La RDC est une société bloquée. Que faire pour nous en sortir à bon compte ?

21 Fév

La RDC est une société bloquée. Que faire pour nous en sortir à bon compte ?

La RDC est une société bloquée, traversée par des crises graves depuis son l’accession à l’indépendance. Jusqu’à présent, toutes les solutions proposées n’ont été que de simulacres de changement qui n’ont eu aucun effet positif sur le destin des habitants. L’ayant constaté, que faire pour sortir le pays de l’impasse ? Après avoir tenté de changer les règles du jeu au cours de l’histoire (Conférence nationale, Sun City, Concertations nationales, etc.), ne faudrait-il pas maintenant penser à changer la nature même du jeu ?

Dans leur livre collectif, L’acteur et le système, Michel Crozier et Erhard Friedberg ont montré que « le passage du système féodal au système capitaliste ne s’est pas accompli par un simple changement des règles du jeu qui aurait donné plus de liberté au vassal face à son seigneur ou qui aurait renversé les rôles. Il s’est effectué par l’apprentissage d’un nouveau type de jeu complètement différent : ‘Le jeu capitaliste n’est pas une amélioration du jeu féodal, c’est un jeu d’une autre nature’ »[1]. C’est bien ce choix que la RDC doit maintenant opérer pour sortir des crises graves et régulières qu’elle connaît. Il ne sera plus question de lancer des rencontres semblables à celles de la Table ronde en Belgique, de la Conférence nationale à Kinshasa ou des pourparlers de Sun City en Afrique du Sud ou encore les Concertations nationales (qui ont été un fiasco total, une perte de temps et d’argent) mais de proposer de nouveaux modes originaux d’intervention et de résolution de conflits en lançant un autre processus de changement qui impliquera, non pas uniquement les acteurs politiques comme cela s’est toujours déroulé, mais tous les citoyens qui vont ensemble acter, agir et réagir, négocier et coopérer pour fonder les bases d’une République nouvelle, sinon d’une République autre car celle que nous connaissons a lamentablement échoué. Donc, pour réussir un tel pari, il ne s’agit pas de remplacer le modèle ancien par un modèle nouveau qui aurait été pensé et conçu d’avance dans un laboratoire occidental ou national par des « experts » de la politique congolaise. Il faut maintenant penser à un modèle venu d’en bas – du peuple – initié par le peuple et qui servira les intérêts du peuple. Ce modèle doit être produit par un processus collectif qui mobilisera les participants motivés à créer un autre jeu dont la mise en œuvre permettra la création d’un nouvel Etat guidé par des femmes et des hommes nouveaux et animés d’un nouvel état d’esprit. Il est possible de travailler pour la transformation des mécanismes de changement eux-mêmes et c’est en changeant ces mécanismes que nous parviendrons à changer le destin du pays. Cela passe par l’acquisition de nouveaux modes de raisonnement, de nouveaux modèles relationnels, de nouveaux rapports avec le pouvoir, de nouvelles manières de penser la politique et la chose publique, par une nouvelle manière de punir le fautif et de lutter contre l’impunité. Tous les grands changements de civilisation ont été pensés par des femmes et des hommes qui refusaient de retomber dans les travers du passé et qui ont mis en place des capacités organisationnelles ou systémiques nouvelles. Georges Duby[2] a montré dans son étude sur le haut Moyen Age occidental que « c’est à partir de la mutation des modes de rapports humains et des modes de raisonnement, passant du modèle de l’offrande et du pillage au mode du contrat, que la paysannerie occidentale s’est constituée et que le monde occidental a pu poursuivre un développement accéléré. Maintenant, il faut à la RDC non pas un changement dans le paradigme mais plutôt un changement de paradigme, afin d’entrer dans un nouveau monde, dans un autre monde qui tournera définitivement la page du passé. Il faut aider le peuple congolais à acquérir des capacités nouvelles : non seulement à raisonner et à regarder autrement le monde mais aussi de nouvelles formes d’action collective. Sur ce chemin, les théories sur l’arbre à palabres, sur la gouvernance et la démocratie participe seront d’une grande contribution. Les questions pertinentes à nous poser ne doivent pas se limiter à savoir « pourquoi changer » car nous connaissons déjà la réponse mais plutôt à « comment orienter le changement de manière à obtenir plus de sécurité, d’équité, de justice sociale, de prospérité et de garantie pour notre survie commune ».

Pour ce faire, j’invite les penseurs congolais de souche de réfléchir sérieusement et ensemble, en passant d’un processus d’adaptation stratégique de notre nation commune vers un processus de changement généralisé et continu qui conduira à la naissance d’une République autre. La RDC souffre parce que notre pays manque cruellement de leaders. Ceux que nous prenons pour de leaders ne sont pas car un vrai leader est celui qui a une vision, qui ne se tait pas pendant que le pays traverse une période trouble mais bien celui qui parle et qui montre clairement le chemin à suivre afin que les esprits des citoyens ne se troublent. Contrairement à ce que pense mon voisin d’à côté qui est prêt à citer les noms de quelques leaders, notre pays n’en a pas un. Certes il y a quelques personnes qui prétendent être des leaders mais qui, en réalité, ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier de ce qualificatif. Ceux que nous prenons pour des leaders sont plutôt des résistants qui savent contester l’ordre établi mais qui ne vont jamais plus loin ou encore des déçus du système qu’ils ont soutenu et qui cherchent maintenant à prendre leur revanche parce qu’ils ont été éjectés par le même système. Le leadership est un long processus qui doit s’appuyer sur la reconnaissance et le soutien des followers (suiveurs). On ne devient pas un leader du jour au lendemain en s’opposant simplement à un pouvoir que l’on a superbement servi. Un vrai leader montre le chemin lorsque la société est bloquée. Il ne se tait pas. Il agit en se mettant en marche afin que les autres le suivent.

Ne nous posons plus la question de savoir « comment changer » mais « comment conduire efficacement le processus de changement ». En tout cas, sans chercher à maîtriser les processus de changement, toutes nos protestations et nos revendications sans actions concrètes ne seront qu’une pieuse intention qui ne nous conduira jamais au vrai changement que nous souhaitons de vive voix et que nous attendons depuis toujours. « Sans perspective stratégique, le changement n’est qu’un discours vague et creux. C’est la stratégie qui donne sens et légitimité au changement organisationnel. Et c’est la maîtrise du changement qui donne substance et crédibilité à la stratégie »[3]. Comme on le sait, le chien qui aboie ne mord pas et celui qui mord n’aboie pas. En effet, certains parmi nous savent comment nous devons nous y prendre. Il reste à ce que nos compatriotes partagent les mêmes idées pour des actions futures plus efficaces.

Pour en savoir plus, lire  nos ouvrages, entre autres : Fweley Diangitukwa, « Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir », Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011 ; Fweley Diangitukwa & Djawed Sangdel, « Comment devenir un leader charismatique et efficace », Monde Nouveau, 2013.


[1][1] Nicole Aubert, Jean-Pierre Gruère, Jak Jabes, Hervé Laroche, Sandra Michel, Management. Aspects humains et organisationnels, Paris, PUF, 4e édition, 1991, p. 627.

[2] Georges Duby, Guerres et paysans, Paris Gallimard, 1973.

[3] Nicole Aubert, Jean-Pierre Gruère, Jak Jabes, Hervé Laroche, Sandra Michel, Management. Aspects humains et organisationnels, op. cit., p. 633.

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