Contre discours au discours du chef de l’Etat sur l’état de la nation

1 Jan

Aux Congolais opposés à l’ordre injuste établi dans notre pays

Chers Compatriotes,

En ce 1er jour de l’An 2015, au nom de « Le Congo en Légitime Défense » (CLD), nous vous adressons tous nos vœux de bonheur, de prospérité et d’espoir.

Nous nous adressons à vous avec la sincérité et la résolution que réclame la situation actuelle de notre pays. En ce début d’année, c’est l’occasion de nous dire la vérité, toute la vérité avec franchise, sur l’état réel de la nation. Contrairement à tout ce que racontent le Gouvernement, le Parlement et le Sénat, la situation de notre pays est critique, voire dramatique. Notre nation traverse des moments difficiles qui ressemblent à ce que nous n’avons cessé de vivre depuis 1996. L’autorité de l’État n’est toujours pas rendue effective sur l’ensemble du pays, les conditions sociales des populations ne sont pas toujours améliorées. L’État de droit est inexistant, le rôle des chefs coutumiers est toujours méconnu. Le système de rétrocession et le mécanisme national de péréquation qui assurent une répartition équitable des investissements entre les provinces sont ignorés par le Gouvernement central. La déclaration du chef de l’État sur l’état réel de la nation ne correspond pas à l’état réel. Il s’agit d’un tissu de mensonges. C’est pourquoi nous ne devons plus fermer les yeux aux conditions qui sont celles que nous vivons quotidiennement dans notre pays. Si depuis des décennies, nous avons supporté la misère sous une dictature ignoble, à partir d’aujourd’hui, nous devons faire face à notre réalité et refuser de supporter les injustices indescriptibles que nous avons vécues jusqu’à présent. Il est maintenant temps d’y mettre fin en sortant de notre peur congénitale, irraisonnée, injustifiée et inexprimable qui paralyse tous nos efforts à changer notre quotidien.

Nous invitons chaque Congolais à exprimer ouvertement son inquiétude et à se préoccuper de l’avenir du Congo qui est mis en mal par la volonté et l’indifférence de ceux qui dirigent la République. En matière de sécurité, de paix et de démocratie, rien ne va. L’Exécutif fait le travail du Législateur et le Judiciaire est sous les ordres de l’Exécutif. Il nous suffit de penser aux Concertations nationales qui ont été convoquées par le président de la République alors que ce travail est réservé au Parlement où se trouvent les représentants du peuple réunis en Assemblée. Il nous suffit de rappeler le discours du chef de l’État sur l’état de la nation. Au sommet de l’État, c’est l’anarchie et la confusion des rôles entre les trois principales institutions de la République. L’équilibre normal entre les trois pouvoirs – à savoir exécutif, législatif et judiciaire – n’est plus apte à relever la tâche âpre de reconstruction qui attend notre nation. À cause des révisions intempestives, notre système constitutionnel est devenu instable et il ne rassure plus les citoyens. Certes, le Cadre Permanent de Concertation Economique est le lieu privilégié d’échanges, entre pouvoirs publics et secteur privé, en vue de cerner, ensemble, les obstacles sur lesquels notre économie bute encore, ainsi que les pistes de solution à même de faciliter la pratique des affaires mais ce cadre est réglé par l’État seul sans associer le secteur privé et les milieux associatifs (ONG).

Comme c’est devenu une tradition, l’État congolais s’inquiète de la présence des FDLR sur le sol congolais mais pas du Rwanda et de l’Ouganda qui exécutent les plans des puissances étrangères qui organisent le pillage des ressources naturelles du Congo. Que doivent penser les Congolais et les victimes des atrocités des soldats rwandais dans les deux Kivu ?

Chers Compatriotes,

L’indifférence de nos gouvernants a mis à mal les valeurs morales qui se sont effondrées à des niveaux incroyables. La corruption est devenue maîtresse à tous les niveaux. Rien ne peut s’obtenir sa recourir à la corruption. Le chômage a augmenté de façon vertigineuse et le pouvoir d’achat a dramatiquement chuté. Les fraudes électorales sont collées dans l’agir des membres de la CEI/CENI comme une crotte de chien collée à la chaussure. Depuis 2006, il n’y a pas d’élection sans fraude. Les Sénateurs et les gouverneurs de provinces n’ont pas été élus en 2011 mais ils exercent leurs fonctions comme s’ils étaient normalement élus. C’est le règne de l’anarchie. Avoir en permanence de l’électricité et de l’eau chez soi est un luxe alors que notre pays est traversé par l’un des plus longs et denses fleuves du monde, alors que nous avons un barrage qui transporte l’électricité à l’étranger jusqu’en Afrique du Sud. Les petites et moyennes industries (PMI) et les petites et moyennes entreprises (PME) sont abandonnées à elles-mêmes. Pendant ce temps, l’État s’élance dans une politique énergétique ambitieuse et inutile car les seuls barrages d’Inga et de Zongo peuvent résoudre la demande de toutes les industries, de toutes les entreprises et de tous les foyers. Malgré cela, le Gouvernement a élaboré un programme de construction et de réhabilitation de centrales hydro-électriques, afin d’augmenter l’offre d’énergie de manière à répondre, de façon soutenue, aux besoins de croissance de la production minière. Tout l’accent est mis sur l’exportation de produits miniers et on oublie l’exportation de produits agricoles et du savoir intellectuel des Congolais. L’électrification de nos centres urbains et de nos localités devra être une priorité de futurs dirigeants du Congo. Malgré le discours officiel, les routes de desserte agricole sont partout défectueuses sinon inexistantes de sorte que les paysans ne trouvent pas de marché pour leurs produits qui pourrissent dans leurs champs. Les jeunes sont sans espoir car ils ne trouvent pas du travail. Les personnes âgées vivent dramatiquement leur vieillesse car elles n’ont pas de quoi vivre. Elles doivent dépendre de leurs enfants qui n’ont pas de travail régulier. Tout le monde fait face au dur problème de survie pendant que les membres du gouvernement, du Parlement et du Sénat ont tous les avantages. Le député a un salaire de plus de 6 mille dollars avec des avantages liés à cette fonction alors que l’infirmier, le personnel administratif et le soldat le moins gradé ont un salaire de moins de 100 dollars, alors que plus de la moitié de Congolais sont sans revenu. Nous ne pouvons soutenir ces injustices criardes et suivre les autorités politiques dans cette fausse voie. Par leur agir, elles montrent qu’elles n’ont aucune vision, or sans vision, il n’y a pas d’avenir et le peuple périt de désespoir. L’état de nos hôpitaux et des centres de santé est piteux. Ces lieux sont devenus des mouroirs. Le niveau de la formation du corps médical est très bas. Le niveau scolaire laisse à désirer car les enseignants sont non seulement mal payés mais en plus ils ne bénéficient d’aucune considération de la part des autorités politiques. Il suffit de comparer le budget réservé à l’éducation nationale avec celui réservé à la présidence de la République ou au service de renseignement pour s’en rendre compte de la place qu’occupe l’enseignement dans la pensée des dirigeants politiques de notre pays. La parité entre hommes et femmes a été promise mais jamais respectée. C’est un slogan creux car hypocrite et démagogique. La place de la femme est médiocre et le pouvoir ne fait rien pour l’améliorer. Tout son travail se limite à multiplier des déclarations sans lendemain.

Il est de notoriété publique que la confiance a déjà péri dans notre pays. Or, sans confiance, il n’y a pas de progrès. C’est bien ce qui arrive au peuple congolais. Pour cette raison, il nous faut rompre la confiance et revendiquer le respect de nos droits. Les dirigeants oublient que le bonheur ne se trouve pas dans la possession de biens matériels, dans la recherche effrénée de profits rapides et illicites mais dans le bonheur collectif, dans la réussite collective. Il nous faut mettre fin au comportement cynique et égoïste de nos dirigeants.

La composition du gouvernement dit d’union ou de cohésion nationale ne répond pas aux attentes des Congolais. À la place d’un gouvernement de cohésion nationale, on a offert aux Congolais un gouvernement de confusion nationale dans lequel les intérêts des particuliers l’emportent sur l’intérêt commun. Notre Compatriote Sakaz a écrit : « L’analyse numérique de cette équipe gouvernementale met en lumière la prédominance de certains groupes, parmi lesquels figurent des Katangais qui comptent 8 représentants et des Ressortissants de Bandundu qui alignent 7 membres. En outre, les membres de l’opposition dite républicaine et dont le chef de file n’est autre que Léon Kengo-wa-Dondo (président du Sénat) se taille aussi une part belle avec 7 membres dans cette équipe. Enfin, Il convient de souligner la montée en force de certains fidèles du parti présidentiel, tel qu’Evariste Boshab, secrétaire général du PPRD. Il y a aussi la montée de Thomas Luhaka, ancien secrétaire général du MLC et de Willy Makiashi, secrétaire permanent du Palu. Les ministères occupés par les trois personnalités ont été hissés au rang de vice-primature. »

Trois partis politiques – à savoir le PPRD, le PALU et le parti de M. Kengo – occupent la moitié du Gouvernement sur plus de 400 partis politiques qui existent en RDC. Peut-on dès lors parler de cohésion nationale ? Non. Trois provinces sur onze sont privilégiées, à savoir le Katanga, le Bandundu et le Maniema. Peut-on dès lors parler de cohésion nationale ? Non. À l’intérieur de ces provinces, certains districts sont favorisés tandis que d’autres ne le sont pas. C’est le cas de la province du Bandundu où le Kwango rafle tout et ne laisse rien à Mai-Ndombe, pour ne citer que cet exemple. Or, la province du Bandundu compte en plus le président du Parlement et, pendant tout l’exercice 2006-2011, le Gouvernement a été dirigé par deux ressortissants d’une même famille biologique de la province du Bandundu, à savoir Gizenga et son neveu Muzito. La province du Maniema compte un Premier Ministre et un vice-Premier Ministre, sans ignorer que la mère du chef de l’État (selon la version officielle) est originaire du Maniema. Dans le précédent gouvernement, la province du Katanga comptait à lui seul 10 ministres sur 36. Or, le président de la République est affiché,   comme originaire du Katanga, selon la version officielle. Le précédent et l’actuel Gouverneur de la Banque centrale sont du Katanga. Peut-on dès lors parler de cohésion nationale ? Non. Cette répartition des postes montre clairement que la RDC n’est pas dans la logique de cohésion nationale mais de distribution de postes suivant l’appartenance partisane (partis de Kabila, Gizenga, Kengo), régionale (Katanga, Maniema et Bandundu) ou selon le degré de débauchage (MLC) pour affaiblir l’opposition. Ce sont des fautes graves que les hommes d’État qui auront à diriger demain le Congo éviteront afin de privilégier l’intérêt national car la cohésion nationale vient entre autres de l’équilibre dans le partage des postes ministériels.

Chers Compatriotes,

Les injustices qui sont devenues criardes ne créent pas un sentiment de paix sociale et d’équilibre régional. Monsieur Kabila et son équipe ont volontairement créé le fléau de la division pour enflammer la haine parmi les Congolais. Nous devons résister et refuser de tomber dans son plan de balkanisation de notre pays. Les leaders régionalistes qui prôneraient l’autodétermination ou la sécession tombent, sans s’en rendre compte, dans le scénario de M. Kabila et Cie qui cherchent à mettre le Congo à feu et à sang pour justifier leur présence au pouvoir. Depuis 1996, la RDC est en guerre et c’est la guerre qui a toujours permis à M. Kabila et Cie de se maintenir au pouvoir. Ce n’est pas parce qu’un individu venu de l’extérieur sème du désordre dans la maison commune que le père, qui a âprement contribué à la construction de son foyer, doit choisir de quitter la maison commune. C’est une grosse erreur. Au contraire, il doit tout entreprendre pour aider l’anarchiste à quitter la maison afin que la paix y revienne. J’appelle les Ne Kôngo de ne pas quitter la maison commune qu’est le Congo mais de travailler pour sauver l’union qui leur permettra de jouer pleinement le rôle qu’ils ont toujours joué.

La province de Kimpa Vita, Simon Kimbangu, Nzeza Landu, Kasa-Vubu, Diomi, etc. qui sont les pionniers de l’indépendance du Congo, ne doit pas tomber dans une spirale de violence. Les Ne Kôngo ont toujours été des non-violents. Ils doivent s’appuyer sur d’autres moyens pour faire entendre leur voix. Ils ne doivent pas donner des arguments d’agir aux puissances du monde qui, en complicité avec leurs affidés locaux, veulent broyer la RDC en mille morceaux comme l’a décrit clairement François Thual dans son livre La planète émiettée. Morceler et lotir. Un nouvel art de dominer, Paris, Arléa, 2002. Les ressortissants du Kivu, de la Province Orientale et de l’Équateur ont assez souffert de l’indifférence du pouvoir, il n’est pas nécessaire de créer de nouveaux espaces de violence. Nos vaillants soldats (Mbunza Mabe, Mamadou Ndala et Cie) sont assassinés par les ennemis du Congo sans que l’État congolais ne réagisse. La frustration de ne pas avoir des ressortissants du Bas-Congo dans le présent Gouvernement doit plutôt réjouir les Ne Kôngo au lieu de s’en offusquer. Dès à présent, ils doivent se mettre à préparer des lendemains qui chantent en travaillant avec les Congolais de toutes les provinces qui refusent les injustices. Il faut inscrire la République dans l’idéal qui avait motivé Kasa-Vubu, Lumumba, Bolikango à se mettre en ensemble, malgré leur divergence, afin de sauver le Congo. Le gouvernement actuel n’est pas la fin du Congo, il n’est qu’une étape dans la longue histoire de notre nation. Il faut nous projeter dans le futur en nous appuyant sur les Congolais qui ont l’auréole d’hommes d’État afin que la République ne subisse plus les mêmes affres. Et ces hommes existent.

Plusieurs dossiers sont toujours sans réponse, parmi lesquels, il y a : les massacres de Beni restés sans réponse pour sécuriser les populations civiles en danger, le viol des femmes qui continue sans que les auteurs de ces viols soient punis, les assassinats des civils innocents. Bref, l’état de la nation congolaise est globalement négatif.

Chers Compatriotes,

Aujourd’hui, la seule chose dont nous devons avoir peur, c’est de croire que nous sommes incapables d’opérer le changement par nous-mêmes alors qu’en réalité nous en sommes très capables. Les Congolais n’ont rien perdu de leur ardeur de 1959. Il suffit de nous mettre d’accord sur l’idée de changement maintenant et sur une équipe de transition. Il faudra s’appuyer sur le peuple pour trouver le soutien nécessaire et indispensable à l’action à mener pour mettre fin à la tyrannie. Il faudra s’appuyer sur le peuple pour trouver auprès de lui la compréhension nécessaire et indispensable à l’action à mener pour mettre fin à notre misère pérenne.

Notre destin commun n’est pas de nous laisser endormir, mais de nous dresser contre les injustices, de travailler pour la paix afin de soulager nos populations de l’Est qui connaissent des massacres à répétition et des viols de femmes depuis plusieurs décennies.

À partir d’aujourd’hui, il nous faut trouver la solution de sortir la République de cette instabilité et de cette impasse en mettant hors d’état de nuire les auteurs qui sont à la base de cette situation dramatique, en empêchant de façon concrète notre tragédie. Notre nation a besoin de l’action et de l’action immédiate pour sauver notre bien commun, stimuler et réorganiser l’utilisation de nos ressources naturelles. C’est ensemble que nous devons réussir.

Pendant de longues années, nous avons mené un travail de sensibilisation pour une prise de conscience, mais jamais notre objectif ne sera atteint si nous nous limitons à ce travail, si nous nous contentons d’en parler uniquement. Il nous faut maintenant agir afin de changer notre avenir commun. Cet objectif doit devenir notre principale ligne d’attaque. Au doute et à la peur, nous devons répondre par le courage et le dévouement qui conviennent en ce moment.

Tout en lançant un appel pressant au peuple congolais à être vigilant et actif et à se prendre en charge pour assurer son avenir selon ses attentes, nous vous présentons tous nos vœux. Que 2015 soit l’année de tous nos espoirs. Que Dieu bénisse et protège notre nation, qu’Il nous guide.

Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

Président de « Le Congo en Légitime Défense » (CLD)

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