Darwin et l’origine des espèces ou la sélection naturelle dans la société congolaise

12 Juin

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Quand j’étais enfant, j’aimais la biologie et la géographie parmi les cours classés dans le troisième groupe au programme scolaire. Il faut dire que les étudiants des humanités littéraires n’accordaient pas beaucoup d’importance à ces cours. Mais comme j’étais initialement destiné à faire des études scientifiques – c’est par hasard que je me retrouvais aux humanités littéraires –, je prenais en quelque sorte ma revanche en me passionnant à ces deux disciplines, et principalement à la biologie. Aujourd’hui, de tout ce que j’ai appris, je ne garde que quelques bribes. Parmi mes souvenirs, il y a cette histoire de sélection naturelle.
Le 24 novembre 1859, le naturaliste britannique, Charles Darwin, publie son livre : « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la lutte pour l’existence dans la nature ». Dès sa sortie, ce livre connaît un succès immense. Charles Darwin explique que les espèces descendent des mêmes ancêtres et qu’elles ont évolué selon le principe de la sélection naturelle. Darwin entend par « sélection naturelle » le fait que la nature choisisse les plus aptes à survivre dans leur environnement, afin d’améliorer les espèces. Ce processus naturel détermine l’évolution de chaque espèce, puisque les caractéristiques qui ont favorisé la survie sont sans cesse transmises de génération en génération.

Ce que dit Darwin se vérifie dans la vie animale et humaine. Les oiseaux de même plumage volent toujours ensemble. Il est rare sinon difficile, voire impossible, d’observer un moineau qui vole à côté d’un corbeau. Chacun tend à retrouver son espèce pour faire route ensemble. C’est donc normal que l’hirondelle et la perdrix ne volent pas souvent ensemble, même s’ils appartiennent à la race des oiseux.

La difficulté commence lorsque l’on vit dans un milieu où la confusion existe.

Un condisciple me raconta cette histoire

 La nuit, lorsque les oiseaux nocturnes volaient, ils prenaient la chauve-souris pour l’un d’eux et, la journée dans la grotte, les souris considéraient la chauve-souris comme un membre de leur espèce. Tant que la chauve-souris volait la nuit parmi les oiseaux nocturnes, il n’y avait jamais de problème. Mais, un jour, excédée par ses prouesses, la chauve-souris décida de voler en plein jour. Puis, il se posa au milieu d’autres oiseaux qui piquaient du maïs dans un champ. Pour attraper plus de graines, la chauve-souris se mit à courir comme une souris. Cela attira la curiosité des autres oiseaux qui commencèrent à la soupçonner.

D’habitude, la chauve-souris rentrait en pleine nuit dormir dans la grotte où les rats la prenaient pour un membre de leur espèce parce qu’elle courait comme eux. Un jour, pendant que les rats étaient en pleine réunion, la chauve-souris commit l’imprudence de voler. Les rats furent estomaqués. Pour avoir le cœur net, ils décidèrent de poser directement la question aux oiseaux pour savoir si la chauve-souris était leur semblable. Dès la première rencontre, les oiseaux rétorquèrent en disant aux rats : nous avons toujours voulu vous poser la question de savoir si la chauve-souris était l’un de vous. De commun accord, ils décidèrent de convoquer la chauve-souris et de la tester, séance tenante, afin qu’elle détermine son groupe d’appartenance. Sur la balance, les oiseaux mirent plus des biens d’un côté que de l’autre. Dès la première séance publique, au vu de ce qu’on lui offrait, la chauve-souris choisit son camp d’appartenance sans hésiter et sans état d’âme.

Si l’homme se découvre devant le danger, ses semblables découvrent aussi son sérieux devant un choix cornélien.

Les oiseaux volent et ne trahissent pas les autres oiseaux de leur espèce. Les rats courent et ne trahissent pas les autres rats de leur espèce. Les opposants sérieux restent dans l’opposition et ne trahissent pas la cause du peuple.

La tergiversation tue l’harmonie et la cohérence sociale

Celui qui a déjà trahi, trahira toujours, disait mon grand-père. Celui qui a déjà injurié les Congolais continuera toujours à le faire, en public ou en privé. Celui qui s’est prostitué une fois continuera. Celui qui a déjà choisi de soutenir un tyran continuera à se rapprocher de lui et à le soutenir, en public ou en privé. Chaque espèce a tendance à reconnaître les siens. La théorie de la sélection naturelle a été émise par Darwin selon laquelle « les individus les plus faibles ou les moins adaptés au milieu ont une plus faible probabilité de se reproduire par rapport aux individus adaptés. Il en résulte au fil des générations une sélection des individus adaptés et des caractères favorables à l’espèce, au détriment des autres ». De la même façon, les individus les moins cohérents sont plus aptes à trahir leurs semblables.

Avec la sélection naturelle de Darwin, on comprend la raison pour laquelle certains hommes choisissent d’être à gauche pendant que les autres vont à droite, on comprend aussi pourquoi les uns soutiennent la tyrannie et pour quelle raison les autres s’opposent. Au milieu, entre les deux camps, se trouvent des chauves-souris qui, apparemment, sont sans position mais qui, en réalité, savent clairement de quel côté ils sont ou à quel camp ils appartiennent. Quand vient le moment de choisir, ils choisissent sans état d’âme.

Une espèce de sélection naturelle s’opère à chaque étape de la vie. Une espèce de sélection naturelle s’opère aussi dans le camp de l’opposition congolaise. Ceux qui ne s’y retrouvent pas, quittent vite ce camp qui ne leur offre rien, comme un enfant qui quitte ses parents parce qu’ils sont pauvres. Doit-on avoir de la considération pour un tel enfant ?

 Demain, la République reconnaîtra les siens

 La longue crise congolaise a permis au peuple non seulement de découvrir l’origine des hommes qui habitent sur son territoire mais en plus de savoir de quel côté penche leur préférence et pour qui ils travaillent. Après avoir tant embrouillé l’esprit des Congolais, le masque finit par tomber. Oui. La sélection se fait naturellement, progressivement. Les moins cohérents suivent leur maître, sans état d’âme et ils ont des arguments pour justifier leur choix circonstanciel.

On ne sert que les intérêts de celui qui vous ressemble. Un peu à l’image des oiseaux, on ne choisit que le camp de ses semblables.

Dans notre pays, il y a des gens qui ont pris l’habitude de cultiver le flou et qui sont incapables de rester longtemps dans l’opposition et de garder une certaine cohérence dans leur prise de position. Ils ont besoin d’un poste politique pour survivre. Peu importe s’ils se contredisent. Ces personnes utilisent l’opposition pour assurer leur propre ascension. Ce qui compte pour eux, c’est le pouvoir et le pouvoir par tous les moyens, même s’il faut trahir ceux qui ont cru en eux pendant un moment. Comme un agneau, le peuple les observe agir. C’est leur tour aujourd’hui, mais demain, ce sera le tour du peuple de réagir. Et ce sera sans pitié, nous dit-on. Oui, demain, la République reconnaîtra les siens et écartera les traîtres du chemin.

Pour l’amour du Congo, nous irons jusqu’au bout sans jamais changer de camp et sans trahir. Patrice Lumumba nous tient par la main pour nous montrer le chemin.
La longue crise a servi à la République de reconnaître les siens. Tenez bon. La porte d’entrée du paradis est par ici, celle de l’enfer – choisie par les plus pressés – est par-là. Demain, il fera beau. C’est promis et nous reconstruirons la République. Sans eux.

Gardez les archives. Ne les détruisez pas, car sur cette base, ceux-là nous rendront des comptes. Demain, lorsque le soleil se lèvera. Oui, demain.

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