Archive | avril, 2011

Il faut dire la vérité aux Congolais (III)

28 Avr

Veuillez d’abord écouter :

http://congojustice.org/le-conflit-au-congo-la-verite-devoilee/

Cher compatriote Diana Gikupa Joachim,

Les questions que vous soulevez ont déjà toutes trouvé des réponses dans mes différents livres. Ceux qui me lisent le savent et ils doivent rire sous cape en vous lisant.

Le pasteur Ngoy Mulunda est l’un des fondateurs du PPRD. Il est mal placé pour diriger la CENI qui aurait dû être confiée à la société civile. Le passé de ce pasteur ne lui permet pas d’être neutre. Il a été appelé par le pouvoir pour organiser les fraudes. Si vous n’avez par retenu cela, c’est encore votre droit de faire une lecture sélective de mes arguments.

Vos propos sont en italique.

Les Fardc n’ont jamais gagné les Fdlr parce que Joseph Kabila composerait avec Kagame. Lisez Pierre Péan, Carnages. Il vous donne toutes les explications avec des références. Vous ne voulez pas lire mes ouvrages, autrement vous trouverez des éléments de réponse dans « Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir », avril 2011. Pour les moments, les Américains et les Britanniques mais aussi les Canadiens misent sur Museveni et Paul Kagame qui jouent le rôle que jouait Mobutu contre le communisme. Museveni et Paul Kagame les aident pour régler la question du Soudan (il y a 3.300 casques blues rwandais au Darfour), de l’islamisme et du terrorisme mais aussi au passage pour piller les ressources naturelles dans l’est du Congo. Je fais court. Des livres qui répondent à cette question existent. Il suffit de les consulter.

La Légion d’honneur française a sauté sur Kolwezi parce que le pouvoir de Mobutu était soutenu par l’Occident qui est venu au secours de son pion, de son affidé. Pareil. L’armée de Mobutu a détalé devant les troupes de l’Afdl jusqu’à la chute de la capitale parce que Mobutu qui était totalement soutenu par l’Occident a été lâché par lui. Le même Occident a armé Museveni et Kagame (en utilisant provisoirement Laurent-Désiré Kabila) pour accélérer la chute de Mobutu. Le maréchal est tombé. Les Américains ont utilisé les armes qu’ils avaient utilisées en Somalie et qu’ils avaient transférées en Ouganda après leur échec (en Somalie). C’est avec ses armes que Kagame a mené sa guerre et une partie a été utilisée par l’AFDL. Après la chute de Mobutu, il fallait rembourser la facture. D’où le pillage dans l’est du Congo et d’où aussi l’impunité des pilleurs. Ai-je répondu ? Etes-vous satisfait ? Le jour où Museveni et Kagame seront lâchés par les Américains et les Britanniques, ils tomberont. Souvenez-vous du rôle que M. Swing a joué à la fin du règne de Mobutu mais aussi après, disons jusqu’à son départ. Il travaillait pour la CIA si vous ne le savez pas. Il a causé du tort à notre pays alors que les musiciens et les journalistes chantaient « ses bienfaits », jusqu’à l’appeler « koko Swing ». Je fais aussi court.

Vous me questionnez : L’armée de Laurent Désiré Kabila n’a pas réussi à vaincre les mouvements rebelles jusqu’à ce qu’il y ait un accord de cessez-le-feu. Les rebelles sont même entrés dans la capitale où il fallait l’intervention des Angolais, des Zimbabwéens et des Namibiens. C’était pourquoi à votre avis ? Je réponds. Les Américains n’avaient pas besoin de voir Laurent-Désiré Kabila aux commandes à Kinshasa. Museveni et Kagame non plus. Il fallait donc lui rendre la vie difficile. Ils l’ont fait jusqu’au moment où ils ont trouvé l’homme qui correspond à leur plan dans la région des Grands Lacs. Ai-je répondu ?

Vous me questionnez : En quoi toutes ces guerres diffèrent-elles de celle que les Fardc menaient contre le Cndp ? Je réponds. Cette dernière guerre est de basse intensité. Elle intéresse plus les firmes transnationales qui sont protégées par leurs Etats. Elle permet à Kagame de continuer à piller l’est du Congo. Ai-je répondu ?

Vous dites : La guerre contre le Cndp s’est terminée par des négociations parce que le gouvernement Joseph Kabila ne voulait pas combattre le Cndp. Je dis non et non. Je répète : AFDL, RCD-Goma et CNDP sont des créations de Kagame soutenu par les Britanniques et les Américains. Ces acteurs font croire aux Congolais qu’ils se haïssent là où ils s’entendent à l’insu des Congolais. Le RCD-Goma a rejoint le pouvoir à Kinshasa et le CNDP a rejoint le même pouvoir à Kinshasa à son tour. Cessons d’être dupes. Ouvrons les yeux. Vous pouvez toutefois ne pas partager cette compréhension.

L’adage dit : « On n’est jamais prophète chez soi ». Vous êtes libre de ne pas me considérer comme un politologue confirmé (scientifique) mais les scientifiques me considèrent comme l’un de leurs. Ils m’associent à leurs travaux. Je suis sollicité pour donner des cours dans des universités étrangères. Je suis invité par des chaînes de télévision et des radios étrangères. Des grands journaux internationaux me citent. Libre à vous de ne pas reconnaître mes compétences. Déjà vous ne cherchez même pas à pénétrer un seul de mes ouvrages mais vous vous prononcez sur ma qualité de scientifique. Ah les Congolais ! Nous sommes très spéciaux ! Nous dénigrons facilement et gratuitement nos propres compatriotes sans connaître le sérieux de leurs travaux. Vous dites : vous lisez mal tous les livres qui vous tombent sous le bras. Car, vous y cherchez ce qui vous caresse et non ce qu’ils contiennent. Les scientifiques de renom pensent que je lis bien et c’est pour cette raison qu’ils citent mes ouvrages dans leurs publications, dans les thèses de doctorat ou m’associent à des travaux de réflexion et de recherche. En tout cas, pour moi, l’avis des scientifiques qui prennent la peine de me lire comptent plus que tout autre avis (surtout pas celui des personnes qui osent se prononcer sur mes livres sans avoir lu un seul).

Oui. Lorsque vous, en tant que journaliste, ou tout autre personne à l’est du pays qui vit la guerre dans cette partie du pays, devez parler de la guerre, vous avez l’obligation de vous imposer la connaissance des sources externes parce que la guerre dans notre pays vient de l’extérieur. Si vous oubliez cela, vous partez sur une mauvaise piste qui vous amène à répéter la version officielle des faits.

Vous me questionnez : Pourquoi Al Qaïda enlève-t-il des Occidentaux, pourquoi pose-t-il des bombes ? Est-ce une preuve que Ben Laden commande la politique des pays occidentaux ? Je réponds. J’ai traité cette question dans mon livre « Géopolitique, intégration régionale et mondialisation », Paris, L’Harmattan, 2006.

Vous me questionnez : Pourquoi Hitler avait-il entrepris la conquête de l’Europe ? La réponse à cette question se trouve également dans mon livre cité ci-dessus. L’Allemagne était composée de principautés soumises aux puissances occidentales, notamment la France de Napoléon qui les traversait sans payer un sou pour aller conquérir des contrées lointaines en Russie. Bismarck a unifié l’Allemagne et a cherché à l’imposer en tant que puissance avec laquelle les autres pays devaient compter. Hitler a poursuivi la politique de Bismarck. On peut discuter sur ses moyens et ses méthodes. Ai-je répondu ?

Je suis politologue et j’ai étudié les relations internationales à Genève. Les rapports de force entre les Etats, j’en sais quelque chose et j’en parle régulièrement dans mes livres. Vous ne le savez pas parce que vous refusez de me lire. Encore une fois, c’est votre droit. Dans mon livre « La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas », je défends l’idée suivant laquelle le complot contre l’Afrique existe à cause des rapports de force inégaux entre les pays du Nord et du Sud. La question de rapports de force est ce que les politologues étudient en profondeur.

Vous avez écrit : Ce que vous dites au sujet de la déclaration de Louis Michel selon laquelle l’Europe avait choisi Kabila, je suis étonné qu’en votre qualité de politologue, vous tombiez dans ce panneau. Comment s’est fait ce choix ? Expliquez aux Congolais. C’est la seule façon de leur dire la vérité. Vous ne parlez pas de soutien, mais de choix. Je me demande si Louis Michel faisait le compte rendu de quelle réunion de l’Union européenne qui l’aurait mandaté d’exprimer ce choix. Comment le bulletin de vote que les Congolais avaient mis dans les urnes se sont-ils transformés en choix européen ? Je réponds. Pour votre mémoire, Louis Michel a été en Afrique du Sud à Sun City où il a joué un rôle important. Dans cette ville sud-africaine, la « communauté internationale » a exigé que Joseph Kabange soit le chef de la transition. Louis Michel était le premier à annoncer l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Celui-ci a été tué avec un revolver de fabrication belge. Ne l’oublions pas. Le 18 juin 2005, sur une chaîne privée belge, Louis Michel a déclaré : le président Kabila est « la chance que le Congo devait saisir » (lire Jeune Afrique no 2355 du 26 février au 4 mars 2006 ; lire aussi Fweley Diangitukwa, « Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC », Paris, L’Harmattan, 2007, p. 27). L’Union européenne a financé les élections au Congo à hauteur de 500 millions. Pensez-vous que les Européens l’ont fait pour les beaux yeux des Congolais ? On finance une entreprise ou une opération économique dans le but de gagner et jamais le contraire. Je suis politologue et je parle politique. Je n’écris pas sur la chimie mais sur ce que je sais.

Je ne vous critique pas. Je vous demande simplement de dire la vérité aux Congolais et de ne pas les distraire car la crise dans notre pays est profonde et les enjeux sont grands à cause de la convoitise et de la mainmise des puissances étrangères mais aussi des pays limitrophes enclavés qui se sentent à l’étroit à l’intérieur de leurs frontières. Ils sont pour l’heure soutenus par les puissants parce qu’ils servent aveuglément leurs intérêts. Pour combien de temps encore !

Tout en vous remerciant vivement, je vous présente mes amitiés.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Nouvelles publications : « Gouvernance, action publique et démocratie participative », éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle (avril 2011), 236 pages (grand format), janvier 2011, 270 pages et « Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir », éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle (avril 2011), 236 pages (grand format).

Publicités

Il faut dire la vérité aux Congolais (II)

27 Avr

Veuillez d’abord écouter :

http://congojustice.org/le-conflit-au-congo-la-verite-devoilee/

Cher compatriote Diana Gikupa Joachim,

Je n’ai pas dit que les FARDC n’ont jamais combattu le CNDP de Nkunda. Relisez mon texte. Il y a des soldats de qualité et de bonne foi, voire des nationalistes parmi eux mais ils reçoivent des contre-indications sinon ils sont trahis et leur plan d’attaque vendu aux forces opposées. A votre avis, pour quelle raison les FARDC n’ont jamais vaincu les troupes de Nkunda ? Vous êtes-vous déjà posé cette question ?

Vous dites dans « ma dernière réplique, je vous ai donné des faits et non des opinions ». Mais à mon tour, dans ma réponse, je vous ai donné des faits et des sources afin que vous puissiez vérifier. Si ces sources ne sont pas disponibles au Congo, faites-le savoir. Nous examinerons les moyens de vous les faire parvenir. Ne dit-on pas que la connaissance commence par la volonté de savoir ? Je n’ai pas la prétention d’avoir « le monopole d’accès aux sources extérieures« . J’invite plutôt mes compatriotes à les intégrer dans leurs analyses. Mais apparemment certains semblent ne pas vouloir s’inscrire dans cette démarche. C’est dommage mais ils sont libres.

Si l’extérieur se réfère aux sources intérieures, il est souhaitable que l’intérieur s’intéresse aussi à son tour aux sources extérieures. Les Congolais motivés qui lisent s’intéressent aux deux sources, ils ne se limitent pas aux seuls écrits venant du Congo ou aux seuls écrits des étrangers. La démarche doit absolument être complémentaire pour être enrichissante. C’est bien ce que je fais régulièrement. 

 

Je répète que la politique congolaise a toujours été décidée à l’extérieur et c’est pour cette raison que nous avons créé le CLD (Le Congo en légitime défense). Voir notre site : www.congolegitimedefense.org. Les faits sont là et ils sont parlants. Qui avait décidé de tuer Lumumba ? Qui avait choisi Joseph-Désiré Mobutu ? Où l’AFDL a-t-elle été créée ? Qui a créé le RCD-Goma et le CNDP ? Qui ont financé les élections en 2006 ? Je peux poser autant d’autres questions. Ce sont les stratèges étrangers qui dirigent les pays africains. Voilà pourquoi nos Etats ne sont pas souverains. Vous êtes libre de ne pas partager cette analyse. Pour diriger un pays, il ne s’agit pas de choisir nécessairement tous les ministres et tous les députés (nombreux parmi eux n’ont pas d’idées claires et précises sur leur mission), il suffit d’une bonne stratégie, d’un plan et de contrôler la tête de l’armée et les finances du pays dominé. C’est tout. Comment Foccart dirigeait-il les pays du pré-carré français ? Vivait-il en Afrique ? De qui Mobutu recevait-il des ordres ? Que s’est-il passé lorsque les Occidentaux ont décidé de rompre avec lui ? Que s’est-il passé lorsque Museveni et Kagame ont décidé de rompre avec Laurent-Désiré Kabila ? D’où vient celui qui l’a remplacé ? Louis Michel n’avait-il pas dit ouvertement aux Congolais, longtemps avant les élections, que l’Occident avait choisi Joseph Kabange (Kabila) ? Le choix occidental ne s’est-il pas confirmé ? Alors, Monsieur Diana, qui choisit les dirigeants du Congo (du moins jusqu’aujourd’hui) ? Ne refusons pas de lire l’Histoire.

Je confirme mes propos : la politique congolaise n’est pas définie au Congo mais elle l’est par les grandes puissances. Les hommes politiques – depuis le maréchal Mobutu – ont toujours été choisis et imposés par l’extérieur. Donc, il ne faut pas nécessairement vivre au Congo pour comprendre l’évolution de la politique dans notre pays. Par exemple, Kagame et Museveni qui gouvernent le Congo par personne interposée ne vivent pas au Congo. Je suis politologue et je désapprouve cette façon d’agir des puissants. C’est pourquoi je me bats au sein du CLD et avec beaucoup d’autres compatriotes pour la construction d’un Congo libre et souverain. La lutte, qui a commencé avec Kimbangu, Lumumba, et les autres, sera longue mais nous la poursuivrons, quoiqu’il arrive. 

Vous faites allusion aux « efforts de la communauté internationales pour amener Kinshasa à nouer des relations diplomatiques avec le Rwanda et l’Ouganda« . D’abord la communauté internationale à laquelle vous faites allusion se limite aux pays qui tirent profit du malheur congolais. Ces pays (qui ont exclu la France des Grands Lacs) ont un plan et je l’ai dit. Ils ont aidé Museveni qui a aidé Kagame à s’emparer du pouvoir au Rwanda et celui-ci a aidé Kabila à s’emparer du pouvoir au Congo. Tout est lié. Il y a un plan et – pour la réussite de ce plan mais aussi pour faciliter le pillage des ressources naturelles dans l’est du Congo, – « cette communauté » internationale ne pouvait qu’amener Kinshasa à nouer des relations diplomatiques avec le Rwanda et l’Ouganda. Notez que si le Congo était fort et souverain, c’est le Congo qui aurait lui-même choisi ses partenaires. Les efforts de la communauté internationale sur le Congo montre bien que c’est elle qui impose ses vues sur notre pays. Vous confirmez ainsi vous-même mes propos. Je vous remercie et je suis heureux.

 

Non, « le gouvernement congolais n’a pas coopéré avec la Cpi en ce qui concerne le transfèrement de Ntaganda à la Cpi » pour d’autres raisons. J’ai déjà dit que Nkunda, Ntaganda et Joseph Kabange obéissent à un même chef : Kagame. Ils sont tous liés dans les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Lisez, s’il vous plaît, le rapport Mapping qui n’a pas été rédigé par un Congolais. Vous apprendrez beaucoup. Je vous prie de consulter régulièrement les sources du Pentagone pour découvrir les décisions qui sont prises à Washington concernant notre pays. Ma prière est de voir les Congolais se retrouver tous unis pour défendre les intérêts du Congo. Cela nécessite de l’humilité et un partage sincère de l’information. Etes-vous prêt à souscrire à cette démarche pour l’intérêt général du Congo ?

Si vous décidez de lire mes ouvrages, vous découvrirez que « je m’oppose à ceux qui font la vraie politique congolaise à partir de l’extérieur« . Lisez entre autres La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas ou encore Stratégies pour la conquêt, l’exercice et la conservation du pouvoir. Nous avons tenu une conférence publique à Montreux lors de la francophonie et nous avons dit ce que nous pensons aux décideurs du monde. Nous rencontrons certains parmi eux et nous leur parlons. Je ne dirai pas plus.

 

Non, « tous les 500 députés, les 108 sénateurs, les magistrats, les ministres, l’opposition, ne sont pas  tous dirigés par Museveni et Kagame et  tous ces dirigeants n’ont pas été choisis par l’extérieur« . Comme je l’ai dit plus haut, pour diriger un pays depuis l’extérieur, le réseau étranger ou l’Etat puissant s’empare de la tête dans le pays faible, de l’armée (tête) et des finances (endettements). Il y a des stratégies bien élaborées et connues par des politologues et des relationnistes s’intéressant à la stratégie internationale (mainmise étrangère dans les pays tiers). Je souhaite qu’unanimement « tous les 500 députés, les 108 sénateurs, les magistrats, les ministres, l’opposition«  s’opposent au plan Hima-tutsi, à la création de la République des Volcans, aux viols des femmes congolaises, au dépeuplement du grand Kivu, aux massacres, aux assassinats, aux violations des droits de l’homme, aux 100’000 dollars à payer pour être candidat à l’élection présidentielle et aux 5’000 dollars pour la députation. S’ils agissent ainsi ils feront œuvre utile et les Congolais apprécieront. C’est votre travail de le rappeler.

Les grandes puissances organisent les élections dans les pays du tiers monde pour donner l’impression au peuple que leur pion a été élu démocratiquement. Dans la réalité, leur homme est  choisi longtemps avant les élections. Pire, les élections ne sont pas un signe de démocratie dans un pays. Mobutu organisait des élections. Peut-on dire que le Congo de Mobutu était un Etat démocratique ? Il y a des conditions pour qu’un pays soit démocratique. J’ai défini ces conditions dans mon livre (un cours donné à l’université de Genève) : Gouvernance, action publique et démocratie participative, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 270 pages, janviers 2011.

Ah, tiens ! Comme c’est curieux. Vous avez lâché le mot « manipulation« . Il est sorti de votre plume. Qui donc manipule la population ?

 

Vous dites : « Supposons que j’avais lu vos livres sur le Congo, croyez-vous que j’y aurais appris autre chose que les mensonges, les contrevérités, les affabulations, le délire partisan dans une certaine naïveté et dans un complexe d’assujetti« ?

La meilleure façon de critiquer un livre, c’est de le lire et de se prononcer après. Certains Congolais critiquent les livres de leurs compatriotes sans les avoir lus. Incroyable. C’est effrayant. Je ne trouve pas cette attitude chez d’autres Africains. Lisez-les au moins afin de comparer et de faire une critique juste. Pour mieux comprendre, moi je lis les sources nationales et les sources étrangères.

 

Dans la Constitution et la loi électorale, c’est la proportionnelle qui a triomphé dans l’esprit de Sun City. Ce choix  a fait une part belle aux petits partis politiques et le PPRD a été obligé de s’allier avec le PALU, l’UDEMO, etc. C’est une situation que beaucoup de membres du PPRD n’ont pas appréciée. Voilà la raison pour laquelle ces pprdistes veulent privilégier le scrutin majoritaire pour contraindre les petits partis à les rejoindre et afin que le PPRD dirige librement le Congo sans plus s’enquiquiner avec le PALU, l’UDEMO et les autres petits partis. Ils veulent diriger le pays tout seuls en tant que parti hégémonique. Voilà le calcul caché derrière la révision de la Constitution et de la loi électorale. Dans quel pays demande-t-on 100.000 dollars pour être candidat à l’élection présidentielle ? A-t-on créé les conditions d’enrichissement dans notre pays pour imposer une telle décision draconienne ? Le vote censitaire a disparu. Ne le sait-on pas au Congo ? Voudrait-on privilégier la ploutocratie après avoir pillé le pays, sans créer des emplois décents ?

 

J’ai encore été long pour préciser ma pensée. Si je ne suis toujours pas compris, si vous ne voulez pas que nous puissions tous travailler ensemble, la main dans la main, pour construire un Etat souverain, un Congo fort, plus beau qu’avant, alors j’avoue que je ne trouverai plus d’autres mots pour m’exprimer. Je vous lirai sans plus répondre. Les compatriotes (lecteurs) apprécieront.

J’aime le Congo et je me bats pour le Congo depuis ma tendre enfance. Par amour pour mon pays, sous la dictature, j’ai publié, en 1990, « Maréchal Mobutu, je vous parle« .

 

Monsieur Diana et cher Compatriote, vous êtes Congolais et vous avez l’obligation de travailler pour la protection des intérêts du Congo.

 

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Nouvelle publication : « Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir », éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle (avril 2011), 236 pages (grand format).

Il faut dire la vérité aux Congolais

27 Avr
Veuillez d’abord écouter :

http://congojustice.org/le-conflit-au-congo-la-verite-devoilee/

Cher compatriote Diana Gikupa Joachim,

Je vous avoue honnêtement que j’éprouve une énorme difficulté à répondre à vos messages e-mail car nous n’avons pas la même lecture ni la même compréhension des événements dans notre pays et dans la région des Grands Lacs. Cette difficulté vient du fait que vous n’avez pas accès aux mêmes sources que moi. Vous vous référez aux seules sources nationales pour analyser les événements et l’actualité et nulle part on ne voit se profiler ce que les grands de ce monde pensent, disent, projettent et planifient. Vous semblez donc ignorer les sources étrangères (c’est bien ce qui transparaît dans vos textes) et vous répétez inlassablement ce que disent les autorités congolaises. Alors que ce qu’elles disent s’inscrit le plus souvent dans le règne du mensonge politique. A partir delà, nous devons admettre que notre discussion devient inutile voire oiseuse, car chacun campe sur ses positions. Vous cherchez même à convaincre sous prétexte que vous vivez au pays. Vous oubliez cependant que la politique congolaise n’est pas définie au Congo mais elle l’est par les grandes puissances. Les hommes politiques – depuis le maréchal Mobutu – ont toujours été choisis et imposés par l’extérieur. Donc, il ne faut pas nécessairement vivre au Congo pour comprendre l’évolution de la politique dans notre pays. Par exemple, Kagame et Museveni qui gouvernent le Congo par personne interposée ne vivent pas au Congo. Cette discussion ne nous aide pas à aller de l’avant, car elle reste superficielle et n’aborde pas les vraies questions. Je peux vous comprendre car vous êtes au service d’un journal qui a choisi de défendre le pouvoir autocratique de Joseph Kabange (Kabila). Vous ne pouvez donc pas trahir la ligne directrice du journal pour lequel vous travaillez ni vos affinités avec ceux qui sont au gouvernement. Vous restez fidèle. Vous donnez parfois l’impression de pratiquer ce que l’on appelle en psychologie sociale « la dissonance cognitive », c’est-à-dire vous triez l’information entre ce que vous transmettez aux lecteurs (ce que vous écrivez correspond régulièrement à la version officielle) et ce qui relève de la vérité des faits. Peut-être que vous ignorez cette vérité des faits parce que vous n’avez pas accès aux bonnes sources, car le pouvoir de Kinshasa empêche la circulation de certains documents pour ne pas dresser les Congolais contre ceux qui sont de mèche avec Museveni et Kagame. Avez-vous pris connaissance du rapport Gersony, du plan Hima-tutsi, de l’implication des puissances étrangères dans le projet de partition du Congo ? Avez-vous lu les livres de Olivier Lanotte, République démocratique du Congo. Guerre sans frontières ; Charles Onana, Ces tueurs tutsi au cœur de la tragédie congolaise ; F. Reyntjens, La guerre des Grands Lacs ; Carla Del Ponte, La Traque ; Roméo Dallaire, J’ai serré la main du diable, etc. ? Je ne vous parle pas de mes publications parce que les Congolais ont tendance à mépriser les travaux de leurs compatriotes. Mais vous pouvez lire Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC; Le règne du mensonge politique en RD Congo. Qui a tué Kabila ?; Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC.; Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, etc. Avez-vous lu le rapport Mapping ? Pouvez-vous dire aux Congolais les noms des auteurs des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis sur le territoire national ? Voilà la question principale qui me préoccupe que vous ne soulevez pas et que vous ne soulèverez jamais, car vous risquerez de perdre votre travail.

Permettez-moi de fixer certaines idées. L’AFDL est une création de Museveni et Kagame. Laurent-Désiré Kabila a été choisi par ces deux chefs d’Etat avec l’appui des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Le CPP et le PPRD sont la suite de l’AFDL car les principaux leaders sont issus de cette formation. Ceci revient à dire que la politique congolaise est toujours pilotée par Kigali et Kampala. Le RCD-Goma est une création de Kigali (vous connaissez les circonstances de sa naissance). Quand le RCD-Goma a rejoint le pouvoir de Kinshasa dans la formule 1 + 4, il fallait un opérateur économique dans le Kivu pour défendre les intérêts rwandais dans cette partie de notre pays. Le CNDP (le Congrès national pour la défense du peuple) est né. Donc AFDL, PPRD, RCD-Goma, CNDP sont des oiseaux de même plumage qui obéissent au même chef : Kagame. Joseph Kabange (Kabila) qui est une création de James Kabarebe et de Kagame ne peut pas s’opposer à eux ni au CNDP qui est leur création. Lisez Pierre Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grands puissances en Afrique (dimanche prochain, je discuterai publiquement avec l’auteur au salon du livre africain à Genève). Joseph Kabange (Kabila) n’a jamais combattu Nkundabatware Mihigo parce qu’il n’a aucun moyen pour le faire car les deux ont le même patron à qui ils obéissent : Paul Kagame. La preuve, le Congo est incapable d’obtenir l’extradition de Nkunda pour être jugé au Congo. C’est lorsque Nkundabatware a pris des ailes et a critiqué sévèrement Joseph Kabange (Kabila) que celui-ci a haussé le ton et s’est opposé à lui. Nkundabatware a dit : « Le peuple congolais a un sérieux problème à résoudre car son propre président, élu au suffrage universel direct par plus de 58 % (du moins d’après la version officielle) des voix [en octobre 2006] – je cite Joseph Kabila – est non seulement d’origine tutsi, comme moi, mais est aussi un ancien soldat du FPR, comme moi ». Et Nkunda d’ajouter : « Cherchez l’erreur ! »[1]. Cette déclaration n’a pas du tout plu à Joseph Kabange qui a demandé à Paul Kagame de rappeler Laurent Nkunda et de le remplacer par un plus modéré et plus secret Bosco Ntaganda. Ce qui a été fait. Bosco Ntaganda n’a jamais critiqué Joseph Kabange (Kabila). Le CNDP s’est rapproché du pouvoir de Kinshasa comme le RCD-Goma l’a fait auparavant. La guerre à l’est du Congo est non seulement voulue mais en plus entretenue. Ceux qui ne le savent pas continuent à spéculer, à se taire sinon à étaler leur ignorance.

Le Congo est actuellement dirigé par des stratèges rwandais qui ont un plan bien ficelé et par des Congolais assoiffés d’argent qui ne voient que leurs intérêts immédiats. Ils organisent le pillage de nos ressources naturelles qui sortent par le Rwanda avant d’être vendues à l’étranger. Les femmes congolaises sont violées, tuées pour dépeupler le grand Kivu. Pendant ce temps, il y a des journalistes qui passent leur temps à distraire les Congolais en leur racontant des faits divers. Je désapprouve cette démarche. Je me bats pour que le Congo soit défendu légitimement par des Congolais. Pierre Péan a écrit dans son livre déjà cité Carnages, op. cit., à la p. 418 : « Joseph (Kabila) est un cheval de Troie. Le jour, il est officiellement contre Kigali, mais, la nuit, il marche avec Kagame ».

Je répète. Le parti de Laurent Nkunda, CNDP représenté actuellement par Bosco Ntaganda, est le prolongement du RCD-Goma que soutenait et finançait Paul Kagame pour piller l’est du Congo. Aujourd’hui le CNDP (lire RCD-Goma rénové) partage le pouvoir avec le PPRD/MP. Le pouvoir de Kinshasa a officiellement signé une alliance avec les hommes de Bosco Ntaganda (le représentant de Kagame et de Nkunda dans le Kivu). La suite devient claire : Kagame continue à piller, à travers Bosco Ntaganda et ses hommes, l’est du Congo en parfaite entente avec Joseph Kabange (Kabila). C’est pour cette raison que Joseph Kabange ne peut pas arrêter Nkunda et Bosco Ntaganda malgré le fait que ces deux sommes sont poursuivis par la Cour pénale internationale. Il n’y a que ceux qui ne comprennent pas les enjeux qui spéculent. En revanche, les grandes firmes transnationales et les grandes capitales occidentales qui reçoivent les ressources naturelles en provenance du Congo via le Rwanda savent qu’il y a une complicité entre les hommes au pouvoir à Kampala, à Kigali et à Kinshasa. La RDC, qui est le pays le plus riche d’Afrique en ressources naturelles (en quantité et en diversité), est au centre d’une mafia internationale et la complicité se trouve à tous les niveaux, sur les deux plans : interne et externe.

Monsieur Diana, parce que vous êtes Congolais, vous avez l’obligation de défendre le Congo. Votre profession de journalistes doit servir les intérêts du Congo, pas ceux des étrangers. Ne vous laissez pas entraîner par le mensonge politique. Ne le répétez pas. Je vous supplie.

Il ne faut pas minimiser l’implication des puissances étrangères et des autorités politiques actuellement au pouvoir dans le projet de partition du Congo. Depuis 1994, Museveni et Kagame ont les yeux fixés sur le Kivu. Le pouvoir de Kigali impose une hégémonie tutsi sur la région des Grands Lacs et il s’appuie sur celui qui est à la tête du Congo pour accomplir ce rêve. Laurent-Désiré Kabila a été tué pour cela et il a été remplacé par celui qui facile la partition de notre pays, sans toutefois le montrer ouvertement aux Congolais. Beaucoup d’entre les Congolais ne comprennent pas les enjeux ni les stratégies mises en place. Oui. Il existe un plan bien élaboré pour envahir l’est du Congo. Vous avez l’obligation d’en parler à vos compatriotes au lieu de rester silencieux sur cette question vitale.

Notre pays n’est pas dirigé par les plus compétents. Vous ne direz pas que celui qui est à la tête du Congo est une lumière ! Lorsqu’un véhicule est conduit par un chauffard… la suite est connue. Seriez-vous prêt à prendre place à bord d’un avion dont le pilote n’a pas les compétences requises ou à être soigné par un faux médecin ?

Si le Congo était un pays démocratique, il n’y aurait pas autant de violence ; les assassins, les auteurs des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité auraient été arrêtés et jugés, le droit serait respecté ; Chebeya, Bazana, Tungulu ne seraient pas assassinés, les adeptes de Bundu-dia-Kongo ne seraient pas massacrés, Kuthino n’aurait pas passé des années inutiles en prison, vous rendriez un travail utile à la nation, comme vous l’avez fait à la fin du règne de Mobutu.

La Constitution a été révisée, la loi électorale le sera bientôt. Toutes ces révisions sont un prélude aux futures fraudes électorales (je l’ai déjà dit) mais cette même stratégie sur laquelle misent les autorités actuelles va se retourner contre elles. Le monde bouge et le Congo ne sera pas en reste. Que Dieu nous prête vie. Nous nous verrons et nous parlerons ensemble du passé de notre pays. Je vous préviens : vous aurez honte.

Monsieur Diana, vous êtes Congolais. Ne l’oubliez jamais ! Les autres fuirons un jour mais vous resterez avec moi dans ce pays de nos ancêtres. Notre vie est courte, pensons au Congo éternel que nous laisserons à nos enfants et aux générations futures. La situation du Congo est explosive. Déjà plus de six millions de morts. La justice est impuissante. Ne soyons pas complaisant. J’ai dit et je me tais.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Nouvelle publication : « Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir », éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle (avril 2011), 236 pages (grand format).


[1] Laurent Nkunda l’a dit, Colette Braeckman l’a dit, Léonard Mulopo l’a dit, Etienne Kabila l’a dit. On peut encore citer d’autres sources.