La nationalité congolaise banalisée

1 Juin

Lorsque Bisengimana était directeur de Cabinet de Mobutu, la loi sur la nationalité qu’il avait élargie aux siens fut l’acte juridique le plus important dans lequel il s’était identifié. Heureusement, les Congolais ont fini par abroger cet acte. Pourquoi Bisengimana a-t-il agi ainsi ? Pour quelle raison a-t-il accordé tant d’importance à la question de la nationalité ?

Le terme « nationalité » se trouve dans « Nation ». La nation crée la nationalité et, inversement, c’est la nationalité qui donne sens à la nation. Chaque territoire est habité par les nationaux (nationalité) et les étrangers. Pour le dire autrement, sans les nations, la nationalité n’existerait pas et inversement, sans la nationalité, les nations existeraient pas. En le disant, je voudrais inviter mes compatriotes, tant ceux du pays que ceux de l’extérieur, de se dresser contre tout individu qui banalise la question de la nationalité. Le président Laurent-Désiré Kabila l’a fait, et le résultat est excessivement atroce : Nkunda Batware, Ntaganda et consorts entrent et sortent du Congo comme ils veulent, un étranger du nom de James Kabarebe a été chef d’Etat-major de l’armée congolaise, Kagame dirige le Congo à distance, plus de six millions de morts, les femmes congolaises sont violées à l’Est, les ressources naturelles du Congo sont pillées au vu et au su de tout le monde, les Congolais sont violentés (des images insoutenables circulent sur le net), etc. Les Congolais sont aujourd’hui ridiculisés, traités de « bornés » sur la place publique, etc.

Une simple carte d’électeur a remplacé la carte pour citoyen. Pire, cette carte d’électeur a été établie sur la base d’un simple témoignage de deux témoins, sans autre vérification sérieuse. Il a suffi qu’un étranger se présente à un bureau accompagné de deux étrangers qui prétendent être Congolais et qui reconnaissent la troisième personne comme étant de nationalité congolaise. Ainsi, par un tour de passe-passe, les trois individus étrangers devenaient des Congolais. Hier, la carte pour citoyen était vendue dans les bureaux de commune comme on vend des beignets au marché, les passeports étaient vendus à quiconque présentait quelques billets verts. Aujourd’hui, des étrangers sont devenus Congolais sans suivre aucune procédure d’acquisition de notre nationalité. Certains parmi eux sont devenus des députés, d’autres sont à la tête de nos Institutions. Le Congo est tombé bas, très bas. Nous devons avoir collectivement honte et nous mettre à réparer notre grosse erreur.

La  porosité de nos frontières a été renforcée depuis la guerre menée par les troupes de l’AFDL. Depuis cette période, le Rwanda et l’Ouganda ont compris que nos frontières sont des passoires (parce que le maréchal Mobutu a détruit l’armée nationale à la fin de son règne) et qu’ils peuvent tranquillement piller nos ressources naturelles avec la complicité des puissances et des firmes transnationales qui les soutiennent. Notre humiliation est à présent totale. Nous avons perdu notre dignité en tant que nation souveraine.

A chaque étape de notre vie commune, nous devons continuellement être capables de déjouer tous les pièges que les étrangers nous tendent pour nous dominer avec la complicité de nos propres compatriotes trop cupides et trop enclins à l’argent facile. Il a toujours été ainsi depuis la colonisation du très criminel roi des Belges Léopold II qui s’était approprié, à titre personnel, ce très grand espace qui est devenu notre pays. Il massacra plus de dix millions de Congolais pour s’enrichir et enrichir sa Belgique. Le génocide qu’il a commis dans notre pays est resté impuni jusqu’à ce jour. Le matabiche pratiqué par les colons pour obtenir la collaboration et la soumission des nègres s’est mué en corruption et nous joue aujourd’hui des tours pernicieux. Nos « intellectuels » sont achetés par des moins compétents qu’eux. Ils rédigent des lois non  pas selon la volonté du peuple mais selon le désir du pouvoir tyrannique. Dans cet ordre, la Constitution a été révisée et une nouvelle loi électorale a été imposée aux Congolais. Cela a conduit aux fraudes électorales organisées par la CENI et entérinées par la Cour suprême de justice. Quel modèle de société sommes-nous en train de léguer aux générations futures ? Comment allons-nous punir les fautifs si le pouvoir étatique est lui-même à l’origine de l’impunité ? Ceci arrive dans une nation lorsque le peuple n’accorde aucune importance à l’origine (nationalité et parcours de vie) des personnes qui sont appelées à gouverner la République.

Apprenons à déjouer les stratégies des hommes et des femmes qui cherchent à occuper les postes politiques de haute responsabilité et qui tentent de nous séduire en nous faisant croire qu’ils sont effectivement des Congolais mais dont nous ne sommes pas sûrs à 100 % de leur appartenance à nationalité congolaise. Faisons très attention car il n’y a pas que les personnes à la nationalité douteuse qui trahissent le Congo. Ils sont aussi nombreux, nos propres compatriotes, devenus cupides, malléables à l’argent, qui se laissent corrompre ou qui détournent les deniers publics. Nous devons mettre la question de la nationalité, la lutte contre l’impunité et le recours à la gouvernance au centre la République. Toutes les formes d’abus et de corruption doivent être régulièrement dénoncées. C’est l’unique façon de redresser la pente.

Si un jour le peuple congolais nous confie une parcelle de responsabilité, nous mettrons de l’ordre dans la maison en matière de nationalité, en remontant les grandes familles qui habitaient à l’intérieur de notre espace national depuis l’accession du Congo à l’indépendance. L’Informatique permet un tel travail fastidieux. Personne ne sera refoulé hors du territoire à part les indésirables, ceux qui ont tué et violé et ceux qui ont trahi la République. Le Congo est immense et notre pays doit être davantage habité mais nous n’accepterons jamais des personnes qui viennent au Congo pour semer la désolation et nous ridiculiser.

Désormais, quelle que soit notre appartenance partisane (majoritaire ou minoritaire, gauche/droite ou centre), nous devons constamment être unis lorsqu’il s’agit de défendre la nationalité congolaise et les questions concernant la sécurité de notre nation.

Un lourd soupçon doit peser sur chaque individu qui traite à la légère la question de la nationalité. Nous ne devons plus accepter qu’un individu traite les Congolais avec mépris ou qu’un étranger gouverne le Congo. Que l’expérience actuelle soit la toute dernière dans la vie de notre nation !

Sur ce sujet, lire Fweley Diangitukwa, « Lettre à tous les Congolais. Savoir gouverner et servir la République », Editions Afrique Nouvelle, 2003 ; – « Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir », Saint-Légier (Suisse), Afrique Nouvelle, 2011, 236 pages.

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