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Que nous réservent les mois qui viennent ?

13 Juil

Que nous réservent les mois qui viennent ?

Par Fweley Diangitukwa

24 mai 2017

 L’actuel président, sans légalité et sans légitimité, n’acceptera pas que l’élection présidentielle soit organisée en décembre 2017 et il ne quittera pas le pouvoir sans être contraint par le peuple. Les scènes macabres du Kasaï s’inscrivent dans cette stratégie sordide. Par une réforme constitutionnelle, le PPRD cherchera à organiser l’élection de son autorité morale en recourant au scrutin indirect, précédé d’un référendum, c’est-à-dire en passant par le Parlement où il détient une majorité. Voilà hélas ce qui attend les Congolais si nous ne nous mobilisons pas pour changer cet ordre pprdien.

 À partir du 19 décembre 2016, la RDC est entrée dans l’impasse car la Constitution n’a pas été respectée à cause de la CENCO qui a naïvement décidé d’accorder un bonus d’une année au chef d’Etat sortant. Depuis ce choix anticonstitutionnel, la confusion règne dans notre pays. Les évêques ont voulu trouver à l’amiable une solution de sortie de l’anarchie sans se rendre compte qu’ils plongeaient le pays dans une impasse indescriptible à laquelle ils ne peuvent malheureusement pas remédier. Las d’attendre la nomination d’un Premier ministre issu de leur Accord du 31 décembre 2017, ils ont fini par abandonner le dialogue sans résoudre les dossiers clés : la nomination d’un Premier Ministre sorti du Rassemblement et le calendrier des élections.

En appelant les évêques à piloter le dialogue, le président sortant voulait gagner du temps afin de prolonger son mandat, non plus en s’appuyant sur la Constitution qui ne le lui autorisait plus mais sur un consensus basé sur une simple promesse non signée de sa main. Là, les hommes de Dieu se sont fait avoir. Proprement. Alors que nous les avons prévenus. Avec son nouveau bail gratuit d’une année, le peuple congolais a assisté, complètement médusé, à un théâtre comique, le mercredi 5 avril 2017, au cours duquel un chef d’Etat sans mandat du peuple, donc illégal et illégitime, s’est adressé aux députés sans mandat depuis la fin du mois de février 2017 – et donc eux aussi illégitimes, et aux Sénateurs sans mandat depuis 2012 – eux aussi illégitimes. Malgré cette illégalité et cette illégitimité généralisées, les gouvernants font croire aux citoyens qu’ils agissent dans un contexte légal. Cela s’appelle : « faire du théâtre sur un lieu public : une comédie burlesque ». Il leur arrive même qu’ils évoquent la Constitution [lorsque cela les arrange] qu’ils ont mise de côté en décembre 2016. Au lieu d’avancer, la République marque les pas, comme des élèves devant leur salle de classe. Quel gâchis politique !

Chers Compatriotes, celui qui se dit chef d’Etat de la RDC est sans mandat légal et sans légitimité. La promesse qu’il a reçue d’un groupe apolitique a été signée le 19 décembre 2016, c’est-à-dire 4 jours après la fin du mandat présidentiel. Cette promesse n’est donc pas constitutionnelle. Le peuple congolais ne doit pas se sentir concerné par l’accord de la CENCO qui lui a offert une année supplémentaire sans, au préalable, consulter le peuple que nous sommes. Les discours que le chef d’Etat sans mandat populaire a prononcés à l’Assemblée nationale ou ailleurs ne doivent pas intéresser les Congolais. Nous devons savoir que notre pays est juridiquement sans chef d’Etat depuis le 17 décembre 2016. Voilà pourquoi j’invite mes compatriotes Congolais de souche à ne plus utiliser les termes Excellence et Honorable, car dans la situation actuelle, le chef d’Etat, les députés et les Sénateurs sont tous hors mandat. Le gouvernement actuel n’est pas légitime car il a été formé sans s’appuyer sur un texte légal [la Constitution n’ayant pas été respectée en décembre 2016].

Il est important de dire au peuple congolais que le PPRD est dans une dynamique d’affaiblissement de l’opposition en la désorganisant. Il s’emploie à distraire l’opposition pour qu’elle ne s’occupe pas de son avenir. C’est bien ce qui a toujours motivé l’autorité morale de ce parti. C’est dans ce but que le président Joseph Kabila avait débauché les cadres dirigeants du MLC après l’incarcération de leur chef au CPI. MM. Kamitatu, Mwamba et Thomas Luhaka ont rejoint la mouvance présidentielle. Le premier nommé a fini par la quitter. C’est maintenant au tour de l’UDPS d’être dépecée. L’opération devient facile car M. Étienne Tshisekedi qui était la référence du parti n’est plus de ce monde. Connaissant la légèreté des Congolais et leur amour de l’argent facile par la corruption, le chef d’Etat sans mandat électif débauche maintenant sans état d’âme dans la famille politique de l’UDPS pour semer le désordre et gagner davantage du temps. Le choix de Samy Badibanga et de Bruno Tshibala entre dans la stratégie de distraire l’opposition afin qu’elle ne s’organise pas et ne prépare pas les échéances futures, notamment les élections à tous les niveaux qui n’auront pas lieu en décembre 2017, contrairement au discours officiel. En passant leur temps à se quereller et à attendre d’être nommés par celui qui n’a plus de mandat électif et qui n’est plus constitutionnellement chef d’Etat, les opposants perdent leur chance de gagner les élections futures qui seront, du reste, maquillées si elles ont lieu. En effet, le but principal du PPRD est de distraire continuellement l’opposition en la poussant à passer son temps à protester alors que, pendant ce même temps, le PPRD prépare les prochaines échéances avec l’argent du Trésor public, c’est-à-dire en utilisant les moyens de l’Etat. Les membres de ce parti mènent la propagande à la télévision nationale au vu et au su de tout le monde, pour leur maintien au pouvoir. Il me semble que l’opposition ne voit pas le côté nuisible de cette stratégie pourtant bien visible. À qui appartient la télévision nationale ? Aux seuls membres du PPRD ? Devant un tel scénario macabre, l’opposition qui bénéficie du soutien du peuple doit se distinguer par une contre stratégie qui lui permettra de mettre fin au cynisme actuel. Le pouvoir actuel s’appuie sur les rapports de force qui lui sont favorables car l’armée congolaise a été désarmée au profit des milices présidentielles soutenues par le Rwanda et l’Ouganda. Les moyens financiers sont entre les mains de caciques du régime et ceux qui sont dans l’opposition n’ont rien pour agir et imposer l’alternance au pouvoir.

L’évolution politique dans notre pays montre que l’élection présidentielle n’aura pas lieu en décembre 2017, contrairement à la promesse de la CENCO. Le drame qui se passe dans le Kasaï s’inscrit dans cet objectif. La CENI trouve dans ce désordre affreux le prétexte de ne pas continuer le recensement dans cette province afin de justifier, dans une étape ultime, l’impossibilité d’organiser les élections parlementaires sinon l’élection présidentielle en décembre de cette année [nous l’avons affirmé anticipativement en mai de cette année avant que M. Nangaa ne s’exprime publiquement dans ce même sens].

Après avoir trompé le peuple en 2006 et en 2011, le chef d’Etat sans mandat cherche une autre solution pour se maintenir au pouvoir. Comme il ne peut plus se représenter à un troisième mandat ni organiser de nouvelles concertations nationales ou un nouveau dialogue national, il cherche une autre solution plus douce et plus rassurante. Il me semble que son élection au Parlement par les députés corrompus l’emporte sur les autres scénarios. Vu sous cet angle, il est probable qu’il encourage une élection au suffrage universel indirect en forçant la révision de la Constitution ou en organisant un référendum afin qu’il soit élu au Parlement où il détient déjà une majorité. C’est pour contrer cette stratégie que j’ai affiché, il y a quelques mois, un articlé que j’ai précédemment publié et dans lequel je dis clairement que les Etats unitaires organisent les élections au suffrage universel (scrutin direct) pour permettre au chef d’Etat élu d’avoir une majorité au niveau national et une légitimité populaire  alors qu’il est juridiquement admis que le chef d’Etat soit élu par les députés au Parlement (scrutin indirect) dans les Etats fédéraux. La RDC n’étant pas un Etat fédéral mais unitaire, l’élection présidentielle au suffrage universel direct s’impose. Donc, l’idée d’organiser un référendum sert à autoriser l’actuel chef d’Etat, sans légalité et sans légitimité, à demeurer encore au pouvoir par la voie du scrutin indirect. Nous sommes tous avertis. Comme la Constitution a été mise à l’écart en décembre 2016, ceux qui dirigent notre pays sans mandat n’ont pas le droit d’évoquer cette même Constitution pour organiser un référendum qui conduira au choix du scrutin indirect. Comme ce sont des hommes immoraux, imbus d’eux-mêmes et faibles à l’argent qui sont à la tête de la République, ils sont capables de forcer la note au mépris du peuple en s’appuyant sur les rapports de force en leur faveur. D’où la nécessité que le peuple s’appuie, à son tour, sur le nombre (plus de 70 millions) pour imposer l’alternance. Une minorité gouvernementale sans légitimité ne peut pas s’imposer à une majorité détentrice de la souveraineté populaire. M. Joseph Kabila ne doit pas se moquer du peuple indéfiniment.

En guise de rappel, l’anarchie que nous vivons actuellement ressemble à celle des années 1990, après la Conférence nationale non souveraine. Dans l’intention de bloquer l’alternance démocratique, le maréchal Mobutu a procédé au débauchage des acteurs de l’opposition en les nommant au poste de Premier Ministre sans respecter ce qui a été décidé à la conférence nationale. C’est bien ce que fait l’actuel chef d’Etat sans mandat. On se souvient de la nomination de MM. Birindwa, Mungul Diaka, etc. Ces nominations anarchiques s’inscrivaient dans la volonté de gagner du temps, comme cela se passe actuellement. S’il n’y avait pas eu l’AFDL avec son lot de Rwandais, les Congolais auraient souffert pendant longtemps car, le but de Mobutu était de mourir au pouvoir et de laisser sa place aux ressortissants de son ethnie ngbandi majoritaires dans le MPR, dans l’armée et la DSP. Si vous remplacez les Ngbandi par les Rwandais, vous obtiendrez le même résultat. Nous ne pouvons plus être naïfs une seconde fois.

Pour toutes ces raisons, je demande aux membres de l’opposition de ne pas s’attendre à ce que l’un de leurs soit nommé Premier Ministre par un chef d’Etat illégal et illégitime (car c’est un non-sens écœurant) qui, de plus, n’a jamais respecté ses promesses. La conservation du pouvoir – quel qu’en soit le prix – est sa seule ambition. Préparons-nous autrement pour assurer la transition avec un personnel politique autre que celui qui a trahi la nation en acceptant de composer avec un chef d’Etat sans mandat populaire.

Depuis son arrivée au Congo dans les bagages de l’AFDL, Monsieur Joseph Kabila a toujours pensé que les Congolais sont incapables de se libérer par eux-mêmes, car, ne cesse-t-il de dire, sans les Rwandais, les Zaïrois seraient encore sous la domination du MPR. Nous avons l’obligation de démentir cela et de lui prouver que nous voulons avoir des dirigeants qui participent au développement de notre pays et pas ceux qui utilisent le pouvoir pour leur enrichissement personnel.

En tout cas, M. Bruno Tshibala n’a pas les mains libres et ne gouverne pas le pays. Il est malheureusement devenu un otage au service de celui qui l’a nommé à la Primature. S’il n’a pas obtenu la possibilité de composer librement son gouvernement, que pourra-t-il faire d’autre, à part se contenter de son salaire ? D’un côté le pouvoir nomme des ressortissants du Kasaï à la Primature et de l’autre le même pouvoir tue sans répit dans leur province d’origine. Quel cynisme !

Peuple congolais, préparons-nous car les mois qui viennent seront incertains, voire très incertains.

 

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Dernière publication : « Comment mettre fin à une dictature solidement installée », Paris, éditions L’Harmattan, février 2017.

Recours en annulution de nouveaux Gouverneur de provinces

26 Avr

Recours en annulation de nouveaux Gouverneurs

L’apprentissage de l’État de droit commence par le respect de la Constitution. Or, les dernières élections des Gouverneurs n’ont pas respecté la Loi Fondamentale dans la mesure où ils ont été élus par des députés provinciaux qui fonctionnent sans mandat électif depuis 2012. Ces élections constituent désormais un précédent fâcheux qui doit être rapidement corrigé car elles établissent une illégalité constitutionnelle qui aura des conséquentes négatives que les citoyens-électeurs ne pourront plus corriger, dans la mesure où ces nouveaux Gouverneurs ont été élus illégalement par des députés provinciaux sans légitimité depuis 2012 et ceux-ci éliront les Sénateurs qui, à leur tour, seront illégaux. Notre République aura ainsi, à tous les niveaux, des institutions dirigées par des « élus » illégaux.

Pour éviter que la chaîne de l’illégalité ne s’installe définitivement dans le fonctionnement de nos institutions, je demande aux partis politiques de l’opposition d’introduire à la Cour Constitutionnelle un recours en annulation de tous les nouveaux Gouverneurs ainsi que la suppression de la CENI qui n’a pas respecté la Constitution dans l’organisation de ce scrutin.

Avec les élections provinciales, la CENI a clairement montré sa partialité et son manque de neutralité vis-à-vis de la mouvance présidentielle (PPRD et alliés). Comme elle ne peut plus garantir la transparence nécessaire pour les élections futures, elle doit être dissoute et remplacée par une CENI composée de Congolais qui ont une moralité « saine ». La nouvelle CENI devra fonctionner sur une répartition équitable (égalité de voix) entre la majorité, l’opposition et la société civile.

Qu’un groupe de juristes chevronnés rédigent un recours en annulation et qu’il l’introduise rapidement à la Cour constitutionnelle. Même si on suppose que la réponse de cette Cour est connue d’avance, il est nécessaire de la pousser au ridicule en montrant publiquement sa partialité et son manque de neutralité, comme dans le cas de la CENI.

À l’avenir, il sera nécessaire d’initier une loi au Parlement pour que les Gouverneurs de provinces soient élus au suffrage universel direct par les habitants de chaque province afin que chaque Gouverneur gouverne selon les promesses qu’il aura tenues pendant la campagne électorale et afin qu’il ait des comptes à rendre à ses électeurs.

Notre République doit renaître. Les rares Congolais qui ont encore le sens de la res publica et de l’honneur doivent agir en rétablissant l’ordre car l’anarchie est totale. Que les juristes de l’opposition rédigent ce recours en annulation et l’introduisent rapidement à la Cour constitutionnelle car il faut sauver la République en perdition. Notre pays est devenu une République dirigée par des illégaux.

Dès le départ du régime actuel du pouvoir, il faudra supprimer la CENI et confier l’organisation des élections au Ministère de l’Intérieur, comme cela se passe dans une République normale, respectueuse des institutions et de ses citoyens. Le maintien de la CENI entraîne des dépenses inutiles à l’Etat.

Agissons positivement pour l’amour de notre République.

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

Publié via l’Internet Mercredi 20 avril 2016 à 14h38’

 

Est-il vraiment nécessaire de dialoguer avec une dictature ? (suite)

8 Fév

Cher compatriote Cyrille Lungudi,

Je vous remercie infiniment pour la lecture que vous avez faite de mon texte et la réponse que vous y avez réservée. Permettez-moi de préciser rapidement quelques points que je juge importants.

Il est vrai qu’en relations internationales et dans le domaine militaire, il y a cette expression : « combattre et négocier en même temps ». Mais vous avez omis de préciser qu’il y a toute une méthodologie qui accompagne ce choix et cela date de la fin du VIe siècle av. J.-C., du temps de Sun Bin, Sun Zi ou Sun Tzu[1]. Tous les manuels classiques traitant de la stratégie le précisent, entre autres le Traité de stratégie de Hervé Coutau-Bégarie[2]. Il ne s’agit donc de faire une distinction rapide et superficielle entre l’intelligence de ceux qui choisissent le « Fight and Talk » et la naïveté de ceux qui choisissent le « Fight or Talk ». C’est plus complexe que cela. C’est ma première précision.

Toujours en relations internationales, il est également dit qu’il ne faut jamais aller à une négociation en position de faiblesse. C’est pour cette raison que les parties qui vont à un dialogue font toujours un effort de gagner du terrain avant la rencontre afin de faire valoir leur position. Ce ne sont donc pas les acteurs qui font la différence mais plutôt les rapports de force entre acteurs qui font la différence. La partie qui est faible avant une négociation perd souvent à cause du manque de ce « faire-valoir » qui lui fait défaut au profit de la partie forte qui lui impose ses choix.

Les acteurs qui vont négocier ont des stratégies et des objectifs. Ce n’est pas parce que les émissaires de l’ONU demandent d’aller négocier qu’il faut accepter à tout prix. Les bons stratèges évaluent avant de décider entre aller et ne pas aller, car les émissaires de l’ONU poursuivent eux aussi leur propre objectif.

En Ukraine, Poutine s’est  trouvé en position de force car il y a des Russes nés en Ukraine qui vivent dans ce pays et la Russie a une obligation morale de les protéger [attention, je commente simplement, je ne prends pas position]. Il y a aussi la proximité entre les deux pays qui ont un passé commun. Nous ne pouvons pas oublier tout le passé historique entre les deux pays.

Kabila a accepté de négocier avec M23 parce que ce mouvement  a réussi à occuper durablement une partie du territoire congolais et les FARDC ne parvenaient pas à le déloger. Cette situation est semblable à ce qui s’était passé à Sun City où le RCD-Goma et le MLC étaient en position de force. Je réaffirme qu’il faut accepter de négocier lorsqu’on est en position de force.

Faisons la différence entre « intermédiaire » et « négociateur ». Un négociateur reçoit une mission et une autorisation officielle.

La photo qui accompagne votre réponse affichant les deux chefs d’Etat agresseurs de notre pays avec  le président de la RD Congo est, à mon avis, mal placée car elle rappelle de très mauvais souvenirs au Congolais que je suis. Vous avez certainement voulu provoquer. Depuis le temps que Monsieur Joseph Kabila rencontre les deux agresseurs de notre pays, s’il savait négocier et s’il préparait le Congo à être dans des rapports de force avantageux avant la négociation, notre histoire serait différente. Hélas !

Vous qualifiez à juste titre les négociations de Kampala d’ « humiliantes » et de « triste mémoire » parce que le Congo s’y est rendu en position de faiblesse et tout nous a été imposé. Le ministre Raymond Tshibanda a signé comme s’il était dans un état d’ivresse totale. Le cas précis de Kampala confirme ce que j’ai dit plus haut : « il ne faut jamais aller à une négociation en position de faiblesse ».

Dans la photo, le président Joseph Kabila est le seul qui a exprimé toute sa joie en public alors que le Congo qu’il a représenté à cette rencontre a perdu plus de 8 millions de morts et des milliers de femmes ont  été violées. Il n’y avait aucune raison de montrer toutes ses dents en public. Il aurait dû plutôt exprimer la fermeté et la détermination. Pourquoi les deux autres présidents n’ont-ils pas ri comme lui. Devant le photographe, se souvenait-il encore qu’il représentait un pays agressé par les deux autres présidents assis à ses côtés ? Ce jour-là, son attitude a frisé l’irresponsabilité. Pire, on l’a vu sur une autre photo esquissant des pas de danse devant les mêmes  deux chefs d’Etat des pays agresseurs du Congo. Et, c’est cette photo que vous avez choisie. Je trouve cela très choquant et regrettable.

 

Il est tout à fait normal qu’ « après une éclatante victoire militaire, le vainqueur sente encore le besoin du « Talk » (signature des accords de paix, armistice, etc.) pour… consolider la paix » parce qu’il est en position de vainqueur.  J’ai beaucoup de respect pour les FARDC car elles comptent dans ses rangs des soldats de grande valeur, mais il faut reconnaître que le M23 a été chassé avec le concours de la MONUSCO.

Le dialogue dont nous parlons n’est pas convoqué par la communauté internationale ni par les partis dans l’opposition mais par le chef de l’Etat sortant qui a utilisé la violence en 2006 contre Jean-Pierre Bemba et en 2011 contre Etienne Tshisekedi. Qui vous dit qu’il n’utilisera pas la même violence à l’issue du dialogue si les conclusions lui sont défavorables. Nous ne pouvons pas agir en ignorant le passé récent.

Notre pays à connu plus de 8 millions de mort.  On ne peut pas « liquider vite le sujet et passer rapidement aux vraies affaires : les élections! », comme vous le dites. Vous êtes trop expéditif, à mon avis. Le chef de l’Etat n’a toujours pas dit clairement et officiellement qu’il ne sera pas candidat. La CENI n’a pas travaillé pendant 4 ans et c’est maintenant, en 2016, qu’elle apprend aux Congolais qu’elle va s’occuper du fichier électoral. Que faisait-elle pendant tout ce temps ? Mais de qui se moque-t-elle ? Voyez-vous, il y a des préalables avant de parler d’élections. Toutefois, une chose est certaine, la fin du mois de septembre sonnera la fin du mandat de l’actuel locateur de la « maison blanche » congolaise. C’est la Constitution qui le dit et, dans un pays, la Constitution, c’est la voix de Dieu.

« D’autres Congolais s’interrogent sérieusement en se disant : ne pourrions-nous pas être raisonnables et accepter d’aller au dialogue pour trouver des moyens de discuter, de négocier des solutions pour contraindre le pouvoir à abdiquer ? »

Il est clairement dit dans la formation que cette question ne vient pas de moi mais de certains Congolais que j’ai écoutés.

Oui, je reconfirme mon idée : « L’opposition doit se rendre compte que la négociation ou le dialogue n’a jamais été un moyen réaliste pour renverser une puissante dictature lorsque celle-ci a pris l’habitude de ne pas respecter ses engagements et de réviser régulièrement la Constitution en sa faveur. »

Je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque vous dites : « Les peuples eux ont toujours été en mesure d’en venir à bout des maux ». Mais je cesse d’être d’accord avec vous lorsque vous ajoutez : « La classe politique congolaise étant une, si on explorait un dialogue classe politique (tous ceux qui doivent de présenter comme candidat) avec les institutions de la république et le peuple pour s’assurer que cette fois, c’est LUI (le peuple) qui fera le choix ? ». Non cher compatriote. Le peuple fera de bons choix si nous lui donnons des moyens et surtout s’il agit dans un contexte de neutralité.

Excusez-moi, mais j’ai supprimé la photo d’Adolf Hitler que vous avez mise à la fin car cet homme était un véritable leader pathologique. Il a tué des millions de gens, exactement comme Kagame et Museveni.

Je vous salue et vous souhaite une bonne soirée.

 

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

[1] Sun Tzu, L’Art de la guerre, Paris, Flammarion, 1972.

[2] Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, 4ème édition, 2003, 1020 pages.