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LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

11 Fév

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

Par Fweley Diangitukwa, politiste

http://www.fweley.wordpress.com

« Vox Dei, vox populi » ou, inversement, « vox populi, vox Dei » disaient les Romains. Au lieu de suivre la voix de Dieu et la voix du peuple qui voulait le respect de la Constitution ainsi que la Résolution 2277 des Nations unies qui exigeaient le respect de la Constitution, les prêtres de la CENCO ont préféré écouter et suivre la voix de celui qui a financé leurs travaux.

Tant de sacrifices pour si peu !

J’ai été le premier à suggérer la gestion du conflit par la CENCO (cfr. mes deux articles affichés sur mon blog :

Mais, prudence oblige, j’ai demandé à la CENCO de rendre publique leur décision avant le 16 décembre 2016 pour ne pas « glisser » comme le souhaitait la « majorité présidentielle » (qui a cessé d’être une majorité numérique depuis le départ du G7). En ne respectant pas le délai constitutionnel fixé au 19 décembre 2016 à minuit (fin de mandat du président Joseph Kabila), la CENCO a entraîné la République dans une longue impasse d’où il nous sera difficile de nous en sortir car les Congolais n’ont plus de point de repère servant de dead line. À cause de la CENCO (selon l’avis du peuple) ou grâce à la CENCO (pour les membres du pouvoir actuel), tout est maintenant permis : la République est gouvernée par des autorités sans légalité et sans légitimité, c’est-à-dire ne jouissant d’aucun mandat électif. Tous nos dirigeants sont concernés par ce manque de légalité et de légitimité, depuis le chef de l’Etat, les députés nationaux (qui seront fin mandat à la fin de ce mois de février 2017 et qui sont censés se représenter auprès de leurs électeurs pour renouveler leur mandat) jusqu’aux députés provinciaux. En n’exigeant pas la conformité aux prescriptions de la Constitution, la CENCO a tout brouillé. Tout est maintenant permis. Personne ne parle de députés nationaux qui sont fin mandat, de sénateurs et de députés provinciaux qui le sont depuis 2012, du chef d’Etat qui ne jouit d’aucune légalité et d’aucune légitimité depuis le 19 décembre 2016. La situation que la CENCO a créée est une première dans l’histoire de la République.

Auparavant, de nouvelles provinces ont été mises en place dans une indifférence totale et les populations concernées ne se reconnaissent pas dans leurs autorités. L’anarchie a pris place au sommet des institutions républicaines. Pour combien de temps ? La CENCO ne répondra jamais avec exactitude, car elle conduit les négociations hors délai constitutionnel et sans rien maîtriser. Un immense danger plane au-dessus de la Républicaine car notre avenir immédiat est non seulement flou mais en plus incertain. Quel moyen dispose la CENCO pour contraindre les signataires de la mouvance présidentielle (qui ont signé sous réserve selon les dires de Lambert Mende) lorsque ceux-ci feront comprendre au peuple congolais qu’il est impossible d’organiser les élections (présentielle, sénatoriales et législatives) en décembre 2017 (car on s’achemine inéluctablement vers ce résultat) ? Après tant de sacrifices, d’assassinats, de prisonniers politiques, de femmes violées, de Congolais égorgés comme des bêtes sauvages à Beni et ailleurs, de jeunes gens tombés en janvier 2015 et en septembre 2016, de milliers d’enfants traumatisés, de millions de Congolais partis en exil, de villages et de parcs nationaux saccagés et détruits, de forêts dévastées, de ressources naturelles pillées, etc. comment pouvons-nous nous contenter d’un si maigre résultat se résumant en une simple promesse ? Nous ne sommes pas dignes de nos morts et nous oublions que nous leur sommes redevables. Par notre capitulation commune, nous souillons publiquement leur mémoire et trahissons leurs espoirs. Nous ne manifestons aucun respect et aucune dignité à leur égard, car nous nous laissons manipuler comme des moutons de Panurge.

Un manque total de lucidité politique

À mon avis, la CENCO n’a pas suffisamment pesé le danger de négocier et de signer l’Accord du 31 décembre dans l’irrespect total de la Constitution, car le moment venu, la « majorité » fera comprendre à la même CENCO que l’Accord du 31 décembre 2016 n’est pas constitutionnel. Au lieu de rester ferme et intransigeante quant au délai du 19 décembre 2016, la CENCO s’est fait avoir en acceptant de négocier au-delà de la date fatidique, grâce à l’argent sale du pouvoir qui a financé les négociations. En cela, la CENCO n’est pas éloignée des positions défendues par Mgr Marini Bondo au nom de l’Eglise protestante (je suis protestant et je sais de quoi je parle). « En maintenant Joseph Kabila au pouvoir, en jetant à la poubelle la Constitution et en piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo » (Charles Onana), nous dirons, en termes sibyllins, que la CENCO a sauvé la dictature de Kabila contre la colère populaire. En tout cas, elle a désamorcé cette « bombe » car le peuple voulait en finir avec la dictature en date du 19 décembre 2016.

En situation normale, la CENCO aurait dû tout simplement constater l’impossibilité pour le pouvoir de respecter l’article 220 de la Constitution et se limiter strictement à cela. Si elle a fait ce choix, tout le monde saurait que Kabila est sans mandat, qu’il n’est plus officiellement président de la République et qu’il gouverne par défi et sans aucune protection juridique. Hélas, la CENCO ne l’a pas fait, préférant brouiller les Congolais par la lecture d’une simple promesse. Comment mobiliser maintenant ce peuple – ou cette grosse machine – pour qu’il se remette en mouvement ? Que doit-il maintenant exiger puisque la Constitution a déjà été violée par le pouvoir actuel, par la CENCO et par les membres du Rassemblement ?

Dans mon livre Qui gouverne le Zaïre ? La République des copains, publié aux éditions L’Harmattan en 1997, je disais que les Zaïrois (Congolais aujourd’hui) savent discuter longuement sur les conflits de leur pays mais ils prennent toujours de mauvaises décisions. Ma prédiction n’a pas été démentie depuis la Conférence « nationale souveraine ». Nos discussions ont toujours été longues dans les multiples « négociations » de dupes : dialogue inter congolais à Sun City en Afrique du Sud, à Nairobi, à Kampala, à Lusaka, à Addis-Abeba, inutiles Concertations nationales en 2013, dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo et actuel dialogue national sans fin sous la direction de la CENCO. Le résultat est toujours le même : l’Etat dépense beaucoup d’argent pour un résultat nul (pour le peuple). Rien n’a changé, la dictature est toujours là, arrogante et têtue. Il n’y a jamais eu un changement de système mais uniquement de changement dans le système. La révolution-pardon de l’AFDL est venue tout simplement poursuivi la dictature de Mobutu et Cie. L’anarchie règne en maîtresse dans tout le pays.

Il ne suffit pas de proclamer haut et fort que « l’actuel chef de l’Etat ne briguera pas un troisième mandat » pour croire que les élections auront bel et bien lieu en décembre 2017 et penser que cela se fera ainsi. Dans son agir, la CENCO a superbement ignoré que la mouvance présidentielle est un conglomérat d’aventuriers (dixit Laurent-Désiré Kabila) qui cherche à gagner du temps pour rester plus longtemps au pouvoir. On voit que les discussions se poursuivent indéfiniment comme si aucun Accord n’a été signé le 31 décembre 2016. Le gouvernement de Samy Badibanga refuse de rendre le tablier pour piller le peu d’argent qui passe sous les yeux des ministres et la désignation du Premier ministre issu de l’opposition traîne à voir le jour. Or, la transition est limitée dans le temps. Elle a une durée très courte de 12 mois. Nous sommes déjà en février et nous sommes encore loin d’entrer dans la transition. Que cela veut-il dire ? En voulant composer avec un tyran qui n’a jamais respecté ses engagements, la CENCO a plombé l’avenir de notre pays. On nous dira dans le futur si nous avons raison de manifester publiquement notre inquiétude ou non.

Une République où rien n’est respecté

Notre République n’a jamais été une res publica (une chose appartenant à tous) car certains individus croient avoir plus de droits que d’autres. Ceux qui pratiquent le droit au quotidien sont les premiers à le violer. La plupart des concepts partagés par les élites ont cessé d’avoir le même contenu selon qu’on appartienne à la mouvance présidentielle ou à l’opposition. Ainsi, par exemple, les concepts de démocratie et de gouvernance ne signifient pas la même chose chez les uns et chez les autres, alors qu’ils vivent les mêmes réalités dans le même pays. Pour ceux qui dirigent, le Congo est une République « démocratique » pendant que tout le monde sait qu’il ne l’est pas. En principe, lorsqu’on entend le mot « démocratie », on se représente un régime politique dont les dirigeants sont élus à des échéances régulières par le peuple et ces élus sont responsables devant lui ; on se représente un régime dans lequel tous ont les mêmes droits, tels le droit à la libre expression, l’accès équitable à la justice, etc. Au Congo, les dirigeants ont plus de droits que les citoyens, même les fils de Boshab et d’Adolphe Muzito ont plus de droit que les professeurs d’université sans fonction politique [leurs enfants ont été exfiltrés de la justice après avoir causé la mort dans un accident de voiture parce qu’ils étaient simplement les fils de deux dignitaires de la République]. Au Congo, les concepts ont déjà perdu leur contenu ou leur signification car ils se déclinent selon la volonté de celui qui les utilise. Dans un contexte mouvant et incertain, il devient difficile, voire impossible, de définir le décideur en politique congolaise. Est-il celui qui fait, interprète et met en vigueur les règles du système politique ou celui qui influence et manipule la fabrication des lois à l’Assemblée Nationale ? Qui sont au Congo les décideurs politiques qui jouissent pleinement de l’appui de leurs concitoyens ? Qui peuvent être élus sans corrompre ? Comment devient-on décideur dans une société comme la nôtre où des Sénateurs sans mandat siègent depuis 2012 sans aucun souci de solliciter le renouvellement de leurs mandants électifs. Et ils ne se cachent pas car ils s’expriment en public en tant que Sénateurs, sans honte. M. Léon Kengo wa Dondo est toujours président du Sénat, sans mandat depuis 2012 et cela ne dérange personne. Minaku sera sans mandat à la fin de ce mois et il continuera à présider à la tête de l’Assemblée nationale, sans honte. Dans une République bananière, tout est permis, dit-on.

En tout cas, pour ceux qui gouvernent la République, la gouvernance est une réalité et ils en parlent sans pudeur et sans remords alors que ce concept est une utopie dans notre pays pour tous ceux qui connaissent et enseignement le contenu de la gouvernance politique.

La CENCO a tout brouillé et empêche les candidats aux élections provinciales, législatives, sénatoriales et à l’élection présidentielle de briguer le mandat au cours d’une compétition électorale saine ? Jusqu’à quand contribuera-t-elle à bloquer les institutions en complicité avec le pouvoir et la CENI ? Seule la CENCO elle-même pourrait répondre à cette question mais je pense que dans le contexte actuel, elle n’est pas prête à fournir une réponse précise car elle ne contrôle rien et n’a aucun moyen de pression. Dans ces conditions, il vaut mieux qu’elle abandonne la politique aux professionnels pour se mettre à s’occuper de ce que les prélats savent mieux faire afin de ne pas se laisser ridiculiser par celui qui les emploie à distance et qui ne poursuit qu’un seul intérêt : se maintenir au pouvoir à tout prix.

Notre avenir commun est incertain. Il est en danger. Vous êtes avertis. Un tyran ne quitte pas le pouvoir par des négociations interminables mais sous la contrainte ou sous la pression populaire. Où est-il le gouvernement de transition que la CENCO a promis au peuple depuis le 31 décembre 2016 ?

Les Congolais méritent mieux que ce que l’église catholique a concocté avec le pouvoir actuel.

Février 2017.

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

12 Déc

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

Dura lex sed lex, disaient les Romains. « La loi est dure mais c’est la loi. » Les pays les plus stables sont ceux qui respectent les lois que les citoyens se sont données. Nous avons voulu nous donner une Constitution et quelle que soit son imperfection, nous sommes obligés de la faire respecter contre ceux qui se sont malicieusement organisés pour la violer au su et au vu de tous les Congolais et du monde entier pris à témoins.

Tout au long du règne de M. Kabila, la violence a été omniprésente. Le pouvoir a massacré, tué, assassiné. Il a laissé les soldats rwandais séropositifs violer les femmes, les filles voire les fillettes congolaises ; il a laissé les soldats rwandais intégrés dans notre armée égorger nos citoyens à Beni et ailleurs. L’horreur a atteint son comble à tel point que les images des égorgés qui sont présentes en nous nous torturent jour et nuit. Le pouvoir a organisé l’assassinat de nombreux opposants et a emprisonné des innocents au seul motif qu’ils ont librement exprimé ce qu’ils pensaient de la mauvaise manière de gérer les biens publics. Cette violence, avons-nous observé en essayant de la comprendre, a été volontairement et sciemment organisée et canalisée par ceux qui gouvernent la République afin de s’imposer au peuple et de s’enrichir rapidement et illicitement par le pillage des ressources naturelles, en travaillant en complicité avec des firmes étrangères.

Le 19 décembre 2016 sera le dernier jour de règne du président Joseph Kabila et quelle que soit sa manière de nous distraire pour garder le pouvoir, nous avons l’obligation de lui signifier que son second et dernier mandat ne pourra, en aucun cas, être prolongé car la Constitution – sur laquelle il a prêté serment – doit être scrupuleusement respectée. Si nous prenons peur et laissons M. Kabila – qui sait pertinemment bien que son mandat arrive à la fin le 19 décembre 2016 – demeurer au pouvoir après cette date, non seulement il rira sous cape en prenant les Congolais pour des naïfs mais en plus, la communauté internationale nous qualifiera des complaisants et n’appuiera plus jamais notre combat pour la démocratie. Pour ces deux raisons et surtout pour assurer un retour à la paix, à la stabilité et à l’intégrité territoriale, nous avons l’obligation de tourner la page du règne de Kabila le 19 décembre 2016 à minuit. En coupant le Rwanda de son représentant à la tête de l’État congolais, nous aurons les mains libres pour apporter la paix et la sécurité à nos compatriotes vivant à l’Est de la République.

L’ancien président Laurent-Désiré Kabila a clairement dit aux Congolais que les Rwandais qui l’ont accompagné dans sa lutte pour la « libération » – qui en réalité n’en était pas une – formaient un conglomérat d’aventuriers. M. Joseph Kabila et ceux qui ont gouverné notre pays avec lui ont donné la preuve de ce qu’avait affirmé Laurent-Désiré Kabila. Ils ont tous brillé par l’aventurisme en utilisant le pouvoir comme un butin de guerre ou un appât pour s’enrichir, à tel point que notre pays qui, potentiellement, compte parmi les nations les plus riches au monde est aujourd’hui l’un des plus pauvres, car l’argent du Congo est constamment détourné par ceux qui gouvernent notre pays. Nous avons tous lu les révélations faites par les journalistes étrangers auxquelles les gouvernants de la RDC n’ont jamais apporté un seul démenti. Souvenons-nous de l’Américain Richard Minitel qui a accusé le président Joseph Kabila de détournement et de Panama Papers qui a accusé sa tante Janet Kabila également de détournement. Voudrions-nous que ces individus poursuivent leur œuvre satanique en les tolérant encore à la tête de l’État et des institutions ? Depuis Léopold II, le Congo est considéré comme une vache à lait au service de ceux qui gouvernent notre pays[1]. Le temps de nous réapproprier le Congo est venu. C’est pourquoi nous avons l’obligation de contraindre ceux qui considèrent les Congolais comme leurs Nègres de service à quitter définitivement le pouvoir. La chute du régime actuel sera une victoire nationale sur la corruption et sur la mauvaise gouvernance. Elle sera surtout la naissance d’un nouvel espoir pour le peuple car ce régime est complètement sclérosé et ne doit pas être sauvé. Pour le dire en d’autres termes, les Congolais ne doivent pas donner à M. Kabila un instant de plus car chaque jour qui passe notre pays perd des millions à cause de la cupidité de ceux qui ont institutionnalisé la corruption et l’impunité au sommet de l’État. Il est temps de mettre fin à l’ignominie.

Tout au long de ce règne abject, j’ai multiplié des articles pour refuser les concertations nationales et le dialogue national prétendument inclusif en rappelant à mes compatriotes que ces rencontres voulues tardivement par le pouvoir servaient uniquement à nous distraire et à gagner du temps. Combien d’argent le Trésor public a-t-il sorti pour rien ? J’ai été le premier à critiquer le dialogue organisé à la Cité de l’OUA par le Togolais Edem Kodjo en qualifiant l’Accord politique de « document bon pour les archives » car cet Accord est illégal. À cette même occasion, j’ai aussi été celui qui a montré une voie de sortie en demandant un Nouveau Dialogue – inclusif cette fois – sous la direction de la CENCO afin de gagner du temps mais, prudence oblige, j’ai exigé deux conditions à la CENCO : le respect de l’article 220 de la Constitution et le respect de la résolution 2277 des Nations unies. Les articles auxquels je fais allusion sont sur mon blog : www.fweley.wordpress.com

Aujourd’hui, en tournant mon regard vers le passé, je peux me permettre de dire que j’ai toujours été sur la bonne voie car j’ai vu juste sur tous les plans. Toutes les rencontres organisées par le pouvoir n’ont abouti à rien, comme pour confirmer qu’on ne dialogue pas avec un tyran mais on l’oblige à quitter le pouvoir. Le Togolais Edem Kodjo est reparti comme il était venu, sans donné aux Congolais ce qu’ils attendaient dans le dialogue qu’il a organisé. Finalement, la sortie de la crise a été confiée à la CENCO, comme je l’ai suggéré. Nous arrivons ainsi à la fin de l’aventure de M. Joseph Kabila et Cie au Congo. Si celui-ci reste au pouvoir après le 19 décembre 2016, ce sera notre faute car, après avoir pillé nos ressources naturelles et nous avoir publiquement humiliés, les Américains, les Britanniques et les Français nous ont donné le coup de main que nous attendions d’eux. Ils ne peuvent pas se substituer à nous pour chasser M. Kabila du pouvoir. Ce travail est une responsabilité des Congolais qui veulent être indépendants et souverains. Le président Obama a fait ce qu’il pouvait et devait faire. Il nous appartient maintenant de pousser M. Kabila vers la porte de sortie car le Congo n’est pas sa propriété privée.

Je demande avec insistance aux délégués du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, qui semblent admettre le fait accompli en acceptant le glissement, de renoncer à cette prise de position car, si nous ne faisons pas respecter la Constitution, il sera difficile voire impossible d’exiger le même respect de la Constitution à l’avenir. Je leur dis : ne devenez pas ceux qui seront cités demain comme étant à l’origine du maintien au pouvoir du président sortant. Vous ne pouvez demander à la fois le départ de M. Kabila et son maintien au pouvoir. C’est une position contradictoire à laquelle je vous invite à renoncer. Il faut espérer que les délégués du Front pour le respect de la Constitution resteront intransigeants sur cette question.

Il y a dans notre pays des Congolais très compétents qui ont déjà longuement réfléchi à l’avenir du Congo et qui sont prêts à prendre les commandes de la République pour mettre en place les politiques publiques qui permettront la création des emplois décents et pour initier un développement harmonieux. Il n’est plus permis de tergiverser sur le départ de M. Kabila car la Constitution est claire.

Pour éviter toute confusion, je demande à la CENCO qui organise et dirige le présent Dialogue voulu inclusif d’agir en deux temps : (1) se prononcer rapidement et clairement, avant le 19 décembre 2016, sur le respect de l’article 220 de la Constitution et sur le respect de la Résolution 2277 de l’ONU ; (2) de réfléchir sur la transition qui suivra et qui sera dirigée sans ceux qui ont mis le Congo dans l’abîme. La CENCO doit se prononcer urgemment sur la non-reconduction du président sortant, autrement son silence sur cette question sera qualifié de complicité avec Kabila. Cette annonce doit absolument être faite avant le 16 décembre 2016 pour fixer l’esprit des Congolais qui placent actuellement leur dernier espoir sur cette église qu’ils jugent neutre et apolitique. Si elle n’agit pas dans ce sens, les fidèles et le peuple congolais concluront sans l’ombre d’un doute que la Haute hiérarchie de l’église catholique a été corrompue. Il lui sera difficile voire impossible de rétablir la confiance avec le peuple et avec ses fidèles. Elle perdra alors toute sa crédibilité comme l’église protestante qui l’a déjà perdue à cause de la position pro pouvoir de Monseigneur Marini Bondo.

Dans la recherche d’une solution appropriée à la crise qui frappe la République non démocratique du Congo, la Haute hiérarchie de l’église catholique est devant un dilemme : ou elle gagne le pari ou elle perd définitivement la face. Elle doit sauver la nation car elle a librement accepté de trouver une solution pacifique avant l’expiration du second et dernier mandat du président Kabila. Sa mission de bons offices en dirigeant le présent dialogue inclusif doit donner satisfaction au peuple qui l’observe et qui attend. Parviendra-t-elle à aboutir à un compromis politique global qui sortira notre pays de la crise actuelle ? Il faut l’espérer. En choisissant, à la dernière heure, de confier cette mission délicate de conduire le dialogue national inclusif à l’église catholique, Monsieur Joseph Kabila l’a sciemment piégée en la rendant responsable de l’anarchie qui suivra en cas d’échec. Elle a donc l’obligation de réussir or réussir cette mission revient à faire respecter l’article 220 de la Constitution.

Le président sortant a publiquement déclaré qu’« il ne se passera rien le 19 décembre 2016 ». Montrons-lui qu’il s’est lamentablement trompé et qu’il n’a pas le droit de narguer, sur leur sol, les descendants de Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Patrice Lumumba. Des jeunes Congolais ont été massacrés par le pouvoir du 19 au 23 janvier 2015 et du 19 au 20 septembre 2016 parce qu’ils voulaient voir leur pays entrer dans la démocratie. Ils ne sont pas morts pour rien. Là où ils sont, ils nous regardent et attendent notre réaction. Allons-nous ignorer leur combat en accordant une prime par le glissement à celui qui les a inutilement sacrifiés ? Soyons conscients des enjeux et de notre passé récent.

Les soldats et les policiers congolais de souche ont la responsabilité d’aider le peuple à réussir cette sortie de la tyrannie, en barrant la route aux mercenaires qui viendront à la rescousse de M. Kabila et de son régime. Ils doivent protéger les manifestants qui cherchent entre autres l’amélioration des conditions de vie des hommes en arme.

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble. Montrons que nous sommes un peuple mûr et responsable.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Le 12 décembre 2016.

[1] Nous avons donné suffisamment des preuves dans notre livre collectif, Fweley Diangitukwa (sous la direction de), Les Congolais rejettent le régime de Kabila, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2015.