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Que nous réservent les mois qui viennent ?

13 Juil

Que nous réservent les mois qui viennent ?

Par Fweley Diangitukwa

24 mai 2017

 L’actuel président, sans légalité et sans légitimité, n’acceptera pas que l’élection présidentielle soit organisée en décembre 2017 et il ne quittera pas le pouvoir sans être contraint par le peuple. Les scènes macabres du Kasaï s’inscrivent dans cette stratégie sordide. Par une réforme constitutionnelle, le PPRD cherchera à organiser l’élection de son autorité morale en recourant au scrutin indirect, précédé d’un référendum, c’est-à-dire en passant par le Parlement où il détient une majorité. Voilà hélas ce qui attend les Congolais si nous ne nous mobilisons pas pour changer cet ordre pprdien.

 À partir du 19 décembre 2016, la RDC est entrée dans l’impasse car la Constitution n’a pas été respectée à cause de la CENCO qui a naïvement décidé d’accorder un bonus d’une année au chef d’Etat sortant. Depuis ce choix anticonstitutionnel, la confusion règne dans notre pays. Les évêques ont voulu trouver à l’amiable une solution de sortie de l’anarchie sans se rendre compte qu’ils plongeaient le pays dans une impasse indescriptible à laquelle ils ne peuvent malheureusement pas remédier. Las d’attendre la nomination d’un Premier ministre issu de leur Accord du 31 décembre 2017, ils ont fini par abandonner le dialogue sans résoudre les dossiers clés : la nomination d’un Premier Ministre sorti du Rassemblement et le calendrier des élections.

En appelant les évêques à piloter le dialogue, le président sortant voulait gagner du temps afin de prolonger son mandat, non plus en s’appuyant sur la Constitution qui ne le lui autorisait plus mais sur un consensus basé sur une simple promesse non signée de sa main. Là, les hommes de Dieu se sont fait avoir. Proprement. Alors que nous les avons prévenus. Avec son nouveau bail gratuit d’une année, le peuple congolais a assisté, complètement médusé, à un théâtre comique, le mercredi 5 avril 2017, au cours duquel un chef d’Etat sans mandat du peuple, donc illégal et illégitime, s’est adressé aux députés sans mandat depuis la fin du mois de février 2017 – et donc eux aussi illégitimes, et aux Sénateurs sans mandat depuis 2012 – eux aussi illégitimes. Malgré cette illégalité et cette illégitimité généralisées, les gouvernants font croire aux citoyens qu’ils agissent dans un contexte légal. Cela s’appelle : « faire du théâtre sur un lieu public : une comédie burlesque ». Il leur arrive même qu’ils évoquent la Constitution [lorsque cela les arrange] qu’ils ont mise de côté en décembre 2016. Au lieu d’avancer, la République marque les pas, comme des élèves devant leur salle de classe. Quel gâchis politique !

Chers Compatriotes, celui qui se dit chef d’Etat de la RDC est sans mandat légal et sans légitimité. La promesse qu’il a reçue d’un groupe apolitique a été signée le 19 décembre 2016, c’est-à-dire 4 jours après la fin du mandat présidentiel. Cette promesse n’est donc pas constitutionnelle. Le peuple congolais ne doit pas se sentir concerné par l’accord de la CENCO qui lui a offert une année supplémentaire sans, au préalable, consulter le peuple que nous sommes. Les discours que le chef d’Etat sans mandat populaire a prononcés à l’Assemblée nationale ou ailleurs ne doivent pas intéresser les Congolais. Nous devons savoir que notre pays est juridiquement sans chef d’Etat depuis le 17 décembre 2016. Voilà pourquoi j’invite mes compatriotes Congolais de souche à ne plus utiliser les termes Excellence et Honorable, car dans la situation actuelle, le chef d’Etat, les députés et les Sénateurs sont tous hors mandat. Le gouvernement actuel n’est pas légitime car il a été formé sans s’appuyer sur un texte légal [la Constitution n’ayant pas été respectée en décembre 2016].

Il est important de dire au peuple congolais que le PPRD est dans une dynamique d’affaiblissement de l’opposition en la désorganisant. Il s’emploie à distraire l’opposition pour qu’elle ne s’occupe pas de son avenir. C’est bien ce qui a toujours motivé l’autorité morale de ce parti. C’est dans ce but que le président Joseph Kabila avait débauché les cadres dirigeants du MLC après l’incarcération de leur chef au CPI. MM. Kamitatu, Mwamba et Thomas Luhaka ont rejoint la mouvance présidentielle. Le premier nommé a fini par la quitter. C’est maintenant au tour de l’UDPS d’être dépecée. L’opération devient facile car M. Étienne Tshisekedi qui était la référence du parti n’est plus de ce monde. Connaissant la légèreté des Congolais et leur amour de l’argent facile par la corruption, le chef d’Etat sans mandat électif débauche maintenant sans état d’âme dans la famille politique de l’UDPS pour semer le désordre et gagner davantage du temps. Le choix de Samy Badibanga et de Bruno Tshibala entre dans la stratégie de distraire l’opposition afin qu’elle ne s’organise pas et ne prépare pas les échéances futures, notamment les élections à tous les niveaux qui n’auront pas lieu en décembre 2017, contrairement au discours officiel. En passant leur temps à se quereller et à attendre d’être nommés par celui qui n’a plus de mandat électif et qui n’est plus constitutionnellement chef d’Etat, les opposants perdent leur chance de gagner les élections futures qui seront, du reste, maquillées si elles ont lieu. En effet, le but principal du PPRD est de distraire continuellement l’opposition en la poussant à passer son temps à protester alors que, pendant ce même temps, le PPRD prépare les prochaines échéances avec l’argent du Trésor public, c’est-à-dire en utilisant les moyens de l’Etat. Les membres de ce parti mènent la propagande à la télévision nationale au vu et au su de tout le monde, pour leur maintien au pouvoir. Il me semble que l’opposition ne voit pas le côté nuisible de cette stratégie pourtant bien visible. À qui appartient la télévision nationale ? Aux seuls membres du PPRD ? Devant un tel scénario macabre, l’opposition qui bénéficie du soutien du peuple doit se distinguer par une contre stratégie qui lui permettra de mettre fin au cynisme actuel. Le pouvoir actuel s’appuie sur les rapports de force qui lui sont favorables car l’armée congolaise a été désarmée au profit des milices présidentielles soutenues par le Rwanda et l’Ouganda. Les moyens financiers sont entre les mains de caciques du régime et ceux qui sont dans l’opposition n’ont rien pour agir et imposer l’alternance au pouvoir.

L’évolution politique dans notre pays montre que l’élection présidentielle n’aura pas lieu en décembre 2017, contrairement à la promesse de la CENCO. Le drame qui se passe dans le Kasaï s’inscrit dans cet objectif. La CENI trouve dans ce désordre affreux le prétexte de ne pas continuer le recensement dans cette province afin de justifier, dans une étape ultime, l’impossibilité d’organiser les élections parlementaires sinon l’élection présidentielle en décembre de cette année [nous l’avons affirmé anticipativement en mai de cette année avant que M. Nangaa ne s’exprime publiquement dans ce même sens].

Après avoir trompé le peuple en 2006 et en 2011, le chef d’Etat sans mandat cherche une autre solution pour se maintenir au pouvoir. Comme il ne peut plus se représenter à un troisième mandat ni organiser de nouvelles concertations nationales ou un nouveau dialogue national, il cherche une autre solution plus douce et plus rassurante. Il me semble que son élection au Parlement par les députés corrompus l’emporte sur les autres scénarios. Vu sous cet angle, il est probable qu’il encourage une élection au suffrage universel indirect en forçant la révision de la Constitution ou en organisant un référendum afin qu’il soit élu au Parlement où il détient déjà une majorité. C’est pour contrer cette stratégie que j’ai affiché, il y a quelques mois, un articlé que j’ai précédemment publié et dans lequel je dis clairement que les Etats unitaires organisent les élections au suffrage universel (scrutin direct) pour permettre au chef d’Etat élu d’avoir une majorité au niveau national et une légitimité populaire  alors qu’il est juridiquement admis que le chef d’Etat soit élu par les députés au Parlement (scrutin indirect) dans les Etats fédéraux. La RDC n’étant pas un Etat fédéral mais unitaire, l’élection présidentielle au suffrage universel direct s’impose. Donc, l’idée d’organiser un référendum sert à autoriser l’actuel chef d’Etat, sans légalité et sans légitimité, à demeurer encore au pouvoir par la voie du scrutin indirect. Nous sommes tous avertis. Comme la Constitution a été mise à l’écart en décembre 2016, ceux qui dirigent notre pays sans mandat n’ont pas le droit d’évoquer cette même Constitution pour organiser un référendum qui conduira au choix du scrutin indirect. Comme ce sont des hommes immoraux, imbus d’eux-mêmes et faibles à l’argent qui sont à la tête de la République, ils sont capables de forcer la note au mépris du peuple en s’appuyant sur les rapports de force en leur faveur. D’où la nécessité que le peuple s’appuie, à son tour, sur le nombre (plus de 70 millions) pour imposer l’alternance. Une minorité gouvernementale sans légitimité ne peut pas s’imposer à une majorité détentrice de la souveraineté populaire. M. Joseph Kabila ne doit pas se moquer du peuple indéfiniment.

En guise de rappel, l’anarchie que nous vivons actuellement ressemble à celle des années 1990, après la Conférence nationale non souveraine. Dans l’intention de bloquer l’alternance démocratique, le maréchal Mobutu a procédé au débauchage des acteurs de l’opposition en les nommant au poste de Premier Ministre sans respecter ce qui a été décidé à la conférence nationale. C’est bien ce que fait l’actuel chef d’Etat sans mandat. On se souvient de la nomination de MM. Birindwa, Mungul Diaka, etc. Ces nominations anarchiques s’inscrivaient dans la volonté de gagner du temps, comme cela se passe actuellement. S’il n’y avait pas eu l’AFDL avec son lot de Rwandais, les Congolais auraient souffert pendant longtemps car, le but de Mobutu était de mourir au pouvoir et de laisser sa place aux ressortissants de son ethnie ngbandi majoritaires dans le MPR, dans l’armée et la DSP. Si vous remplacez les Ngbandi par les Rwandais, vous obtiendrez le même résultat. Nous ne pouvons plus être naïfs une seconde fois.

Pour toutes ces raisons, je demande aux membres de l’opposition de ne pas s’attendre à ce que l’un de leurs soit nommé Premier Ministre par un chef d’Etat illégal et illégitime (car c’est un non-sens écœurant) qui, de plus, n’a jamais respecté ses promesses. La conservation du pouvoir – quel qu’en soit le prix – est sa seule ambition. Préparons-nous autrement pour assurer la transition avec un personnel politique autre que celui qui a trahi la nation en acceptant de composer avec un chef d’Etat sans mandat populaire.

Depuis son arrivée au Congo dans les bagages de l’AFDL, Monsieur Joseph Kabila a toujours pensé que les Congolais sont incapables de se libérer par eux-mêmes, car, ne cesse-t-il de dire, sans les Rwandais, les Zaïrois seraient encore sous la domination du MPR. Nous avons l’obligation de démentir cela et de lui prouver que nous voulons avoir des dirigeants qui participent au développement de notre pays et pas ceux qui utilisent le pouvoir pour leur enrichissement personnel.

En tout cas, M. Bruno Tshibala n’a pas les mains libres et ne gouverne pas le pays. Il est malheureusement devenu un otage au service de celui qui l’a nommé à la Primature. S’il n’a pas obtenu la possibilité de composer librement son gouvernement, que pourra-t-il faire d’autre, à part se contenter de son salaire ? D’un côté le pouvoir nomme des ressortissants du Kasaï à la Primature et de l’autre le même pouvoir tue sans répit dans leur province d’origine. Quel cynisme !

Peuple congolais, préparons-nous car les mois qui viennent seront incertains, voire très incertains.

 

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Dernière publication : « Comment mettre fin à une dictature solidement installée », Paris, éditions L’Harmattan, février 2017.

Crise congolaise : la voie de sortie

20 Oct

Crise congolaise : la voie de sortie

Par Fweley Diangitukwa

L’Accord Politique de MM. Edem Kodjo et Vital Kamerhe n’a aucune valeur car il n’a ni base juridique, ni base populaire, du fait que le quorum de juges n’a pas été atteint conformément à l’article 90 de la Loi organique de cette institution qui dispose : « La Cour ne peut valablement siéger et délibérer qu’en présence de tous ses membres, sauf empêchement temporaire de deux d’entre eux au plus dûment constaté par les autres membres ». Or, seuls cinq juges ont siégé au lieu de sept au minimum. Le Congo est maintenant entré dans une impasse totale et le pouvoir actuel n’a plus que la force pour s’imposer car il vient d’épuiser toutes les voies juridiques. Le rapport de l’Accord Politique est donc bon pour les archives car les juristes et les politologues sérieux n’y accordent aucune importance. Une page vient d’être tournée. Tout le monde a maintenant découvert le but cynique poursuivi par ceux qui ont bénéficié de largesses du Trésor public par un per diem substantiel. Comme pour les Concertations nationales, le peuple a encore été floué.

Nous avons déjà dit que les principaux concernés ne sont pas signataires dudit Accord Politique, à savoir le chef de l’Etat et la Commission Electorale  Nationale Indépendante. N’étant pas liés par leur signature, ils peuvent ou ne pas respecter le contenu de cet Accord et changer d’avis en annonçant, par exemple dans une année, l’impossibilité d’organiser les élections en avril 2018.

En prévoyant de nommer un Premier ministre issu de l’opposition, l’Accord Politique a subtilement mis fin à la Constitution actuelle et appelle à la rédaction d’une nouvelle Constitution. L’Accord Politique est un piège à dénouer rapidement. Ce document ne peut pas et doit pas rencontrer l’assentiment du peuple congolais qui n’a pas été associé au dialogue (principe d’inclusivité).

Les politologues et les sociologues (spécialistes de la sociologie politique) ne parlent plus de rationalité absolue qui a été abondamment critiquée mais de rationalité limitée. Or, dans le cas du présent Accord Politique, les deux niveaux de rationalité n’ont pas été atteints (se référer aux auteurs suivants pour en savoir plus : Herbert A. Simon, Cyert et March, Charles Linblom, Gigerenzer, etc.).

Il reste deux voies de sortie : une mauvaise et une bonne.

La mauvaise consiste à voir le pouvoir actuel recourir à la force pour imposer l’Accord Politique qui n’a ni base juridique ni base populaire et obtenir ce qu’il n’a pas obtenu par la voie légale mais, en recourant à ce mauvais choix, il va renforcer son impopularité et son rejet par le peuple congolais. La bonne voie consiste à organiser un autre dialogue – inclusif cette fois – qui regroupera les membres du Rassemblement de l’Opposition et la Mouvance présidentielle (ainsi que ses nouveaux adhérents présents à la Cité de l’OUA) et la Société civile.

Pour éviter une perte de temps, la direction du dialogue inclusif sera confiée à une Organisation qui maîtrise le dossier congolais et qui sera assistée par des représentants de trois ou quatre Organisations internationales. Elle aura pour tâche principale de faire respecter la Constitution actuelle (article 220) et la Résolution 2277 de l’ONU et de tracer la voie de l’avenir pour éviter l’anarchie actuelle voulue par le pouvoir sortant. L’Eglise catholique serait un bon choix. La durée du dialogue doit, dans un tel cas, être réduite à plus ou moins deux semaines. D’une façon ou d’une autre, les acteurs qui ont été la cause du conflit ne peuvent pas être une solution au problème, ceci revient à dire qu’ils ne peuvent pas diriger la période de transition qui devra être courte.

L’observation de la journée ville morte décrétée par le Rassemblement de l’Opposition, le mercredi 19 octobre 2016, massivement suivie sur l’ensemble du territoire national et respectée même par les acteurs de la Mouvance présidentielle, est la preuve irréfutable du rejet du régime actuel par le peuple (lire notre livre publié en 2015 et intitulé Les Congolais rejettent le régime de Kabila, sous la direction de Fweley Diangitukwa, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle).

Cette seconde voie est la seule et unique solution pour sortir le pays de l’impasse actuelle. Il n’est pas sûr que ceux qui cherchent à se maintenir au pouvoir par la force aient gain de cause car, tôt ou tard, ils seront emportés par le vent populaire qui vient. Dans l’histoire, les armes (violence) n’ont toujours pas eu raison sur le choix du peuple. Le Congo d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier et le nombre de morts, de femmes et d’hommes arrêtés et emprisonnés arbitrairement, a aidé le peuple à mûrir et à être plus exigeant, plus déterminé et plus revendicatif. Il veut l’alternance le 19 décembre 2016 et rien d’autre. Qu’on la lui donne conformément à l’article 220 de la Constitution. C’est l’unique voie de sortie qui garantit le retour à la paix.

Nous devons placer, à la tête de la République, des femmes et des hommes qui ont véritablement le sens de l’Etat, qui respectent scrupuleusement la Constitution et qui savent rendre compte aux citoyens. Pour que la paix revienne, il est nécessaire que ceux qui n’ont pas voulu organiser les élections assument leur responsabilité en quittant pacifiquement le pouvoir le 19 décembre 2016 pour sauver la République.

Fweley Diangitukwa

Le 20 octobre 2016

Un Front commun de l’opposition pour sortir le pays de l’impasse actuelle

23 Déc

Un Front commun de l’opposition pour sortir le pays de l’impasse actuelle

Par Fweley Diangitukwa[1]

Politiste

L’heure de l’alternance a sonné. La RD Congo n’appartient pas uniquement à Monsieur Joseph Kabila qui est au pouvoir depuis 1997 et chef de l’Etat depuis 2001 ni à son camp et à ses alliés mais à TOUS les Congolais. D’où la nécessité de respecter le texte de la Constitution.

 Introduction

Dans l’exposé des motifs de la CONSTITUTION DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, il est écrit ce qui suit : « Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des Institutions et de leurs animateurs. Cette contestation a pris un relief particulier avec les guerres qui ont déchiré le pays de 1996 à 2003. En vue de mettre fin à cette crise chronique de légitimité et de donner au pays toutes les chances de se reconstruire, les délégués de la classe politique et de la Société civile, forces vives de la Nation, réunis en Dialogue intercongolais, ont convenu, dans l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une nouvelle Constitution démocratique sur base de laquelle le peuple congolais puisse choisir souverainement ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles. À l’effet de matérialiser la volonté politique ainsi exprimée par les participants au Dialogue intercongolais, le Sénat, issu de l’Accord Global et Inclusif précité, a déposé, conformément à l’article 104 de la Constitution de la transition, un avant-projet de la nouvelle Constitution à l’Assemblée nationale qui l’a adopté sous forme de projet de Constitution soumis au référendum populaire. La Constitution ainsi approuvée s’articule pour l’essentiel autour des idées forces ci-après :

 De l’Etat et de la souveraineté

Dans le but d’une part, de consolider l’unité nationale mise à mal par des guerres successives et, d’autre part, de créer des centres d’impulsion et de développement à la base, le constituant a structuré administrativement l’Etat congolais en 25 provinces plus la ville de Kinshasa dotées de la personnalité juridique et exerçant des compétences de proximité énumérées dans la présente Constitution. En sus de ces compétences, les provinces en exercent d’autres concurremment avec le pouvoir central et se partagent les recettes nationales avec ce dernier respectivement à raison de 40 et de 60 %. En cas de conflit de compétence entre le pouvoir central et les provinces, la Cour constitutionnelle est la seule autorité habilitée à les départager. Au demeurant, les provinces sont administrées par un Gouvernement provincial et une Assemblée provinciale. Elles comprennent, chacune, des entités territoriales décentralisées qui sont la ville, la commune, le secteur et la chefferie. Par ailleurs, la présente Constitution réaffirme le principe démocratique selon lequel tout pouvoir émane du peuple en tant que souverain primaire. Ce peuple s’exprime dans le pluralisme politique garanti par la Constitution qui érige, en infraction de haute trahison, l’institution d’un parti unique. En ce qui concerne la nationalité, le constituant maintient le principe de l’unicité et de l’exclusivité de la nationalité congolaise. »

  1. Un rapide état des lieux de la République depuis le 24 novembre 1965

Après la très courte période allant du 30 juin 1960 au 24 novembre 1965 traversée par l’instabilité politique, par la tentative de la sécession du Katanga et celle du Kasaï et par les guerres récurrentes, la RD Congo n’a jamais connu une longue période de paix et de stabilité politique. Cette longue instabilité politique a été à l’origine du coup d’Etat constitutionnel du colonel Mobutu en 1965. En s’emparant du pouvoir avec ses « compagnons de la révolution », il a supprimé les partis politiques et créé un parti unique dénommé « Mouvement populaire de la révolution » (MPR). Il a bloqué les institutions de la Première République qui fonctionnaient de façon plus ou moins démocratique. Le nouveau président rédigea une nouvelle Constitution qu’il se mit à réviser quand il voulait car il était le président-fondateur du MPR. Il organisait des élections dans lesquelles il était le seul candidat. Pendant la longue dictature du maréchal Mobutu, une partie du territoire était sous contrôle de Laurent-Désiré Kabila et de ses hommes. Le pays a connu des rébellions et des guerres, entre autres la guerre de Kolwezi, Shaba (Katanga actuel) I et II, la guerre de Moba en 1983.

Pour mettre fin à la dictature, treize parlementaires rédigèrent une Lettre incendiaire et formèrent un parti politique clandestin dénommé l’« Union pour la démocratie et le progrès social » (UDPS).

Avec la vague de la démocratisation au début des années 1990, le Zaïre a organisé une Conférence nationale « souveraine » (CNS) pour sortir de la tyrannie mais ce fut un échec à cause du refus par le régime de Mobutu de démocratiser le système.

Malgré les multiples formes de contestation contre la dictature et des protestations sous formes de ville morte, le maréchal Mobutu s’entêta et refusa de s’ouvrir à la démocratie. Le Zaïre évolua ainsi sous une dictature atroce jusqu’à la fuite de Mobutu de Kinshasa et l’entrée de l’« Alliance des forces démocratiques pour la libération » (AFDL).

De ces observations, il est permis de conclure que le Congo-Zaïre est dans une transition permanente et sans issue, Depuis son accession à l’indépendance, le Congo ne s’est jamais stabilisé.

  1. L’entrée de l’AFDL et le nouveau coup d’Etat constitutionnel

Contrairement à l’immense espoir suscité par l’arrivée de l’AFDL, ce mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et l’Ouganda se comporta comme le régime du maréchal Mobutu. Le nouveau président, Laurent-Désiré Kabila, supprima tous les partis politiques et dirigea le pays par décrets. Une nouvelle transition sans issue s’ouvrit. Mais très rapidement, les anciens protecteurs de l’AFDL se séparèrent de leur protégé et la RD Congo sombra dans une nouvelle guerre. Le pays fut scindé en trois zones d’influence : l’Est sous l’influence du RCD-Goma, le Nord sous l’influence du MLC et le Centre-Ouest sous l’influence du Gouvernement central. Pour gouverner le pays, le nouveau chef d’Etat s’appuya sur les Comités de pouvoir populaire inspirés du Livre vert de Mouammar Kadhafi. Les anciens protecteurs s’arrangèrent finalement pour assassiner Laurent-Désiré Kabila qui refusait de collaborer avec eux. Par un coup d’Etat du Palais, il fut remplacé par un jeune président, Joseph Kabila, âgé d’à peine 30 ans, sans expérience des affaires de l’Etat.

De nouveau, le pays évolua sans institutions démocratiques jusqu’à Sun City en Afrique du Sud qui donna lieu à un semblant d’ouverture politique. Le pouvoir fut partagé entre les anciens belligérants qui, ensemble, formèrent un Gouvernement d’union nationale. La libéralisation de l’espace politique donna naissance à la création des partis politiques fantaisistes. C’est sous ce nouveau climat d’anarchie que le pays organisa ses premières élections en 2006 qui furent sévèrement critiquées par le cardinal Etsou à cause des fraudes électorales organisées par l’abbé Malu Malu, président de la CENI, pour permettre la victoire du président Joseph Kabila au détriment de Jean-Pierre Bemba qui fut le favori de ces élections. L’échec dans l’organisation de ces élections ouvrit la porte à une nouvelle impasse politique. C’est dans cette anarchie qu’une nouvelle élection présidentielle fut organisée en 2011 par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, président de la CENI, pour permettre la victoire du président Joseph Kabila au détriment de Etienne Tshisekedi qui fut le favori de ces élections.

L’anarchie et la contestation du pouvoir ne se sont pas estompées. Pour tenter de calmer le peuple, le pouvoir convoqua les concertations nationales en 2013. Comme pour la Conférence nationale « souveraine » (CNS), ses résolutions n’ont pas été appliquées.

Pour sortir de l’anarchie, à une année de la nouvelle élection présidentielle prévue en décembre 2016, le régime actuel envisage d’organiser un dialogue national pour définir ensemble (pouvoir et opposition) les modalités de sortie de la crise. Mais plusieurs partis de l’opposition refusent d’y participer compte tenu de l’expérience acquise dans un passé récent et surtout à cause des résolutions des Concertations nationales qui n’ont été suivies d’aucun effet.

Depuis son accession à l’indépendance, le 30 juin 1960, jusqu’à ce jour, la RD Congo n’a jamais connu une passation de pouvoir pacifique et « civilisée » au cours de laquelle le chef d’Etat sortant passe le flambeau à son successeur. Depuis le coup d’Etat du 24 novembre 1965, le changement a toujours été violent et sans rencontre des acteurs et sans transmission des secrets et des documents officiels de l’Etat. Ceci explique en grande partie les difficultés que rencontre notre pays dans la pacification et le développement.

  1. Que faire maintenant pour stabiliser les institutions et garantir l’alternance ?

Ce qui précède montre clairement que la RD Congo a toujours été dirigée par des autocrates qui s’emparent du pouvoir par la force et qui gouvernent le pays par la terreur. Les opposants n’ont jamais réussi à accéder démocratiquement au pouvoir par des élections démocratiques. Les multiples clivages au sein de l’opposition et la forte hétérogénéité de la société civile constituent la cause principale de manque d’alternance au pouvoir dans notre pays depuis 1960. D’où la nécessité de constituer un front commun de l’opposition en présentant un candidat unique et consensuel à l’élection présidentielle (si le président sortant qui est à son deuxième et dernier mandat ne change pas la Constitution pour briguer un troisième en violant l’article 220 de la Constitution), afin d’avoir l’assurance de gagner et de garantir ainsi l’alternance pour la première fois dans l’histoire de la RD Congo. Plusieurs points communs obligent les opposants de se mettre ensemble, entre autres :

  • ils partagent les mêmes injustices : exclusion des postes politiques, assassinat et emprisonnement de leurs membres ;

  • ils ont les mêmes intérêts à défendre : les valeurs démocratiques bafouées par la mouvance présidentielle et alliés ;

  • ils ont le même adversaire politique : le régime actuel.

Une seule condition reste à remplir : s’organiser en se mettant ensemble afin d’avoir une grande capacité de mobilisation populaire susceptible de prendre une longueur d’avance sur l’adversaire. L’opposition a l’avantage de partager avec la société civile et le peuple la même aversion de ce régime qui assassine, tue et emprisonne les opposants, qui ne punit pas les criminels et qui pille les ressources naturelles et financières du pays. Que faut-il faire maintenant pour gagner d’abord les élections et stabiliser les institutions afin d’assurer la paix et l’intégrité territoriale ?

Il convient de constater qu’aucun parti politique organisé ne s’est encore clairement investi dans la logique des élections en vue de les gagner avec le soutien du peuple. Le PPRD et alliés sont dans la logique de torpiller les élections au vu de toutes les stratégies mises en place depuis la publication du livre du professeur Boshab, actuel vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur. Ce parti et ses alliés réclament l’organisation d’un dialogue inclusif pour trouver les arguments de se maintenir, soit en prolongeant le mandat du locataire actuel, soit en lui obtenant un troisième mandat, sinon un mandat illimité par la révision de la Constitution. Le débat sur la nécessité du dialogue est dans une impasse. Non seulement il est nécessaire de rappeler que les résolutions des concertations nationales n’ont pas été appliquées, mais il faut dire, en plus, qu’on n’a jamais vu un parti politique accéder au pouvoir à l’issue d’un dialogue. Enfin, les objectifs du dialogue ne sont pas clairement définis pour les uns et les autres.

Pour sortir de l’impasse et du blocage actuel, nous proposons un plan B, le plan A étant celui de voir chaque parti s’engager dans la campagne électorale. La logique du plan A aboutira sans conteste à l’organisation des fraudes électorales par le régime au pouvoir qui s’appuiera sur la CENI, comme il l’a fait en 2006 et en 2011. Il faut donc s’impliquer dans une solution qui donnera clairement la victoire à un camp et privera à l’autre toute possibilité de contester les résultats de l’élection présidentielle. Ce plan B se trouve dans la nécessité de voir tous les partis de l’opposition, au sens large du terme, c’est-à-dire y compris les résistants, se concerter en vue d’adopter les grands axes de la lutte politique, unir toutes leurs forces et leur intelligence dans une plate-forme. Cette perspective permet de transcender les clivages et de dégager un compromis politique global indispensable à la dépersonnalisation de l’action partisane, à l’émergence d’un leadership consensuel ou collectif, condition sine qua non pour présenter un candidat unique face à la mouvance présidentielle qui bloque la transition vers la démocratie et le développement du pays. Sans renforcer l’unité de l’opposition dans sa diversité en s’associant avec la société civile dans sa globalité, il sera difficile, voire impossible, de gagner, car le pouvoir en place va diviser la dynamique en soudoyant des acteurs et des partis de l’opposition. En revanche, il sera difficile au parti au pouvoir de corrompre quelques partis de l’opposition s’ils sont unis et ont la certitude de gagner ensemble.

Nous proposons l’organisation et l’implication de tous les partis de l’opposition et la société civile pour sortir la République de l’impasse actuelle, stabiliser les institutions et ainsi rétablir la paix sur tout le territoire de la République.

 4. Comment procéder ? Les étapes à suivre:

  • Contribuer à la visibilité et à la lisibilité de l’action à mener pour la conquête du pouvoir par un regroupement des partis de l’opposition. Donner au peuple et à la communauté internationale qui intervient dans le dossier congolais l’image d’un dépassement des clivages en constituant une véritable coalition politique et une alternative experte, compétente, crédible et prête à diriger le pays sans faille et dans l’unité.

  • Lever rapidement l’option de présenter un seul candidat de l’opposition à l’élection présidentielle de décembre 2016. Définir en commun les critères à remplir pour être retenu comme candidat commun de l’opposition.

  • Eviter toute improvisation grâce à un travail préalable de conception laborieuse mené par une équipe des spécialistes, au pays et à l’étranger. Mettre en place un système d’auto-évaluation interne pour minimiser les erreurs éventuelles.

  • Recenser tous les partis importants de l’opposition qui ne partagent pas le pouvoir avec le régime actuel et les solliciter à signer une Charte commune de transition (voir projet en annexe) sous une forme d’Alliance pour le Changement.

  • Demander à chaque parti politique recensé d’organiser une primaire (suivant le modèle des partis politiques américains) pour l’obtention par chaque candidat de l’investiture officielle de son parti à l’élection présidentielle. Une primaire est à organiser par chaque parti politique de l’opposition qui tient le registre de ses adhérents. Ces primaires seront ouvertes dans ce sens que tous les membres qui le souhaitent y participent. Cette primaire ressemblera au caucus dans la mesure où le candidat de parti à l’élection présidentielle sera désigné par les membres de son parti. La primaire ou caucus organisée par chaque parti permettra de désigner d’abord le candidat et ensuite des délégués au Congrès de l’opposition dont la responsabilité sera de désigner le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle à partir des candidats présentés par les partis politiques de l’opposition. Après le premier choix fait par chaque parti, chaque candidat de parti mènera sa campagne pendant une période de deux à trois mois en vue d’être le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle ;

  • Définir en commun les modalités de choix des membres de partis qui deviendront des grands électeurs et qui participeront au Congrès pour choisir le candidat et le vice-président de l’opposition à l’élection présidentielle (ces grands électeurs peuvent éventuellement être choisis au suffrage universel direct sur une liste bloquée par les membres du parti pour éviter le clientélisme en cas de choix par les dirigeants du parti) ; les grands électeurs se réuniront au siège de leur parti pour déclarer le choix du candidat de leur parti. Les bulletins de vote seront contrôlés par les membres du parti.

  • Pour obtenir l’investiture des grands partis, il faut être choisi par les grands électeurs de tous les partis. En d’autres termes, il est indispensable de passer par les primaires pour être investi par la plate-forme de l’opposition. L’élection primaire est une procédure de sélection des candidats internes aux partis.

  • Organiser un Congrès au cours duquel les grands électeurs de tous les partis choisiront le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle ; celui ou celle qui a le plus grand nombre de voix est retenu(e) pour représenter les couleurs de l’opposition à l’élection présidentielle, le second en nombre de voix, venant d’un parti autre que celui du premier, deviendra le formateur du Gouvernement. Ensemble, ils formeront le ticket de l’opposition. Les bulletins de vote seront dépouillés par les grands électeurs de tous les partis réunis au Congrès. Les deux premiers élus mèneront la campagne ensemble pour donner plus de chance à l’opposition de convaincre les électeurs et le peuple congolais. Il suffit d’une majorité simple pour devenir le candidat de l’opposition. En cas de blocage, il faudra refaire l’élection jusqu’à ce que les partis dégagent une majorité. L’élection du candidat à l’élection présidentielle se fera à la majorité simple du suffrage exprimé. Comme le scrutin de l’élection présidentielle au niveau national se fera à un seul tour, l’opposition doit impérativement trouver un consensus autour d’un candidat unique pour éviter la dispersion des voix favorables à l’alternance.

  • Le candidat de l’opposition signera une Charte contraignante avec tous les partis de l’opposition dans laquelle il acceptera de gouverner au nom de tous les partis politiques de l’opposition et au nom du peuple congolais en accord avec les partis politiques qui le porteront à l’élection présidentielle en qualité de candidat de l’opposition. Il s’engagera à respecter les engagements pris avec ses partenaires, avec la société civile et avec le peuple congolais via les partis politiques.

  • Il précisera que la répartition des ministères (et la représentation dans les différentes institutions et entreprises publiques) sera faite au prorata du poids en pourcentage affiché par chaque parti politique au Congrès afin d’éviter tout conflit après l’accession au pouvoir mais aussi afin d’éviter le risque de voir un seul parti politique s’emparer de tous les postes politiques et stratégiques, comme le CONAKAT de Moïse Tshombe l’avait fait en 1965, comme le MPR Mobutu et l’AFDL l’ont fait et le PPRD des Kabila le fait encore aujourd’hui. Les partis de l’opposition doivent comprendre qu’ils seront tous gagnants en se mettant ensemble dans une seule plate-forme, tant sont nombreux les postes à pourvoir.

  • Définir clairement un leadership consensuel et le mode de gouvernance collégiale devant régir le fonctionnement des institutions ;

  • Le candidat de l’opposition retenu mènera un voyage à l’étranger dans les pays traditionnellement partenaires de la RD Congo pour les rassurer ; il sera accompagné de son vice-président.

  • Le candidat de l’opposition et son vice-président mèneront une campagne électorale à travers le pays au nom de l’opposition dans son ensemble et du peuple congolais. Ils expliqueront aux électeurs en faveur de quel camp ils voteront et pour quelle raison.

La stratégie de voir l’opposition dans toute sa diversité se mettre ensemble pour gouverner la République a plusieurs avantages, entre autres :

  • créer une structure fonctionnelle susceptible de représenter valablement la diversité politique de tous ceux qui s’inscrivent dans la logique du changement. Cette structure aura les caractéristiques d’une cellule stratégique ou d’un centre d’analyse stratégique et fonctionnera sous forme d’un brain-trust. Ses objectifs seront de trois ordres : a) la veille par la collection des données ou des informations présentant un caractère stratégique ; b) l’expertise, c’est-à-dire l’élaboration pluridisciplinaire de connaissances produites par des spécialistes venues de toutes les provinces du pays et de l’étranger ; c) l’aide à la décision pour la plate-forme de l’opposition par la production d’avis et des rapports. Cette cellule agira comme un think tank. Muni d’un cahier de charges bien définies, cette cellule devra concevoir rapidement les grands axes politiques et stratégiques. En accord avec les partis, elle se chargera également de l’élaboration du programme gouvernemental.

  • s’organiser au sein d’une structure organisationnelle stable. C’est ensemble qu’il faudra mener une campagne de mobilisation populaire jusqu’à la victoire finale, en invitant constamment la population de prendre conscience des enjeux et de l’indispensabilité de gagner pour assurer la première transition pacifique dans le pays.

  • se battre ensemble sur tous les fronts (élections législatives et provinciales pour se constituer une majorité au Parlement national et éviter ainsi une cohabitation qui amoindrirait les actions du nouveau pouvoir[2] – nous reviendrons sur les élections actuelles des Gouverneurs de provinces dans lesquelles le PPRD et alliés ont placé partout leurs cadres en vue de préparer les fraudes à venir – et dans les Parlements régionaux ainsi que pour les élections sénatoriales et l’élection présidentielle) ;

  • éviter qu’un seul parti s’empare de tous les pouvoirs et place les siens à la tête de toutes les institutions dans un pays qui est le tiers des Etats-Unis et environ 4,8 la grandeur de la France ;

  • avoir l’assurance de gagner l’élection présidentielle en formant un front commun de l’opposition ;

  • s’assurer une majorité parlementaire ;

  • gouverner la République dans la paix et la transparence, au nom du peuple et pour ses intérêts, contrairement au régime actuel qui place uniquement les membres de la majorité (PPRD) et ses alliés à tous les postes (Gouvernement, Gouvernorat des provinces, entreprises publiques) ;

  • stabiliser les institutions ; etc.

Le choix d’un candidat unique et consensuel de l’opposition donnera un poids important à l’opposition au moment du vote. Le candidat, élu en tant que représentant des partis de l’opposition et de la société civile, qui est ensuite élu au suffrage universel direct par le peuple conforte une double majorité (popularité des partis de sa mouvance partisane élargie et du peuple). Il dirigera le pays sur la base de cette double majorité et ne sera pas contesté.

L’Union fait la force, dit-on. Il est nécessaire de mettre ensemble toutes nos forces, notre intelligence et nos moyens financiers, car c’est l’unique voie de mettre fin avec assurance à la sempiternelle tyrannie qui terrasse la République depuis le 24 novembre 1965, renforcée depuis 1997 et 2001 par la mouvance actuelle. Ce nouveau mode d’élection du candidat de l’opposition évitera une guerre destructive entre candidats, des dépenses financières inutiles ; il évitera également qu’un candidat minoritaire, incompétent et peu populaire remporte l’adhésion des partis et du peuple. Toutes ces étapes ressembleront aux primaires que mènent les partis politiques américains avant l’élection présidentielle. Le but de cette stratégie est non seulement d’avoir une longueur d’avance mais surtout d’éviter les contestations après les élections car le choix du peuple sera clairement établi avant l’élection elle-même.

[1] Fweley Diangitukwa, docteur en Sciences Économiques et Sociales de l’Université de Genève, mention Science Politique, a enseigné au département de Science Politique de l’Université de Genève, à Schiller International University à Leysin (Suisse), à l’Université Omar Bongo à Libreville au Gabon et à l’Université panafricaine à Yaoundé au Cameroun. Il a été professeur de Science Politique et ancien Directeur de l’École doctorale de Swiss UMEF University à Genève. Il est l’auteur de plusieurs publications et de plusieurs articles scientifiques.

[2] Si le PPRD et alliés deviennent majoritaires au Parlement après 2016, c’est la logique de la cohabitation qui s’imposera, c’est-à-dire que le parti majoritaire nommera le Premier ministre qui formera le Gouvernement. D’où l’impérieuse nécessité pour l’opposition de s’impliquer sérieusement dans les élections législatives au niveau national et provincial car, à ce niveau, ce sont les députés provinciaux qui élisent le Gouverneur. D’où la nécessité d’avoir une majorité dans chaque Parlement pour avoir la certitude d’avoir des Gouverneurs de l’opposition dans plusieurs provinces si pas dans toutes les provinces. En allant en ordre dispersé aux élections provinciales et législatives, l’opposition aura très peu de chance de les remporter. Or, c’est la condition pour former le Gouvernement et avoir des Gouverneurs de son obédience.

Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ?

26 Juin

 

Congolais : que pouvons-nous apprendre de la dernière élection présidentielle en Afghanistan ?

Par Fweley Diangitukwa, le 25 juin 2014

Je suis revenu hier d’Afghanistan où je suis resté pendant deux mois pleins, c’est-à-dire du 24 avril au 24 juin. Pendant mon séjour académique, j’ai eu le privilège d’observer, en homme averti, le comportement politique des Afghans. J’avoue ouvertement que j’ai eu beaucoup d’admiration pour ce peuple qui fait preuve d’une grande maturité malgré la situation de guerre et de pauvreté qui perturbe sa vie quotidienne.

Plusieurs compatriotes ont eu à comparer le processus électoral dans le monde en le mettant en parallèle avec le cas congolais qui nous intéresse au premier chef. Dans la plupart des cas, les comparaisons étaient malheureuses parce qu’elles étaient prises dans des cas différents au lieu qu’elles se fassent dans des cas similaires. La dernière élection présidentielle en Afghanistan est, à mon avis, le cas de comparaison qui est le plus approprié parce qu’elle ressemble mieux au cas congolaise, et c’est pour plusieurs raisons.

Le pays du commandant Massoud est pauvre, comme la RD Congo, souvent classé en dernière place dans les différents classements internationaux en matière des droits humains, d’indice de développement humain (IDH), etc. Comme la RDC et plus que la RD Congo, l’Afghanistan a connu la guerre pendant plus de trente ans et il est encore en guerre, avec une présence massive des soldats étrangers. C’est un pays divisé entre tribus (ethnies) et entre provinces, entre la RD Congo.

Après la chute des talibans, à la fin de 2001, le président Hamid Karzaï a été porté au pouvoir par la communauté internationale qui l’a ensuite soutenu par l’envoi des soldats étrangers dans le pays. De la même façon, après l’assassinat de Laurent-Désiré à Kabila, le jeune président Joseph Kabila Kabange a été porté au pourvoir par la communauté internationale qui l’a ensuite soutenu par l’envoi des soldats de l’ONU dans le pays. En 2006, des soldats de l’Union européenne ont été envoyés au Congo pour assurer la sécurité pendant l’élection présidentielle. Dans le cas afghan comme dans le cas du Congo-Kinshasa, le gouvernement ne pouvait fonctionner sans le soutien extérieur et l’aide financière extérieur. Tous ces éléments permettent une comparaison facile et crédible.

Contrairement aux Congolais qui restent complaisants en matière de démocratie et de gouvernance et qui parlent plus qu’ils n’agissent, les Afghans mènent la transition vers la démocratie avec un degré de responsabilité qui force l’admiration. La Constitution afghan prévoit une élection présidentielle à deux tours et, malgré la pauvreté du pays, les Afghans ont maintenu les deux tours en conformité avec la Constitution. Le premier tour de l’élection présidentielle afghane s’est déroulé le 5 avril 2014 ; le second tour a eu lieu le 14 juin. La Constitution afghane prévoit deux mandats présidentiels qui ont été respectés par le président Hamid Karzai. Celui-ci n’a pas été éligible du fait de la limitation du nombre des mandats et il n’a pas eu l’idée de réviser la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Il faut dire qu’à chaque fois que celui-ci se trouvait un dauphin pour lui succéder, les Afghans faisaient un vide autour de lui en éliminant physiquement le favori. À la veille de l’élection, le président Hamid Karzai a trouvé un homme pour lui succéder. Il a tenté de « vendre » cet homme en utilisant quelques subterfuges, mais les Afghans ont refusé de tomber dans le piège. Zalmaï Rassoul, un proche du président Hamid Karzaï, considéré comme le candidat du pouvoir sortant, n’a obtenu que 11,5 % lors du premier tour, selon les résultats diffusés par la Commission électorale indépendante qui n’a subi aucune influence du pouvoir en place parce que le candidat du chef de l’État en exercice a été battu dès le premier tour. Deux hommes sont donc restés en lice parmi ceux qui peuvent mieux représenter l’avenir du pays et assurer son développement : l’ex-chef de la diplomatie, Dr Abdullah Abdullah (médecin), 53 ans, ancien porte-parole du commandant Massoud, arrivé largement en tête du premier tour, avec 44,9 % des suffrages exprimés et Dr Ashraf Ghani, un économiste de 65 ans et ex-cadre de la Banque mondiale, avec 31,6 % des voix. Ce sont ces deux hommes, progressistes et modérés, Afghans de souche, qui se sont affrontés au second tour du scrutin. Ils se sont engagés à lutter contre la corruption endémique et ont promis d’assurer le développement économique de leur pays dépendant de l’aide internationale (comme la RD Congo).

Le président Hamid Karzaï a beaucoup contribué à ramener la paix, il s’est investi pour ouvrir l’Afghanistan au monde et s’est efforcé de rendre la ville propre, malgré le maque de moyens financiers. Tous ces points positifs n’ont pas été évoqués pour trouver les raisons suffisantes qui justifieraient son maintien au pouvoir par l’ouverture d’un troisième mandant qui aurait débuté par la révision de la Constitution, comme d’autres chefs d’État folkloriques le font dans certaines Républiques bananières. Les Afghans ont tenu à respecter la Constitution et ont montré qu’il existe dans le pays d’autres nationalistes qui sont compétents et capables de poursuivre l’œuvre commencée par le président Karzaï. Ils ont surtout compris que le développement commence par le respect des textes juridiques et par l’alternance au pouvoir, car le pays n’appartient ni à un individu, ni à un réseau, ni à un groupe ethnique ni encore aux hommes d’une province mais au peuple tout entier. Ils respectent ainsi le sacro saint principe du pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple (président Lincoln).

Lors de la dernière élection présidentielle, ils ont montré que leurs forces militaires sont capables d’assurer la sécurité du pays. Un important dispositif de sécurité avait été mis en place dans les rues de la capitale, quadrillées par des forces afghanes déterminées à déjouer toute tentative d’attaque. Au total, quelque 400 000 soldats et policiers avaient été déployés dans tout le pays.

Le scrutin de juin marque définitivement la fin de l’ère Karzaï, au pouvoir depuis 2001. Il est le seul homme à avoir dirigé l’Afghanistan depuis la fin du régime taliban. Il va quitter le pouvoir parce que la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Les votes du second tour sont en cours de dépouillement à Kaboul. Des résultats préliminaires doivent être annoncés le 2 juillet et les résultats définitifs le 22 juillet. En tout cas, les Afghans, dans leur ensemble, montrent plus de maturité politique que les Congolais. Non seulement ils ont maintenu l’élection présidentielle à deux tours malgré le manque de moyens financiers, mais en plus, ils ont refusé une réforme de la Constitution pour ne pas ouvrir la voie à un troisième mandat au président sortant.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Afghanistan, le pouvoir sera transféré démocratiquement à un autre chef d’État. Ce pays pourra ainsi consolider progressivement la voie vers la paix et la stabilité. Un tel chemin commence par une sérieuse prise de conscience de la part des élites dans le pays.

Le cas afghan peut-il servir d’exemple ou de leçon aux Congolais ?

Pour rappel :

Le programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a publié, le rapport sur l’indice du développement humain (IDH/2011).

Ce rapport classe la RDC en dernière position sur 187 pays examinés.

L’indice du développement humain se base sur l’espérance de vie, le niveau d’éducation dont le taux d’alphabétisation et le taux brut de scolarisation et le niveau de vie.

2001 : RDC 142e sur 162 pays évalués
2002 : RDC 155e sur 173 pays évalués
2003 : RDC 167e sur 175 pays évalués
2004 : RDC 168e sur 177 pays évalués
2005 : RDC 167e sur 177 pays évalués
2006 : RDC 167e sur 177 pays évalués
2007/08 : RDC 168e sur 177 pays évalués
2009 : 176e sur 177 pays évalués
2010 : 168e sur 169 pays évalué
2011 : 187eme SUR 187 PAYS ÉVALUÉS (derrière Haïti, l’Iraq et l’Afghanistan)

En réalité, la RDC n’est pas un pays pauvre mais mal géré. Rappelons par exemple que le potentiel du secteur minier de la RDC est estimé à 24.000 milliards USD (source : “Congo the curse of coltan” New Afican Magazine, 2010).
Avec 80 millions d’hectares de terres arables, la RDC pourrait nourrir 2 milliards d’habitants (source : Food and Agriculture Organisation des Nations unies – 2008) »

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

 

Monsieur Pierre Lutumba,

En cas de doute persistant, la sagesse indique de ne pas se précipiter mais de bien réfléchir pour choisir la bonne décision et la bonne voie à suivre.
Contrairement aux fraudes électorales de 2011 en RDC où la CENI a préféré détruire une grande partie de votes des électeurs, où le chef d’Etat sortant à préférer s’autoproclamer en organisant sa « fête » loin des électeurs qui l’auraient élu plongeant ainsi le pays dans une impasse totale puis, devant l’impossibilité de gouverner le pays par défi, il s’est lancé dans la recherche d’une solution à travers les concertations nationales – solution qui tarde à venir –, l’Afghanistan a choisi la voie de la sagesse et de la patience. Le pays a procédé au re-comptage des voix pour avoir la certitude de la personne qui a réellement gagné. Les Afghans négocient maintenant âprement pour trouver la solution qui évitera une nouvelle guerre au pays. Le gagnant va-t-il gouverner seul ou proposer quelques postes au perdant ?
Entre la précipitation de la RDC qui a abouti à l’impasse et la sagesse du peuple afghan, quelle est la bonne solution ? Je repose la question : qu’est-ce que la RDC peut apprendre du cas afghan ?
J’ai eu la chance de rencontrer Monsieur Ashrat Ghani à deux reprises. Je présume qu’il sera le prochain chef d’Etat du peuple afghan. Il est très posé. Il a été professeur d’université et fonctionnaire international, ancien directeur de la Banque mondiale. Il est âgé et sage. Cela est un atout pour gouverner un Etat. Notre monde a besoin de leaders sages qui savent mesurer le degré de leurs responsabilités et prendre le recul nécessaire avant d’agir.
Mon article n’a pas été une appréciation précipitée comme vous le dites mais plutôt une appréciation réfléchie. Le long terme nous donnera la réponse sur les choix des uns et des autres.
Rappelez-vous que mon article est une question et non une proposition pour la RDC qui a déjà gâché son avenir immédiat à cause de la précipitation et de l’égoïsme.
Je vous salue patriotiquement.
Fweley Diangitukwa