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Face à un régime sans foi ni cœur, l’Église devient le dernier recours du peuple congolais en détresse

5 Fév

Face à un régime sans foi ni cœur, l’Église devient le dernier recours du peuple congolais en détresse

Par Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

Le 5 février 2018

Après un temps d’attente et d’observation, l’Église catholique a subitement décidé de mettre fin à sa façon de concevoir ses relations avec le pouvoir en place sans mandat légal, en refusant publiquement ses intransigeances politiques de subordination du théologique au politique. Elle a rejoint en définitive les positions des partis politiques dans l’opposition ainsi que les positions de la société civile et de la majorité du peuple congolais, victimes non consentantes depuis longtemps d’un pouvoir ingrat, incompétent, irresponsable, égoïste, médiocre, barbare et ignoble. En sortant de son silence, l’Église catholique plaide désormais son indépendance, celle qui avait opposé jadis le cardinal Malula au tyran Mobutu qui prêchait maladroitement un retour à l’authenticité alors qu’il fallait prêcher à la place un recours à l’authenticité. Deux positions qui recoupent un clivage politique traditionnel entre la défense inconditionnelle de l’ouverture démocratique voulue par le peuple via l’alternance au sommet de l’État et le statu quo voulu par un régime qui s’impose sans aucune légitimité. Pour le premier camp, la politique doit nécessairement se définir dans le respect de la Constitution en se concrétisant dans une volonté déterminée du peuple, qui est le peuple témoignant, dans son fonctionnement même, de son refus de subordination à un régime sans légitimité ni légalité. Pour le second camp, celui du régime en place (PPRD, partis alliés et laudateurs), le pouvoir doit avant tout être une soumission aveugle à l’autorité, même si cette autorité est arrivée à la fin de son second et dernier mandat (article 220 de la Constitution) et même si cette même Constitution demande au peuple congolais de « faire échec à un individu ou un groupe d’individus qui exerce le pouvoir en violation des dispositions de la Constitution » (article 64), comme c’est exactement le cas depuis décembre 2016. À ce titre, la position du second camp contredit superbement les exigences des institutions républicaines que revêt un État démocratique.

Dans cette confrontation épique, le premier camp exige simplement de veiller à ce que les institutions de la République garantissent le libre exercice du pouvoir, dans le respect du droit, et n’en contredisent pas les valeurs fondamentales. Pour l’Église catholique donc et pour les partis politiques dans l’opposition, l’autorité publique en laquelle s’incarne la liberté collective se doit de respecter les lois de la République et se soumettre à la volonté du peuple qui refuse d’être gouverné par défi et par un individu sans mandat. À ce stade, l’émancipation populaire recommande l’éradication de tout facteur de soumission et de servitude.

Dans cet affrontement épique, M. « Joseph Kabila » demande à l’Église de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». En clair, il exige médiocrement que l’Église se soumette à son pouvoir, même s’il n’a plus de mandat légal. À dire vrai, M. « Joseph Kabila » est dans une confusion mentale totale. N’est-ce pas lui qui a toujours recouru au soutien des hommes de l’Église en leur demandant de célébrer son mariage avec Olive Lembe afin de prétendre à la nationalité congolaise par le mariage ? N’est-ce pas lui qui a désigné l’abbé Malu Malu à la tête de la CEI puis de la CENI en lui demandant de présider l’organisation de l’élection présidentielle de 2006 et au Pasteur Ngoyi Mulunda de présider l’organisation de l’élection présidentielle de 2011 ? N’est-ce pas encore lui qui a supplié l’Église catholique (CENCO) de le sauver du pétrin dans lequel l’a laissé le faux négociateur togolais au nom d’Edem Kodjo ? Maintenant que l’Église catholique lui a définitivement tourné le dos, il demande aux catholiques de s’occuper des affaires de l’Évangile (de Dieu) et de tenir César (c’est-à-dire lui) loin de leurs préoccupations du moment. Que nenni ! Avancer une telle exigence revient à ignorer le fondement même de l’Église, c’est-à-dire sa mission au sein de la société. Le problème au cœur de la société congolaise se présente autrement ou plutôt différemment. Malgré la séparation qui est advenue, depuis le XVe siècle, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, les deux ordres n’ont jamais cessé de se côtoyer et parfois de se soutenir, raison pour laquelle en pleine impopularité, il y a deux ans, nous nous en souvenons, M. « Joseph Kabila », encore président de la RD Congo, est allé lui-même rencontrer le pape à Rome, librement et sans autorisation du peuple congolais. C’est encore lui qui a confié à l’Église catholique le mandat de négocier une année supplémentaire avec les partis politiques dans l’opposition, et c’est cette négociation qui a accouché les Accords de la St-Sylvestre que M. « Joseph Kabila » et son régime ont jeté par les fenêtres en se maintenant au pouvoir par défi. Donc, la confusion entre ce qu’il faut rendre à César et à Dieu – si confusion il y a – a été voulue par celui-là même qui exige que l’Eglise rende maintenant à César ce qui lui revient, c’est-à-dire la reconnaissance de son autorité, sauf que celui qui l’exige ainsi refuse de reconnaître qu’il a cessé de jouir, depuis décembre 2016, de cette autorité venue du peuple. L’ignorance tue, ne cessons-nous de rappeler.

S’il revient à l’Église catholique ou à l’Église protestante – sinon à l’Église tout court (qu’elle soit catholique, protestante, kimbanguiste ou musulmane, c’est pareil) – « de maintenir vivante l’âme des pouvoirs de droit divin », il revient également à cette même Église de protéger ses croyants contre les dérives du pouvoir. Et lorsqu’il n’y a plus de limites ni d’autorités dans la République capables d’arrêter les abus du pouvoir[1], l’Église devient le dernier recours qui, de ce fait, a le devoir de rappeler la morale chrétienne. Il faut croire que M. « Joseph Kabila » ne le sait pas.

La Constitution de la RD Congo a voulu que l’exemple du pouvoir émane de la communauté des citoyens, c’est-à-dire du peuple, et, quand le peuple s’oppose, le pouvoir doit se soumettre. Or, nous sommes aux antipodes de cette réalité. C’est ce contexte qui donne un prodigieux retentissement à l’Église catholique et à l’Église protestante de sortir de la langue de bois et de dire au pouvoir (présentement sans légalité, sans légitimité et sans mandat) qu’il a outrepassé ses droits et qu’il est temps de revenir à la raison en évitant un bain de sang continuel et inutile. Tant que le pouvoir ne se soumettra pas aux lois de la République, l’Église se permettra de manifester publiquement sa vocation à moraliser l’espace public en fournissant la clé de voûte de l’ordre politique bafoué par ceux qui sont censés le respecter en premier lieu.

Si dans la hiérarchie des normes le pouvoir vient d’en haut ou du sommet (lire Kelsen), ce principe cesse d’être respecté lorsque le détenteur du pouvoir refuse de se soumettre à la Constitution. D’où l’origine de l’insoumission des peuples et des révolutions. Dans un tel contexte, le pouvoir vient d’en bas, il est une délégation du peuple et rien d’autre. Or, l’Église est une partie prenante de la société, elle est la représentante de sa conscience. Elle est ensuite le parti de la dénonciation sans concession des insuffisances et des mensonges des dirigeants dans une République des médiocres, des barbares, des impies qui violent sans remords les droits de l’homme.

Dans notre République, tout est devenu mensonge. Le ministre de l’information est devenu le ministre de la désinformation (un menteur public). Mensonge, lorsqu’on entend M. « Joseph Kabila » sans mandat électif depuis décembre 2016 déclarer publiquement : « Quand je vois ceux qui prétendent défendre la Constitution, je ne fais que m’éclater, c’est plus que rire. Ils défendent la Constitution aujourd’hui, une Constitution qu’ils avaient rejetée ». Tout le monde sait que le projet de cette Constitution avait été rédigé en Belgique et qu’il avait été âprement discuté à Sun City en Afrique du Sud entre les prétendants au pouvoir et les belligérants. M. « Joseph Kabila » ignore superbement que dans une République démocratique, les partis qui s’opposent à un projet de loi doivent l’accepter après son adoption au Parlement et au Sénat et sa publication dans le journal officiel. Par cette déclaration, M. « Joseph Kabila » a montré son ignorance crasse du fonctionnement d’un État de droit dans lequel il n’a jamais vécu. Son attaque frontale contre l’Église catholique est donc sans objet.

Mensonge, lorsque le régime prétend créer les conditions de stabilité, alors qu’il a installé partout la corruption, le pillage, l’enrichissement sans cause, l’impunité, l’emprisonnement et l’assassinat des innocents. Combien de Congolais sont déjà morts à cause de la tyrannie du régime Kabila ?

Mensonge grossier, lorsqu’il prétend que « les élections dans ce pays commencent à coûter plus cher que le développement », car les élections ont lieu une fois tous les 5 ans alors que le développement s’accomplit quotidiennement, 24 heures sur 24 et pendant 365 jours par an. « Joseph Kabila » mélange les pinceaux lorsqu’il ajoute bêtement : « Est-ce qu’il faut qu’on (État congolais) soit cité comme le pays le plus démocratique dans le monde ou bien c’est le développement qui compte ? ». Le disant ainsi, il fait la démonstration d’une ignorance crasse car les deux concepts (démocratie et développement) sont étroitement liés. Il n’y a pas durablement de développement sans démocratie ou, pour dire la même chose en d’autres termes, les pays développés sont les plus démocratiques ou encore inversement les pays réellement démocratiques sont les plus développés. Oui, médiocre, M. « Joseph Kabila » l’est et nous l’avons toujours dit sans nous cacher. Ceux qui ont rédigé son discours sont aussi médiocres que lui, car ils ignorent tous l’existence de nombreux livres sur le marché qui établissent la relation entre le développement et la démocratie et vice-versa.

Mensonge, lorsque M. « Joseph Kabila » prétend que ses amis (la précision est de taille) de la Monusco n’ont jamais réussi à éradiquer un seul groupe armé. Du reste, cette dernière lui a vertement répondu que « les relations entre l’État congolais et la Monusco sont devenues très mauvaises depuis la chute de M23 ». En termes clairs, les relations entre la Monusco et l’auteur de l’accusation sont se sont détériorées depuis qu’elle a défait le M23 sur lequel M. « Joseph Kabila » s’appuyait[2] pour déstabiliser l’Est du Congo. En plus, ô ignorance quand tu nous tiens solidement !, le rôle d’éradiquer un groupe de rebelles n’est pas une responsabilité de la Monusco mais bien celui de « Joseph Kabila » (FARDC) et de son gouvernement. Dans une République qui se respecte, c’est à lui-même qu’il aurait dû adresser le reproche qu’il a fait à la Monusco. Étant le premier commanditaire des violations des droits de l’homme à l’Est du Congo, et ne pouvant le reconnaître publiquement, il a préféré charger ses amis.

Mensonge, lorsqu’il prétend lutter pour l’union nationale, alors qu’il a installé partout la désunion, la discorde et la mort (Ituri, Bunia, Butembo, Kasaï, Kongo central, Kinshasa, etc.). Par rapport à ces atrocités criantes, l’Église devient justement, enfin, le dernier recours. Elle est le parti qui se donne authentiquement les moyens de hausser le ton pour défendre la cause du peuple sans arme afin qu’il impose, par des marches pacifiques, le respect des normes aux dirigeants qui ont tous perdu le sens de la raison et du droit que certains parmi eux enseignent aux futurs juristes[3]. De ce fait, elle, l’Église, doit être conséquente jusqu’au bout [j’ai plutôt voulu écrire jusqu’à la victoire], s’agissant de contraindre les autorités sans mandat depuis décembre 2016 à abandonner leur prétention de se maintenir coûte que coûte au pouvoir et à quitter définitivement ledit pouvoir [que les partis sans armes dans l’opposition échouent lamentablement à obtenir], car si l’Église s’arrête à mi-chemin, c’est tout l’édifice Congo qui s’écroulera. L’enjeu entamé est donc de taille. Sans doute cette mission de sauver la démocratie en péril – et donc de sauver la République en danger – reprise en filigrane dans les prêches du cardinal Monsengwo et du révérend François David Ekofo, Recteur de l’Université protestante, est l’accomplissement le plus mobilisateur depuis l’installation maffieuse de M. « Joseph Kabila » à la tête de notre pays en 2001. Cette nouvelle idéocratie venue de l’Église n’est autre chose qu’un appel ultime à la prise du pouvoir par des Congolais conscients et responsables qui ont un réel projet pour le Congo, loin de l’enrichissement rapide et illicite qui a longuement préoccupé les dirigeants sortants. Pour sauver la République, nous avons tous l’obligation de mettre absolument fin au conglomérat d’aventuriers venus de l’AFDL, du RCD-Goma et de CPP mais aussi aux laudateurs qui font le lit de la tyrannie.

« Joseph Kabila » a toujours tordu le cou à la Vérité. Il ne mérite pas qu’on lui fasse confiance, quelle que soit la circonstance. Tenez : en 2006, il a déclaré : « La Constitution, c’est sacré… J’ai donné ma parole d’honneur en promulguant cette Constitution, je n’y toucherai donc pas. Le pouvoir use. Il faut s’arrêter »[4]. Combien de fois a-t-il révisé la Constitution, passant de deux tours à un seul tour pour ne citer que cet exemple ? S’était-il arrêté comme il l’avait promis ? Il a promis au pape à Rome qu’il organiserait les élections la fin de 2017, l’a-t-il fait ? S’il ment le Saint-Père, qui d’autre peut-il encore respecter sur terre ? M. « Joseph Kabila » est un menteur invétéré qui doit être mis hors d’état de nuire. Il s’est enrichi rapidement et illicitement en mentant tout le temps et à tout moment. Aucune négociation n’est désormais permise avec lui.

« Que les médiocres dégagent » doit devenir notre credo politique et révolutionnaire, lequel est destiné à se faire pouvoir, pouvoir lui-même appelé à fusionner avec le peuple dans une gouvernance participative qui fera naître une pleine conjonction consciente du peuple entier avec lui-même pour un renouveau démocratique. Ce dessein de faire dégager les médiocres pour que les plus compétents viennent repose entièrement sur ce que le peuple se propose de détruire définitivement, à savoir la médiocrité et le mensonge au sommet de l’État. Ce message, qui sert de repoussoir, est ce qui fournit le levier aux plus démocrates des Congolais. Que les meilleurs gagnent, dirons-nous en guise de requiem pour les millions de morts que la médiocrité a envoyés précocement dans l’au-delà. Requiem aeternam dona eis [donne-leur le repos éternel]. Le tour des bourreaux viendra aussi un jour, car la roue de l’histoire ne peut pas s’arrêter de tourner. À chacun son tour. Demain, les Congolais reconstruiront un autre pays. Oui, pour sûr, le Congo renaîtra.

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

[1] Malgré le nombre de morts à chaque marche pacifique, la Cour de justice ne s’est jamais prononcée parce qu’elle est complètement inféodée à ce régime sans mandat. Elle ne peut pas poursuivre judiciairement les organisateurs des troubles et les assassins des Congolais ni les condamner parce qu’elle est étroitement complice.

[2] En y injectant des soldats rwandais qu’il a régulièrement intégrés dans l’Etat-major des FARDC afin de lui ôter toute efficacité combattante. Selon la Monusco, les opérations dans l’Est du Congo seraient sans doute moins compliquées s’il n’existait pas de liens entre les groupes rebelles et certains officiers de l’armée congolaise. Si « Joseph Kabila » était sérieux, il se serait donné la mort après cette grave accusation car l’État-major et la Cour pénale l’aurait automatiquement mis en poursuite pour haute trahison, du fait que la Monusco a officiellement déclaré sa complicité avec les ennemis du Congo. C’est la preuve que l’État n’existe plus au Congo.

[3] Dans le régime qui vient, tous ceux qui ont pactisé avec la tyrannie sous le régime du maréchal Mobutu et sous le régime de « Joseph Kabila » doivent être mis hors d’état de nuire après un jugement en bonne et due forme, en les interdisant d’exercer toute fonction étatique, et à tous les niveaux (du sommet de l’État jusqu’aux fonctions de bourgmestre) pendant 20 à 30 ans afin qu’ils n’empoisonnent pas la bonne marche des affaires de l’État. Quant aux juristes du PPRD qui enseignent le droit à l’université, ils doivent être interdits d’enseigner le droit (dans les universités publiques comme dans les universités privées) sur toute l’étendue de la République jusqu’à la fin de leur vie pour épargner la jeunesse de leur manière erronée d’interpréter les textes de droit en faveur de la tyrannie. Les laudateurs doivent subir le même sort pour leur complicité avec la tyrannie. Il faut mettre définitivement fin à la révolution-pardon maladroitement initiée par Laurent-Désiré Kabila.

[4] François Soudan, « RDC : Joseph Kabila, cartes sur tables », in http//www.jeuneafrique.com

Lu pour vous : CINQ SCENARIOS POLITIQUES AU MATIN DU 1er JANVIER 2018 EN RDC…

5 Oct

CINQ SCENARIOS POLITIQUES AU MATIN DU 1er JANVIER 2018 EN RDC…

Ce samedi 30 septembre 2017 était la date prévue par l’Accord de la Saint Sylvestre pour convoquer officiellement les élections si du moins les congolais voulaient réellement la passation pacifique et démocratique du pouvoir en décembre prochain. Sur le terrain la réalité a été bien différente… Au seuil de ce mois d’octobre 2017, il ne reste plus que trois mois avant l’expiration du délai butoir au-delà duquel le peuple congolais naviguera dans l’illégalité la plus totale, en dehors du cadre constitutionnel et de l’Accord de la Saint Sylvestre, rendant du coup toute institution congolaise illégitime en plus d’être déjà illégale.

En termes clairs, au cas où rien n’est fait selon les dernières prévisions de l’Accord de la dernière chance, celui du 31 décembre 2016, cette étude s’emploiera à explorer anticipativement les différents scénarios que pourra vivre notre peuple dès le 1er janvier de l’année 2018. 

  1. Les élections organisées démocratiquement et un nouveau président pour succéder à J. Kabila. 

Le premier schéma est celui de l’avènement d’un président nouvellement élu conformément aux prescrits de l’Accord de la Saint Sylvestre prévoyant les élections pour avant décembre 2017 prochain. Dans ce cas Kabila, le président sortant, céderait pacifiquement le pouvoir à son successeur qui prendrait les rênes du pays. 

L’on a observé que les tractations de la dernière Assemblée de l’ONU appuyaient ce schéma et ont préconisé la mise sur pied d’un cadre international qui fonctionnerait en appui aux travaux de la CENI. L’organisme américain basé à Washington « Enough Project »  a également proposé le mercredi dernier “un plan pour la conduite d’élections et d’une transition politique conformément à l’accord du 31 décembre et/ou le manifeste récent de la société civile, et où il est admis que Kabila devra quitter ses fonctions avant les élections.”[1] Ce plan prévoit un la nomination d’un médiateur africain idoine et l’implication des groupes des sociétés civiles. 

Toutefois, quand bien même les élections arrivaient à être organisées dans le respect du délai, elles courront immanquablement le risque de se faire dans la grande précipitation. Étant donné qu’il ne reste plus que trois mois sans que l’enrôlement n’ait encore pris fin dans le Kasaï, que  le calendrier ne soit publié et qu’aucun candidat ni aucun programme politique ne soit connu par les électeurs, dans le cas où Kabila acceptera de céder le tablier, le régime de Kinshasa mettra à profit cette précipitation pour pouvoir manœuvrer en vue de placer un élu de la MP très proche de Kabila ou encore un ressortissant du Rassop qui serait en réalité un pion fabriqué de longue date aux fins d’infiltrer l’opposition et de l’asphyxier de l’intérieur lorsque celle-ci cherchera à vouloir imposer une alternative politique. 

Dans un cas comme dans un autre, dans la possibilité d’élection au suffrage universel d’un cadre de la MP ou même d’un de leurs pions du Rassop, un autre danger se pointera à l’horizon : Joseph Kabila, tant qu’il n’est pas mis hors d’état de nuire, agira bel et bien dans l’ombre de ce nouveau pouvoir et pire encore, en gardant mains basses sur tous les leviers de commandement des services de renseignement, des forces militaires et des régies financières à la tête desquels il a placé ses hommes de confiance, il détiendra un immense pouvoir de faire ou de défaire le nouveau magistrat suprême congolais quand bon lui semblera de vouloir réinstaurer son pouvoir avec une nouvelle loi constitutionnelle élaborée à sa guise. 

Avant qu’on y arrive, les congolais sont invités à avoir leurs deux pieds sur terre. Car, malgré l’insistance des uns et des autre Kabila reste vraisemblablement le maître de l’agenda électoral congolais.  Toutes les clefs de solution ou de blocage se trouvent entre ses mains. Et dans sa tête donc, publier le calendrier et organiser des élections équivaudrait à signer son arrêt de mort politique. Voilà pourquoi il a choisi un autre subterfuge de recours à l’art. 220 qui stipule de ne céder le pouvoir qu’à un autre président élu. Sa méthode pour perdurer consistera donc à repousser le plus loin possible l’arrivée de ce nouveau président pour ne pas procéder à la passation du pouvoir. 

Au regard des nombreux facteurs endogènes et exogènes, ce premier scénario est le moins plausible de cinq. Outre l’acharnement de Kabila à s’accrocher au pouvoir, il faut aussi tenir compte des soutiens qu’il reçoit de l’Union Africaine et même des puissances européennes qui nous ont habitués à taper du poing sur la table contre Kabila tout en négociant avec lui en secret.[2] 

C’est suivant cette hypocrisie diplomatique des occidentaux qu’il faut comprendre l’actuelle bataille diplomatique de Kabila via ses émissaires en France, aux USA, en Chine et en Russie pour s’attirer les faveurs de puissants décideurs de ce monde. A ce titre, il est prêt à brader les richesses du pays pour obtenir en échange de garder son pouvoir. Ce n’est donc pas en vain que lors de son séjour aux USA, il a reçu en audience  à huis clos les hommes d’affaires américains, proches de Trump, avec des contrats d’affaire en perspective. 

Ce cas est loin d’être isolé. Les contacts secrets de Frank Paris et Rémi Maréchaux, deux émissaires d’Emmanuel Macron allés rencontrer à Lubumbashi Néhémie Mwilanya et Léonard She Okitundu[3] deux très proches de Kabila puis les récents échanges secrets à Bruxelles des proches collaborateurs de Kabila avec des émissaires du président de la commission européenne et les rumeurs persistantes sur la nomination d’un nouveau premier ministre pour contenter ses partenaires occidentaux, ces trois facteurs mis ensemble doivent mettre un frein à l’immense aspiration béate des congolais à l’exercice de leur droit souverain d’élire un nouveau président. Ce, pour la simple raison que ces faits ci-haut énumérés démontrent que Kabila n’a pas perdu du vent en poupe et que les lobbies euro-américains qui l’ont placé là en 2001 ne sont peut-être pas encore prêts à le lâcher… 

  1. Les élections non organisées et « une transition sans Kabila ». 

Le deuxième schéma est celui dans lequel le peuple congolais atterrit au soir du 31 décembre 2018 sans jamais avoir pu organiser les élections libres et démocratiques. 

C’est le schéma annoncé sans ambages par le Rassemblement de l’opposition à Moussa Faki, le président de la Commission de l’Union Africaine lors de sa visite à Kinshasa le jeudi 28 septembre dernier. En résumé, la délégation du Rassop conduite par Martin Fayulu lui a dit les points ci-après : la démission obligatoire de Kabila de ses fonctions présidentielles avant le 31 décembre 2017, le départ immédiat de Naanga de la CENI ; la dissolution de toutes les institutions à mandat électif et la mise en place d’un gouvernement de transition.[4] 

C’est de cette manière que le Rassop entend mettre en exécution son plan de sauvetage de la Nation  consistant à imposer une transition sans Joseph Kabila pour la simple raison que lui et son exécutif auraient failli à la tâche d’organiser les élections et que pour cette raison, ils auraient perdu toute crédibilité devant l’opinion publique congolaise et devant les partenaires internationaux. 

Si cela se produisait de cette manière, il importera d’envisager deux pistes. 

La première piste verrait le président du Rassop automatiquement investi président de la transition. Ce qui n’ira pas de soi au regard des ambitions démesurées des politiciens congolais et des risques sérieux que les partenaires de cette plate-forme s’empoignent dans une guerre fratricide et intestine portant chacun à vouloir prendre le commande de la transition. Les conséquences collatérales de ce choix, c’est de voir se réveiller les vieux démons de l’opposition congolaise encline à ne jamais porter dans la durée un idéal patriotique commun. C’est en ce moment précis que pourront passer à la contre-attaque, les forces négatives préparées de longue date par Kabila, infiltrées dans le rang de l’opposition et se rendant prêtes à opérer en faveur de leur maître. 

La seconde piste serait d’attribuer la direction de la transition à un homme de la société civile, n’appartenant à aucune famille politique et qui ne nourrit d’aucune ambition politique pour se porter candidat à la magistrature suprême. Ce serait alors l’application du schéma centrafricain avec madame Catherine Samba-Panza qui était tenue de se retirer du pouvoir après la tenue des élections présidentielles. 

Admettons que dans le cas de figure, le choix tombait sur le docteur Denis Mukwege comme le suggèrent beaucoup de stratèges de l’élite intellectuelle congolaise (cfr. Patrick Mbeko) ou de nombreux dirigeants de l’Union européenne ou différentes ONGS nationales et internationales. 

Cet homme jugé intègre et œuvrant au milieu d’un peuple traumatisé dont il panse les plaies et « répare » les femmes violées, s’avère du reste un acteur crédible de la société civile congolaise qui de surplus bénéficie de l’appui de grands de ce monde. Un facteur important qui le rend capable de recueillir l’adhésion tant nationale qu’internationale tout comme un atout de taille pour pouvoir rassembler des moyens financiers suffisants pour la gestion économique du scrutin électoral. De par son expertise, son expérience de terrain et sa maîtrise de la roublardise des rwandais voisins dont il sait contourner les pièges, Denis Mukwege donne mieux que tout autre congolais, toutes les garanties de réussite de la noble et grande mission de la transition qui pourra lui être impartie en vue de porter le Congo de Lumumba vers un État de droit. 

J’attire cependant l’attention des congolaises et des congolais sur le fait que le docteur Denis Mukwege ne pourra réussir cette mission qu’à quatre conditions préalables. 

Primo, qu’il se rende capable de nettoyer les écuries d’Augias de la Ceni qu’il doit commencer par auditer et rendre apolitique et indépendante. 

Deuxième condition : discuter avant tout du statut de l’ex-président Kabila qui risque de constituer une force négative et un danger permanent pour la démocratie en RDC et, par voie de conséquence, exiger le contrôle total des forces policières et militaires durant la transition pour assurer un climat serein et pacifique au processus électoral. 

Troisième condition : commencer dès maintenant à prendre contact avec la matière grise de la société civile de toutes les provinces de la RDC pour avoir le temps de mûrir sa décision et de s’informer sur l’itinéraire de ses éventuels collaborateurs pour parer à toute surprise désagréable. Cette méthodologie lui permettra de former, le moment venu, un gouvernement de transition fort équilibré, ne comportant aucun acteur politique traînant derrière lui des casseroles ou ayant déjà collaboré avec des ennemis du Congo. Le critère de ce gouvernement de transition .devant être uniquement l’aptitude à travailler uniquement pour l’amour de la patrie. 

Quatrième condition : La manière dont Denis Mukwege aura à gérer le rapport avec les puissants de ce monde qui lui ont décerné des prix  à travers les grandes capitales de l’Occident afin de ne pas se laisser instrumentaliser par eux. C’est d’ailleurs avec raison que Jean-Pierre Mbelu émettait ses réserves à ce sujet et attirait l’attention de Denis Mukwege sur les pièges des ultralibéraux mondialistes qui ont l’art de se servir des états comme proxies (…) ou des individus en qui une frange importante de la population place sa confiance[5]. Ces avertissements valent leur pesant d’or. Le conseil que je peux prodiguer à Denis Mukwege, c’est de savoir et de pouvoir jouer au plus malin pour se rendre capable de défendre l’intérêt supérieur de la Nation envers et contre tout. 

Vu qu’au stade actuel, aucun congolais  ne peut avoir un début de contrôle du destin de ce grand pays (qui a fonctionné comme une colonie internationale depuis 1885) sans des alliances solides parmi les antiques décideurs sur le sort de ce pays, le problème résiderait dans la capacité de celui qui préside aux destinées du Congo de savoir identifier clairement les intérêts vitaux de ce pays à moyen et à long terme et de savoir manœuvrer au milieu des caïmans pour faire avancer le navire Congo. Cette question sera cruciale et pour le président sensé conduire la transition et pour celui qui sera élu dans la suite au suffrage universel. Pour ce faire, les deux acteurs-clé de l’avenir du Congo-Kinshasa auront tout intérêt à s’entourer des services précieux d’un Think Tank aguerri en géopolitique, travaillant en synergie avec les services de renseignement qui lui fourniraient des informations précises en temps réel pour devenir véritablement une officine de stratèges commis à conseiller les mandataires de l’État et à les aider à prendre la bonne direction. 

  1. Les élections non organisées mais assorties d’un glissement sous Kabila 

Il s’agit à ce stade du refus de Kabila pour une passation pacifique du pouvoir et de l’application en territoire congolais, du schéma de Nkurunzinza au Burundi. 

Le constat actuel est que les nombreuses promesses de Kabila en vue d’organiser les élections en RDC ressemblent à un enfumage parce que le concerné refuse catégoriquement de se soumettre à l’article 220 de la Constitution qui lui interdit d’aller au-delà de deux mandats constitutionnels. Ayant essayé par tous les moyens de contourner la loi, Kabila se sent coincé de toute part. Ses grandes réticences à se prononcer là-dessus tout comme son refus de nommer un dauphin pour représenter sa famille politique au prochain scrutin présidentiel conforte les craintes d’ Herman Cohen qui lui a rendu visite à New York (sur invitation de Kabila) et à qui il a fait comprendre, entre les lignes, sa volonté de glissement pour longtemps[6]. 

Dans ce contexte, deux voies  plausibles s’ouvrent. 

Soit Joseph Kabila se décide de diriger la RDC par défi selon le schéma qui a été appliqué au Burundi soit alors, dans une stratégie consistant à couper l’Est de l’Ouest, il se résoudrait à créer une zone-tampon tant pour y créer un petit état indépendant avec l’option de reconquérir la RDC que pour s’en servir comme une base-arrière en vue de relancer le projet cynique de la reconquête du Congo de Lumumba. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut comprendre les efforts diplomatiques de Kabila pour s’attirer les faveurs de la France moyennant des grandes concessions à caractère économique[7] et ce, en vue de pouvoir diviser les cinq membres du Conseil de Sécurité de l’ONU vis-à-vis de son futur projet politique. 

L’analyste politique, Christophe Habonimana, nous informe qu’au mois de février 2017, le patron du Service de Renseignement (SNR en sigle) au Burundi a apposé sa signature sur un mémorandum d’entente entre le mouvement rebelle des maï-maï Yakutumba et l’État du Burundi afin de collaborer ensemble en s’accaparant tout l’Est de la RDC quitte à mettre des bâtons dans les roues de tout mouvement rebelle burundais.[8] 

Les Maï-Maï s’en mordront bien les doigts quand ils s’apercevront que l’État burundais joue un double jeu avec Kinshasa. Il y a comme une conspiration entre eux ou l’exécution en cours d’un plan macabre qui permettrait au Président Joseph Kabila de demeurer dans son fauteuil présidentiel. Cette connivence de longue date entre Kabila et Nkurunzinza, entre Bujumbura et Kinshasa pourra donner une tournure inattendue à la crise congolaise dans le prochain avenir. 

Dans cette première hypothèse où Kabila se serait décidé de diriger le Congo par défi, les congolais devront s’attendre à découvrir un Kabila doublement plus cruel que dans le passé. Tous les préparatifs en termes d’achat des armes sophistiquées, des alliances avec des nombreuses milices étrangères déjà en place au Congo, des forces spéciales sans parler de l’installation des bataillons rwandais dans les zones chaudes et réfractaires à son pouvoir, allaient dans le sens de parer à pareille  éventualité. Tous ces gros moyens sont prêts pour perpétrer des massacres en masse pour pouvoir bâillonner les velléités de libération de tout un peuple. Mais cette violence extrême peut devenir pour Kabila un couteau à double tranchant.  Elle peut tourner en sa faveur tout comme en sa défaveur au point où l’opinion internationale s’y mêlait et l’accusait de crimes contre l’humanité. 

Dans la deuxième hypothèse de créer une zone-tampon, des informations persistantes venant des sources fiables donnent à Kabila le projet de délimiter sur le Sud Kivu via la plaine de Ruzizi, Uvira et Fizi, un territoire de plus de 300 kilomètres carrés à l’Est du Congo. Territoire où il compte s’établir comme président, y emportant les 15.000 militaires de sa Garde Républicaine. 

C’est dans cette optique qu’il faille inscrire les récentes gesticulations de la fausse rébellion du Mai Mai Yakutumba. Dans la vidéo diffusée sur la toile à partir de Makobola,  le colonel porte-parole nomme cette rébellion comme le Coalition AA64, à savoir la Coalition de l’Alliance pour l’Article 64 ayant pignon sur rue à Uvira, à Rutsuru, à Masisi et à Beni, cette aire géographique là même où justement se profile la délimitation de cette nouvelle républiquette. 

D’autre part, il faut bien se méfier des déclarations incendiaires de ce colonel contre Kabila dont il promet de renverser le pouvoir. Le Mouvement du 23 mars, en sigle M23, (remarquez des similitudes dans la dénomination) prétendait lui aussi en 2012 « rétablir la vérité des urnes en faveur du candidat Etienne Tshisekedi alors que l’ex-CNDP dont ses combattants étaient issus avait fusionné avec la plate-forme politique de Joseph Kabila et l’avaient fortement soutenu pendant ces mêmes élections contre le même Tshisekedi »[9] qu’ils prétendaient soutenir. 

Les événements militaires d’Uvira font étalage de la stratégie de mensonge et de diversion propre aux rwandais et aux héritiers de l’AFDL en poste à Kinshasa. Tenez ! Le meneur de mouvement AA64, répondant au nom de William Amuri Yakutumba est un un ex-officier des FARDC et, bien curieusement, il n’est personne d’autre que le cousin de Néhémie Mwilanya, l’actuel Directeur de cabinet de  Kabila en  même temps qu’il s’avère être un très proche du président Kabila et de Kalev Mutond. Au dire de plusieurs sources, cet officier supérieur aurait été chargé par la kabilie d’infiltrer les milieux Mai Mai et donc dans ces conditions, l’on n’ a pas besoin d’être intelligent pour comprendre que cet officier agit « en service commandé » à Uvira. 

Cette masse d’informations sur l’identité de cet officier supérieur illustre la complexité dudit dossier dès lors que l’on sait que ce groupe Mai Mai dont se réclame William Yakutumba, possède, tout comme Joseph Kabila, sa base-arrière au Burundi. Bref, et les Mai Mai et Kabila traitent avec un seul et même allié burundais. Trop de convergences parallèles pour ne pas y voir une énième rébellion fabriquée juste pour ruser l’opinion congolaise qui louerait le sens patriotique de ces faux rebelles là où le commanditaire de ce derniers qui tire les ficelles vise simplement à bloquer les élans congolais à leur libération à l’approche du délai butoir du régime de Kinshasa. 

Devant le refus catégorique du peuple congolais de le voir rempiler, d’autres sources concordantes basées à l’Est affirment que « Joseph Kabila tiendrait en réserve des troupes dans la région de Bujumbura, au Burundi, pour attaquer l’est de la RDC et qu’il aurait choisi le pays de Nkurunziza (le Burundi) comme arrière-base de l’invasion à partir de laquelle il envisage lancer  des attaques sur le Sud-Kivu via la plaine de Ruzizi, Uvira et Fizi pour en faire un état indépendant. Ce qui du coup nous fournit un faisceau de lumière sur le déplacement au mois d’août dernier à Bujumbura, de la jeunesse PPRD dans le cadre d’échange stratégique avec la milice du pouvoir Burundais nommée « Imbonerakure »[10] et sur d’éventuels préparatifs en cours avant le jour J. 

  1. Une révolution de palais ou un coup d’état militaire 

La courbe descendante de Joseph Kabila, pourtant resté loyal avec le système de prédation du Tutsi Power qui l’a fabriqué et fait roi, confère de plus en plus au président congolais le statut d’un allié gênant et encombrant à cause du rejet massif dont il est victime soit à l’intérieur de la RDC soit à l’échelle internationale. 

Pour empêcher le peuple congolais de se soulever ou de prendre sa revanche sur celui qui a décimé six millions de ses enfants et pour garantir leur contrôle sur le sol et sous-sol congolais, Yoweri Museveni et Paul Kagame s’arrangeraient pour provoquer une révolution du palais. Ayant leurs affidés au niveau des services de renseignement et au haut sommet de FARDC dont le rwandais Charles Bisengimana se prépare à être nommé chef d’état-major dans les tout prochains jours.[11]  Ils auront donc le pouvoir de téléguider un coup d’état et éventuellement l’assassinat de 

Des très proches du général Mundos ont livré des confidences ultrasensibles selon lesquelles, pour porter à terme le projet de création d’une républiquette de 300 kilomètres carrés, Kabila « s’appuie sur les efforts de certains généraux corrompus des FARDC dont le général Mundos avec les autres tels que Delphin Kahimbi, Olenga, John Numbi, Gabriel Amisi, Rugahi, Bonane et toute la gamme des officiers rwandophones qui patronnent l’armée congolaise et qui doivent collaborer avec le gouvernement rwandais, le principal pilier de la machination et  bénéficier du soutien des Imbonerakure, la milice du pouvoir en place au Burundi.».[12] 

Même si Kabila a pris la précaution de former un bataillon des zimbabwéens pour sa sécurité rapprochée, ces derniers ne pourront pas lui garantir une protection à cent pour cent en face de ces officiers supérieurs qui verraient dans leur transfert vers les plaines de Ruzizi, un énorme désavantage face à la dolce vita vécue jusque là à Kinshasa, bien loin de zones de conflits. Leur refus de prendre de risque pour Kabila contre leur vie personnelle pourrait bien inspirer la bravoure d’un loup solitaire ou encore d’un groupe de hauts officiers pour éliminer physiquement le Rais. Si personne de ces officiers n’aurait le courage de franchir le Rubicon, il faut mettre en exergue la véritable crainte de Museveni et de Kagame vis-à-vis de l’épée de Damoclès de la CPI suspendue sur la tête de Kabila et donc la possibilité que ce dernier une fois arrêté, livre des secrets accablants pour les deux faiseurs de roi à propos des millions de morts congolais dont ils sont tous comptables. Le faire assassiner avant qu’il ne soit arrêté et ne témoigne, resterait pour eux comme la meilleure des options. 

Ne perdons pas de vue le dépôt d’une double plainte à la CPI le 15 août 2017 dernier par deux partis d’opposition rwandaise et par l’APRODEC respectivement contre Sieur Paul Kagame pour les opposants rwandais et contre Sieurs Paul Kagame,  Yuweri Museveni et Joseph Kabila de la part de l’asbl belge. Les deux parties requérantes ont déposé des dossiers bien fouillés pour que la CPI se saisisse d’innombrables plaintes contre Kagame, Museveni et Kabila qui tous trois portent à leur actif plusieurs guerres ayant occasionné de millions de morts, des nombreux déplacements de populations, des viols des femmes, l’enrôlement des enfants sans parler des pillages inouïs des richesses de la RD Congo. 

Dans pareil contexte explosif où Kabila venait déjà d’être approché par la Procureure Fatou Bensouda lors de son dernier séjour à New York pour pouvoir répondre à une convocation de la CPI en novembre prochain, ses anciens alliés peuvent prendre cet acte comme signe avant-coureur d’une future réaction judiciaire en chaîne qui aura des effets dévastateurs sur les protagonistes de ce système d’occupation. Ainsi donc, précipiter un coup d’état en RDC ou organiser carrément un assassinat de Kabila permettraient au Rwanda tout comme à l’Ouganda de faire une fuite en avant en changeant la donne politique pour modifier le cours des événements. Supprimer ce témoin gênant leur permettra au final de garder la haute main sur la nomination du successeur de Kabila. A la lumière de ce qu’ils avaient fait d’Ernest Wamba Wamba à la présidence du RCD ou de Mzee Kabila à la présidence de la RDC, ils pourraient alors mettre en exécution leur vieille méthode de nommer PROVISOIREMENT un sujet d’origine congolaise avant de l’écarter ou carrément de le tuer pour le remplacer par un frère du sérail tutsi. Le résultat ? Ce sera le retour à la case du départ. Le retour à l’occupation congolaise par une clique étrangère avec un nouveau cheval de Troie. Kabila tomberait mais le système de prédation resterait intact. 

  1. L’implosion des masses populaires congolaises frustrées et désespérées 

Un facteur non moins négligeable dans la future dynamique des événements, c’est bien la réaction de plus en plus incontrôlable des masses populaires à qui vivre ou mourir ne comportent plus beaucoup de différence. Ce ras-le-bol des populations devant l’inertie du pouvoir politique peut engendrer des situations imprévisibles dans un proche avenir. Ce sera alors à l’image d’une marmite mise au feu et dont la pression de l’eau bouillante fait sauter le couvercle… 

La crise économique actuelle conjuguée à un horizon réellement bouché de leur avenir peut le plonger dans un tel désespoir qu’arrivée au 31 décembres sans une solution politique claire et plausible, les masses populaires congolaises implosent dans une réaction de masse pour déboulonner les fondations du système d’occupation mis en place par l’AFDL. 

Se sentant trahi par ses mandataires et abandonné par ses leaders politiques de l’opposition qui auraient démontré leur inefficacité manifeste, le peuple congolais se décide alors de se prendre lui-même en charge grâce aux nombreux appels de pied des leaders de la société civile. 

Faut-il encore que ces masses populaires comprennent ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte. Le premier a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ces manifestations populaires ne feront pas long feu  si elles ne naissent pas des convictions solides longuement méditées, discutées et conçues pour être enfin imprimées dans la pensée des protagonistes et qu’elles ne poursuivent un idéal  pour la réalisation duquel  chacun est prêt à donner sa vie. 

Ici, de nombreuses expériences ont démontré dans le passé l’infécondité des manifestations populaires dans les rues. Cette implosion populaire pourra arriver à chasser Kabila et son régime à  la seule condition qu’elle soit préparée et encadrée par des stratèges et portée sur la durée pour semer doute et panique dans le camp adverse. Ce qui demande une grande coordination des forces locales et celles de la diaspora, des moyens financiers conséquents pour nourrir les milliers qui feront le front pendant des semaines. 

Le travail titanesque d’éducation civique amorcé depuis des mois par la Cenco via ses nombreuses commissions Justice et Paix diocésaines et paroissiales pour neutraliser la bande de criminels qui a pris en otage le destin du peuple congolais puis la jonction, tout dernièrement à Bruxelles, de ce travail de la Cenco avec Sindika Dokolo et de nombreux activistes de la société civile ayant mis sur pied l’opération « Debout le Congo » pourra être d’un grand prix dans les jours qui viennent à condition de se donner un seul leader qui coifferait toutes leurs initiatives et leur donnera une coordination et une orientation politiques. Ce serait de bon aloi que cette société civile prenne langue avec Denis Mukwege pour coordonner les forces en vue de rendre leur stratégie plus efficace contre le Léviathan. 

En fin de compte, le peuple congolais se libérera totalement quand à l’issue de cette implosion, il se reconstituera en masse critique repensant son histoire, passant, comme le suggère Achille Mbembe, du paradigme de la réfutation à une parole affirmative, le rendant confiant en lui-même[13]. Il pourra enfin commencer à parler de lui-même, de son bien-être et de celui de générations futures de ses enfants et petits-enfants. Tant qu’il se cantonnera dans la logique du contre-discours, il restera toujours dans la sidération d’un discours dominant et dans la fascination de celui qui a occupé ses pensées depuis l’entrée de forces de l’AFDL. Grâce aux effets collatéraux de cette implosion populaire,  l’heure sera  alors venue de se libérer dans son mental en vue de libérer ses énergies intellectuelles et spirituelles pour  se remettre enfin sur le devant de la scène. 

Que faire désormais? 

Conformément à ce que  nous avions annoncé anticipativement il y a deux années via deux études bien fouillées[14], dans le contexte actuel de la région des Grands Lacs, la crise qui secoue le Burundi est un puzzle dont les pièces du conflit sont disséminées dans une stratégie de ruse, qui mêle apparence et réalité pour fixer la force ennemie sur un leurre et pour concentrer ses forces sur son lieu de dispersion. Ainsi donc, derrière la crise burundaise se dessinaient déjà depuis deux ans, de grandes manœuvres politiques qui annonçaient une redistribution des cartes suite aux échéances électorales à venir qui devraient se dérouler au Burundi (2015), au Rwanda (août 2017) et en RD Congo (d’abord prévu en décembre 2016 puis renvoyé plus tard en novembre 2017). Les deux premiers ont déjà franchi le cap. Reste le troisième acteur du club. Que les congolais sachent d’ores et déjà que toute transition concédée à Kabila au-delà de décembre 2017 donnera du temps et des moyens nécessaires pour pérenniser son pouvoir à l’instar de Kagame et de Nkurunzinza. 

Pour tout dire, un simple regard rétrospectif nous enseigne que  le triumvirat Kagame-Nkurunzinza-Kabila avance méthodiquement pour la conservation du pouvoir au-delà des limites constitutionnelles. Ce triumvirat s’adapte aux nouvelles circonstances tant il est vrai que le contexte actuel de la résistance qui a commencé à comprendre son modus opératoire devient plus vigilant et plus alerte. 

La ruse a toujours été la meilleure arme de ces trois hommes politiques. La ruse et la surprise pour être plus complet. Ils s’affairent à ce que l’adversaire ne s’imagine pas quand, où et comment ils vont attaquer. Ils tentent de s’adapter sans hésitation ni distraction de manière flexible au rythme de l’adversaire qui commence à vouloir défendre ses positions. Eux se muent… Ils changent… Chacun de ces trois acteurs acteur joue au caméléon pour prendre les couleurs de son environnement et dissimuler ses intentions profondes. Chacun joue contre la souveraineté de son propre peuple. Au pire, chacun est aussi susceptible de jouer contre les intérêts de ses propres alliés au sein du même club des dictateurs.  Toutefois, si l’adversaire direct de ce club (peuple congolais) ne s’attend pas à leur attaque, alors ils attaqueront. S’il les attend, ils n’attaqueront point. 

Voilà à quoi nous devons veiller les jours qui viennent : ne pas nous laisser distraire dans cette guerre faite de désinformation et de ruse à l’instar des opérations sur terrain qui viennent d’être lancées cette semaine à Uvira mais qui pourront les jours à venir s’étendre jusqu’à Kinshasa[15], le siège des institutions et le symbole de l’imperium du pouvoir en RDC. Le Kivu et l’Ituri étant la poudrière des Grands Lacs et l’axe central de stabilité et de sécurité des états de la région[16], il nous faut voir au-delà des apparences et tracer la véritable trajectoire que suit l’action politique et militaire du triumvirat ci-haut cité pour ne pas nous laisser dicter les règles d’un jeu politique qui nous ôterait l’initiative. De souveraine, notre liberté d’action deviendra piteusement contrainte et imposée du dehors prolongeant ainsi ad vitam notre servitude. 

Voulons-nous, nous peuple congolais, gagner cette guerre ? Voulons-nous vraiment nous débarrasser une fois pour toutes de ce système d’occupation inique et cruel ? Alors prenons en grande considération l’avis d’André Beaufre : « le vainqueur d’un conflit est celui qui sait maitriser l’interaction des volontés des protagonistes, c’est-à-dire son jeu, celui de son adversaire et la confrontation de deux qui s’adaptent au changement de circonstances. C’est à partir de cette dynamique évolutive qu’il conviendrait de concevoir et de conduire toute stratégie… Dans ce face-à-face tactique, l’action de l’un lie celle de l’autre, mais le stratège qui le comprend effectue un premier pas vers la victoire. » 

Le sixième stratagème chinois consistant à faire beaucoup de bruit à l’Est pour attaquer à l’Ouest est en voie d’exécution. Des signes avant-coureurs s’accumulent à l’Est qui nous indiquent la direction des efforts déployés par le triumvirat aux fins d’entraîner notre désintégration politique et de nous faire accepter l’inacceptable, à savoir les nouvelles conditions de gouvernance qu’il veut nous imposer. D’où l’urgence continuelle du monitoring de l’esprit adverse pour pouvoir nous élever au-dessus de ses desseins et nous rendre capables de lui dicter notre initiative à nous et de parvenir enfin à la victoire de l’instauration d’un État de droit. Voulons-nous réellement commencer la nouvelle année 2018 dans la liberté ou dans la servitude ? A chaque congolais de donner sa réponse…

Est-il vraiment nécessaire de dialoguer avec une dictature ? (suite)

8 Fév

Cher compatriote Cyrille Lungudi,

Je vous remercie infiniment pour la lecture que vous avez faite de mon texte et la réponse que vous y avez réservée. Permettez-moi de préciser rapidement quelques points que je juge importants.

Il est vrai qu’en relations internationales et dans le domaine militaire, il y a cette expression : « combattre et négocier en même temps ». Mais vous avez omis de préciser qu’il y a toute une méthodologie qui accompagne ce choix et cela date de la fin du VIe siècle av. J.-C., du temps de Sun Bin, Sun Zi ou Sun Tzu[1]. Tous les manuels classiques traitant de la stratégie le précisent, entre autres le Traité de stratégie de Hervé Coutau-Bégarie[2]. Il ne s’agit donc de faire une distinction rapide et superficielle entre l’intelligence de ceux qui choisissent le « Fight and Talk » et la naïveté de ceux qui choisissent le « Fight or Talk ». C’est plus complexe que cela. C’est ma première précision.

Toujours en relations internationales, il est également dit qu’il ne faut jamais aller à une négociation en position de faiblesse. C’est pour cette raison que les parties qui vont à un dialogue font toujours un effort de gagner du terrain avant la rencontre afin de faire valoir leur position. Ce ne sont donc pas les acteurs qui font la différence mais plutôt les rapports de force entre acteurs qui font la différence. La partie qui est faible avant une négociation perd souvent à cause du manque de ce « faire-valoir » qui lui fait défaut au profit de la partie forte qui lui impose ses choix.

Les acteurs qui vont négocier ont des stratégies et des objectifs. Ce n’est pas parce que les émissaires de l’ONU demandent d’aller négocier qu’il faut accepter à tout prix. Les bons stratèges évaluent avant de décider entre aller et ne pas aller, car les émissaires de l’ONU poursuivent eux aussi leur propre objectif.

En Ukraine, Poutine s’est  trouvé en position de force car il y a des Russes nés en Ukraine qui vivent dans ce pays et la Russie a une obligation morale de les protéger [attention, je commente simplement, je ne prends pas position]. Il y a aussi la proximité entre les deux pays qui ont un passé commun. Nous ne pouvons pas oublier tout le passé historique entre les deux pays.

Kabila a accepté de négocier avec M23 parce que ce mouvement  a réussi à occuper durablement une partie du territoire congolais et les FARDC ne parvenaient pas à le déloger. Cette situation est semblable à ce qui s’était passé à Sun City où le RCD-Goma et le MLC étaient en position de force. Je réaffirme qu’il faut accepter de négocier lorsqu’on est en position de force.

Faisons la différence entre « intermédiaire » et « négociateur ». Un négociateur reçoit une mission et une autorisation officielle.

La photo qui accompagne votre réponse affichant les deux chefs d’Etat agresseurs de notre pays avec  le président de la RD Congo est, à mon avis, mal placée car elle rappelle de très mauvais souvenirs au Congolais que je suis. Vous avez certainement voulu provoquer. Depuis le temps que Monsieur Joseph Kabila rencontre les deux agresseurs de notre pays, s’il savait négocier et s’il préparait le Congo à être dans des rapports de force avantageux avant la négociation, notre histoire serait différente. Hélas !

Vous qualifiez à juste titre les négociations de Kampala d’ « humiliantes » et de « triste mémoire » parce que le Congo s’y est rendu en position de faiblesse et tout nous a été imposé. Le ministre Raymond Tshibanda a signé comme s’il était dans un état d’ivresse totale. Le cas précis de Kampala confirme ce que j’ai dit plus haut : « il ne faut jamais aller à une négociation en position de faiblesse ».

Dans la photo, le président Joseph Kabila est le seul qui a exprimé toute sa joie en public alors que le Congo qu’il a représenté à cette rencontre a perdu plus de 8 millions de morts et des milliers de femmes ont  été violées. Il n’y avait aucune raison de montrer toutes ses dents en public. Il aurait dû plutôt exprimer la fermeté et la détermination. Pourquoi les deux autres présidents n’ont-ils pas ri comme lui. Devant le photographe, se souvenait-il encore qu’il représentait un pays agressé par les deux autres présidents assis à ses côtés ? Ce jour-là, son attitude a frisé l’irresponsabilité. Pire, on l’a vu sur une autre photo esquissant des pas de danse devant les mêmes  deux chefs d’Etat des pays agresseurs du Congo. Et, c’est cette photo que vous avez choisie. Je trouve cela très choquant et regrettable.

 

Il est tout à fait normal qu’ « après une éclatante victoire militaire, le vainqueur sente encore le besoin du « Talk » (signature des accords de paix, armistice, etc.) pour… consolider la paix » parce qu’il est en position de vainqueur.  J’ai beaucoup de respect pour les FARDC car elles comptent dans ses rangs des soldats de grande valeur, mais il faut reconnaître que le M23 a été chassé avec le concours de la MONUSCO.

Le dialogue dont nous parlons n’est pas convoqué par la communauté internationale ni par les partis dans l’opposition mais par le chef de l’Etat sortant qui a utilisé la violence en 2006 contre Jean-Pierre Bemba et en 2011 contre Etienne Tshisekedi. Qui vous dit qu’il n’utilisera pas la même violence à l’issue du dialogue si les conclusions lui sont défavorables. Nous ne pouvons pas agir en ignorant le passé récent.

Notre pays à connu plus de 8 millions de mort.  On ne peut pas « liquider vite le sujet et passer rapidement aux vraies affaires : les élections! », comme vous le dites. Vous êtes trop expéditif, à mon avis. Le chef de l’Etat n’a toujours pas dit clairement et officiellement qu’il ne sera pas candidat. La CENI n’a pas travaillé pendant 4 ans et c’est maintenant, en 2016, qu’elle apprend aux Congolais qu’elle va s’occuper du fichier électoral. Que faisait-elle pendant tout ce temps ? Mais de qui se moque-t-elle ? Voyez-vous, il y a des préalables avant de parler d’élections. Toutefois, une chose est certaine, la fin du mois de septembre sonnera la fin du mandat de l’actuel locateur de la « maison blanche » congolaise. C’est la Constitution qui le dit et, dans un pays, la Constitution, c’est la voix de Dieu.

« D’autres Congolais s’interrogent sérieusement en se disant : ne pourrions-nous pas être raisonnables et accepter d’aller au dialogue pour trouver des moyens de discuter, de négocier des solutions pour contraindre le pouvoir à abdiquer ? »

Il est clairement dit dans la formation que cette question ne vient pas de moi mais de certains Congolais que j’ai écoutés.

Oui, je reconfirme mon idée : « L’opposition doit se rendre compte que la négociation ou le dialogue n’a jamais été un moyen réaliste pour renverser une puissante dictature lorsque celle-ci a pris l’habitude de ne pas respecter ses engagements et de réviser régulièrement la Constitution en sa faveur. »

Je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque vous dites : « Les peuples eux ont toujours été en mesure d’en venir à bout des maux ». Mais je cesse d’être d’accord avec vous lorsque vous ajoutez : « La classe politique congolaise étant une, si on explorait un dialogue classe politique (tous ceux qui doivent de présenter comme candidat) avec les institutions de la république et le peuple pour s’assurer que cette fois, c’est LUI (le peuple) qui fera le choix ? ». Non cher compatriote. Le peuple fera de bons choix si nous lui donnons des moyens et surtout s’il agit dans un contexte de neutralité.

Excusez-moi, mais j’ai supprimé la photo d’Adolf Hitler que vous avez mise à la fin car cet homme était un véritable leader pathologique. Il a tué des millions de gens, exactement comme Kagame et Museveni.

Je vous salue et vous souhaite une bonne soirée.

 

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

[1] Sun Tzu, L’Art de la guerre, Paris, Flammarion, 1972.

[2] Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, 4ème édition, 2003, 1020 pages.

Lu pour vous : Le grand mensonge sur les massacres de Beni

8 Nov
Ecoutez : http://coraliekiengeshow.com/2015/01/03/video-revelations-choc-dun-proche-de-mbusa-nyamwisi-contre-kabila/
Les massacres qui se produisent en territoire de Beni, depuis le 2 octobre dernier, sont attribués par le gouvernement congolais et la Mission de l’ONU au Congo (Monusco) aux rebelles ougandais des ADF. Une version officielle qui ne convainc pas. Depuis, la population manifeste en signe de désaveu de la Mission onusienne et du pouvoir de Joseph Kabila. 
 
Parallèlement aux manifestations, la population a entrepris de se prendre elle-même en charge, une démarche qui a permis d’y voir un peu plus clair dans ces tueries qui dissimulent à peine l’identité de leurs commanditaires et des mobiles inavouables.
Pour rappel, une première série de massacres s’est produite sur l’axe Oicha-Eringeti du 2 au 9 octobre faisant 23 morts. Elle a été suivie d’un massacre de plus grande ampleur à Ngadi et dans les quartiers périphériques de Beni, les 15 et 16 octobre. Bilan : 32 morts. Le lendemain va se produire la troisième série de massacres à Eringeti au cours de laquelle 24 personnes dont 9 femmes et dix enfants seront achevés à l’arme blanche. Eringeti, Oicha, Ngadi et Beni sont des secteurs totalement sous contrôle des FARDC, l’armée congolaise. Mieux encore, l’attaque du 17-18 octobre s’est produite alors que se trouvaient dans la ville de Beni le chef de la troisième zone de défense, le général Léon Mushale, et le commandant militaire du Nord-Kivu, le général Emmanuel Lombe. Se trouvait également dans la ville de Beni le patron de la Monusco, Martin Kobler, et le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku. Le président Joseph Kabila est arrivé à Beni dix jours plus tard, le 29 octobre. La nuit de son arrivée, quatorze personnes ont été massacrées dans la localité de Kampi ya Chui. Et, le 2 novembre, au lendemain de son départ, huit personnes ont été tuées dans le quartier Bel-Air en périphérie-est de Beni.


En l’espace d’un mois, les différents carnages ont coûté la vie à 120 personnes dans des zones pourtant totalement sous contrôle de l’armée et des casques bleus. Un ennemi qui attaque dans des conditions pareilles est soit fou, soit suicidaire. Il n’en est rien. A chaque fois, les assaillants repartent sans que les milliers de militaires et les casques bleus qui quadrillent la région ne soient en mesure d’en capturer un seul. Le doute sur l’identité« ADF » des assaillants ne tarde pas à prendre forme.


Le doute sur l’identité « ADF » des assaillants


On parle bien de « rebelles ougandais », « hostiles au régime de Yoweri Museveni », mais qui, bizarrement, ne mènent aucune attaque contre l’Ouganda. Ils attaquent la population congolaise, un comportement qui suffit à enlever toute forme de crédibilité à l’essentiel des informations véhiculées sur ces assaillants. Nous sommes en présence d’une violence politico-militaire visant le Congo et la population congolaise. Rien à voir avec un quelconque mouvement islamiste hostile à l’Ouganda. Des témoignages ne tardent pas à affluer. A Ngadi, des témoins ont aperçu les assaillants en train de boire avant de passer à l’attaque. Des islamistes qui boivent…


La population de Beni n’est pas la seule à rejeter la version officielle. Dans son article du 21 octobre, la journaliste belge Colette Braeckman doute que « ces atrocités soient réellement l’œuvre des ADF »[1], évoquant une de ses sources locales. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Mbusa Nyamwisi, originaire de Beni, enfonce le clou en accusant le général Mundos, un proche de Joseph Kabila, d’être à la fois « le commandant des FARDC et des ADF »[2]. Le discrédit des autorités qui en résulte est tel que la population décide de prendre les choses en main, une démarche citoyenne qui permet d’y voir beaucoup plus clair, quelques suspects capturés ayant livré la face cachée de cette affaire des ADF.


En effet, après la troisième série de massacres, plusieurs individus ont été capturés par la population[3]. Ils avaient des machettes dans leurs bagages et arrivaient à Beni par la route du Sud. Ils avaient été trahis par leur accent et la difficulté qu’ils avaient à s’exprimer en swahili. Ils disaient se rendre à Eringeti pour aller cultiver des champs et étaient munis de laissez-passer délivrés par les autorités provinciales de Goma. Un Congolais n’a pas besoin d’un laissez-passer pour circuler sur le territoire national. Et, visiblement, les individus apparaissaient clairement comme n’ayant aucune attache sur le territoire congolais. La face cachée des « présumés ADF » vient d’être mise à nu. Nous sommes en présence de sujets rwandais, ou, pour être plus précis, des combattants rwando-ougandais dans le prolongement des aventures du M23. La main du Rwanda et de l’Ouganda apparaît comme un nez dans la figure, une évidence que nous avions déjà relevée dans un article de décembre 2013[4]. Mais tout le monde s’enferme dans l’hypocrisie, en commençant par les autorités congolaises et la Monusco. Les raisons du malaise ne se trouvent pas à Beni.


Pourquoi ils mentent ?


Nous sommes en présence de tueries qui n’ont a priori aucune explication rationnelle. Des tueurs apparaissent dans les quartiers et se mettent tout simplement à découper les habitants à la machette, de façon indiscriminée. Les premières images des carnages trahissent néanmoins la main de leurs auteurs. Elles portent la signature des milices rwandaises dont aucune n’opère dans le territoire de Beni. Les ADF, connus dans la région depuis deux décennies, n’ont pas la réputation de massacrer des femmes et des enfants. Ils enlèvent leurs victimes, les utilisent ou exigent des rançons. Des « tueurs rwandais » ont donc fait leur apparition à Beni. Pourquoi ?


On y comprend pas grand-chose jusqu’à ce qu’on se penche sur les difficultés de mise en œuvre de l’accord d’Addis-Abeba[5], et surtout des engagements de Nairobi signés le 12 décembre 2013[6] par le gouvernement congolais et le M23. Depuis des mois, le Congo est mis sous pression pour qu’il s’acquitte des engagements signés à Nairobi avec le M23. Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Congo, Martin Kobler, a demandé lundi 27 octobre, au gouvernement congolais de réintégrer les ex-combattants du M23.


Plusieurs signaux et des sources concordantes annonçaient que ces combattants sont toujours actifs, s’organisent[7] et sont au point de frapper. Mais Joseph Kabila est dans une situation inconfortable. S’il accède à leurs revendications (réintégration dans l’armée, amnistie totale et retour des populations rwandophones[8]), il sera confronté à l’hostilité des Congolais au moment où il essaie de grappiller quelques miettes de confiance dans leurs cœurs, justement après les dégâts que le M23 lui a fait subir dans l’opinion nationale il y a un an. Kabila est donc obligé de faire la sourde oreille. La Monusco, de son côté, n’est pas en meilleure situation. Si elle avoue devant la face du monde que des éléments liés au M23 ont massacré la population dans l’Est du Congo, on imagine aisément le tollé international auquel elle devrait faire face. Il y a exactement un an l’ONU annonçait que « le M23 n’existe plus en tant que force militaire ».


Au-delà du gouvernement congolais et de la Monusco, le Rwanda et l’Ouganda ne peuvent pas entendre dire que leurs miliciens[9] ont encore mené des attaques sur le sol congolais. Paul Kagame est dans une situation délicate sur le plan international après la diffusion du documentaire de la BBC qui remet en cause la version officielle du génocide rwandais et dénonce ses interventions meurtrières au Congo. Toute vague de violence dans l’Est du Congo dans laquelle son nom pourrait apparaître lui sera de trop.


Finalement, un seul acteur doit porter la responsabilité des attaques dans l’Est du Congo : les ADF. C’est un ennemi invisible et qui ne parle pas. On peut lui attribuer toute sorte de crime, il n’y aura guère de démenti. Les combattants rwando-ougandais ont trouvé une couverture parfaite. Ils peuvent affluer sur le territoire congolais et opérer dans des secteurs sous contrôle d’une armée congolaise gangrenée par des infiltrés et dans laquelle ils comptent de nombreux complices[10], conséquences des brassages, des mixages, des intégrations et des amnisties. Et ils vont se livrer à des massacres spectaculaires qu’ils vont faire attribuer à un ennemi sur lequel l’opinion internationale doit se focaliser. C’est une stratégie abjecte dont la NRA en Ouganda et le FPR au Rwanda(les ancêtres du M23) étaient coutumières, selon Pierre Péan[11]. On n’accusera pas le Rwanda. Beni est à 300 km des frontières rwandaises. On n’accusera pas non plus l’Ouganda parce qu’il s’agit des « rebelles-ougandais-hostiles-au-régime-de-Yoweri-Museveni »… mais-qui-n’attaquent-jamais-l’Ouganda. Un mensonge assez épais, mais ça passe. Parce qu’un mensonge répété mille fois devient une vérité.


Que les Congolais se réveillent !

La supercherie devrait durer jusqu’à ce que l’essentiel des effectifs du M23 se retrouve sur le sol congolais, prêts à relancer la même guerre que le Rwanda, l’Ouganda et leurs alliés font subir au Congo depuis 1996 et dont les enjeux restent les mêmes. Sauf si les Congolais se réveillent et emboîtent le pas à la population de Beni qui refuse de se faire massacrer par des faux « ADF ». Parce que même si le Congo a perdu six millions de ses habitants du fait de cette guerre qui perdure sous diverses formes, il faut toujours garder à l’esprit que chaque massacre supplémentaire crée des souffrances bien particulières. Il se traduit par l’arrivée de nouveaux orphelins, de nouvelles veuves, de nouveaux veufs et de nouvelles familles traumatisées à jamais. Pour la communauté internationale, la Monusco, le Rwanda, l’Ouganda et même le régime de Joseph Kabila, ces tueries font partie des « stratégies » et de la « géopolitique ». Mais pour les Congolais il s’agit de se faire tuer comme une bête ou de lutter pour sa survie. C’est donc aux Congolais eux-mêmes, en tant que peuple, qu’il revient de se mobiliser, surtout à Kinshasa, pour mettre fin à ce génocide mené sur fond de mensonges. A six millions de morts, un peuple doit pouvoir se lever et dire « ça suffit ! » Autrement, ces massacres vont se reproduire leurs auteurs étant quasiment assurés de la totale impunité[12].


Boniface MUSAVULI

 


[1]« La terreur revient à Beni », Le carnet de Colette Braeckman, 4 novembre 2014.
[2]« ADF-Nalu : un ancien ministre congolais met en cause un haut gradé », rfi.fr, 25 octobre 2014.
[3] Trois individus ont notamment été arrêtés sur le parking nord de Beni. Deux ont été remis à la police. Le troisième a tenté de fuir en arrachant son arme à un policier. Il a été rattrapé lynché et brûlé en plein quartier Matongé. Pour l’anecdote, l’incident s’est produit alors que le président Kabila se trouvait dans la ville. Sa statue sera déboulonnée dès le lendemain.
[4] B. Musavuli, « RD Congo : Le M23 version Kampala ? », agoravox.fr, 28 décembre 2013.
[5] L’Accord-cadre pour la paix la sécurité et la coopération, signé le 24 février 2013 à Addis-Abeba.
[6] Communiqué Final Conjoint CIRGL-SADC sur les pourparlers de Kampala, Nairobi, 12 décembre 2013, Cf. Site de l’ambassade de la RDC à Paris, <http://ambardcparis.com/Communique%20Final.pdf >.
[7] Jean-Jacques Wondo, « Pourquoi les FARDC n’ont pas vraiment vaincu le M23 ? », desc-wondo.org, 9 octobre 2014.
[8] Les revendications du M23 sont, en réalité, impossibles à satisfaire. Il parle du retour de 400 mille familles au Congo, d’une amnistie totale et d’une intégration dans l’armée et les institutions congolaises de ses membres, des sujets étrangers pour leur grande majorité. Aucune autorité congolaise ne peut s’engager sur de telles exigences, sauf si le Congo subit une défaite militaire et se retrouve devant le fait accompli, notamment si le M23 parvient à s’implanter dans un territoire sur le sol congolais.
[9] Le M23 n’est pas un mouvement congolais. C’est une organisation formée de combattants rwandais et ougandais avec à sa tête le général rwandais James Kabarebe, selon le rapport S/2012/843 du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo du 15 novembre 2012, p. 109.
[10]« Les révélations du Colonel Mankesi sur l’infiltration des FARDC », desc-wondo.org, 15 mai 2014.
[11] Pierre Péan, Carnages – Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Éd. Fayard, 2010, pp. 230-231. Durant la Deuxième Guerre du Congo, la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme) a relevé dans un rapport que des officiers du RCD (l’ancêtre du M23) faisaient commettre des massacres des populations qu’ils attribuaient ensuite aux FDLR. Il ne s’agit pas ici de nier les crimes des FDLR et des ADF qui sont bien réels. Il s’agit de relever qu’une partie des faits qui leur ont été attribués ont pu être orchestrés par leurs adversaires pour les diaboliser. Et c’est de bonne guerre.
[12] Depuis que le projet de création d’un tribunal pénal international pour le Congo a été abandonné, malgré le rapport du projet Mapping (octobre 2010), les auteurs des massacres contre la population congolaise sont quasiment assurés de la totale impunité. Lorsqu’ils ne bénéficient pas des lois d’amnisties, ils sont rarement arrêtés. Et même lorsqu’ils sont arrêtés, ils parviennent toujours à s’évader des prisons. Ils partent s’installer au Rwanda et en Ouganda. Les gouvernements rwandais et ougandais refusent d’extrader leurs ressortissants qui ont commis des crimes au Congo .

Ma réaction aux trois documents signés à Nairobi faisant suite aux pourparlers de Kampala

22 Juin

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À la communauté internationale

Nous prenons à témoin Dieu, les Organisations internationales à travers les Nations unies, les Gouvernements et les Parlements des pays souverains du monde entier, pour dénoncer publiquement le projet de balkanisation de notre pays voulue par les États, les firmes transnationales et les lobbies qui exploitent les ressources naturelles à l’Est de la RD Congo.

Les solutions proposées aux Congolais dans chaque « Texte final » de Nairobi, sanctionnant les pourparlers de Kampala (à savoir (Déclaration du Gouvernement de la République démocratique du Congo, Déclaration sur les engagements du Mouvement du 23 Mars au terme du Dialogue de Kampala et Communiqué Final CIRGL-SADC sur les pourparlers de Kampala), sont iniques car elles n’ont pris en considération qu’une partie du problème.

En intimant l’ordre au Gouvernement congolais de réintégrer les soldats du M23 dans l’armée nationale congolaise, la communauté internationale a oublié que les soldats du M23 ne sont pas tous Congolais, qu’ils ont été soutenus par le Rwanda et l’Ouganda. Les preuves de leur appartenance à ces deux pays ont été fournies par les Experts des Nations Unies dans les différents rapports qu’ils ont rédigés, notamment le Rapport Mapping.

La Communauté internationale, via les Nations unies, sait que le CNDP et le M23 ont toujours été dirigés par des officiers rwandais, notamment par Laurent Nkunda Batware Mihigo qui vit tranquillement au Rwanda depuis sa fuite de l’Est de la RDC. Bosco Ntaganda est également Rwandais et c’est par le Rwanda qu’il est passé avant d’être arrêté et envoyé à la CPI (La Haye).

En remontant plus haut dans l’histoire, nous rappelons que le RCD-Goma, qui a donné naissance au CNDP et au M23, est lui-même issu de l’AFDL. Or, l’AFDL avait été créée de toutes pièces par le Rwanda de M. Paul Kagame, alors Premier ministre de ce pays, pour pourchasser les Hutus (FDLR) sur le territoire congolais. Résoudre la question du M23 revient à résoudre simultanément la question des FDLR à l’Est du Congo.

Ceux-ci doivent être intégrés dans l’armée rwandaise. Résoudre la question du M23 revient à résoudre également la question des rebelles ougandais, qui occupent une partie du territoire congolais. Ceux-ci doivent eux aussi être intégrés dans l’armée ougandaise. La Communauté internationale ne peut pas violer la souveraineté du Congo en s’ingérant dans les affaires intérieures de ce pays et respecter la souveraineté des pays qui sont à l’origine des conflits dans les Grands Lacs.

Il s’agit là qu’un comportement inique que nous dénonçons devant Dieu, les Organisations internationales à travers les Nations unies, les Gouvernements et les Parlements des pays souverains du monde entier. Pour espérer un retour d’une paix réelle dans la région des Grands Lacs, la question des conflits doit être traitée globalement. Or, dans chaque « Texte final » signé à Nairobi, il n’y a qu’une partie du problème qui a été traitée, celle de la réintégration du M23 dans l’armée congolaise.

S’agissant du retour des réfugiés, il est plus équitable et plus juste de demander le retour de tous les réfugiés vivant dans la région, y compris les FDLR, dans leur pays d’origine, après un recensement fait par une Commission neutre afin d’éviter la création de nouveaux conflits identitaires.

Pour tous les crimes commis sur le territoire congolais, nous réclamant la mise en place rapide d’un Tribunal pénal pour le Congo, comme dans les cas de l’ex-Yougoslavie et du Rwanda.

Nous dénonçons publiquement le contenu de trois déclarations faites dernièrement à Nairobi parce que seule la présidence de la République et le Gouvernement y ont été associés. Le Parlement et la Société civile de notre pays ont été superbement ignorés. Or, le président de la RD Congo, M. Joseph Kabila, est un sujet rwandais venu au Congo dans les bagages de l’AFDL et ce dernier travaille pour la sauvegarde des intérêts rwandais, ougandais et des milieux internationaux qui l’ont placé à la tête de notre pays.

Si la Communauté internationale s’entête et impose la balkanisation du Congo par l’indifférence et/ou par la force, le traitement inique de ce dossier sera à l’origine de la Troisième Guerre mondiale car le peuple congolais dans son ensemble ne l’acceptera pas et tous les peuples soumis et dominés du monde entier s’y opposeront, en commençant par les pays africains dont la souveraineté est régulièrement bafouée par les États qui l’ont instituée.

Dr. Fweley Diangitukwa http://www.fweley.wordpress.com

Au peuple congolais dans son ensemble

Commentaire sur la Déclaration du Gouvernement de la République démocratique du Congo signée à Nairobi par M Raymond Tshibanda Ntungamulongo [Les passages tirés du texte officiel sont en italique]

Dans le document signé par le Ministre des Affaires étrangères de la RD Congo, il est demandé en substance à l’État congolais « d’écouter le M23. D’évaluer ses doléances et de répondre à celles qui s’avéreraient légitimes ».

Nulle part, dans les trois documents, il est demandé au M23 d’écouter les exigences du peuple congolais qui a subi la violence de ses armes, qui a perdu les siens, dont les femmes ont été violées, dont les biens des hommes d’affaires ont été spoliés et dont les ressources naturelles ont été sauvagement pillées pour les livrer aux firmes transnationales.

Aujourd’hui, ce sont les victimes congolaises qui doivent se soumettre aux exigences du M23.

Dans quel pays au monde a-t-on déjà assisté à une telle résolution des conflits ? Personne n’a osé sanctionner le M23 pour les crimes commis sur le territoire congolais pendant le temps de son occupation d’une partie du territoire national.

Au contraire, le Secrétaire Général des Nations unies, Ban Ki Moon, et le président Museveni ont rappelé la demande introduite par le président Joseph Kabila « d’aider à trouver une solution politique au conflit entre le Gouvernement de la RDC et le M23 ». Cette demande du président Joseph Kabila montre clairement que la faiblesse dans le traitement du dossier vient directement de lui. Or, c’est lui qui avait autrefois retiré la plainte de la RD Congo à la CPI contre le Rwanda. Ce comportement à répétition conforte la thèse de complicité avec l’ennemi. Pour quelle raison n’a-t-il pas exigé la mise en place d’un Tribunal pénal pour le Congo que nous avons toujours réclamé ? Ce même document demande au gouvernement congolais « de faciliter le retour dans la paix des ex-combattants du M23 et à mener à bonne fin le processus de leur démobilisation ».

Où vont-ils rentrer : dans les lieux mêmes où ils ont commis des crimes. Ils rentreront donc en vainqueurs puisqu’ils n’ont pas été sanctionnés. Quelle sera leur attitude vis-à-vis des autochtones et quelle sera celle des autochtones à leur égard ?

Dans ce document, il est écrit : « Le Gouvernement (congolais) s’engage à accorder l’amnistie aux membres du M23 pour faits de guerre et d’insurrection ». Si l’armée congolais a vaincu les soldats du M23, comment explique-t-on maintenant que le Gouvernement congolais s’engage à accorder l’amnistie aux membres du M23 ?

Il est également écrit : « Le Gouvernement (congolais) s’engage à répondre favorablement à une éventuelle demande des membres du M23 de se constituer en parti politique ». Avant même que le M23 n’introduise une telle demande et sans qu’on ait pris le temps de recenser ses soldats pour connaître la nature et la composition de ce groupe ainsi que l’origine de chaque soldat, l’État congolais lui déroule déjà le tapis comme cela s’était passé avec le CNDP afin que le M23 devienne un parti allié au PPRD.

Une telle attitude ne décourage pas les seigneurs de guerre à prendre les armes contre l’État congolais, car l’histoire immédiate montre qu’ils sont toujours bien récompensés à la fin des pourparlers, comme cela a été le cas du RCD-Goma, du RCD-Kisangani, du MLC, etc.

C’est une preuve évidente qu’il y a complicité au sommet et que l’État a été mis à genou par les États voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, qui bénéficient du soutien de quelques grandes puissances occidentales et des firmes transnationales.

Quant à la question des réfugiés, le texte signé à Nairobi par notre Ministre des Affaires étrangères dit : « Le Gouvernement s’engage à œuvrer pour une mise en œuvre rapide des Accords triparties sur le rapatriement des réfugiés signés avec les États voisins et le Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés ainsi que pour la réinsertion des personnes déplacées ». Voilà ouverte la brèche qu’avait toujours cherchée le Rwanda pour verser le surplus de sa population sur l’Est du Congo. M. Joseph Kabila vient de réussir la mission qui lui avait été confiée par son mentor Kagamé : la balkanisation du Congo. Non seulement il a suffisamment contribué à l’affaiblissement de l’armée nationale congolaise en plaçant des officiers rwandais dans les postes les plus stratégiques et les névralgiques, mais aussi en prenant en otage des institutions nationales. Voilà que maintenant les Rwandais, sous étiquette des réfugiés, peuvent s’introduire à l’Est du Congo en masse, librement et sans aucune formalité administrative et sans aucune inquiétude.

Ce qui est pire dans tout cela, c’est le fait que « le Gouvernement (congolais) s’engage à inclure des représentants de l’ex-M23 dans la structure nationale chargée des questions des réfugiés ». En signant ce document, le Ministre des Affaires étrangères, M Raymond Tshibanda Ntungamulongo, était-il ivre ou non, avait-il subi de menaces de mort au cas où il ne le signait pas ou non ? Où sont passés son patriotisme et son nationalisme ? Pour quelle raison le Parlement congolais, après avoir pris connaissance dudit document, ne le suspend-il pas afin de le soumettre au peuple congolais ? Dans quelle logique le Gouvernement actuel nous emballe-t-il et jusqu’à quand durera ce cirque ?

Quant aux biens spoliés, extorqués, volés, pillés et détruits, une logique semblable aux questions des réfugiés est reprise dans le traitement de ce dossier.

Le Gouvernement (congolais) associe les spoliateurs, les voleurs, les pilleurs et les destructeurs dans la recherche de la solution comme si l’État congolais est incapable d’établir les faits et de sanctionner les coupables. Le texte signé à Nairobi par notre Ministre des Affaires étrangères, M Raymond Tshibanda Ntungamulongo, dit : « Cette Commission sera composée de manière représentative et inclusive, compte dûment tenu des principales parties prenantes, dont des représentants de l’ex-M23 ».

Nous sommes obligés de nous répéter pour dire qu’une telle attitude ne décourage pas les seigneurs de guerre à prendre les armes contre l’État congolais, car ils sont toujours bien récompensés à la fin des pourparlers comme cela a été le cas du RCD-Goma, du RCD-Kisangani, du MLC, etc.

C’est une preuve évidente qu’il y a complicité au sommet et que notre pays a été mis à genou par les États voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, qui bénéficient du soutien de quelques grandes puissances occidentales et des firmes transnationales.

Après avoir convoqué les concertations nationales qui n’ont servi à rien sinon à dépenser inutilement l’argent de l’État, voilà « le Gouvernement (congolais) s’engage (maintenant) à mettre en place une Commission de réconciliation nationale ». Ah si le ridicule pouvait tuer !

En tout cas seuls les laudateurs peuvent comprendre une telle logique contradictoire. La science politique que nous avons étudiée à l’Université de Genève ne nous donne pas des outils pour analyser l’incompréhensible et une telle bêtise humaine.

De la même façon, « La Commission nationale de réconciliation sera constituée de personnes intègres et représentatives, sélectionnées dans le respect des principes d’équité, d’inclusion et d’égalité. Des représentants de l’ex-M23 en feront partie ».

Pour le Gouvernement congolais, les soldats du M-23 qui ont mené une guerre atroce contre l’État congolais sont rapidement devenus des « personnes intègres » qui respectent les principes d’équité. Comme pour les concertations nationales où le Parlement a été dépouillé de ses fonctions et de ses responsabilités (alors que c’était son job d’organiser lesdites concertations nationales, car c’est au Parlement que l’on trouve les représentants du peuple en concertation), « La Commission nationale de réconciliation sera placée sous l’autorité suprême du Président de la République et sous la supervision du Premier Ministre ».

Quel est alors le travail du Parlement : juste pour inaugurer les chrysanthèmes ? Et pour quelle raison, le président Kabila refuse-t-il d’associer le Parlement dans une question d’intérêt national ?

En tout cas, les trois documents signés à Nairobi montrent clairement que depuis la création du CNDP, la logique n’a pas changé et les revendications sont restées les mêmes. Ce n’est pas nous qui le disons mais le texte signé par notre Ministre des Affaires étrangères qui dit au point 10 : « Le Gouvernement réaffirme sa détermination à finaliser la mise en œuvre des engagements qui avaient été pris dans le cadre de l’Accord du 23 mars 2009 signé avec le CNDP et qui, tels que stipulés dans les conclusions de la réévaluation dudit Accord (voir Annexe C) n’ont pas été réalisés ou l’ont été partiellement qui sont encore d’actualité et… ».

A-t-on envoyé des Congolais de souche à Nairobi qui se soucient de la souveraineté de leur État ou des traîtres vendus à la cause défendue par les États voisins (le Rwanda et l’Ouganda) et par les puissances étrangères ? C’est à notre tour de nous interroger.

Chers Compatriotes composant le peuple congolais dans son ensemble, si vous n’avez toujours pas compris, malgré nos cris d’alarme à répétition, il est temps de prendre conscience et de réagir collectivement. Notre pays est en danger. La balkanisation est devant nos portes. Demain, il sera trop tard. À chacun de remplir son devoir patriotique. La postérité nous en sera reconnaissante.

 

Fweley Diangitukwahttp://www.fweley.wordpress.comPrésident du CLD (Le Congo en Légitime Défense)Le 16 décembre 2013.