Archive | décembre, 2013

Textes signés à Nairobi faisant suite aux pourparlers de Kampala. Ma réaction.

16 Déc

Par Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

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I. À la communauté internationale

Nous prenons à témoin Dieu, les Organisations internationales à travers les Nations unies, les Gouvernements et les Parlements des pays souverains du monde entier, pour dénoncer publiquement le projet de balkanisation de notre pays voulue par les États, les firmes transnationales et les lobbies qui exploitent les ressources naturelles à l’Est de la RD Congo.

Les solutions proposées aux Congolais dans chaque « Texte final » de Nairobi, sanctionnant les pourparlers de Kampala (à savoir (Déclaration du Gouvernement de la République démocratique du Congo, Déclaration sur les engagements du Mouvement du 23 Mars au terme du Dialogue de Kampala et Communiqué Final CIRGL-SADC sur les pourparlers de Kampala), sont iniques car elles n’ont pris en considération qu’une partie du problème. En intimant l’ordre au Gouvernement congolais de réintégrer les soldats du M23 dans l’armée nationale congolaise, la communauté internationale a oublié que les soldats du M23 ne sont pas tous Congolais, qu’ils ont été soutenus par le Rwanda et l’Ouganda. Les preuves de leur appartenance à ces deux pays ont été fournies par les Experts des Nations Unies dans les différents rapports qu’ils ont rédigés, notamment le Rapport Mapping. La Communauté internationale, via les Nations unies, sait que le CNDP et le M23 ont toujours été dirigés par des officiers rwandais, notamment par Laurent Nkunda Batware Mihigo qui vit tranquillement au Rwanda depuis sa fuite de l’Est de la RDC. Bosco Ntaganda est également Rwanda et c’est par le Rwanda qu’il est passé avant d’être arrêté et envoyé à la CPI (La Haye).

En remontant plus haut dans l’histoire, nous rappelons que le RCD-Goma, qui a donné naissance au CNDP et au M23, est lui-même issu de l’AFDL. Or, l’AFDL avait été créée de toutes pièces par le Rwanda de M. Paul Kagame, alors Premier ministre de ce pays, pour pourchasser les Hutus (FDLR) sur le territoire congolais. Résoudre la question du M23 revient à résoudre simultanément la question des FDLR à l’Est du Congo. Ceux-ci doivent être intégrés dans l’armée rwandaise. Résoudre la question du M23 revient à résoudre également la question des rebelles ougandais de l’ADF-Nalu, qui occupent une partie du territoire congolais. Ceux-ci doivent eux aussi être intégrés dans l’armée ougandaise. La Communauté internationale ne peut pas violer la souveraineté du Congo en s’ingérant dans les affaires intérieures de ce pays et respecter la souveraineté des pays qui sont à l’origine des conflits dans les Grands Lacs. Il s’agit là qu’un traitement inique que nous dénonçons devant Dieu, les Organisations internationales à travers les Nations unies, les Gouvernements et les Parlements des pays souverains du monde entier. Pour espérer un retour d’une paix réelle dans la région des Grands Lacs, la question des conflits doit être traitée globalement. Or, dans chaque « Texte final » signé à Nairobi, il n’y a qu’une partie du problème qui a été traitée, celle de la réintégration du M23 dans l’armée congolaise.

S’agissant du retour des réfugiés, il est plus équitable et plus juste de demander le retour de tous les réfugiés vivant dans la région, y compris les FDLR, dans leur pays d’origine, après un recensement fait par une Commission neutre afin d’éviter la création de nouveaux conflits identitaires.

Pour tous les crimes commis sur le territoire congolais, nous réclamons la mise en place rapide d’un Tribunal pénal pour le Congo, comme dans les cas de l’ex-Yougoslavie et du Rwanda.

Nous dénonçons publiquement le contenu de trois déclarations faites dernièrement à Nairobi parce que seule la présidence de la République et le Gouvernement y ont été associés. Le Parlement et la Société civile de notre pays ont été superbement ignorés. Or, le président de la RD Congo, M. Joseph Kabila, est un sujet rwandais venu au Congo dans les bagages de l’AFDL et ce dernier travaille pour la sauvegarde des intérêts rwandais, ougandais et des milieux internationaux qui l’ont placé à la tête de notre pays.

Si la Communauté internationale s’entête et impose la balkanisation du Congo par l’indifférence et/ou par la force, le traitement inique de ce dossier sera à l’origine de la Troisième Guerre mondiale car le peuple congolais dans son ensemble ne l’acceptera pas et tous les peuples soumis et dominés du monde entier s’y opposeront, en commençant par les pays africains dont la souveraineté est régulièrement bafouée par les États qui l’ont instituée.

II. Au peuple congolais dans son ensemble

Commentaire sur la Déclaration du Gouvernement de la République démocratique du Congo signée à Nairobi par M Raymond Tshibanda Ntungamulongo

[Les passages tirés du texte officiel sont en italique]

Dans le document signé par le Ministre des Affaires étrangères de la RD Congo, il est demandé en substance à l’État congolais « d’écouter le M23, d’évaluer ses doléances et de répondre à celles qui s’avéreraient légitimes ». Nulle part, dans les trois documents, il est demandé au M23 d’écouter les exigences du peuple congolais qui a subi la violence de ses armes, qui a perdu les siens, dont les femmes ont été violées, dont les biens des hommes d’affaires ont été spoliés et dont les ressources naturelles ont été sauvagement pillées pour les livrer aux firmes transnationales. Aujourd’hui, ce sont les victimes congolaises qui doivent se soumettre aux exigences du M23. Dans quel pays au monde a-t-on déjà assisté à une telle résolution des conflits ? Personne n’a osé sanctionner le M23 pour les crimes commis sur le territoire congolais pendant le temps de son occupation d’une partie du territoire national. Au contraire, le Secrétaire Général des Nations unies, Ban Ki Moon, et le président Museveni ont rappelé la demande introduite par le président Joseph Kabila « d’aider à trouver une solution politique au conflit entre le Gouvernement de la RDC et le M23 ». Cette demande du président Joseph Kabila montre clairement que la faiblesse dans le traitement du dossier vient directement de lui. Or, c’est lui qui avait autrefois retiré la plainte de la RD Congo à la CPI contre le Rwanda. Ce comportement à répétition conforte la thèse de complicité avec l’ennemi. Pour quelle raison n’a-t-il pas exigé la mise en place d’un Tribunal pénal pour le Congo que nous avons toujours réclamé ? Ce même document demande au gouvernement congolais « de faciliter le retour dans la paix des ex-combattants du M23 et à mener à bonne fin le processus de leur démobilisation ». Où vont-ils rentrer : dans les lieux mêmes où ils ont commis des crimes. Ils rentreront donc en vainqueurs puisqu’ils n’ont pas été sanctionnés. Quelle sera leur attitude vis-à-vis des autochtones et quelle sera celle des autochtones à leur égard ?

Dans ce document, il est écrit : « Le Gouvernement (congolais) s’engage à accorder l’amnistie aux membres du M23 pour faits de guerre et d’insurrection ». Si l’armée congolais a vaincu les soldats du M23, comment explique-t-on maintenant que le Gouvernement congolais s’engage à accorder l’amnistie aux membres du M23 ?

Il est également écrit : « Le Gouvernement (congolais) s’engage à répondre favorablement à une éventuelle demande des membres du M23 de se constituer en parti politique ». Avant même que le M23 n’introduise une telle demande et sans qu’on ait pris le temps de recenser ses soldats pour connaître la nature et la composition de ce groupe ainsi que l’origine de chaque soldat, l’État congolais lui déroule déjà le tapis comme cela s’était passé avec le CNDP afin que le M23 devienne un parti allié au PPRD. Une telle attitude ne décourage pas les seigneurs de guerre à prendre les armes contre l’État congolais, car l’histoire immédiate montre qu’ils sont toujours bien récompensés à la fin des pourparlers, comme cela a été le cas du RCD-Goma, du RCD-Kisangani, etc. C’est une preuve évidente qu’il y a complicité au sommet et que l’État a été mis à genou par les États voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, qui bénéficient du soutien de quelques grandes puissances occidentales et des firmes transnationales.

Quant à la question des réfugiés, le texte signé à Nairobi par notre Ministre des Affaires étrangères dit : « Le Gouvernement s’engage à œuvrer pour une mise en œuvre rapide des Accords triparties sur le rapatriement des réfugiés signés avec les États voisins et le Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés ainsi que pour la réinsertion des personnes déplacées ». Voilà ouverte la brèche qu’avait toujours cherchée le Rwanda pour verser le surplus de sa population sur l’Est du Congo. M. Joseph Kabila vient de réussir la mission qui lui avait été confiée par son mentor Kagame : la balkanisation du Congo. Non seulement il a suffisamment contribué à l’affaiblissement de l’armée nationale congolaise en plaçant des officiers rwandais dans les postes les plus stratégiques et les névralgiques, mais aussi en prenant en otage des institutions nationales. Voilà que maintenant les Rwandais, sous étiquette des réfugiés, peuvent s’introduire à l’Est du Congo en masse, librement et sans aucune formalité administrative et sans aucune inquiétude. Ce qui est pire dans tout cela, c’est le fait que « le Gouvernement (congolais) s’engage à inclure des représentants de l’ex-M23 dans la structure nationale chargée des questions des réfugiés ». En signant ce document, le Ministre des Affaires étrangères, M Raymond Tshibanda Ntungamulongo, était-il ivre ou non, avait-il subi de menaces de mort au cas où il ne le signait pas ou non ? Où sont passés son patriotisme et son nationalisme ? Pour quelle raison le Parlement congolais, après avoir pris connaissance dudit document, ne le suspend-il pas afin de le soumettre au peuple congolais ? Dans quelle logique le Gouvernement actuel nous emballe-t-il et jusqu’à quand durera ce cirque ?

Quant aux biens spoliés, extorqués, volés, pillés et détruits, une logique semblable aux questions des réfugiés est reprise dans le traitement de ce dossier. Le Gouvernement (congolais) associe les spoliateurs, les voleurs, les pilleurs et les destructeurs dans la recherche de la solution comme si l’État congolais est incapable d’établir les faits et de sanctionner les coupables. Le texte signé à Nairobi par notre Ministre des Affaires étrangères, M Raymond Tshibanda Ntungamulongo, dit : « Cette Commission sera composée de manière représentative et inclusive, compte dûment tenu des principales parties prenantes, dont des représentants de l’ex-M23 ». Nous sommes obligés de nous répéter pour dire qu’une telle attitude ne décourage pas les seigneurs de guerre à prendre les armes contre l’État congolais, car ils sont toujours bien récompensés à la fin des pourparlers comme cela a été le cas du RCD-Goma, du RCD-Kisangani, etc. C’est une preuve évidente qu’il y a complicité au sommet et que notre pays a été mis à genou par les États voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, qui bénéficient du soutien de quelques grandes puissances occidentales et des firmes transnationales.

Après avoir convoqué les concertations nationales qui n’ont servi à rien sinon à dépenser inutilement l’argent de l’État, voilà « le Gouvernement (congolais) s’engage (maintenant) à mettre en place une Commission de réconciliation nationale ». Ah si le ridicule pouvait tuer ! En tout cas seuls les laudateurs peuvent comprendre une telle logique contradictoire. La science politique que nous avons étudiée à l’Université de Genève ne nous donne pas des outils pour analyser l’incompréhensible et une telle bêtise humaine. De la même façon, « La Commission nationale de réconciliation sera constituée de personnes intègres et représentatives, sélectionnées dans le respect des principes d’équité, d’inclusion et d’égalité. Des représentants de l’ex-M23 en feront partie ». Pour le Gouvernement congolais, les soldats du M-23 qui ont mené une guerre atroce contre l’État congolais sont rapidement devenus des « personnes intègres » qui respectent les principes d’équité. Comme pour les concertations nationales où le Parlement a été dépouillé de ses fonctions et de ses responsabilités (alors que c’était son job d’organiser lesdites concertations nationales, car c’est au Parlement que l’on trouve les représentants du peuple en concertation), « La Commission nationale de réconciliation sera placée sous l’autorité suprême du Président de la République et sous la supervision du Premier Ministre ». Quel est alors le travail du Parlement : juste pour inaugurer les chrysanthèmes ? Et pour quelle raison, le président Kabila refuse-t-il d’associer le Parlement dans une question d’intérêt national ?

En tout cas, les trois documents signés à Nairobi montrent clairement que depuis la création du CNDP, la logique n’a pas changé et les revendications sont restées les mêmes. Ce n’est pas nous qui le disons mais le texte signé par notre Ministre des Affaires étrangères qui dit au point 10 : « Le Gouvernement réaffirme sa détermination à finaliser la mise en œuvre des engagements qui avaient été pris dans le cadre de l’Accord du 23 mars 2009 signé avec le CNDP et qui, tels que stipulés dans les conclusions de la réévaluation dudit Accord (voir Annexe C) n’ont pas été réalisés ou l’ont été partiellement qui sont encore d’actualité et… ».

A-t-on envoyé des Congolais de souche à Nairobi qui se soucient de la souveraineté de leur État ou des traîtres vendus à la cause défendue par les États voisins (le Rwanda et l’Ouganda) et par les puissances étrangères ? C’est à notre tour de nous interroger.

Chers Compatriotes composant le peuple congolais dans son ensemble, si vous n’avez toujours pas compris, malgré nos cris d’alarme à répétition, il est temps de prendre conscience et de réagir collectivement. Notre pays est en danger. La balkanisation est devant nos portes. Demain, il sera trop tard. À chacun de remplir son devoir patriotique. La postérité nous en sera reconnaissante.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Le 16 décembre 2013.

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Dr FU KIAU KIA BUNSEKI, mon témoignage

3 Déc

FU KIAU KIA BUNSEKI, mon témoignage

Par Fweley Diangitukwa

La RDC vient de perdre un très GRAND homme au nom de FU KIAU KIA BUNSEKI.

J’étais élève de quatrième année primaire à Kimbamba, dans le secteur de Balari, territoire de Luozi (Manianga), district des Cataractes, province du Bas-Congo, lorsque l’aîné FU KIAU KIA BUNSEKI, revenant de Kinshasa, acceptait de donner un coup de main aux élèves de sixième année parmi lesquels se trouvait mon défunt frère aîné Mumpasi Victor. Pendant une année, il eut la responsabilité de redresser le niveau des élèves de sixième année et il le fit merveilleusement bien. C’était la première fois de son histoire que Kimbamba ouvrait une sixième année. C’était en 1963.

En très peu de temps, maître FU KIAU KIA BUNSEKI s’était distingué de tous ses collègues par sa gloutonnerie livresque. Il aimait lire des journaux d’un format inhabituel qui venaient d’on ne savait exactement où mais il avait tout le temps un journal sous ses aisselles qu’il allait lire dans un lieu isolé, retiré, calme, entre deux immenses ravins (benga), non loin d’un village appelé Munzebula. Il nous impressionnait – mais je pense que j’étais le plus impressionné de tous les enfants – par sa soif de la connaissance. Entre deux immenses ravins, dans ce lieu insolite où personne n’osait descendre, il trônait là, couché sur son dos, en train d’avaler des journaux pendant des heures entières. On le trouvait là à l’aller et  on le retrouvait là au retour. Il suscitait notre admiration ou plutôt mon admiration. Et lorsqu’il nous arrivait de l’approcher timidement, il nous parlait avec douceur.

L’année suivante, il alla créer sa propre école : l’Académie de la Langue Kikôngo à Kumba. Dans un Manianga dominé exclusivement par des écoles catholiques et protestantes où les élèves se chamaillaient, se haïssaient et parfois se battaient à cause de la division religieuse leur léguée par les missionnaires catholiques belges qui méprisaient les écoles protestantes ouvertes par les missionnaires suédois, M. FU KIAU KIA BUNSEKI ouvrait une école secondaire privée. C’était une première dans le Manianga et ce n’était pas n’importe quelle école mais une académie kongolaise où l’enseignement se faisait en langues congolaises. Les élèves étaient appelés à apprendre le ki kôngo et le swahili (oui le swahili) dans le Manianga des années 1964 ! Il avait décidé de supprimer son prénom « André ». De « André Fukiau », il devenait « FU KIAU KIA BUNSEKI ». La mue était complètement faite et d’un seul tour. Longtemps avant Mobutu, il avait opéré son « recours à l’authenticité » sans tambour battant car il était un homme simple, mais profond et sage. A vrai dire, c’était lui le véritable précurseur de l’authenticité. Mobutu n’avait fait que le copier en l’imitant. En peu de temps, son école eut une telle réputation que même des étrangers s’étaient intéressés à son projet. Des Américains étaient venus chez lui dans le cadre de leurs recherches sur la culture kôngo.

Sans soutien, M. FU KIAU KIA BUNSEKI abandonna son noble projet pour aller se former aux Etats-Unis où il obtint un Doctorat ès Éducation et Développement Communautaire, à The Union Institute in Cincinnati, Ohio, USA. Il a fini son doctorat tardivement, en 1980.

Enfant, je voulais savoir qui était vraiment cet homme. J’avais donc suivi son parcours à distance en  me renseignant régulièrement sur lui à chaque fois que j’en avais l’occasion, car je voulais à tout prix l’imiter, lui ressembler, être comme lui. J’avais appris qu’il vivait à Boston mais sans aucune précision.

Devenu grand, armé de la soif de la connaissance que M. FU KIAU KIA BUNSEKI avait inoculée en moi sans le savoir, je m’inscrivais à l’université de Genève après mon graduat obtenu à l’ISP Mbanza-Ngungu et ma 1/2 licence de l’IPN. En 1995, juste après avoir obtenu ma licence en sciences économiques et sociales, mention science politique, je m’envolais pour New York avec l’intention de parfaire mon anglais et mes études aux niveaux Master et Ph.D. Dès mon arrivée à New York, j’apprenais que Dr FU KIAU KIA BUNSEKI était programmé pour donner une conférence sur la philosophie bantoue et l’art kuba au musée africain de la ville. Je ne pouvais en aucun cas rater une telle occasion. J’annulais tout pour aller à sa conférence publique. Il était le deuxième à prendre la parole. J’étais presque au ciel en l’écoutant, presque assis au milieu des anges ! A la fin de sa conférence, j’étais allé échanger brièvement avec lui, car il était abondamment sollicité ce jour-là.

Grâce à l’image qu’il avait donnée à l’enfant que j’avais été autrefois à Kimbamba, je suis devenu le produit – sinon le reflet – de sa vie. Comme lui, j’avais très tôt appris à aimer la lecture, comme lui, j’avais appris à aimer ma langue maternelle et ma province d’origine et mon pays, comme lui j’avais très tôt décidé de consacrer ma vie entière à la recherche et à l’écriture. Cet illustre homme me fascinait.

Encore à Kimbamba, le samedi, après l’école, il allait à la rencontre des vieillards, à Mutanga et dans d’autres villages, avec lesquels il restait des heures et des heures à les écouter attentivement et activement. Je  ne savais pas exactement ce qu’il faisait et ce qu’ils se disaient mais plus tard j’ai su et compris qu’il menait des recherches (des enquêtes de terrain) qui l’ont conduit à écrire « La cosmogonie Kôngo » en langue kôngo. Ce livre est vite devenu célèbre et recherché par tout Congolais qui aime son pays. M. FU KIAU KIA BUNSEKI était un chercheur né sinon un chercheur inné. Comme lui, j’avais appris très tôt à écrire, comme lui j’avais décidé de publier des livres, de pousser mes études jusqu’au doctorat que j’ai accompli tardivement comme lui, non pas à New York comme je le souhaitais mais à Genève, dans la Cité de Calvin car le coût des études était trop élevé pour moi aux Etats-Unis. Comme lui, j’ai décidé de construire une école privée dans ma région d’origine. Lui l’avait fait très jeune, moi je le fais au soir de ma vie, à 61 ans, mais l’objectif est le même. L’essentiel est d’être utile aux autres, de rendre ce que l’on a reçu et de bien remplir sa mission sur terre.

C’est donc avec la plus grande douleur que j’apprends son décès. Notre vie a un commencement et une fin. Dr FU KIAU KIA BUNSEKI a bien rempli sa mission pendant ce très court espace de vie compris entre la naissance et la mort. Il était un GRAND homme. Il était de ces hommes qui inspirent d’autres et qu’on cherche à imiter. Comme Kimpa Vita, Simon Kimbangu, Kasa-Vubu, Nzeza Landu, Diomi, l’ancien pasteur Bahelele à Nsundi-Lutete, etc., il était un exemple, un modèle, un maître et un savant. Que son âme repose en paix auprès de nos ancêtres. Je m’incline et je pleure dans mon cœur. Nous nous reverrons dans l’au-delà.

Que Dieu de Simon Kimbangu vous accueille. Ensemble, envoyez-nous d’autres maîtres à penser, d’autres modèles, d’autres libérateurs, d’autres prophètes, d’autres savants car nous en avons grandement besoin, surtout en ces temps pénibles que traverse notre République.

La RDC vous ignore car les dirigeants de ce pays n’aiment pas la culture et ceux qui s’intéressent à la culture. Je sais d’avance qu’ils ne feront rien pour immortaliser votre mémoire mais vous avez fait votre travail et vous l’avez très bien fait. C’est l’essentiel. Chapeau mon GRAND. Le temps de vous reposer est venu. Paix à votre âme.

Fweley Diangitukwa

Politologue, professeur de science politique et écrivain

www.fweley.wordpress.com

Il a écrit, entre autres :

 –         Fu Kiau Kia Bunseki, « La momification des Morts chez les Kongo, Luyalungunu lwa Kumba », Kumba, 1967(manuscrit) p.6 et 9, in Kimpianga Mahaniah, La Mort dans la Pensée Kongo, Éditions du Centre de Vulgarisation Agricole de Luozi, réimpression 1988.

 –         Fu Kiau Kia Bunseki, Mbongi/Lusanga: Une Institution Politique Traditionnelle Africaine chez les Kongo, 1990;

 –         Fu Kiau Kia Bunseki: Kindezi, The Kongo Art of Babysitting/L’Art de Bercer les Bébés chez les Kongo, 1986.