Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ?

26 Juin

 

Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ?

Par Fweley Diangitukwa, le 25 juin 2014

Je suis revenu hier d’Afghanistan où je suis resté pendant deux mois pleins, c’est-à-dire du 24 avril au 24 juin. Pendant mon séjour académique, j’ai eu le privilège d’observer, en homme averti, le comportement politique des Afghans. J’avoue ouvertement que j’ai eu beaucoup d’admiration pour ce peuple qui fait preuve d’une grande maturité malgré la situation de guerre et de pauvreté qui perturbe sa vie quotidienne.

Plusieurs compatriotes ont eu à comparer le processus électoral dans le monde en le mettant en parallèle avec le cas congolais qui nous intéresse au premier chef. Dans la plupart des cas, les comparaisons étaient malheureuses parce qu’elles étaient prises dans des cas différents au lieu qu’elles se fassent dans des cas similaires. La dernière élection présidentielle en Afghanistan est, à mon avis, le cas de comparaison qui est le plus approprié parce qu’elle ressemble mieux au cas congolaise, et c’est pour plusieurs raisons.

Le pays du commandant Massoud est pauvre, comme la RD Congo, souvent classé en dernière place dans les différents classements internationaux en matière des droits humains, d’indice de développement humain (IDH), etc. Comme la RDC et plus que la RD Congo, l’Afghanistan a connu la guerre pendant plus de trente ans et il est encore en guerre, avec une présence massive des soldats étrangers. C’est un pays divisé entre tribus (ethnies) et entre provinces, entre la RD Congo.

Après la chute des talibans, à la fin de 2001, le président Hamid Karzaï a été porté au pouvoir par la communauté internationale qui l’a ensuite soutenu par l’envoi des soldats étrangers dans le pays. De la même façon, après l’assassinat de Laurent-Désiré à Kabila, le jeune président Joseph Kabila Kabange a été porté au pourvoir par la communauté internationale qui l’a ensuite soutenu par l’envoi des soldats de l’ONU dans le pays. En 2006, des soldats de l’Union européenne ont été envoyés au Congo pour assurer la sécurité pendant l’élection présidentielle. Dans le cas afghan comme dans le cas du Congo-Kinshasa, le gouvernement ne pouvait fonctionner sans le soutien extérieur et l’aide financière extérieur. Tous ces éléments permettent une comparaison facile et crédible.

Contrairement aux Congolais qui restent complaisants en matière de démocratie et de gouvernance et qui parlent plus qu’ils n’agissent, les Afghans mènent la transition vers la démocratie avec un degré de responsabilité qui force l’admiration. La Constitution afghan prévoit une élection présidentielle à deux tours et, malgré la pauvreté du pays, les Afghans ont maintenu les deux tours en conformité avec la Constitution. Le premier tour de l’élection présidentielle afghane s’est déroulé le 5 avril 2014 ; le second tour a eu lieu le 14 juin. La Constitution afghane prévoit deux mandats présidentiels qui ont été respectés par le président Hamid Karzai. Celui-ci n’a pas été éligible du fait de la limitation du nombre des mandats et il n’a pas eu l’idée de réviser la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Il faut dire qu’à chaque fois que celui-ci se trouvait un dauphin pour lui succéder, les Afghans faisaient un vide autour de lui en éliminant physiquement le favori. À la veille de l’élection, le président Hamid Karzai a trouvé un homme pour lui succéder. Il a tenté de « vendre » cet homme en utilisant quelques subterfuges, mais les Afghans ont refusé de tomber dans le piège. Zalmaï Rassoul, un proche du président Hamid Karzaï, considéré comme le candidat du pouvoir sortant, n’a obtenu que 11,5 % lors du premier tour, selon les résultats diffusés par la Commission électorale indépendante qui n’a subi aucune influence du pouvoir en place parce que le candidat du chef de l’État en exercice a été battu dès le premier tour. Deux hommes sont donc restés en lice parmi ceux qui peuvent mieux représenter l’avenir du pays et assurer son développement : l’ex-chef de la diplomatie, Dr Abdullah Abdullah (médecin), 53 ans, ancien porte-parole du commandant Massoud, arrivé largement en tête du premier tour, avec 44,9 % des suffrages exprimés et Dr Ashraf Ghani, un économiste de 65 ans et ex-cadre de la Banque mondiale, avec 31,6 % des voix. Ce sont ces deux hommes, progressistes et modérés, Afghans de souche, qui se sont affrontés au second tour du scrutin. Ils se sont engagés à lutter contre la corruption endémique et ont promis d’assurer le développement économique de leur pays dépendant de l’aide internationale (comme la RD Congo).

Le président Hamid Karzaï a beaucoup contribué à ramener la paix, il s’est investi pour ouvrir l’Afghanistan au monde et s’est efforcé de rendre la ville propre, malgré le maque de moyens financiers. Tous ces points positifs n’ont pas été évoqués pour trouver les raisons suffisantes qui justifieraient son maintien au pouvoir par l’ouverture d’un troisième mandant qui aurait débuté par la révision de la Constitution, comme d’autres chefs d’État folkloriques le font dans certaines Républiques bananières. Les Afghans ont tenu à respecter la Constitution et ont montré qu’il existe dans le pays d’autres nationalistes qui sont compétents et capables de poursuivre l’œuvre commencée par le président Karzaï. Ils ont surtout compris que le développement commence par le respect des textes juridiques et par l’alternance au pouvoir, car le pays n’appartient ni à un individu, ni à un réseau, ni à un groupe ethnique ni encore aux hommes d’une province mais au peuple tout entier. Ils respectent ainsi le sacro saint principe du pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple (président Lincoln).

Lors de la dernière élection présidentielle, ils ont montré que leurs forces militaires sont capables d’assurer la sécurité du pays. Un important dispositif de sécurité avait été mis en place dans les rues de la capitale, quadrillées par des forces afghanes déterminées à déjouer toute tentative d’attaque. Au total, quelque 400 000 soldats et policiers avaient été déployés dans tout le pays.

Le scrutin de juin marque définitivement la fin de l’ère Karzaï, au pouvoir depuis 2001. Il est le seul homme à avoir dirigé l’Afghanistan depuis la fin du régime taliban. Il va quitter le pouvoir parce que la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Les votes du second tour sont en cours de dépouillement à Kaboul. Des résultats préliminaires doivent être annoncés le 2 juillet et les résultats définitifs le 22 juillet. En tout cas, les Afghans, dans leur ensemble, montrent plus de maturité politique que les Congolais. Non seulement ils ont maintenu l’élection présidentielle à deux tours malgré le manque de moyens financiers, mais en plus, ils ont refusé une réforme de la Constitution pour ne pas ouvrir la voie à un troisième mandat au président sortant.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Afghanistan, le pouvoir sera transféré démocratiquement à un autre chef d’État. Ce pays pourra ainsi consolider progressivement la voie vers la paix et la stabilité. Un tel chemin commence par une sérieuse prise de conscience de la part des élites dans le pays.

Le cas afghan peut-il servir d’exemple ou de leçon aux Congolais ?

Pour rappel :

Le programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a publié, le rapport sur l’indice du développement humain (IDH/2011).

Ce rapport classe la RDC en dernière position sur 187 pays examinés.

L’indice du développement humain se base sur l’espérance de vie, le niveau d’éducation dont le taux d’alphabétisation et le taux brut de scolarisation et le niveau de vie.

2001 : RDC 142e sur 162 pays évalués
2002 : RDC 155e sur 173 pays évalués
2003 : RDC 167e sur 175 pays évalués
2004 : RDC 168e sur 177 pays évalués
2005 : RDC 167e sur 177 pays évalués
2006 : RDC 167e sur 177 pays évalués
2007/08 : RDC 168e sur 177 pays évalués
2009 : 176e sur 177 pays évalués
2010 : 168e sur 169 pays évalué
2011 : 187eme SUR 187 PAYS ÉVALUÉS (derrière Haïti, l’Iraq et l’Afghanistan)

En réalité, la RDC n’est pas un pays pauvre mais mal géré. Rappelons par exemple que le potentiel du secteur minier de la RDC est estimé à 24.000 milliards USD (source : “Congo the curse of coltan” New Afican Magazine, 2010).
Avec 80 millions d’hectares de terres arables, la RDC pourrait nourrir 2 milliards d’habitants (source : Food and Agriculture Organisation des Nations unies – 2008) »

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

 

Monsieur Pierre Lutumba,

En cas de doute persistant, la sagesse indique de ne pas se précipiter mais de bien réfléchir pour choisir la bonne décision et la bonne voie à suivre.
Contrairement aux fraudes électorales de 2011 en RDC où la CENI a préféré détruire une grande partie de votes des électeurs, où le chef d’Etat sortant à préférer s’autoproclamer en organisant sa « fête » loin des électeurs qui l’auraient élu plongeant ainsi le pays dans une impasse totale puis, devant l’impossibilité de gouverner le pays par défi, il s’est lancé dans la recherche d’une solution à travers les concertations nationales – solution qui tarde à venir –, l’Afghanistan a choisi la voie de la sagesse et de la patience. Le pays a procédé au re-comptage des voix pour avoir la certitude de la personne qui a réellement gagné. Les Afghans négocient maintenant âprement pour trouver la solution qui évitera une nouvelle guerre au pays. Le gagnant va-t-il gouverner seul ou proposer quelques postes au perdant ?
Entre la précipitation de la RDC qui a abouti à l’impasse et la sagesse du peuple afghan, quelle est la bonne solution ? Je repose la question : qu’est-ce que la RDC peut apprendre du cas afghan ?
J’ai eu la chance de rencontrer Monsieur Ashrat Ghani à deux reprises. Je présume qu’il sera le prochain chef d’Etat du peuple afghan. Il est très posé. Il a été professeur d’université et fonctionnaire international, ancien directeur de la Banque mondiale. Il est âgé et sage. Cela est un atout pour gouverner un Etat. Notre monde a besoin de leaders sages qui savent mesurer le degré de leurs responsabilités et prendre le recul nécessaire avant d’agir.
Mon article n’a pas été une appréciation précipitée comme vous le dites mais plutôt une appréciation réfléchie. Le long terme nous donnera la réponse sur les choix des uns et des autres.
Rappelez-vous que mon article est une question et non une proposition pour la RDC qui a déjà gâché son avenir immédiat à cause de la précipitation et de l’égoïsme.
Je vous salue patriotiquement.
Fweley Diangitukwa

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4 Réponses to “Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ?”

  1. Pierre Lutumba (@pierre_lutumba) septembre 7, 2014 à 5:46 #

    Professeur Fweley,

    Par rapport à votre article, titré: « Congolais: que pouvons aqqprendre de la dernière election présidentielle en Afghanistan? », m’ a laissé dubitatif ce jour. Les deux candidats progressistes et modérés, à savoir, Dr Abdullah et l’ économiste Ashrat Ghani, offrent un curieux spectacle. Plus ou moins quatre mois après le premier tour électoral, une confusion construite désole la communauté internationale y compris les vaillants peuples afghan.

    Est ce que ce modèle qu’il faudrait s’expirer ou juste une appréciation précipitée? Tout n’est pas modèle pour le Congo, le cas afghan ne dementirait pas. La démocratie n’est pas une longue fleuve.

    • afriquenouvelle septembre 7, 2014 à 7:12 #

      Monsieur Pierre Lutumba,

      En cas de doute persistant, la sagesse indique de ne pas se précipiter mais de bien réfléchir pour choisir la bonne décision et la bonne voie à suivre.
      Contrairement aux fraudes électorales de 2011 en RDC où la CENI a préféré détruire une grande partie de votes des électeurs, où le chef d’Etat sortant à préférer s’autoproclamer en organisant sa « fête » loin des électeurs qui l’auraient élu plongeant ainsi le pays dans une impasse totale puis, devant l’impossibilité de gouverner le pays par défi, il s’est lancé dans la recherche d’une solution à travers les concertations nationales – solution qui tarde à venir –, l’Afghanistan a choisi la voie de la sagesse et de la patience. Le pays a procédé au re-comptage des voix pour avoir la certitude de la personne qui a réellement gagné. Les Afghans négocient maintenant âprement pour trouver la solution qui évitera une nouvelle guerre au pays. Le gagnant va-t-il gouverner seul ou proposer quelques postes au perdant ?
      Entre la précipitation de la RDC qui a abouti à l’impasse et la sagesse du peuple afghan, quelle est la bonne solution ? Je repose la question : qu’est-ce que la RDC peut apprendre du cas afghan ?
      J’ai eu la chance de rencontrer Monsieur Ashrat Ghani à deux reprises. Je présume qu’il sera le prochain chef d’Etat du peuple afghan. Il est très posé. Il a été professeur d’université et fonctionnaire international, ancien directeur de la Banque mondiale. Il est âgé et sage. Cela est un atout pour gouverner un Etat. Notre monde a besoin de leaders sages qui savent mesurer le degré de leurs responsabilités et prendre le recul nécessaire avant d’agir.
      Mon article n’a pas été une appréciation précipitée comme vous le dites mais plutôt une appréciation réfléchie. Le long terme nous donnera la réponse sur les choix des uns et des autres.
      Rappelez-vous que mon article est une question et non une proposition pour la RDC qui a déjà gâché son avenir immédiat à cause de la précipitation et de l’égoïsme.
      Je vous salue patriotiquement.
      Fweley Diangitukwa

  2. @LutumbaP septembre 28, 2014 à 12:58 #

    Professeur Fweley,

    Contrairement au Congo-Kinshasa en 2011, les États-Unis ont fait pression à l’Afghanistan. Mis sous pression, le gagant l’économiste Ashraf Ghani et son rival Docteur Abdullah Abdullah ont accepté de former un gouvernement d’union nationale. C’est ainsi semble se terminer la crise électorale Afghanistane. Mais pour combien de temps cette union imposée par une puissance étrangère va-t-elle tenir?

    Cette photographie instantanée de la première transition démocratique afgane questionne. Dans votre appréciation réfléchie, vous décriez plus ou moins sévèrement la Ceni et dans une certaine mesure le gouvernement congolais sur la fraude électorale. Mais, pourquoi les USA ou les Nations-Unies n’ont pas pesé de tout leur poids lors de la crise électorale congolaise en 2011?

    La naïveté serait un reflexe national au Congo. Cette postulation m’amène à vous poser une deuxième question. J’ ai lu Diane Lamoureux (1991) dans sa publication sur le rôle des intellectuels dans le débat politique. Elle met le doigt sur la difficulté des intellectuels d’être toujours d’accord entre eux. Pensez-vous que l’intellectuation de la politique est une voie pour mieux conduire la démocratie en RDC? Si oui, que dirions-nous des sages paroles et l’harmonie de l’arbe à palabre? (Je vous vois sourrire…).

    Pour terminer, je soutiens que la configuration actuelle de la démocratie n’est pas adaptée. Trop dépendante de l’ extérieur, le Congo et son élite ont encore des défis à surmonter. Quel que soit le résultat en 2016, au vu de la conclusion électorale afgane, le gagnant et le perdant obligés à travailler ensemble, je reste dubitatif. Mais avaient-ils d’autres choix? Tout ça était pour ça? Un réel dialogue et une remise en question entre le pouvoir de Kinshasa et les opposants y compris la société civile sont déterminants pour le développement durable de la RDCongo.

    Pierre LUTUMBA

    • afriquenouvelle septembre 28, 2014 à 2:18 #

      « Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ? »

      Ma réponse au Compatriote Pierre Lutumba,

      En période de crise ouverte, la cohabitation est mieux que le refus catégorique de négocier. Sur ce, le choix afghan est plus intelligent (supérieur) que le choix congolais (inférieur). Les Afghans ont évité la crise ouverte après les élections là où le pouvoir sortant congolais a choisi l’impasse qui conduit le pays nulle part. Que des années perdues pour le Congo !
      Vous l’avez compris et vous le dites de façon voilée, en période de crise, un décideur politique ou un futur décideur politique doit écouter la voix de la sagesse. Mais le décideur peu sage choisit la violence aveugle qui, tôt ou tard, se retourne contre lui. Pensez à Samuel Doe du Liberia ou à Charles Taylor ! À la question que j’ai posée au départ : « Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ? », la réponse est maintenant claire. De l’exemple afghan, les Congolais doivent apprendre que seule la sagesse et la patience conduisent à un avenir rassurant. Après la composition d’un gouvernement d’union nationale, l’actuel président afghan, Dr Ashraf Ghani, pourra procéder, dans quelques années, à un remaniement pour imposer ses hommes, tandis que l’autre, Dr Abdullah Abdullah, pourrait utiliser cette période de transition pour affuter ses armes et préparer son avenir politique en se positionnant comme meilleur candidat lors de prochaines élections. La stratégie sert mieux les hommes sages que les hommes aveuglément violents.
      A mon avis, l’Afghanistan a tiré la leçon de ses trente ans de guerre, ce que les Congolais n’ont pas fait à cause de la bêtise des hommes qui pensent uniquement à leur courte vie (à leur ventre) au lieu de penser à l’avenir de la nation.

      Fweley Diangitukwa
      http://www.fweley.wordpress.com

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