Lu pour vous : « Panama Papers »: des responsables africains impliqués

5 Avr

Par RFI Publié le 04-04-2016 Modifié le 05-04-2016 à 06:08

« Panama Papers »: des responsables africains impliqués

http://www.rfi.fr/afrique/20160404-panama-papers-evasion-fiscale-responsables-africains

 Depuis dimanche 3 avril et durant toute la semaine, un consortium de journalistes internationaux dévoile les résultats de neuf mois d’enquête sur les « Panama Papers ». Il s’agit de plus de 11 millions de documents émanant de Mossack Fonseca, une firme panaméenne chargée de créer et domicilier des sociétés basées dans des paradis fiscaux. Entre 1977 et 2015, ce sont plus de 214 000 entités offshore qui ont été créées ou administrées par la seule Mossack Fonseca, dans 21 paradis fiscaux différents et pour des clients de plus de 200 pays. Certains responsables africains figurent parmi ces derniers.

Selon l’enquête du consortium, de nombreux clients de Mossack Fonseca sont loin d’être des anonymes : célébrités, sportifs, hommes d’affaires mais aussi 140 responsables politiques issus de 50 pays. Mais contrairement à l’Europe et au Moyen-Orient, en Afrique, aucun chef d’Etat en exercice n’apparaît personnellement comme détenteur d’une société offshore.

Seul l’ancien président soudanais al-Mirghani, décédé en 2008, est directement impliqué. En revanche, on retrouve six proches de dirigeants, comme le neveu du président sud-africain Jacob Zuma, la veuve de l’ex-chef d’Etat guinéen Lansana Conté et le secrétaire particulier du roi du Maroc.Une dizaine de ministres et hauts fonctionnaires sont également cités, notamment Jaynet Désiré Kabila Kyungu, députée et sœur du président congolais, le ministre algérien de l’Industrie et des mines, Emmanuel Ndahiro, ancien directeur du renseignement rwandais ou encore Bruno Jean-Richard Itoua, ministre de la Recherche du Congo-Brazzaville.

Les journalistes soulignent qu’il existe des utilisations légitimes des sociétés offshore, même si ce type d’entité est l’un des outils privilégiés pour l’évasion fiscale. Légitimes ou non, l’existence de ces sociétés et des fonds qui leurs sont associés risque de faire couler beaucoup d’encre, notamment en cette année électorale pour la République démocratique du Congo ou en Afrique du Sud, où le président Zuma fait actuellement face à une procédure de destitution.

Rubrique : Actualité

 

Un article de Kimp (journaliste congolais)

 

Processus Panama papers : Tout finit toujours par se savoir. Des gouvernants de nombreux Etats de notre planète et spécialement ceux d’Afrique n’ont toujours pas tiré les leçons des limites des secrets bancaires. Pourtant, l’histoire immédiate et lointaine est truffée de cas malheureux de pilleurs de leurs pays, dont les comptes ont fini par être connus du grand public après la percée du mythe du secret bancaire, à la suite d’actions judiciaires, mais aussi des
pressions politiques et diplomatiques sur les banquiers. D’où, les faux secrets entretenus autour des avoirs illicites de Hailé Sélassié d’Ethiopie, Mobutu de l’ex-Zaïre, Mouamar Kadhafi d’Egypte, Hissène Habré du Tchad, Ben Ali de Tunisie, Moubarak d’Egypte, Compaoré du Burkina Faso…pour ne citer que cet échantillon, se trouvent aujourd’hui sur la place publique.

En dépit de ces mauvais exemples de gestion de la chose publique, l’Afrique est loin de sortir du cercle vicieux des dirigeants qui arrivent au pouvoir les poches vides et qui le quittent, de gré ou de force, les poches pleines. Certains, après avoir détruit économiquement leurs pays pendant des décennies et affamé leurs
compatriotes, sont désagréablement surpris de ne savoir où aller se cacher pour jouir de l’exil doré dont ils rêvaient tant durant leurs années de gloire.

Ils finissent par se rendre compte, sur le tard, que les fortunes amassées au détriment des millions de leurs frères et sœurs deviennent inaccessibles dès la perte de leurs immunités et puissance.

Comme si les tristes épisodes d’anciens hommes forts morts loin des paradis fiscaux ou en exil dans des conditions proches de la précarité ne suffisent pas, le scandale dit de « Panama papers » est là, grandeur nature. Bien qu’aujourd’hui, les noms de dirigeants africains ou des membres de leur entourage impliqués dans l’évasion des capitaux ne sortent qu’au compte- goutte, cela suffit pour décrier la culture de l’enrichissement personnel et illicite, au détriment de la
multitude.
Quand est-ce que ceux qui dirigent l’Afrique comprendront-ils que l’exercice des fonctions publiques devrait l’être au profit du bien de leurs congénères ? Quand penseront-ils bonheur collectif et travailleront-ils pour l’atteinte de pareil objectif ? Jusques à quand les peuples d’Afrique vont-ils continuer à vivre le spectre de la misère, de la famine, de l’espérance de vie précaire, des maladies, de l’analphabétisme… à cause du refus de ceux qui tiennent les rênes du
pouvoir de partager équitablement le patrimoine commun ? Si le scandale de « Panama papers » peut amener certains à méditer sur leur manière de gérer les richesses de la communauté, ce serait déjà un pas dans la voie du changement des mentalités.

Kimp

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