Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

12 Déc

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

Dura lex sed lex, disaient les Romains. « La loi est dure mais c’est la loi. » Les pays les plus stables sont ceux qui respectent les lois que les citoyens se sont données. Nous avons voulu nous donner une Constitution et quelle que soit son imperfection, nous sommes obligés de la faire respecter contre ceux qui se sont malicieusement organisés pour la violer au su et au vu de tous les Congolais et du monde entier pris à témoins.

Tout au long du règne de M. Kabila, la violence a été omniprésente. Le pouvoir a massacré, tué, assassiné. Il a laissé les soldats rwandais séropositifs violer les femmes, les filles voire les fillettes congolaises ; il a laissé les soldats rwandais intégrés dans notre armée égorger nos citoyens à Beni et ailleurs. L’horreur a atteint son comble à tel point que les images des égorgés qui sont présentes en nous nous torturent jour et nuit. Le pouvoir a organisé l’assassinat de nombreux opposants et a emprisonné des innocents au seul motif qu’ils ont librement exprimé ce qu’ils pensaient de la mauvaise manière de gérer les biens publics. Cette violence, avons-nous observé en essayant de la comprendre, a été volontairement et sciemment organisée et canalisée par ceux qui gouvernent la République afin de s’imposer au peuple et de s’enrichir rapidement et illicitement par le pillage des ressources naturelles, en travaillant en complicité avec des firmes étrangères.

Le 19 décembre 2016 sera le dernier jour de règne du président Joseph Kabila et quelle que soit sa manière de nous distraire pour garder le pouvoir, nous avons l’obligation de lui signifier que son second et dernier mandat ne pourra, en aucun cas, être prolongé car la Constitution – sur laquelle il a prêté serment – doit être scrupuleusement respectée. Si nous prenons peur et laissons M. Kabila – qui sait pertinemment bien que son mandat arrive à la fin le 19 décembre 2016 – demeurer au pouvoir après cette date, non seulement il rira sous cape en prenant les Congolais pour des naïfs mais en plus, la communauté internationale nous qualifiera des complaisants et n’appuiera plus jamais notre combat pour la démocratie. Pour ces deux raisons et surtout pour assurer un retour à la paix, à la stabilité et à l’intégrité territoriale, nous avons l’obligation de tourner la page du règne de Kabila le 19 décembre 2016 à minuit. En coupant le Rwanda de son représentant à la tête de l’État congolais, nous aurons les mains libres pour apporter la paix et la sécurité à nos compatriotes vivant à l’Est de la République.

L’ancien président Laurent-Désiré Kabila a clairement dit aux Congolais que les Rwandais qui l’ont accompagné dans sa lutte pour la « libération » – qui en réalité n’en était pas une – formaient un conglomérat d’aventuriers. M. Joseph Kabila et ceux qui ont gouverné notre pays avec lui ont donné la preuve de ce qu’avait affirmé Laurent-Désiré Kabila. Ils ont tous brillé par l’aventurisme en utilisant le pouvoir comme un butin de guerre ou un appât pour s’enrichir, à tel point que notre pays qui, potentiellement, compte parmi les nations les plus riches au monde est aujourd’hui l’un des plus pauvres, car l’argent du Congo est constamment détourné par ceux qui gouvernent notre pays. Nous avons tous lu les révélations faites par les journalistes étrangers auxquelles les gouvernants de la RDC n’ont jamais apporté un seul démenti. Souvenons-nous de l’Américain Richard Minitel qui a accusé le président Joseph Kabila de détournement et de Panama Papers qui a accusé sa tante Janet Kabila également de détournement. Voudrions-nous que ces individus poursuivent leur œuvre satanique en les tolérant encore à la tête de l’État et des institutions ? Depuis Léopold II, le Congo est considéré comme une vache à lait au service de ceux qui gouvernent notre pays[1]. Le temps de nous réapproprier le Congo est venu. C’est pourquoi nous avons l’obligation de contraindre ceux qui considèrent les Congolais comme leurs Nègres de service à quitter définitivement le pouvoir. La chute du régime actuel sera une victoire nationale sur la corruption et sur la mauvaise gouvernance. Elle sera surtout la naissance d’un nouvel espoir pour le peuple car ce régime est complètement sclérosé et ne doit pas être sauvé. Pour le dire en d’autres termes, les Congolais ne doivent pas donner à M. Kabila un instant de plus car chaque jour qui passe notre pays perd des millions à cause de la cupidité de ceux qui ont institutionnalisé la corruption et l’impunité au sommet de l’État. Il est temps de mettre fin à l’ignominie.

Tout au long de ce règne abject, j’ai multiplié des articles pour refuser les concertations nationales et le dialogue national prétendument inclusif en rappelant à mes compatriotes que ces rencontres voulues tardivement par le pouvoir servaient uniquement à nous distraire et à gagner du temps. Combien d’argent le Trésor public a-t-il sorti pour rien ? J’ai été le premier à critiquer le dialogue organisé à la Cité de l’OUA par le Togolais Edem Kodjo en qualifiant l’Accord politique de « document bon pour les archives » car cet Accord est illégal. À cette même occasion, j’ai aussi été celui qui a montré une voie de sortie en demandant un Nouveau Dialogue – inclusif cette fois – sous la direction de la CENCO afin de gagner du temps mais, prudence oblige, j’ai exigé deux conditions à la CENCO : le respect de l’article 220 de la Constitution et le respect de la résolution 2277 des Nations unies. Les articles auxquels je fais allusion sont sur mon blog : www.fweley.wordpress.com

Aujourd’hui, en tournant mon regard vers le passé, je peux me permettre de dire que j’ai toujours été sur la bonne voie car j’ai vu juste sur tous les plans. Toutes les rencontres organisées par le pouvoir n’ont abouti à rien, comme pour confirmer qu’on ne dialogue pas avec un tyran mais on l’oblige à quitter le pouvoir. Le Togolais Edem Kodjo est reparti comme il était venu, sans donné aux Congolais ce qu’ils attendaient dans le dialogue qu’il a organisé. Finalement, la sortie de la crise a été confiée à la CENCO, comme je l’ai suggéré. Nous arrivons ainsi à la fin de l’aventure de M. Joseph Kabila et Cie au Congo. Si celui-ci reste au pouvoir après le 19 décembre 2016, ce sera notre faute car, après avoir pillé nos ressources naturelles et nous avoir publiquement humiliés, les Américains, les Britanniques et les Français nous ont donné le coup de main que nous attendions d’eux. Ils ne peuvent pas se substituer à nous pour chasser M. Kabila du pouvoir. Ce travail est une responsabilité des Congolais qui veulent être indépendants et souverains. Le président Obama a fait ce qu’il pouvait et devait faire. Il nous appartient maintenant de pousser M. Kabila vers la porte de sortie car le Congo n’est pas sa propriété privée.

Je demande avec insistance aux délégués du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, qui semblent admettre le fait accompli en acceptant le glissement, de renoncer à cette prise de position car, si nous ne faisons pas respecter la Constitution, il sera difficile voire impossible d’exiger le même respect de la Constitution à l’avenir. Je leur dis : ne devenez pas ceux qui seront cités demain comme étant à l’origine du maintien au pouvoir du président sortant. Vous ne pouvez demander à la fois le départ de M. Kabila et son maintien au pouvoir. C’est une position contradictoire à laquelle je vous invite à renoncer. Il faut espérer que les délégués du Front pour le respect de la Constitution resteront intransigeants sur cette question.

Il y a dans notre pays des Congolais très compétents qui ont déjà longuement réfléchi à l’avenir du Congo et qui sont prêts à prendre les commandes de la République pour mettre en place les politiques publiques qui permettront la création des emplois décents et pour initier un développement harmonieux. Il n’est plus permis de tergiverser sur le départ de M. Kabila car la Constitution est claire.

Pour éviter toute confusion, je demande à la CENCO qui organise et dirige le présent Dialogue voulu inclusif d’agir en deux temps : (1) se prononcer rapidement et clairement, avant le 19 décembre 2016, sur le respect de l’article 220 de la Constitution et sur le respect de la Résolution 2277 de l’ONU ; (2) de réfléchir sur la transition qui suivra et qui sera dirigée sans ceux qui ont mis le Congo dans l’abîme. La CENCO doit se prononcer urgemment sur la non-reconduction du président sortant, autrement son silence sur cette question sera qualifié de complicité avec Kabila. Cette annonce doit absolument être faite avant le 16 décembre 2016 pour fixer l’esprit des Congolais qui placent actuellement leur dernier espoir sur cette église qu’ils jugent neutre et apolitique. Si elle n’agit pas dans ce sens, les fidèles et le peuple congolais concluront sans l’ombre d’un doute que la Haute hiérarchie de l’église catholique a été corrompue. Il lui sera difficile voire impossible de rétablir la confiance avec le peuple et avec ses fidèles. Elle perdra alors toute sa crédibilité comme l’église protestante qui l’a déjà perdue à cause de la position pro pouvoir de Monseigneur Marini Bondo.

Dans la recherche d’une solution appropriée à la crise qui frappe la République non démocratique du Congo, la Haute hiérarchie de l’église catholique est devant un dilemme : ou elle gagne le pari ou elle perd définitivement la face. Elle doit sauver la nation car elle a librement accepté de trouver une solution pacifique avant l’expiration du second et dernier mandat du président Kabila. Sa mission de bons offices en dirigeant le présent dialogue inclusif doit donner satisfaction au peuple qui l’observe et qui attend. Parviendra-t-elle à aboutir à un compromis politique global qui sortira notre pays de la crise actuelle ? Il faut l’espérer. En choisissant, à la dernière heure, de confier cette mission délicate de conduire le dialogue national inclusif à l’église catholique, Monsieur Joseph Kabila l’a sciemment piégée en la rendant responsable de l’anarchie qui suivra en cas d’échec. Elle a donc l’obligation de réussir or réussir cette mission revient à faire respecter l’article 220 de la Constitution.

Le président sortant a publiquement déclaré qu’« il ne se passera rien le 19 décembre 2016 ». Montrons-lui qu’il s’est lamentablement trompé et qu’il n’a pas le droit de narguer, sur leur sol, les descendants de Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Patrice Lumumba. Des jeunes Congolais ont été massacrés par le pouvoir du 19 au 23 janvier 2015 et du 19 au 20 septembre 2016 parce qu’ils voulaient voir leur pays entrer dans la démocratie. Ils ne sont pas morts pour rien. Là où ils sont, ils nous regardent et attendent notre réaction. Allons-nous ignorer leur combat en accordant une prime par le glissement à celui qui les a inutilement sacrifiés ? Soyons conscients des enjeux et de notre passé récent.

Les soldats et les policiers congolais de souche ont la responsabilité d’aider le peuple à réussir cette sortie de la tyrannie, en barrant la route aux mercenaires qui viendront à la rescousse de M. Kabila et de son régime. Ils doivent protéger les manifestants qui cherchent entre autres l’amélioration des conditions de vie des hommes en arme.

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble. Montrons que nous sommes un peuple mûr et responsable.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Le 12 décembre 2016.

[1] Nous avons donné suffisamment des preuves dans notre livre collectif, Fweley Diangitukwa (sous la direction de), Les Congolais rejettent le régime de Kabila, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2015.

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