Yoweri Museveni, Paul Kagame et Joseph Kabange (Kabila) : un itinéraire commun ?

14 Mai

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Yoweri Museveni, Paul Kagame et Joseph Kabange (Kabila) : un itinéraire commun ?

Par Dr Fweley Diangitukwa, politologue et écrivain

Yoweri Museveni est Tutsi, comme Kagame et Joseph Kabange (Kabila). Enfant, il était arrivé au Rwanda et portait un nom différent de son nom actuel. Il s’appelait Yoseri Tubuhaburwa. A High School de Mbarara, Museveni avait été remarqué par son caractère secret. Il parlait peu. Il a ensuite vécu en Tanzanie où il a étudié à l’université Dar-es-Salam. Il n’était pas très brillant « mais travaillait avec acharnement à se perfectionner » (in Pierre Péan, Carnages, Paris, Fayard, 2010, p. 222). Il avait une admiration pour Otto von Bismarck, Hitler et Ernesto Guevara (Che). En Tanzanie, il s’était mis à admirer Lénine, les leaders communistes et il dénonçait le capitalisme. Pour tous ceux qui le connaissaient pendant les années de sa jeunesse, Museveni était un marxiste. Soumis et obéissant, il réussit à s’attacher au président « Julius Nyerere (qui) fait de lui l’un de ses protégés – et plus tard, au début des années 1980, il lui fournira armes et argent pour prendre le pouvoir en Ouganda » (Ibid., p. 224). Encore étudiant, et rêvant comme Bismarck, il pensait créer un ensemble régional regroupant l’Erythrée, Ethiopie, la Somalie, le Soudan, l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et le Zaïre. « Museveni a toujours cherché à étendre son influence au-delà des frontières de l’Ouganda tracées autrefois par les puissances coloniales. Son panafricanisme n’est guère éloigné de la doctrine pangermaniste, et quand il parle du ‘rassemblement des Allemands’, il songe d’abord au concept d’espace vital (Lebensraum) qu’utilisait Hitler dans Mein Kampf pour justifier sa future politique : les premières applications furent l’annexion de l’Autriche et celle de la province tchèque des Sudètes » (Ibid., p. 220). Le Lebensraum correspond à l’espace nourricier indispensable à la vie et, dans la géopolitique allemande, il correspond à l’espace vital  ou à l’étendue du territoire sans laquelle un peuple ne pourrait s’épanouir et donner la pleine mesure de ses forces vitales (Pascal Lorot, Histoire de la Géopolitique, Paris, Economica, 1995, p. 13).  L’enseignant de Museveni à High School de Mbarara, Boniface, dit de lui qu’il « est un menteur guidé par l’intérêt personnel et non par celui de son pays, ainsi qu’un tribaliste… » (in Pierre Péan, Carnage, op. cit., p. 222). Mais avant qu’il soit expansif dans son ambition de voir l’Afrique de l’Est devenir une seule nation, « Museveni avait d’abord rêvé d’un espace qui serait le Tutsiland, lequel engloberait l’Ouganda, le Burundi et le Kivu » (Ibid., p. 221).

Pour son intérêt personnel, il rêva très tôt de renverser le président Milton Obote, installé au pouvoir depuis 1962 mais il fut déconseillé par le premier ministre du royaume Ankole, Mzee Kahigiriza, parce que cela lui aurait causé trop d’ennuis. En 1970, lorsqu’il rentra en Ouganda, il décida d’intégrer les services secrets où il rencontra de nombreux réfugiés tutsi du Rwanda qui avaient quitté leur pays après la prise du pouvoir par la majorité hutu.

Après la chute de Milton Obote, son successeur Idi Amin Dada attaque la Tanzanie pour protester contre les réfugiés ougandais qui ont choisi ce pays pour trouver refuge, Julius Nyerere réagit en déclarant la guerre contre l’Ouganda. Il s’appuie sur les réfugiés ougandais, parmi lesquels se trouve Museveni. Idi Amin fuit Kampala et se réfugie à Tripoli. Pendant la période de transition, le président Yusuf Lule nomme Museveni ministre de la Défense. Ce dernier en profite pour « installer ses compagnons, notamment tutsi, à des postes-clés de surveillance (Ibid., p. 228). Il se présente aux élections. Non seulement il n’est pas élu mais en plus il n’obtient qu’un seul siège au Parlement. 60 % reviennent à l’ancien président Milton Obote et les 40 % vont à Paul Ssemogerere. Museveni « prend le prétexte des contestations portant sur l’organisation du scrutin et des manipulations de certains résultats pour rejeter tout le processus électoral.

Il se retire alors dans le maquis et y organise l’Armée de résistance nationale (NRA) » (Ibid., p. 228). Les réfugiés tutsi, renvoyés au Rwanda par Milton Obote parce qu’ils ont collaboré avec Idi Amin Dada, rejoignent le maquis de Museveni. En 1981, il arrive au pouvoir, aidé par la Grande-Bretagne et Israël qui veulent revenir en Ouganda.

Arrivé au pouvoir, il n’oublie pas ses cousins tutsi qui l’ont soutenu dans sa conquête du pouvoir. Il fait appel à Paul Kagame et à d’autres militaires tutsi qu’il intègre officiellement dans l’armée nationale du pays. Il les aidera ensuite à s’emparer du pouvoir au Rwanda. La politique est guidée par les intérêts. Yoweri Museveni qui était un fervent admirateur du Che, de Bismarck, de Hitler, lui qui était un marxiste, a fini par séduire les Britanniques et obtenir leur protection et leur financement parce qu’il a accepté clandestinement d’être utilisé pour déstabiliser le Soudan et la région des Grands Lacs au profit des intérêts anglo-saxons. Aujourd’hui, les présidents Museveni et Kagame s’épaulent pour réaliser leur rêve d’antan : la création de la République des Volcans (Swahili Republic), un empire tutsi-hima qui englobera l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et le Kivu.

Quant aux points de ressemblance entre Yoweri Museveni, Paul Kagame et Joseph Kabange (Kabila), on retiendra que chacun d’eux a vécu à l’étranger, dans le pays de l’homme qui l’a aidé à s’emparer du pouvoir. Museveni a vécu en Tanzanie et au Rwanda, Kagame a vécu en Ouganda et Joseph Kabange (Kabila) a vécu en Tanzanie et au Rwanda. Chacun d’eux était le protégé d’un chef d’Etat avant d’émerger, de chercher à conquérir le pouvoir et d’être propulsé à la tête de l’État : Museveni était un protégé de Nyerere, Kagame de Museveni et Joseph Kabange (Kabila) était un garde du corps de Kagame avant d’être formé par James Kabarebe et de devenir un protégé de Laurent-Désiré Kabila. Chacun de trois a travaillé dans les services de renseignement : Museveni dans son pays, Kagame dans les services secrets ougandais et Joseph Kabange (Kabila) dans l’AFDL pour le compte des services secrets rwandais. Ils ont tous étaient soutenus par les réseaux anglo-saxons. Museveni et Joseph Kabange ont changé de nom et ont travaillé avec Paul Kagame. Ils sont taciturnes sur ce qu’ils font, cultivent le caractère secret de leur personne et ils sont inconstants dans leur caractère. Les trois hommes se montrent soumis et obéissants envers leurs maîtres étrangers. Ils ont reçu une assistance militaire indirecte des services secrets américains et britanniques, mais aussi des fonds financiers et des armes. C’est aux firmes transnationales anglo-saxonnes et belges qu’ils réservent exclusivement les produits de leur pillage des ressources naturelles dans l’est de la RDC. Après avoir été des admirateurs du marxiste/communisme (Museveni était marxiste dans sa jeunesse, les parents de Kagame avaient fait appel aux Soviétiques en 1956 et Joseph Kabange a suivi une très courte formation militaire en Chine). Malgré leur attachement au communisme, ils ont été approchés par le monde capitaliste pour servir ses intérêts. Ils se sont alors reconvertis au capitalisme tout en gardant des liens avec les Chinois (du moins pour Joseph Kabange). Museveni et Kagame ont été chacun ministre de la Défense et Joseph Kabange (Kabila) était patron de l’armée de terre en RDC. Ils ont tous les trois recouru à la violence pour s’emparer du pouvoir. Ils ont tous été placés au pouvoir par les réseaux tutsi du Rwanda avec l’appui des réseaux anglo-saxons. Ils sont chéris par la Banque Mondiale et le FMI, les États-Unis et la Grande-Bretagne qui déversent sur eux des flots de dollars (in Pierre Péan, Carnages, op. cit., p. 242). Les trois hommes ont des agendas cachés et seuls leurs partenaires étrangers connaissent les tenants et les aboutissants. Les trois hommes excellent dans le double langage. Il y a une grande différence entre ce qu’ils disent publiquement et ce qu’ils font en cachette. Ils ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pour lesquels ils ne sont pas poursuivis, du moins jusqu’à maintenant. Museveni (formé au Mozambique par FROLIMO de tendance marxiste), Kagame (formé aux États-Unis à Fort Leavenworth, au Kansas) et Joseph Kabange (formé sur le tas par le rwandais James Kabarebe et en Chine pendant une courte période de trois mois) sont aujourd’hui les protégés du Pentagone. Les trois hommes considèrent la RDC comme leur propre business et pour réussir leur mission, ils ont réussi à embarquer de nombreux Congolais assoiffés d’argent facile qui ne se préoccupent guère de l’intérêt général du peuple congolais.

Si Museveni est universitaire (il a un doctorat obtenu à l’université de Dar-es-Salam), Joseph Kabange (Kabila) ne l’est pas. Son curriculum vitae plein de trous est contesté par beaucoup de Congolais. Pendant combien de temps bénéficieront-ils du soutien des Anglo-Saxons ? Le président Mobutu était aussi adulé par les mêmes Anglo-Saxons parce qu’il les aidait à lutter contre le communisme mais, à la fin de la guerre froide, il a été abandonné comme une crotte de chien. Les Anglo-Saxons continueront-ils à soutenir ces trois hommes après avoir terminé leur plan au Soudan (partition du pays) et dans les Grands Lacs ? Rien n’est sûr. Wait and see. Le monde politique a toujours été guidé par les intérêts. 

Sources :

Fweley Diangitukwa, Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, Saint-Légier (Suisse), éditions Monde Nouvevau/Afrique Nouvelle, 2011, 236 pages ;

– Pierre Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, 570 pages ;

– Charles Onana, Ces tueurs tutsi au coeur de la tragédie congolaise, Paris, éd. Duboiris, 2009, 317 pages.

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