Nouvelle loi modifiant la CENI : une fuite en avant irresponsable

29 Avr

Nouvelle loi modifiant la CENI : une fuite en avant irresponsable

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

 Le groupe qui, après les fraudes électorales du 28 novembre 2011, s’était attribué une majorité de force et qui gouverne la République par défi, vient d’ouvrir une nouvelle page qui lui permet, par une opération de fuite en avant, de préparer les échéances prochaines. Depuis 2006, je ne cesse d’attirer l’attention de mes compatriotes afin de ne pas tomber aveuglément dans la stratégie cynique du camp dit de la « majorité présidentielle ». Depuis le règne du maréchal Mobutu, la logique est restée la même : le gouvernement ne résout pas les problèmes de fond mais préfère anticiper pour obliger l’opposition à se positionner suivant le choix qu’il lui impose. Entre 1990 et 1996, l’entêtement de la « mouvance présidentielle » sous le règne du maréchal Mobutu, le blocage de la Conférence nationale et des institutions avaient ouvert la voie à la guerre menée par l’AFDL. A-t-on déjà oublié cela ? La nouvelle loi modifiant la Céni est un piège dans lequel l’opposition ne doit pas tomber bêtement. Cette loi obéit au principe suivant : diviser pour régner.

En 2011, au lendemain des élections présidentielles, M. Joseph Kabila a parlé d’ « irrégularités » à la place des fraudes électorales. Tout le monde sait ce qui s’était passé (il est inutile d’y revenir aujourd’hui, voir les images dans le lien suivant : http://www.youtube.com/watch?v=41pUT-cSImk&feature=youtu.be). Au lieu de sanctionner ceux qui ont organisé lesdites « irrégularités » afin de garantir la paix sociale, le pouvoir actuel préfère se projeter dans le futur sans résoudre les problèmes du passé. La politique de l’impunité est très dangereuse pour la paix sociale. En effet, avec la nouvelle loi électorale, le camp du président Kabila oblige les Congolais à ne plus parler de fraudes et à se positionner désormais sur les enjeux futurs.

Cette présente loi est la première étape avant la révision de la Constitution qui conduira le Parlement à supprimer l’article qui empêche le président actuel de briguer un troisième mandat. Il faut supposer que le pouvoir s’achemine vers ce choix et les Congolais seront de nouveau surpris. Tout va certainement se décider cette année et l’année prochaine. Cette loi n’est donc qu’un début qui annonce les mauvaises couleurs.

J’invite les Congolais, qui ont déploré le recours aux fraudes électorales en 2006 et en 2011, à ne pas tomber dans le piège, à ne pas suivre la voie ainsi tracée par le pouvoir car nous nous retrouverons bientôt dans la même logique que la Céni d’avant 2011, c’est-à-dire dans une situation de déséquilibre qui, en définitive, désavantagera l’opposition et créera de nouvelles tensions auxquelles nous ne pensons pas aujourd’hui. Avant 2011, la composition de la Céni était en faveur du pouvoir. J’avais proposé, à l’époque, que les élections soient organisées par la société civile et par elle uniquement. Aujourd’hui, par un exercice de trompe-l’œil, le pouvoir intègre la société civile dans la composition de la future Commission électorale afin de faire croire à une ouverture de l’espace politique. En réalité, par ce choix, le pouvoir cherche à créer le déséquilibre qui lui sera bénéfique. Les hommes du pouvoir auront ainsi la liberté de mettre en place la stratégie à laquelle ils ont déjà réfléchi : la révision de la Constitution et les élections de 2016 avec leur même candidat ou avec un autre candidat du PPRD qui facilitera la sortie en douceur du candidat actuel. De cette façon, ce dernier ne rendra pas des compte au peuple congolais car il sera protégé par le nouvel élu.

Lisons très attentivement ce qu’a écrit le panégyriste du pouvoir :

« Constitué de 13 membres dont six issus de la majorité (avec deux postes pour le Genre), 4 de l’opposition (avec un poste pour le Genre) et 3 autres de la société civile – le bureau de la Commission est présidé par la dernière composante. Les postes de vice-président, de rapporteur-adjoint et de questeur reviennent à la majorité ; ceux de rapporteur et de questeur adjoint à l’opposition. »

 Toute la stratégie du pouvoir est contenue dans cette composition. Sur les 13 membres, il y a 6 issus de la majorité, 4 de l’opposition et 3 autres de la société civile. Avec le recours à la corruption à laquelle nous assistons depuis 2006, il faut dire que le pouvoir choisira uniquement des membres de la société civile proches de ses opinions et défendant ses choix. Cela signifie qu’en définitive, la future Commission électorale sera composée de 9 membres (6+3) pro « majorité présidentielle » et 4 de l’opposition. Que fera l’opposition dans un tel contexte ? Le camp au pouvoir mise sur ce déséquilibre pour imposer ses points de vue et orienter le futur selon  ses seules attentes, c’est-à-dire la révision de la Constitution et l’organisation de futures élections présidentielles pendant que les élections locales n’ont jamais préoccupé le pouvoir et pendant que les Sénateurs et la plupart des gouverneurs sont sans mandat. L’anarchie actuelle n’indigne pas le camp de ceux qui gouvernent la République par défi.

 Pour éviter des tensions à notre pays, je propose – car il n’est jamais trop tard pour mieux faire – que le pouvoir en place, l’opposition et la société civile ouvrent une discussion sincère sur notre futur immédiat, comme le prévoit la théorie sur la gouvernance. Autrement, il nous faut rapidement adopter la voie suisse, en acceptant tous les partis politiques au pouvoir. Le pays a aujourd’hui besoin d’une véritable conférence nationale souveraine pour nous éviter l’impasse car la politique de courte vue n’assure aucune stabilité. Au contraire, elle crée des frustrations et compromet l’avenir immédiat.

Pour ma part, j’invite les membres de l’opposition à ne pas commettre l’erreur de monter dans le train mis en marche par la « majorité présidentielle » car il est sur une mauvaise voie. Je les invite plutôt à réunir rapidement les pièces d’un autre train dans lequel ils auront la maîtrise de la direction à suivre. Un travail pédagogique auprès du peuple congolais doit être mené dans ce sens.

J’avais précédemment demandé aux députés de l’opposition de ne pas entrer dans un Parlement dans lequel leurs voix seraient inaudibles. Ils ont fait ce qui leur convenait et nous nous rendons maintenant compte qu’ils passent leur temps à assister, comme des enfants, aux décisions prises par le camp qui prétend avoir la « majorité ». Ils sont incapables de défendre les points de vue de leurs électeurs et de respecter leurs promesses électorales. Leur présence au Parlement est un passe-temps et il en sera ainsi jusqu’à la fin de cette législature. Que vont-ils dire demain auprès de leurs électeurs ?

Dans les pays qui respectent les citoyens, la commission électorale procède au recomptage des voix lorsqu’il y a des fraudes ou tout simplement lorsque les doutes sont persistants dans l’opposition. Pour quelle raison ceux qui gouvernent la République par défi n’ont-ils pas procéder ainsi ?

Tout le monde sait que la Céni a fait disparaître et a détruit de nombreuses preuves de fraudes. Au lieu de demander à l’opposition de présenter des preuves, il appartenait et appartient aux organisateurs et aux bénéficiaires desdites fraudes de présenter, par besoin de transparence, les preuves et de procéder au contrôle des voix : bureau par bureau. Sachant qu’ils sont incapables de procéder ainsi, ils accablent l’opposition de présenter lesdites preuves. N’est-ce pas un manque d’honnêteté et une preuve de cynisme de la part du pouvoir en place qui, dans sa fuite en avant, préfère promulguer une nouvelle loi ?

En droit, un procès « irrégulier » est contesté puis annulé. M. Joseph Kabila, bénéficiaire de fraudes électorales, a lui-même reconnu publiquement les « irrégularités » qui ont entaché les élections du 28 novembre 2011. Ces élections devaient être annulées dès la déclaration publique du candidat sortant. Quoi qu’il en soit, le peuple est témoin. Il parle et il parlera encore demain.

L’opposition doit choisir une nouvelle voie utile à notre pays. Elle ne doit surtout suivre ceux qui ne travaillent que pour eux-mêmes. Le but de tout homme lucide est non seulement de prédire,  de prévoir, mais aussi de prévenir. Je viens de remplir le mien.

Aux membres de l’opposition, je dis et je répète : ne tombons pas dans le piège que le pouvoir actuel nous tend car il est très dangereux pour l’avenir immédiat de notre nation.

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