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Face à un régime sans foi ni cœur, l’Église devient le dernier recours du peuple congolais en détresse

5 Fév

Face à un régime sans foi ni cœur, l’Église devient le dernier recours du peuple congolais en détresse

Par Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

Le 5 février 2018

Après un temps d’attente et d’observation, l’Église catholique a subitement décidé de mettre fin à sa façon de concevoir ses relations avec le pouvoir en place sans mandat légal, en refusant publiquement ses intransigeances politiques de subordination du théologique au politique. Elle a rejoint en définitive les positions des partis politiques dans l’opposition ainsi que les positions de la société civile et de la majorité du peuple congolais, victimes non consentantes depuis longtemps d’un pouvoir ingrat, incompétent, irresponsable, égoïste, médiocre, barbare et ignoble. En sortant de son silence, l’Église catholique plaide désormais son indépendance, celle qui avait opposé jadis le cardinal Malula au tyran Mobutu qui prêchait maladroitement un retour à l’authenticité alors qu’il fallait prêcher à la place un recours à l’authenticité. Deux positions qui recoupent un clivage politique traditionnel entre la défense inconditionnelle de l’ouverture démocratique voulue par le peuple via l’alternance au sommet de l’État et le statu quo voulu par un régime qui s’impose sans aucune légitimité. Pour le premier camp, la politique doit nécessairement se définir dans le respect de la Constitution en se concrétisant dans une volonté déterminée du peuple, qui est le peuple témoignant, dans son fonctionnement même, de son refus de subordination à un régime sans légitimité ni légalité. Pour le second camp, celui du régime en place (PPRD, partis alliés et laudateurs), le pouvoir doit avant tout être une soumission aveugle à l’autorité, même si cette autorité est arrivée à la fin de son second et dernier mandat (article 220 de la Constitution) et même si cette même Constitution demande au peuple congolais de « faire échec à un individu ou un groupe d’individus qui exerce le pouvoir en violation des dispositions de la Constitution » (article 64), comme c’est exactement le cas depuis décembre 2016. À ce titre, la position du second camp contredit superbement les exigences des institutions républicaines que revêt un État démocratique.

Dans cette confrontation épique, le premier camp exige simplement de veiller à ce que les institutions de la République garantissent le libre exercice du pouvoir, dans le respect du droit, et n’en contredisent pas les valeurs fondamentales. Pour l’Église catholique donc et pour les partis politiques dans l’opposition, l’autorité publique en laquelle s’incarne la liberté collective se doit de respecter les lois de la République et se soumettre à la volonté du peuple qui refuse d’être gouverné par défi et par un individu sans mandat. À ce stade, l’émancipation populaire recommande l’éradication de tout facteur de soumission et de servitude.

Dans cet affrontement épique, M. « Joseph Kabila » demande à l’Église de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». En clair, il exige médiocrement que l’Église se soumette à son pouvoir, même s’il n’a plus de mandat légal. À dire vrai, M. « Joseph Kabila » est dans une confusion mentale totale. N’est-ce pas lui qui a toujours recouru au soutien des hommes de l’Église en leur demandant de célébrer son mariage avec Olive Lembe afin de prétendre à la nationalité congolaise par le mariage ? N’est-ce pas lui qui a désigné l’abbé Malu Malu à la tête de la CEI puis de la CENI en lui demandant de présider l’organisation de l’élection présidentielle de 2006 et au Pasteur Ngoyi Mulunda de présider l’organisation de l’élection présidentielle de 2011 ? N’est-ce pas encore lui qui a supplié l’Église catholique (CENCO) de le sauver du pétrin dans lequel l’a laissé le faux négociateur togolais au nom d’Edem Kodjo ? Maintenant que l’Église catholique lui a définitivement tourné le dos, il demande aux catholiques de s’occuper des affaires de l’Évangile (de Dieu) et de tenir César (c’est-à-dire lui) loin de leurs préoccupations du moment. Que nenni ! Avancer une telle exigence revient à ignorer le fondement même de l’Église, c’est-à-dire sa mission au sein de la société. Le problème au cœur de la société congolaise se présente autrement ou plutôt différemment. Malgré la séparation qui est advenue, depuis le XVe siècle, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, les deux ordres n’ont jamais cessé de se côtoyer et parfois de se soutenir, raison pour laquelle en pleine impopularité, il y a deux ans, nous nous en souvenons, M. « Joseph Kabila », encore président de la RD Congo, est allé lui-même rencontrer le pape à Rome, librement et sans autorisation du peuple congolais. C’est encore lui qui a confié à l’Église catholique le mandat de négocier une année supplémentaire avec les partis politiques dans l’opposition, et c’est cette négociation qui a accouché les Accords de la St-Sylvestre que M. « Joseph Kabila » et son régime ont jeté par les fenêtres en se maintenant au pouvoir par défi. Donc, la confusion entre ce qu’il faut rendre à César et à Dieu – si confusion il y a – a été voulue par celui-là même qui exige que l’Eglise rende maintenant à César ce qui lui revient, c’est-à-dire la reconnaissance de son autorité, sauf que celui qui l’exige ainsi refuse de reconnaître qu’il a cessé de jouir, depuis décembre 2016, de cette autorité venue du peuple. L’ignorance tue, ne cessons-nous de rappeler.

S’il revient à l’Église catholique ou à l’Église protestante – sinon à l’Église tout court (qu’elle soit catholique, protestante, kimbanguiste ou musulmane, c’est pareil) – « de maintenir vivante l’âme des pouvoirs de droit divin », il revient également à cette même Église de protéger ses croyants contre les dérives du pouvoir. Et lorsqu’il n’y a plus de limites ni d’autorités dans la République capables d’arrêter les abus du pouvoir[1], l’Église devient le dernier recours qui, de ce fait, a le devoir de rappeler la morale chrétienne. Il faut croire que M. « Joseph Kabila » ne le sait pas.

La Constitution de la RD Congo a voulu que l’exemple du pouvoir émane de la communauté des citoyens, c’est-à-dire du peuple, et, quand le peuple s’oppose, le pouvoir doit se soumettre. Or, nous sommes aux antipodes de cette réalité. C’est ce contexte qui donne un prodigieux retentissement à l’Église catholique et à l’Église protestante de sortir de la langue de bois et de dire au pouvoir (présentement sans légalité, sans légitimité et sans mandat) qu’il a outrepassé ses droits et qu’il est temps de revenir à la raison en évitant un bain de sang continuel et inutile. Tant que le pouvoir ne se soumettra pas aux lois de la République, l’Église se permettra de manifester publiquement sa vocation à moraliser l’espace public en fournissant la clé de voûte de l’ordre politique bafoué par ceux qui sont censés le respecter en premier lieu.

Si dans la hiérarchie des normes le pouvoir vient d’en haut ou du sommet (lire Kelsen), ce principe cesse d’être respecté lorsque le détenteur du pouvoir refuse de se soumettre à la Constitution. D’où l’origine de l’insoumission des peuples et des révolutions. Dans un tel contexte, le pouvoir vient d’en bas, il est une délégation du peuple et rien d’autre. Or, l’Église est une partie prenante de la société, elle est la représentante de sa conscience. Elle est ensuite le parti de la dénonciation sans concession des insuffisances et des mensonges des dirigeants dans une République des médiocres, des barbares, des impies qui violent sans remords les droits de l’homme.

Dans notre République, tout est devenu mensonge. Le ministre de l’information est devenu le ministre de la désinformation (un menteur public). Mensonge, lorsqu’on entend M. « Joseph Kabila » sans mandat électif depuis décembre 2016 déclarer publiquement : « Quand je vois ceux qui prétendent défendre la Constitution, je ne fais que m’éclater, c’est plus que rire. Ils défendent la Constitution aujourd’hui, une Constitution qu’ils avaient rejetée ». Tout le monde sait que le projet de cette Constitution avait été rédigé en Belgique et qu’il avait été âprement discuté à Sun City en Afrique du Sud entre les prétendants au pouvoir et les belligérants. M. « Joseph Kabila » ignore superbement que dans une République démocratique, les partis qui s’opposent à un projet de loi doivent l’accepter après son adoption au Parlement et au Sénat et sa publication dans le journal officiel. Par cette déclaration, M. « Joseph Kabila » a montré son ignorance crasse du fonctionnement d’un État de droit dans lequel il n’a jamais vécu. Son attaque frontale contre l’Église catholique est donc sans objet.

Mensonge, lorsque le régime prétend créer les conditions de stabilité, alors qu’il a installé partout la corruption, le pillage, l’enrichissement sans cause, l’impunité, l’emprisonnement et l’assassinat des innocents. Combien de Congolais sont déjà morts à cause de la tyrannie du régime Kabila ?

Mensonge grossier, lorsqu’il prétend que « les élections dans ce pays commencent à coûter plus cher que le développement », car les élections ont lieu une fois tous les 5 ans alors que le développement s’accomplit quotidiennement, 24 heures sur 24 et pendant 365 jours par an. « Joseph Kabila » mélange les pinceaux lorsqu’il ajoute bêtement : « Est-ce qu’il faut qu’on (État congolais) soit cité comme le pays le plus démocratique dans le monde ou bien c’est le développement qui compte ? ». Le disant ainsi, il fait la démonstration d’une ignorance crasse car les deux concepts (démocratie et développement) sont étroitement liés. Il n’y a pas durablement de développement sans démocratie ou, pour dire la même chose en d’autres termes, les pays développés sont les plus démocratiques ou encore inversement les pays réellement démocratiques sont les plus développés. Oui, médiocre, M. « Joseph Kabila » l’est et nous l’avons toujours dit sans nous cacher. Ceux qui ont rédigé son discours sont aussi médiocres que lui, car ils ignorent tous l’existence de nombreux livres sur le marché qui établissent la relation entre le développement et la démocratie et vice-versa.

Mensonge, lorsque M. « Joseph Kabila » prétend que ses amis (la précision est de taille) de la Monusco n’ont jamais réussi à éradiquer un seul groupe armé. Du reste, cette dernière lui a vertement répondu que « les relations entre l’État congolais et la Monusco sont devenues très mauvaises depuis la chute de M23 ». En termes clairs, les relations entre la Monusco et l’auteur de l’accusation sont se sont détériorées depuis qu’elle a défait le M23 sur lequel M. « Joseph Kabila » s’appuyait[2] pour déstabiliser l’Est du Congo. En plus, ô ignorance quand tu nous tiens solidement !, le rôle d’éradiquer un groupe de rebelles n’est pas une responsabilité de la Monusco mais bien celui de « Joseph Kabila » (FARDC) et de son gouvernement. Dans une République qui se respecte, c’est à lui-même qu’il aurait dû adresser le reproche qu’il a fait à la Monusco. Étant le premier commanditaire des violations des droits de l’homme à l’Est du Congo, et ne pouvant le reconnaître publiquement, il a préféré charger ses amis.

Mensonge, lorsqu’il prétend lutter pour l’union nationale, alors qu’il a installé partout la désunion, la discorde et la mort (Ituri, Bunia, Butembo, Kasaï, Kongo central, Kinshasa, etc.). Par rapport à ces atrocités criantes, l’Église devient justement, enfin, le dernier recours. Elle est le parti qui se donne authentiquement les moyens de hausser le ton pour défendre la cause du peuple sans arme afin qu’il impose, par des marches pacifiques, le respect des normes aux dirigeants qui ont tous perdu le sens de la raison et du droit que certains parmi eux enseignent aux futurs juristes[3]. De ce fait, elle, l’Église, doit être conséquente jusqu’au bout [j’ai plutôt voulu écrire jusqu’à la victoire], s’agissant de contraindre les autorités sans mandat depuis décembre 2016 à abandonner leur prétention de se maintenir coûte que coûte au pouvoir et à quitter définitivement ledit pouvoir [que les partis sans armes dans l’opposition échouent lamentablement à obtenir], car si l’Église s’arrête à mi-chemin, c’est tout l’édifice Congo qui s’écroulera. L’enjeu entamé est donc de taille. Sans doute cette mission de sauver la démocratie en péril – et donc de sauver la République en danger – reprise en filigrane dans les prêches du cardinal Monsengwo et du révérend François David Ekofo, Recteur de l’Université protestante, est l’accomplissement le plus mobilisateur depuis l’installation maffieuse de M. « Joseph Kabila » à la tête de notre pays en 2001. Cette nouvelle idéocratie venue de l’Église n’est autre chose qu’un appel ultime à la prise du pouvoir par des Congolais conscients et responsables qui ont un réel projet pour le Congo, loin de l’enrichissement rapide et illicite qui a longuement préoccupé les dirigeants sortants. Pour sauver la République, nous avons tous l’obligation de mettre absolument fin au conglomérat d’aventuriers venus de l’AFDL, du RCD-Goma et de CPP mais aussi aux laudateurs qui font le lit de la tyrannie.

« Joseph Kabila » a toujours tordu le cou à la Vérité. Il ne mérite pas qu’on lui fasse confiance, quelle que soit la circonstance. Tenez : en 2006, il a déclaré : « La Constitution, c’est sacré… J’ai donné ma parole d’honneur en promulguant cette Constitution, je n’y toucherai donc pas. Le pouvoir use. Il faut s’arrêter »[4]. Combien de fois a-t-il révisé la Constitution, passant de deux tours à un seul tour pour ne citer que cet exemple ? S’était-il arrêté comme il l’avait promis ? Il a promis au pape à Rome qu’il organiserait les élections la fin de 2017, l’a-t-il fait ? S’il ment le Saint-Père, qui d’autre peut-il encore respecter sur terre ? M. « Joseph Kabila » est un menteur invétéré qui doit être mis hors d’état de nuire. Il s’est enrichi rapidement et illicitement en mentant tout le temps et à tout moment. Aucune négociation n’est désormais permise avec lui.

« Que les médiocres dégagent » doit devenir notre credo politique et révolutionnaire, lequel est destiné à se faire pouvoir, pouvoir lui-même appelé à fusionner avec le peuple dans une gouvernance participative qui fera naître une pleine conjonction consciente du peuple entier avec lui-même pour un renouveau démocratique. Ce dessein de faire dégager les médiocres pour que les plus compétents viennent repose entièrement sur ce que le peuple se propose de détruire définitivement, à savoir la médiocrité et le mensonge au sommet de l’État. Ce message, qui sert de repoussoir, est ce qui fournit le levier aux plus démocrates des Congolais. Que les meilleurs gagnent, dirons-nous en guise de requiem pour les millions de morts que la médiocrité a envoyés précocement dans l’au-delà. Requiem aeternam dona eis [donne-leur le repos éternel]. Le tour des bourreaux viendra aussi un jour, car la roue de l’histoire ne peut pas s’arrêter de tourner. À chacun son tour. Demain, les Congolais reconstruiront un autre pays. Oui, pour sûr, le Congo renaîtra.

Fweley Diangitukwa

http://www.fweley.wordpress.com

[1] Malgré le nombre de morts à chaque marche pacifique, la Cour de justice ne s’est jamais prononcée parce qu’elle est complètement inféodée à ce régime sans mandat. Elle ne peut pas poursuivre judiciairement les organisateurs des troubles et les assassins des Congolais ni les condamner parce qu’elle est étroitement complice.

[2] En y injectant des soldats rwandais qu’il a régulièrement intégrés dans l’Etat-major des FARDC afin de lui ôter toute efficacité combattante. Selon la Monusco, les opérations dans l’Est du Congo seraient sans doute moins compliquées s’il n’existait pas de liens entre les groupes rebelles et certains officiers de l’armée congolaise. Si « Joseph Kabila » était sérieux, il se serait donné la mort après cette grave accusation car l’État-major et la Cour pénale l’aurait automatiquement mis en poursuite pour haute trahison, du fait que la Monusco a officiellement déclaré sa complicité avec les ennemis du Congo. C’est la preuve que l’État n’existe plus au Congo.

[3] Dans le régime qui vient, tous ceux qui ont pactisé avec la tyrannie sous le régime du maréchal Mobutu et sous le régime de « Joseph Kabila » doivent être mis hors d’état de nuire après un jugement en bonne et due forme, en les interdisant d’exercer toute fonction étatique, et à tous les niveaux (du sommet de l’État jusqu’aux fonctions de bourgmestre) pendant 20 à 30 ans afin qu’ils n’empoisonnent pas la bonne marche des affaires de l’État. Quant aux juristes du PPRD qui enseignent le droit à l’université, ils doivent être interdits d’enseigner le droit (dans les universités publiques comme dans les universités privées) sur toute l’étendue de la République jusqu’à la fin de leur vie pour épargner la jeunesse de leur manière erronée d’interpréter les textes de droit en faveur de la tyrannie. Les laudateurs doivent subir le même sort pour leur complicité avec la tyrannie. Il faut mettre définitivement fin à la révolution-pardon maladroitement initiée par Laurent-Désiré Kabila.

[4] François Soudan, « RDC : Joseph Kabila, cartes sur tables », in http//www.jeuneafrique.com

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