Chine étaient les pays les plus riches du monde. L’Inde avait les meilleurs mathématiciens et astronomes. Le XIXe siècle a marqué leur déclin et le XXIe siècle leur grand retour sur le devant de la scène mondiale.

 L’Inde : le bureau du monde

 Après son indépendance en 1947, l’Inde a choisi un mode de développement socialiste, très aligné sur le système soviétique. Le résultat fut dramatique : niveau de production très faible, sous-alimentation chronique, impossibilité de sortir du sous-développement. Dès 1991, le pays adopte un certain nombre de libertés économiques. L’ouverture de son commerce aux marchés étrangers crée une véritable révolution économique. Si la Chine a misé sur l’industrie, l’Inde a choisi les services (notamment l’informatique) pour asseoir son développement. Grâce à de très importants investissements étrangers et à une main-d’œuvre abondante et bon marché, l’Inde s’est hissé en peu de temps dans le groupe des grandes puissances économiques.

 La Russie : le carburant du monde

 Après 70 ans de communisme, le système d’économie planifiée ou centralisée de l’URSS – dans lequel l’Etat possède tous les biens de production et planifie l’ensemble de la vie économique – s’effondre.

Dans les années 90, la transition vers l’économie de marché se fait dans la douleur et se traduit par une flambée d’inflation et une explosion du nombre de chômeurs.

Depuis 1999, l’économie russe a repris un nouveau départ et certains l’imaginent déjà parmi les cinq plus grandes puissances économiques vers 2030. L’économie russe est soutenue par la vente des hydrocarbures (pétrole et gaz) et d’un grand nombre de métaux.

 Le Brésil : le grenier du monde

 Le Brésil mise en premier lieu sur l’agriculture. Il est le premier producteur mondial de café, de tabac, de jus d’orange, de soja, de sucre, de viande bovine et de volaille mais aussi de fer et de phosphate, 4e pour la bauxite, l’étain et le caoutchouc[4]. Il détient 17 % des réserves mondiales d’eau douce et 22 % des surfaces agricoles. L’agrobusiness est bien le moteur de l’économie brésilienne. Sa croissance économique varie entre 3 % et 6 % depuis 2003, sauf en 2009 ( – 0,2%)[5].

 Et nous, que faisons-nous pendant que les pays émergents revendiquent leur place au soleil ?

 Pour éviter à notre pays de tourner en rond, je propose, dès 2012, avec la nouvelle équipe gouvernementale, l’organisation d’une conférence annuelle des spécialistes de l’économie internationale qui vont régulièrement se pencher, chaque année, pendant quelques jours de rencontre, sur l’état de l’économie congolaise. A l’issue de leur conférence, ils feront des propositions concrètes qui seront soumises aux critiques des autres spécialistes et qui vont, après un débat public, orienter les grandes décisions du ministère de l’économie nationale. Les entreprises publiques et privées ainsi que les hommes d’affaires s’y inspireront. A mon avis, c’est une piste qui permettra à notre pays de sortir du marasme économique qu’il connaît depuis son indépendance. Evidemment, sans lutter efficacement contre la corruption et l’impunité, sans transparence et un Etat de droit qui met un accent particulier sur la nécessité de rendre compte au peuple, l’organisation d’une conférence annuelle des spécialistes de l’économie, que je propose, ne servira à rien.

 Stimuler la valeur ajoutée générée par l’ensemble de l’activité économique au niveau national

 Avec les ressources naturelles que possède notre pays mais aussi avec ses potentialités touristiques (le Congo est un scandale géologique et touristique), notre pays peut décoller en très peu de temps, mais il faut à la tête de l’Etat des hommes compétents, décomplexés, maîtrisant la géopolitique, l’économie et les relations internationales, pleins de savoir global et local et mettant en avant la démocratie participative, la gouvernance dans sa dimension de lutte contre la corruption et l’impunité et aussi dans ses autres dimensions liées à la transparence et à l’exigence de rendre compte. L’équipe actuelle au pouvoir est loin de ces objectifs alors que la RDC possède les facteurs de production nécessaires pour augmenter le produit intérieur brut (PIB), c’est-à-dire la croissance économique qui permet de créer des emplois, de lutter contre le chômage, de satisfaire davantage de besoins et d’offrir un plus grand choix de biens et de services, de disposer de plus de temps de loisir et de plus de moyens pour l’Etat qui pourra ainsi réaliser sa politique sociale.

Puisque notre pays possède les principaux facteurs de productions hormis l’investissement (à savoir les matières premières et une main-d’œuvre abondante et disponible), il nous faut maintenant créer notre propre enrichissement pour initier le décollage économique qui contribuera à réduire les inégalités sociales et le mécontentement social. Oui, il nous faut créer les conditions de la croissance économique qui sera progressivement soutenue par une bonne répartition des fruits de cette croissance, c’est-à-dire par une augmentation aussi régulière que possible des salaires. C’est la confiance entre ceux qui fournissent leur force de travail et ceux qui financent les investissements qui raffermit le lien social et qui est au centre de la réussite économique d’une nation. Pour le dire autrement, c’est le consensus social qui crée les conditions de la croissance. Il nous faut créer les conditions favorables qui permettront aux consommateurs congolais d’être régulièrement optimistes sur l’évolution de l’économie nationale et sur la sécurité de leur emploi afin qu’ils consomment toujours plus. Dans le cas contraire, si les perspectives économiques sont mauvaises comme elles l’ont toujours été et comme elles le sont sous ce régime, la précarité salariale et la crainte du chômage vont freiner la consommation et rendre nul le niveau d’épargne. Un pays qui n’investit pas régresse. Sans action réfléchie, il n’y a pas de développement. Le Congo doit investir aujourd’hui dans les secteurs qui généreront des richesses demain. L’Etat actuel a lamentablement échoué dans cette voie. On ne peut le reconduire.

 Références

Pour découvrir la pensée de l’auteur sur les questions soulevées dans cet article , veuillez vous référer à ses publications, notamment :

–         Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, Saint-Légier (Suisse), avril 2011, 236 pages (grand format);

–         Gouvernance, action publique et démocratie participative, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, Saint-Légier (Suisse), 276 pages, janvier 2011, 276 pages (grand format);

– La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas,Paris, L’Harmattan, 2010, 317 pages (grand format).


[1] Les Chinois, les Indiens, les Russes et les Brésiliens n’empruntent pas à l’extérieur, ce sont les firmes transnationales et les entreprises étrangères qui investissent dans ces pays qui ont su mettre en place une main-d’œuvre abondante et disponible.

[2] Je me réfère au livre Les Mondes économiques (pp. 113-155) pour avancer les idées ci-dessous.

[3] Ibid., p. 136.

[4] La Russie et le Brésil possèdent les matières premières dont l’Inde et la Chine ont besoin.

[5] Toutefois, le Brésil reste un des pays les plus inégalitaires du monde : les 10 % les plus riches se partagent 45 % des revenus, alors que les 10 % les plus pauvres ont droit à 0,8 % (Suisse : 25 % et 3 %).

Le coltan et la guerre à l’Est de la RD Congo

19 Mai

Veuillez d’abord écouter :

http://congojustice.org/le-conflit-au-congo-la-verite-devoilee/

Conférence donnée par

Fweley Diangitukwa, politologue et écrivain

Vendredi 13 mai 2010 à Saint Julien en Genevois (France), salle Jules Ferry, de 20 h à 23 h.

Conférence organisée par l’ONG Survie 74

La conférence a été précédée de la projection du film « Du sang dans nos portables ».

Nous reproduisons les propos tenus par le conférencier qui a parlé sans document.

Différence entre le prix d’achat des matières premières et le prix de vente sur le marché international : l’exemple du coltan

L’enrichissement des économies capitalistes se réalise sur la différence entre le prix d’achat des matières premières et le prix de vente sur le marché international. Je prends le cas typique du coltan pour illustrer cette affirmation.

Pourquoi la guerre dans les Grands lacs[1] ?

Il est difficile de trouver un point de départ pour situer l’origine de la guerre dans les Grands Lacs mais je pense que la guerre menée en Somalie sous l’administration Clinton est un bon départ car c’est à partir de cet événement que tout va s’enchaîner. Mais il faut faire appel à plusieurs aspects et sources pour comprendre et expliquer la guerre à l’est de la RDC.

  1. Le contrôle des voies de communication pour surveiller l’approvisionnement du pétrole en provenance du Moyen-Orient a poussé les Américains à contrôler la Corne de l’Afrique et à mener la guerre en Somalie. Des arguments se trouvent dans deux de mes ouvrages : Les grandes puissances et le pétrole africain(2009) et La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas(2010)[2]. Lorsque l’armée américaine a échoué en Somalie, les soldats américains ont été traînés sur les rues de Mogadiscio. Au moment de son retrait de la Somalie, les armes utilisées dans ce pays ont été entreposées en Ouganda. En les abandonnant dans le pays de Museveni, les Américains avaient un plan.

  2. Les Britanniques avaient aidé Yoweri Museveni, avec le soutien de Julius Nyerere, président de la Tanzanie, pour chasser Amin Dada et Obote II du pouvoir. Museveni qui a reçu un soutien massif des Britanniques a été localement aidé par des soldats tutsi rwandais réfugiés en Ouganda. Avec ces derniers, il s’est emparé du pouvoir sans trop de difficulté. Mais les soldats tutsi rwandais deviendront très vite encombrants et les Ougandais se mettront à manifester leur hostilité à leur égard. En bon stratège, Museveni va s’employer à aider les Tutsi rwandais à s’emparer du pouvoir au Rwanda afin de se débarrasser d’eux. La guerre au Rwanda a été menée avec certaines armes utilisées auparavant en Somalie.

  3. A la fin de la guerre froide, les Anglo-saxons décident de redessiner la carte de l’Afrique, en chassant les Français des Grands Lacs car cette partie du continent n’a jamais été leur zone d’influence. Les Britanniques veulent renouer avec leur rêve d’antan de relier le nord de l’Afrique avec l’Afrique australe. Il est nécessaire de rappeler le complexe français né à Fachoda, au Soudan lorsque la France perdit face l’Angleterre. Vaincue, l’armée française qui voulait relier l’Ouest, depuis le Sénégal, à l’Est (Mer Rouge) s’enfuit à Djibouti. Le complexe des Français face aux Anglais est né à partir de cet échec. Depuis cet incident, les Français reculent toujours face aux Anglais. Ils ont reculé au Rwanda et au Zaïre.

  4. Les Américains mènent la guerre contre le terrorisme et l’islamisme. Or le Soudan (avant la séparation) est dirigé par le Nord qui est musulman et ce pays avait hébergé Ben Laden. Le Soudan avait soutenu les pays arabes anti Israël pendant la guerre de Six Jours (Égypte contre Israël). Ce pays est considéré comme un État voyou (failled State) par les Américains et, à ce titre, il a été combattu par l’Occident qui a décidé de le diviser pour l’affaiblir, en séparant les chrétiens du Sud aux musulmans du Nord. Les Américains l’ont souhaité pour lutter contre le terrorisme ; les Britanniques l’ont souhaité parce qu’ils avaient perdu le pétrole (au profit des Chinois) et ils voulaient y revenir ; Israël a cherché à punir le Soudan pour son engagement aux côtés des pays arabes. Pour parvenir à leur objectif, les Anglo-Saxons devaient s’appuyer sur leurs affidés (soutiens locaux) et ce sont Museveni et Kagame qui ont rempli ce rôle après Mobutu qui était utilisé pour lutter contre le communisme. Museveni et Kagame ont donc aidé les Anglo-Saxons et Israël à lutter contre le Soudan et, en retour, ils ont reçu leur soutien.

Paul Kagame a reçu sa formation militaire aux États-Unis où il a noué de solides liens avec des réseaux dans l’armée et les services de renseignement. Il a reçu le soutien des Anglo-Saxons, d’Israël et de Museveni pendant la guerre de 1994 sans lequel il n’aurait jamais gagné contre les Hutu. En guise de remerciement, Kagame a envoyé 3’300 casques bleus au Darfour (Soudan).

Pendant la guerre de 1994, les Hutu ont fui au Zaïre (actuelle RD Congo) mais ils sont restés à la frontière avec l’espoir de reconquérir le pouvoir à Kigali avec le soutien français, dans le cadre de l’opération turquoise. Devant cette réalité, Paul Kagame a décidé de détruire les camps occupés par des réfugiés Hutu et de placer une marionnette – Laurent-Désiré Kabila – au pouvoir à Kinshasa afin de chasser Mobutu qui tolère la présence des Hutu à l’Est du Congo. Mais au final, Kagame a souhaité placer l’un des siens à Kinshasa – un homme fidèle à son objectif sur le Congo. Le soutien qu’il a précédemment apporté à Laurent-Désiré Kabila n’a été qu’une étape dans sa stratégie.

 Le Rwanda découvre le coltan à l’Est du Congo

Pendant la guerre sur le territoire congolais, le Rwanda exploite les ressources naturelles pour financer sa guerre. Les matières premières évacuées par la compagnie belge SABENA (cette compagnie va plus tard changer de nom et s’appellera Brussels Airlines) sont vendues aux firmes transnationales anglo-saxonnes. Nous sommes en 1996-1997. Pendant cette période, la demande du coltan est en hausse sur le marché international. Le Rwanda exploite alors le coltan qu’il exporte à partir de son territoire. En 2000, la valeur de la colombo-tantalite (coltan) atteint son record grâce à la demande des manufacturiers pour des condensateurs de tantale et des ventes de téléphones portables. Or, la région Est du Congo, qui est à la frontière du Rwanda, regorge de cette ressource convoitée par les firmes transnationales. En cette année 2000, la RDC (ex-Zaïre) vit une véritable euphorie minière. Le prix du coltan est passé de 60 $ US le kilo à plus de 1000 $ US[3].

Le coltan est un matériau stratégique pour certains pays occidentaux, notamment les États-Unis qui exercent un certain contrôle sur ce minerai précieux. Pour se procurer le coltan, il y a une implication directe d’intérêts étrangers qui s’appuient sur certains groupes politico-militaires opérant dans la région des Grands Lacs pour s’enrichir rapidement et illicitement.

Le coltan est essentiel à plusieurs secteurs industriels de pointe, dont ceux de haute technologie et de la défense. Il demeure une ressource extrêmement précieuse pour certains pays membres de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) et pour quelques intérêts privés en leur sein[4].

Qui profite du coltan ?

Les acteurs dominants dans ce marché sont ceux qui profitent réellement de l’exploitation de cet « or gris » qu’est le coltan. Ceux qui disposent d’assez d’influence orientent le marché dans un sens ou dans un autre. L’exploitation du coltan dans l’est du Congo fait partie d’une dynamique extrêmement complexe où politique, milice, mafia et finance semblent parfois se confondre et cela complique d’autant plus la tâche pour résoudre le conflit. Les principaux minerais exploités à l’Est de la RDC sont au nombre de quatre : la cassitérite (minerai d’étain), le coltan (minerai qui permet d’obtenir un métal rare, le tantale), le wolframite (minerai de tungstène) et l’or.

Le terme « coltan »[5] fait référence à deux corps distincts à savoir la colombite (aussi appelée niobite, surtout en Europe) qui deviendra du colombium (ou niobium) et la tantalite qui donnera du tantale. Pour reconnaître la valeur d’un minerai de coltan, il faut déterminer son contenu en tantalite ou tantale.

Le tantale est un conducteur unique de chaleur et d’électricité facilement malléable et très résistant à la corrosion. Le coltan est utilisé en électronique dans la fabrication de condensateurs mais il sert à former des alliages avec d’autres éléments (Co, Ni). Il est utilisé dans le secteur des industries chimique, spatiale, électronique, etc.

La demande du coltan est toujours en hausse

La pierre grisâtre contenant le coltan est réduite en poudre brute avant d’être transformée en lingot, en palettes (chips) et en câblage (wire). Le coltan peut parfois être mélangé avec le cobalt. On le retrouve dans les produits courants (téléphones portables, caméras vidéo ordinateur, Nitendo, Play Station, etc.) et dans des produits hautement spécialisés (missiles, réacteurs d’avion, satellites). Le coltan est devenu indispensable mais il coûte cher, voire très cher. Il faut une très petite quantité de tantale pour produire un appareil électronique. Par exemple, il faut plus ou moins 1,8 gramme de tantale pour 1000 $ US d’appareils électroniques livrés aux États-Unis[6].

Il convient de noter par ailleurs que les alternatives au tantale sont très rares, voire nulles pour certains produits. En plus, le coltan de la région du Kivu détient, dit-on, l’un des taux les plus élevés de tantale au monde.

Le colombium et le tantale sont tous deux considérés par le gouvernement américain comme « stratégiquement essentiels » pour certaines activités industrielles en matière de sécurité. L’armée américaine a grandement besoin de plusieurs produits à base de tantale (poudre, lingots, etc.) pour soutenir un effort de guerre, voire un secteur économique structurant. Elle détient déjà les grandes réserves de tantale (près de 1000 tonnes). Parce que la quantité de coltan est limité, l’armée américaine a besoin d’avoir des fournisseurs, d’où son soutien à Paul Kagame chez qui elle achète régulièrement des stocks importants de tantale et de colombium.

Le coltan coûte cher parce qu’il semble ne pas y avoir un cours mondial formel de ce minerai. C’est pourquoi le prix varie régulièrement. Le prix fixe varie entre 88 et 121 $ US le kilo, entre extracteurs et producteurs. Les vendeurs recourent souvent aux services d’intermédiaires qui sont en fait les courtiers. Les contrats sont conclus à long terme avec des extracteurs et des producteurs. Au final, les petits « creuseurs » congolais qui n’a pas connaissance des enjeux internationaux liés au coltan touche entre 1 et 3 $ US le kilo.

Le prix de vente du tantale a connu son ascension à partir de 1998 pour s’enflammer en 2000 et chuter en 2001. En moyenne, pour l’année 2000, l’administration américaine a suggéré un prix de 485 $ US le kilo. La hausse a été voulue par les spéculateurs et grâce aussi au résultat de la performance boursière des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) et de la demande des fabricants de téléphones portables. Mais le marché des NTIC s’est effondré en 2001, entraînant avec lui la valeur du coltan.

1 à 3 $ US le prix du kilo acheté au Congo mais le même kilo est revendu à 485 $ US sur le marché international, voire plus. Les vendeurs congolais sont pauvres, les intermédiaires et les acheteurs sont extrêmement riches mais personne au monde ne s’offusque de cette réalité, même pas les autorités congolaises ni ceux qui les soutiennent !

Les pays producteurs

La RD Congo n’est pas le seul grand producteur du coltan. Il y a aussi l’Australie, le Brésil, le Canada et le Nigeria. On pense que la Chine et certains pays de la CEI (Communauté des États Indépendants) en détiennent mais ces pays offrent peu de données sur le sujet, déclare l’enquêteur Patrick Martineau.

Suivant les chiffres officiels, les réserves mondiales disponibles se répartissent de la manière suivante :

Asie : 33 %

Afrique : 23 %

Australie : 21 %

Amérique : 12 %

Soit 35 900 tonnes disponibles à très court terme. Les réserves mondiales représentent la quantité de coltan identifié, facilement et commercialement disponible dans une période relativement courte. Elles permettent un approvisionnement d’environ seize ans, voire un peu plus. Au-delà, la concurrence sera plus rude.

Les ressources mondiales disponibles se répartissent ainsi :

Australie : 41 %

Asie : 21 %

Amérique : 18 %

Afrique : 13 %

Autres : 6 %.

Soit 287 000 tonnes permettant un approvisionnement pour 125 ans en se basant sur une consommation de 5 millions de livres par année.

Les ressources mondiales disponibles montrent clairement que le monde occidental pille prioritairement le coltan en Afrique et quand l’Afrique n’en aura plus il exploitera le sien. Mais est-ce les chefs d’État des Grands Lacs comprennent cela ? À l’évidence NON.

La durée très courte d’exploitation (16 ans voire un peu plus) des réserves mondiales disponibles explique la concurrence dans la constitution des stocks mais aussi la violence des massacres à l’Est du Congo[7]. L’État mieux armé et plus cynique s’empare des réserves disponibles.

En réalité, les chiffres annoncés sont très discutables. Certaines sources avancent que l’Afrique détiendrait 80 % des réserves mondiales et que les deux Congo détiendraient, à eux seuls, 80 % des réserves africaines. Mais ce chiffre est toutefois contesté par d’autres chercheurs.

Pourquoi la guerre du coltan à l’Est de la RD Congo ?

Le silence sur la quantité du coltan en RD Congo souligne l’intérêt porté à ce pays par les firmes transnationales. La guerre à l’est du Congo s’explique par le fait que le Rwanda qui n’a pas de coltan doit répondre à la demande américaine. À force de piller le coltan à l’est du Congo, le Rwanda a ouvert une bourse des matières premières à Kigali au su et au vu du monde entier qui ne dit mot. Le Rwanda qui ne possède pas de tantale a exporté 13 % de tantale en 2000 contre 11 % pour la RD Congo, soit 130 tonnes de tantale volé. Il est clairement établi que les exportations rwandaises proviennent de ce fait du Congo. En menant la guerre au Congo, le Rwanda s’enrichit illégalement et rapidement. Il est aidé pour ce commerce illicite par les autorités congolaises qui laissent faire parce qu’elles sont complices de ce commerce honteux. D’où mon affirmation : « Derrière chaque guerre, il y a un business juteux qui se cache » ou encore « ce sont des raisons économiques qui nourrissent chaque guerre ». En s’accaparant 13 % du marché mondial, et au prix de 485 $ US le kilo, le Rwanda a gagné 77,6 M $ US tandis que le Congo n’a gagné que 63 M $ US. Avec un tel avantage, le Rwanda qui est soutenu par des réseaux internationaux et par deux grandes puissances (les États-Unis et la Grande-Bretagne) n’est pas prêt à abandonner ce commerce juteux du coltan ni la guerre à l’Est du Congo, à moins qu’il soit fortement contraint par une grande puissance. Mais on sait d’avance qu’aucune autre puissance ne le peut car chacune a besoin du coltan. Ce travail relève de la responsabilité des Congolais eux-mêmes.

À l’Est du Congo, plusieurs groupes armés exploitent le coltan de façon artisanale. La population locale l’exploite aussi pour survivre. Tous vendent le coltan aux mêmes firmes anglo-saxonnes qui imposent librement leur prix qui varie entre 1 et 3 $ US le kilo. Il arrive que ces firmes fournissent aussi des armes et des moyens financiers aux groupes locaux qui s’entre-déchirent pour se procurer le coltan à vendre aux multinationales. Le résultat de cette anarchie se trouve dans le nombre de groupes armés dans la région, dans le nombre de morts et de femmes violées.

Les pays consommateurs :

En 2001, la consommation mondiale a été de l’ordre de 27 500 tonnes, soit une baisse de 1000 tonnes par rapport à l’année 2000. L’Europe a consommé : 6 990 tonnes ; le Japon : 4 000 tonnes ; les États-Unis : 4 000 tonnes. En réalité, la quantité états-unienne a été sous-évaluée.

Que dire en guise de conclusion ? Ce sont les plus gros consommateurs qui sont indirectement responsables des millions (entre huit et quatorze) de morts à l’Est de la RD Congo. Les autorités politiques au Rwanda et du Congo sont complices de ce commerce. Mais n’oublions pas que la liberté est une aspiration universelle. Les Congolais en ont marre. Ils aspirent maintenant à la liberté. Désormais, plus personne ne les empêchera.

[1] Ce thème a été le sujet d’une conférence publique que j’ai tenue vendredi 13 mai 2010 à Saint Julien en Genevois (France), salle Jules Ferry, de 20 h à 23 h. Cette conférence a été organisée par l’ONG Survie 74 et elle a été précédée de la projection du film « Du sang dans nos portables ». 

[2] Ces deux livres ont été publiés en France aux éditions L’Harmattan.

[3] La route commerciale du coltan congolais (collaboration spéciale Patrick Martineau), mai 2003 : http://www.unites.uqam.ca/gramma/, p. 12.

[4] Ibid.

[5] Le coltan (colombite-tantalite) est un minerai de couleur noire ou brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite (Fe, Mn) (Nb, Ta)2O6 et la tantalite (Fe, Mn) (Ta, Nb)2O6.

[6] La route commerciale du coltan congolais (collaboration spéciale Patrick Martineau), mai 2003 : http://www.unites.uqam.ca/gramma/

[7] À l’Est du Congo, de nombreux groupes armés se servent des minerais pour financer la violence et l’insurrection. Cette région est en proie à des combats encouragés par le commerce de minerais précieux. Les guerres de basse intensité sont donc la cause principale des millions de morts et de nombreux autres déplacés.

Vidéos en rapport avec la conférence :

http://www.youtube.com/watch?v=O-Gp24YDVbo&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=CnYUtLHqY8Y

http://www.youtube.com/watch?v=i0ja5r0LZ6c&NR=1

http://www.youtube.com/watch?v=cBAqz07Z4qc&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=h4efbLcZ_dc&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=xzVbO9qQqz8&feature=relmfu

Yoweri Museveni, Paul Kagame et Joseph Kabange (Kabila) : un itinéraire commun ?

14 Mai

Veuillez d’abord écouter :

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Yoweri Museveni, Paul Kagame et Joseph Kabange (Kabila) : un itinéraire commun ?

Par Dr Fweley Diangitukwa, politologue et écrivain

Yoweri Museveni est Tutsi, comme Kagame et Joseph Kabange (Kabila). Enfant, il était arrivé au Rwanda et portait un nom différent de son nom actuel. Il s’appelait Yoseri Tubuhaburwa. A High School de Mbarara, Museveni avait été remarqué par son caractère secret. Il parlait peu. Il a ensuite vécu en Tanzanie où il a étudié à l’université Dar-es-Salam. Il n’était pas très brillant « mais travaillait avec acharnement à se perfectionner » (in Pierre Péan, Carnages, Paris, Fayard, 2010, p. 222). Il avait une admiration pour Otto von Bismarck, Hitler et Ernesto Guevara (Che). En Tanzanie, il s’était mis à admirer Lénine, les leaders communistes et il dénonçait le capitalisme. Pour tous ceux qui le connaissaient pendant les années de sa jeunesse, Museveni était un marxiste. Soumis et obéissant, il réussit à s’attacher au président « Julius Nyerere (qui) fait de lui l’un de ses protégés – et plus tard, au début des années 1980, il lui fournira armes et argent pour prendre le pouvoir en Ouganda » (Ibid., p. 224). Encore étudiant, et rêvant comme Bismarck, il pensait créer un ensemble régional regroupant l’Erythrée, Ethiopie, la Somalie, le Soudan, l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et le Zaïre. « Museveni a toujours cherché à étendre son influence au-delà des frontières de l’Ouganda tracées autrefois par les puissances coloniales. Son panafricanisme n’est guère éloigné de la doctrine pangermaniste, et quand il parle du ‘rassemblement des Allemands’, il songe d’abord au concept d’espace vital (Lebensraum) qu’utilisait Hitler dans Mein Kampf pour justifier sa future politique : les premières applications furent l’annexion de l’Autriche et celle de la province tchèque des Sudètes » (Ibid., p. 220). Le Lebensraum correspond à l’espace nourricier indispensable à la vie et, dans la géopolitique allemande, il correspond à l’espace vital  ou à l’étendue du territoire sans laquelle un peuple ne pourrait s’épanouir et donner la pleine mesure de ses forces vitales (Pascal Lorot, Histoire de la Géopolitique, Paris, Economica, 1995, p. 13).  L’enseignant de Museveni à High School de Mbarara, Boniface, dit de lui qu’il « est un menteur guidé par l’intérêt personnel et non par celui de son pays, ainsi qu’un tribaliste… » (in Pierre Péan, Carnage, op. cit., p. 222). Mais avant qu’il soit expansif dans son ambition de voir l’Afrique de l’Est devenir une seule nation, « Museveni avait d’abord rêvé d’un espace qui serait le Tutsiland, lequel engloberait l’Ouganda, le Burundi et le Kivu » (Ibid., p. 221).

Pour son intérêt personnel, il rêva très tôt de renverser le président Milton Obote, installé au pouvoir depuis 1962 mais il fut déconseillé par le premier ministre du royaume Ankole, Mzee Kahigiriza, parce que cela lui aurait causé trop d’ennuis. En 1970, lorsqu’il rentra en Ouganda, il décida d’intégrer les services secrets où il rencontra de nombreux réfugiés tutsi du Rwanda qui avaient quitté leur pays après la prise du pouvoir par la majorité hutu.

Après la chute de Milton Obote, son successeur Idi Amin Dada attaque la Tanzanie pour protester contre les réfugiés ougandais qui ont choisi ce pays pour trouver refuge, Julius Nyerere réagit en déclarant la guerre contre l’Ouganda. Il s’appuie sur les réfugiés ougandais, parmi lesquels se trouve Museveni. Idi Amin fuit Kampala et se réfugie à Tripoli. Pendant la période de transition, le président Yusuf Lule nomme Museveni ministre de la Défense. Ce dernier en profite pour « installer ses compagnons, notamment tutsi, à des postes-clés de surveillance (Ibid., p. 228). Il se présente aux élections. Non seulement il n’est pas élu mais en plus il n’obtient qu’un seul siège au Parlement. 60 % reviennent à l’ancien président Milton Obote et les 40 % vont à Paul Ssemogerere. Museveni « prend le prétexte des contestations portant sur l’organisation du scrutin et des manipulations de certains résultats pour rejeter tout le processus électoral.

Il se retire alors dans le maquis et y organise l’Armée de résistance nationale (NRA) » (Ibid., p. 228). Les réfugiés tutsi, renvoyés au Rwanda par Milton Obote parce qu’ils ont collaboré avec Idi Amin Dada, rejoignent le maquis de Museveni. En 1981, il arrive au pouvoir, aidé par la Grande-Bretagne et Israël qui veulent revenir en Ouganda.

Arrivé au pouvoir, il n’oublie pas ses cousins tutsi qui l’ont soutenu dans sa conquête du pouvoir. Il fait appel à Paul Kagame et à d’autres militaires tutsi qu’il intègre officiellement dans l’armée nationale du pays. Il les aidera ensuite à s’emparer du pouvoir au Rwanda. La politique est guidée par les intérêts. Yoweri Museveni qui était un fervent admirateur du Che, de Bismarck, de Hitler, lui qui était un marxiste, a fini par séduire les Britanniques et obtenir leur protection et leur financement parce qu’il a accepté clandestinement d’être utilisé pour déstabiliser le Soudan et la région des Grands Lacs au profit des intérêts anglo-saxons. Aujourd’hui, les présidents Museveni et Kagame s’épaulent pour réaliser leur rêve d’antan : la création de la République des Volcans (Swahili Republic), un empire tutsi-hima qui englobera l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et le Kivu.

Quant aux points de ressemblance entre Yoweri Museveni, Paul Kagame et Joseph Kabange (Kabila), on retiendra que chacun d’eux a vécu à l’étranger, dans le pays de l’homme qui l’a aidé à s’emparer du pouvoir. Museveni a vécu en Tanzanie et au Rwanda, Kagame a vécu en Ouganda et Joseph Kabange (Kabila) a vécu en Tanzanie et au Rwanda. Chacun d’eux était le protégé d’un chef d’Etat avant d’émerger, de chercher à conquérir le pouvoir et d’être propulsé à la tête de l’État : Museveni était un protégé de Nyerere, Kagame de Museveni et Joseph Kabange (Kabila) était un garde du corps de Kagame avant d’être formé par James Kabarebe et de devenir un protégé de Laurent-Désiré Kabila. Chacun de trois a travaillé dans les services de renseignement : Museveni dans son pays, Kagame dans les services secrets ougandais et Joseph Kabange (Kabila) dans l’AFDL pour le compte des services secrets rwandais. Ils ont tous étaient soutenus par les réseaux anglo-saxons. Museveni et Joseph Kabange ont changé de nom et ont travaillé avec Paul Kagame. Ils sont taciturnes sur ce qu’ils font, cultivent le caractère secret de leur personne et ils sont inconstants dans leur caractère. Les trois hommes se montrent soumis et obéissants envers leurs maîtres étrangers. Ils ont reçu une assistance militaire indirecte des services secrets américains et britanniques, mais aussi des fonds financiers et des armes. C’est aux firmes transnationales anglo-saxonnes et belges qu’ils réservent exclusivement les produits de leur pillage des ressources naturelles dans l’est de la RDC. Après avoir été des admirateurs du marxiste/communisme (Museveni était marxiste dans sa jeunesse, les parents de Kagame avaient fait appel aux Soviétiques en 1956 et Joseph Kabange a suivi une très courte formation militaire en Chine). Malgré leur attachement au communisme, ils ont été approchés par le monde capitaliste pour servir ses intérêts. Ils se sont alors reconvertis au capitalisme tout en gardant des liens avec les Chinois (du moins pour Joseph Kabange). Museveni et Kagame ont été chacun ministre de la Défense et Joseph Kabange (Kabila) était patron de l’armée de terre en RDC. Ils ont tous les trois recouru à la violence pour s’emparer du pouvoir. Ils ont tous été placés au pouvoir par les réseaux tutsi du Rwanda avec l’appui des réseaux anglo-saxons. Ils sont chéris par la Banque Mondiale et le FMI, les États-Unis et la Grande-Bretagne qui déversent sur eux des flots de dollars (in Pierre Péan, Carnages, op. cit., p. 242). Les trois hommes ont des agendas cachés et seuls leurs partenaires étrangers connaissent les tenants et les aboutissants. Les trois hommes excellent dans le double langage. Il y a une grande différence entre ce qu’ils disent publiquement et ce qu’ils font en cachette. Ils ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pour lesquels ils ne sont pas poursuivis, du moins jusqu’à maintenant. Museveni (formé au Mozambique par FROLIMO de tendance marxiste), Kagame (formé aux États-Unis à Fort Leavenworth, au Kansas) et Joseph Kabange (formé sur le tas par le rwandais James Kabarebe et en Chine pendant une courte période de trois mois) sont aujourd’hui les protégés du Pentagone. Les trois hommes considèrent la RDC comme leur propre business et pour réussir leur mission, ils ont réussi à embarquer de nombreux Congolais assoiffés d’argent facile qui ne se préoccupent guère de l’intérêt général du peuple congolais.

Si Museveni est universitaire (il a un doctorat obtenu à l’université de Dar-es-Salam), Joseph Kabange (Kabila) ne l’est pas. Son curriculum vitae plein de trous est contesté par beaucoup de Congolais. Pendant combien de temps bénéficieront-ils du soutien des Anglo-Saxons ? Le président Mobutu était aussi adulé par les mêmes Anglo-Saxons parce qu’il les aidait à lutter contre le communisme mais, à la fin de la guerre froide, il a été abandonné comme une crotte de chien. Les Anglo-Saxons continueront-ils à soutenir ces trois hommes après avoir terminé leur plan au Soudan (partition du pays) et dans les Grands Lacs ? Rien n’est sûr. Wait and see. Le monde politique a toujours été guidé par les intérêts. 

Sources :

Fweley Diangitukwa, Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, Saint-Légier (Suisse), éditions Monde Nouvevau/Afrique Nouvelle, 2011, 236 pages ;

– Pierre Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, 570 pages ;

– Charles Onana, Ces tueurs tutsi au coeur de la tragédie congolaise, Paris, éd. Duboiris, 2009, 317 pages.

Les raisons cachées de la partition du Soudan

14 Mai

Les raisons cachées de la partition du Soudan

Par Dr Fweley Diangitukwa, Politologue et écrivain 

Depuis sa création, Israël a toujours redouté les pays arabes islamistes, notamment, en Afrique, l’Egypte et le Soudan, à cause de la présence dans ces pays d’un pouvoir intégriste qu’il considère comme dangereux pour sa sécurité. En plus, le pouvoir soudanais a toujours coopéré avec les ennemis traditionnels de l’État hébreu. Lorsque Nasser s’est rapproché des Soviétiques après le refus américain de financer le barrage d’Assouan, l’Egypte devint un ennemi juré d’Israël. Pour cette raison, Nasser a fini par être assassiné et remplacé par un modéré pro Américains. Entouré par des pays ennemis, Israël a cherché à se tourner vers l’Afrique pour s’assurer un espace essentiel de sa survie, briser son isolement et  construire une ceinture de sécurité. Pour contrecarrer la politique arabe en Afrique, il a noué des alliances avec des pays non arabes, il s’est rapproché de l’Ethiopie, de l’Ouganda, du Zaïre de Mobutu, du Ghana de Kwame N’krumah, du Cameroun d’Ahidjo et de Paul Biya (Israël a organisé les écoutes téléphoniques dans ce pays) et d’autres pays comme l’Iran, la Turquie et certaines minorités comme les druzes, les maronites, les Kurdes, les phalangistes au Liban, les royalistes au Yémen. Israël s’est appuyé sur l’Ethiopie (l’Erythrée était encore sous le contrôle de l’empereur Hailé Sélassié) pour sécuriser la mer Rouge et surveiller toute action subversive en provenance d’Egypte ou du Soudan. Israël a entraîné des troupes d’élite de Hailé Sélassié sur la base militaire d’Asmara gérée par les Américains. Le Soudan, qui partage avec l’Égypte une longue frontière de 716 kilomètres de côte sur la mer Rouge, a toujours constitué une source de grande inquiétude pour Israël, car sa séparation d’avec l’Egypte ne date que de 1956. Au XIXe siècle, la grande partie du territoire soudanais actuel a été annexée à l’Egypte qui fut une province de l’Empire ottomane. Le Négus déclarait appartenir au monde juif. C’est donc par l’Ethiopie, où Israël a ouvert sa première ambassade dès 1956, que l’État hébreu a pénétré les nouveaux pays africains après 1960. Israël s’est appuyé sur un argument de poids : la communauté de souffrance entre Juifs et Noirs mais les Africains ignoraient que pendant ce temps Israël composait avec la France qui est une puissance néo-coloniale et qu’il servait les intérêts des Américains dans leur lutte contre la progression du communisme en Afrique. L’Etat hébreu luttait contre les pays africains soutenus par les pays arabes.

Au lendemain de l’indépendance, le Soudan, qui est le plus grand pays d’Afrique, présente une situation particulière. La partie Nord qui gouverne le pays est composée de musulmans qui ne peuvent composer avec Israël tandis que le Sud est occupé par les Chrétiens. Devant cette réalité, Israël a décidé de soutenir les rebelles noirs et chrétiens du Sud dans le but de punir le pouvoir islamiste soudanais qui avait soutenu le camp des pays arabes durant la guerre des Six Jours. Israël a également noué des relations très étroites avec l’Ouganda, en soutenant ouvertement Idi Amin Dada qui a suivi sa formation militaire en Israël afin de surveiller le nord du Soudan de plus près à partir du Sud-Soudan. Israël s’est rapproché du Sud avec l’intention cachée de contribuer à l’éclatement du pays. L’État hébreu, qui a été rejoint par les États-Unis et la Grande-Bretagne dans son combat contre le Soudan, n’a jamais abandonné son idée de contribuer à la division du Soudan afin d’affaiblir ce pays et d’avoir un contrôle sur la partie Nord.

La guerre froide a gelé la poursuite de cette stratégie qui n’a finalement été réactivée qu’après le départ de l’URSS du continent. Le passage du pétrole soudanais entre les mains de la Chine a renforcé la conviction de faire éclater le Soudan. Israël s’est appuyé sur le soutien américain et sur les hommes de l’ombre pour faire aboutir ce projet. Les uns et les autres ont toujours pensé qu’ils ont l’obligation de lutter contre un ennemi commun : l’islamisme. Ils ont comploté ensemble pour éliminer Nasser, parce qu’il a nationalisé le canal de Suez (le 26 juillet 1956) sans l’accord des initiateurs et parce qu’il s’est retourné vers l’URSS contre les Anglo-saxons, de la même façon, ils ont coopéré ensemble pour parvenir au partage du Soudan entre le Nord musulman et le Sud chrétien.

Pour les raisons ci-dessus, les Anglo-Saxons et Israël ont exploité à fond le narcissisme des Sud-Soudanais pour les opposer aux Nord-Soudanais afin de diviser leur pays mais les Sud-Soudanais, surexcités par l’idée de devenir indépendants, ont oublié que les Anglo-Saxons et Israël travaillent pour leurs propres intérêts et jamais pour ceux des Soudanais.

Il n’y a pas que le Soudan qui est concerné par un conflit religieux dans le pays. Le même problème se pose avec acuité en Irlande entre protestants et catholique mais quelle est cette puissance qui a cherché à diviser l’Irlande pour résoudre ce conflit religieux dans ce pays ?

Le Soudan séparé, il deviendra facile de mettre la main sur son pétrole. Seulement les raffineries se trouvent au Nord du pays ! Pendant que les pays du Nord se regroupent (Union européenne, ALENA, CEI), on émiette les pays du Sud pour les affaiblir.

Il y a une communauté d’intérêt entre les États-Unis et Israël qui a mené de nombreuses actions en Afrique pour le compte de la CIA.

Après la division du Soudan, la RD Congo va-t-elle devenir le prochain point de mire, sera-t-elle la prochaine cible ?

Sources :

Fweley Diangitukwa, Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, Saint-Légier (Suisse), éditions Monde Nouvevau/Afrique Nouvelle, 2011, 236 pages ;

– Pierre Péan, Carnages. Les guerres secrètes es grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, 570 pages ;

– Charles Onana, Menaces sur le Soudan et révélations sur le procureur Ocampo. Al-Bashir et Darfour. La contre-enquête, Paris, Duboiris, 2010, 475 pages ; Ces tueurs tutsi au coeur de la tragédie congolaise, Paris, éd. Duboiris, 2009, 317 pages.

Il faut dire la vérité aux Congolais (suite et fin)

6 Mai

Veuillez d’abord écouter :

http://congojustice.org/le-conflit-au-congo-la-verite-devoilee/

Cher Compatriote Diana Joachim,

 Vous dites que je ne vous comprends pas et vous ajoutez que nous risquons de ne jamais nous comprendre. Cela est vrai parce que nous ne nous référons pas aux mêmes sources. Je vous ai déjà dit que vous vous limitez à la version officielle des faits alors que moi je vais au-delà. J’ai proposé de partager avec vous les sources externes pour l’intérêt de notre pays, mais vous refusez.

Je répète ce que j’ai déjà écrit que vous n’avez malheureusement pas retenu : AFDL, RCD-Goma et CNDP sont des créations de Paul Kagame. Si cela n’est pas compris par vous, il est inutile de poursuivre la discussion car elle deviendra rapidement oiseuse. 

Armé par le Rwanda, Joseph Kabange (Kabila) qui est issu de l’AFDL et qui a mené la guerre avec James Kabarebe contre le pouvoir de Mobutu, reste cohérent avec lui-même. Il n’a jamais mené un combat contre le RCD-Goma (il partage le pouvoir avec les membres de cette formation) ni contre le CNDP qu’il a accepté aux côtés du PPRD/AMP. Rappel : le 30 juin 2010, ce sont des soldats du CNDP qui ont assuré la sécurité à l’aéroport de N’Djili à l’arrivée de Pau Kagame.

J’ai également dit, mais vous n’avez pas retenu, qu’il y a des soldats très valeureux dans les FARDC mais le plan de guerre est souvent vendu et ils sont toujours trahis par ceux qui sont à la tête de notre Etat et qui travaillent à défendre les intérêts de Paul Kagame au Congo. La guerre dans la région Est du Congo relève d’une stratégie savamment réfléchie. Si vous lisez attentivement certaines sources du Pentagone et vous vous intéressez aux renseignements ouverts des services secrets, vous commencerez à comprendre et la lumière jaillira en vous. Vous cesserez de défendre aveuglément le pouvoir criminel de Kinshasa. Si vous ne le faites pas, rien ne changera dans vos croyances.

Vous dites : « …Les mêmes Américains envoient Museveni et Kagame faire la guerre à Kabila ». Pour votre information, les Américains ne combattent pas Joseph Kabange (Kabila) car il est l’un des leurs hommes depuis la création de l’AFDL. S’ils le combattaient vraiment, ils l’auraient chassé du pouvoir depuis longtemps avec tous les crimes qu’il a commis et qu’il commet. Ils le tolèrent parce qu’ils ont besoin de lui. Rappel : les deux seules fois que Joseph Kabange (Kabila) a critiqué les Belges (De Gucht), il revenait des Etats-Unis. Les Anglo-Saxons utilisent les trois chefs d’Etat : Museveni (qu’ils avaient aidé à combattre Obote II et Amin Dada afin de s’emparer du pouvoir en Ouganda) et Paul Kagame (qu’ils ont aidé à s’emparer du pouvoir au Rwanda avec les armes utilisées autrefois en Somalie et précédemment entreposées en Ouganda) mais aussi Joseph Kabange (qu’ils ont armé via AFDL pour chasser Mobutu du pouvoir) pour déstabiliser le Soudan et piller les ressources naturelles dans l’Est du Congo. Entre Etats, seuls les intérêts comptent. Où vont les minerais pillés dans la partie Est du Congo ? Le Rwanda et l’Ouganda n’ont pas d’usines de transformation du coltan, de la cassitérite, etc.

Vous écrivez :  » Vous comprenez cette logique vous ? ». Si vous ne la comprenez pas, moi je la comprends aisément car j’ai assez de sources à ma disposition. Il s’agit d’une guerre (secrète) de basse intensité parce que les objectifs poursuivis sont secrets. Les grandes puissances ont une tradition de piller les pays faibles de la périphérie et elles ont besoin des affidés pour agir localement.

Les Américains avaient soutenu Mobutu pour lutter contre le communisme rampant en Afrique; aujourd’hui, les Anglo-Saxons soutiennent Museveni et Kagame dans le but de trouver des alliés locaux contre le Soudan (lutte contre l’islam, contre le terrorisme et partition de ce pays). Pour récompenser le soutien reçu, Kagame a envoyé 3’300 casques bleus au Soudan (Darfour). D’où son chantage avant la sortie du rapport Mapping et le voyage du Secrétaire Général des Nations Unies à Kigali avant septembre 2010. Les mêmes Anglo-Saxons utilisent Museveni et Kagame pour s’opposer contre la présence française dans la région des Grands-Lacs. La guerre froide Est-Ouest est bien finie, l’Afrique fait maintenant face à la nouvelle guerre entre pays occidentaux pour s’approprier les ressources naturelles des pays du Sud.

Si la géopolitique vous est étrangère, arrêtons cette discussion. Je vous ai donné assez d’éléments. A vous de continuer, sinon défendez le pouvoir comme vous le faites. Mais n’oubliez pas que vous êtes Congolais et vous avez l’obligation de dire la vérité aux Congolais. Souvenez-vous de cette phrase chaque fois que vous rédigez un papier (article).

Je répète que je ne vous critique pas. Je vous demande de vous intéresser aux sources externes pour ne pas soutenir aveuglément la version officielle des faits.

Je ne suis pas « un passionné à la limite de la haine », mes collègues politologues me reconnaissent comme analyste et c’est à ce titre qu’ils m’associent à des travaux de recherche et de réflexion. L’appréciation des scientifiques me suffit.

Je vous transmets mes salutations patriotiques.

 Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com