Archive | décembre, 2015

Message de fin d’année et Vœux de Nouvel An 2016 au peuple congolais

29 Déc

Message de fin d’année et Voeux de Nouvel An 2016 au peuple congolais

En cette période de fin d’année, je présente mes vœux au peuple congolais dans leur ensemble et exhorte mes compatriotes de :

– gérer la RD Congo dans la transparence car notre pays souffre dramatiquement depuis sa rencontre avec les puissances occidentales ;

– ne pas poursuivre la politique de Léopold II, roi des Belges, de Mobutu avec son MPR et de Laurent-Désiré Kabila avec son AFDL soutenue par ses protecteurs rwandais et ougandais, car cette politique a été néfaste pour notre pays. Ces acteurs ont tous permis l’immixtion des puissances étrangères dans les affaires intérieures du Congo et se sont distingués dans la mauvaise gestion de la res publica.

Les Congolais ne sont pas protégés par le pouvoir de notre pays : les femmes sont régulièrement violées, les Congolais engagés qui s’expriment et/ou qui s’opposent à la mauvaise gouvernance en dénonçant les mauvaises pratiques sont soit tués, assassinés, massacrés ou emprisonnés. L’insécurité et la corruption règnent en maîtresses sur toute l’étendue de la République qui a cessé d’être une chose véritablement publique.

Beaucoup de jeunes sont dans un chômage structurel, d’autres ont un travail précaire qui ne leur donne aucune assurance pour leur avenir. Les conditions de vie sont médiocres pour l’ensemble de la population.

Depuis 1996 – voire avant –, le Congo, notre pays, est à feu et à sang à cause de l’irresponsabilité et de l’égoïsme de nos dirigeants mais aussi à cause des ingérences étrangères. Des millions de Congolais sont morts.

Notre pays a assez souffert, ne laissons plus raviver la souffrance qui a détruit l’âme de notre peuple.

La constitution que le PPRD a proposée au peuple prévoit deux mandats au président de la République. Élu dans des conditions de fraudes généralisées qui ont fait l’objet des dénonciations par l’église catholique en 2006 et en 2011 par la même église catholique et de nombreux observateurs étrangers, l’actuel président de la République a épuisé ses deux mandats et n’a plus logiquement droit à un troisième mandat. Il doit quitter le pouvoir en décembre 2016 dans le respect de la Constitution.

Que la Mouvance présidentielle laisse le peuple organiser l’avenir de la nation et ne laisse pas passer les bruits des laudateurs et des médias menteurs qui persuadent l’actuel chef de l’Etat à prolonger son mandat en ne quittant pas le pouvoir pour bénéficier de largesses que leur offre l’Etat. C’est un choix très dangereux qui ouvrira des portes inconnues que personne ne sera capable de contrôler, même pas ceux qui militent pour le maintien au pouvoir du chef de l’Etat. Ce choix irresponsable risque d’emporter inutilement des milliers de Congolais parmi lesquels il y aura aussi ceux qui se battent pour le maintien du statu quo. Le Congo, notre pays, a trop souffert, il a maintenant besoin de stabilité et de paix afin d’amorcer le développement.

Pour rappel, lorsque les Mobutistes avaient décidé de bloquer les travaux de la Conférence nationale et refusé la transition, ils ne croyaient pas que le président Mobutu serait contraint de fuir le Zaïre quelques années plus tard. Plusieurs de ses collaborateurs gardent des souvenirs très amers de leur perte du pouvoir dans des conditions honteuses. D’autres ont repris du service avec le régime actuel après avoir été publiquement humiliés. D’autres encore vivent en exil en Occident dans les mêmes pays que ceux qu’ils avaient maltraités lorsqu’ils étaient encore au pouvoir. N’oublions pas que rien n’est éternel sous le ciel. Pour que l’histoire de notre pays ne soit pas une éternelle répétition, il est nécessaire que l’actuel chef de l’Etat quitte le pouvoir à la fin de son mandant pour que le pouvoir ne le quitte pas de façon brutale, faut de légitimité.

Nous avons eu le temps de nous exprimer utilement tout au long de l’année qui s’achève à travers nos articles et nos publications que nos compatriotes ne peuvent ignorer, entre autres : « Les Congolais rejettent le régime de Kabila », éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2015.

Nous cherchons et voulons la paix dans notre pays. Cette période de fin d’année est une période propice pour rappeler à nos compatriotes et à notre peuple que nous devons œuvrer ensemble pour l’établissement de cette paix sur toute l’étendue de la République.

La RD Congo n’a que trop souffert de la négligence, de l’indifférence et de l’égoïsme de ses dirigeants auxquels s’ajoutent les ingérences et les influences étrangères.

Le monde autour de nous a beaucoup changé, les Africains se réveillent et s’éveillent progressivement et les Congolais n’ont plus besoin d’être dirigés par un pouvoir ignoble qui ne respecte ni les droits humains ni sa propre Constitution. Après avoir perdu plus de 10 millions de nôtres pendant la colonisation et plus de millions sous le règne de l’AFDL, après avoir connu l’arrestation de Kimbangu et Lumumba morts dans des conditions atroces, après avoir vu les nôtres être pendus comme des animaux au pont Gaby (rebaptisé pont Kasa-Vubu) par le régime de Mobutu, après avoir vécu l’occupation rwandaise et ougandaise, ainsi que le contrôle de notre pays par des soldats de l’ONU, nous avons maintenant besoin de vivre en paix afin d’écrire librement l’histoire de notre pays sans influence étrangère.

Avec le vœu sincère que notre voix soit entendue, nous transmettons à notre peuple ce message d’espoir et d’espérance.

Bonne fête de Nouvel An et bonne année 2016 pour chacun de vous et pour votre famille. Que la paix règne pour tous et partout, principalement à l’Est du Congo et particulièrement à Beni.

Pour l’amour du Congo,

Fweley Diangitukwa

Dernières publications :

  • Les Congolais rejettent le régime de Kabila (sous la direction de), éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2015

  • L’Afrique doit renaître, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, janvier 2016.

  • Quand les Africains se réveilleront, le monde changera, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, janvier 2016.

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Publication : « Quand les Africains se réveilleront, le monde changera »

29 Déc

Fweley Diangitukwa

 

 

QUAND LES AFRICAINS SE RÉVEILLERONT, LE MONDE CHANGERA

 

TRADITIONS ET DÉVELOPPEMENT

Préface du professeur Charles Binam Bikoi

 

Editions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle

Nombre de pages : 276

Prix : 20 euros

Pour commander :

Fweley Diangitukwa

1, avenue Rolliez

1800 Vevey/Suisse

Téléphone : 00 41 78 898 54 84

afriquenouvelle@bluewin.ch

 

« À quoi bon embellir la vérité ? Au départ, la colonisation ne fut pas un acte civilisateur et ne releva pas d’un désir de civiliser. Ce fut un acte de force motivé par l’intérêt. Un épisode de la compétition vitale qui n’a cessé de s’envenimer entre personnes, entre groupes. Les peuples qui partaient s’emparer de colonies dans de lointains pays pensaient avant tout à eux-mêmes, et travaillaient à augmenter leurs richesses et accroître leur pouvoir ».

Albert Sarraut, secrétaire d’État aux Colonies en 1923, in Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Présence Africaine, 1994, p. 38.

 

« N’oublions pas seulement une chose, c’est qu’une partie de l’argent qui est dans d’autres porte-monnaies vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique, pas uniquement, mais beaucoup, vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors il faut avoir un peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité, de bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris, d’autant que c’est nécessaire si on veut éviter des pires convulsions ou difficultés avec les conséquences politiques que ça comporte dans la prochaine ère ».

Jacques Chirac (ancien président de la République française).

 

« Si je n’étais pas convaincu de la possibilité de chaque race de mener à bien sa réflexion intellectuelle, je me demande ce que nous faisons sur terre »

Extrait de la conférence de Cheikh Anta Diop à Niamey en 1984.

Cheikh Anta Diop, Les Voix de l’écriture,

UNESCO/RFI/KHEPERA/CNP-CAD-X, 1996.

 

Préface

L’Afrique s’éveille ? Non. L’Afrique se réveille. Un géant éveillé qui s’est endormi ne peut plus que se réveiller, l’éveil acquis. Son alchimie des Forces en sommeil a-t-elle abouti ? On attend, on observe. On agit aussi. On pense. On élabore et pose les conditions. On planifie aussi sans doute, des stratégies pour contrôler et au besoin contrer le réveil étant inévitable et d’ailleurs stimulant pour les véritables acteurs de la transformation. Peut-être entrevoit-on déjà la pierre philosophale ?

Encore faut-il savoir avec quel regard on cherche à voir l’avenir, question centrale, névralgique et irréductible de la problématique du crépuscule de la narcose africaine. Est-ce celui d’Anubis, de l’école kémite qui, bilanciel, établit sans appel les mérites avec lesquels on entre en latence et grâce auxquels on en sort ? Ou alors celui, perçant de l’aigle royal qui explore et anticipe sur ces bases ? Ou peut-être celui, économiciste et consumériste, du philistin contemporain qui ne juge de tout qu’en termes de valeur marchande. Puisqu’il faut bien aussi convaincre en toutes perspectives, y compris philistinistes, une question ne saurait être éludée : l’Afrique a-t-elle complété sa phase de déclin dans le cycle de la roue de la fortune ? On l’attend, peut-être la voit-on déjà sur sa pente remontante : vers le sommet ?

Les signes sont innombrables. Les observations et témoignages nombreux. Les statistiques sont prometteuses. À leur suite, les études académiques, les évaluations institutionnelles et autres travaux d’experts amorcent un tournant. Les titres fleurissent : Le Temps de l’Afrique ; Africa’s Turn?; Africa Rising: How 900 Million African Consumers Offer More than You Think Perspectives sur l’Afrique : futur géant économique ou non ? ; Chindiafrique : la Chine,l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain Emerging Africa: How 17 Countries Are Leading the Way ; etc.

De cas humanitaire incurable, désespéré et désespérant, l’Afrique est de plus en plus reconnue comme futur moteur de la croissance économique mondiale, peut-être successeur de la Chine dans le rôle de principal centre manufacturier mondial à main-d’œuvre abondante et bon marché. Expliquant la nouvelle ruée vers l’Afrique, divers facteurs et opinions persistants suggèrent que le reste du monde le sait mieux que l’Afrique. D’où l’urgence de se saisir du discours pour mettre en perspective ces tendances et possibilités : c’est le premier mérite de l’ouvrage de Fweley Diangitukwa

S’il part des humanités kémites pour asseoir la Renaissance afin d’envisager un réveil de l’Afrique susceptible d’impacter le monde à sa dimension maximale, c’est bien parce que ce réveil doit s’enraciner dans son sous-sol. Il doit aller le plus loin possible dans ses fondations les plus solides, pour en envisager l’appropriation dans les deux sens : celui de l’adéquation à son milieu et celui de la prise de propriété par les dépositaires authentiques et les ayants droit. On en vient aux enjeux de l’endogénéité et de l’endogénéisation de l’émergence de l’Afrique et ses discours, la dominante exogène actuelle étant compromettante à plus d’un titre […]

4ème page de couverture

Ce livre est un projet pour l’avenir de l’Afrique. S’inscrivant dans la droite ligne des penseurs panafricanistes qui l’ont précédé dans la voie de l’unité africaine, l’auteur démontre qu’un autre avenir est possible à l’Afrique et qu’un autre monde est aussi possible à l’humanité tout entière : une voie plus sociale, plus juste et plus humaine.

Tout en cherchant à maîtriser les modèles de développement économique retenus par les pays développés, l’Afrique doit réfléchir à son propre modèle qui correspond à son histoire, à ses atouts, à ses attentes, à ses traditions et à ses cultures, pour ne pas reproduire servilement des modèles importés – même s’ils ont déjà fait leur preuve dans les pays où ils ont été initiés – parce qu’ils n’ont aucune emprise avec la réalité africaine. Si le modèle de l’État-nation occidental importé en Afrique a lamentablement échoué, il est à croire que le modèle de développement importé de l’étranger qui ne répond pas aux attentes des Africains échouera également. D’où la nécessité d’innover, de créer un modèle original et endogène.

L’Afrique ne saurait demeurer dans une imitation servile qui renforce sa dépendance envers les pays étrangers, elle doit parvenir à trouver sa propre voie en s’appuyant sur ses traditions et ses cultures qui ne doivent pas être vues comme un obstacle à son développement mais plutôt comme de véritables atouts qui l’enrichissent et la distinguent des autres.

Fweley Diangitukwa est Docteur en Sciences Économiques et sociales de l’Université de Genève. Professeur de Science Politique et de Sciences de Gestion. Il a enseigné au département de Science Politique de l’Université de Genève, à l’Université Omar Bongo à Libreville et à l’Université panafricaine (Yaoundé II-Soa). Il est l’auteur de plusieurs publications et de plusieurs articles scientifiques.

ISBN :978-2-9701040-2-5

 

Vient de paraître

Fweley Diangitukwa

 

L’AFRIQUE DOIT RENAÎTRE

Préface de Mbelu Babanya Kabudi

 

Editions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle

Nombre de pages : 268

Prix : 20 euros

Pour commander

Fweley Diangitukwa

1, avenue Rolliez

1800 Vevey/Suisse

Téléphone : 00 41 78 898 54 84

afriquenouvelle@bluewin.ch

« Les puissances coloniales ne se retirent jamais de leur plein gré de quelque territoire que ce soit, sur lequel elles exercent un contrôle politique. Avant de partir, elles font des efforts surhumains pour créer des schismes et des rivalités qu’elles espèrent exploiter ensuite ».

Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, éditions Présence Africaine 1994 [Payot, 1964], p. 78.

 

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ».

Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, Paris, éditions Maspero en 1961.

 

« Le manque de constitutionnalisme en Afrique a miné le processus d’intégration régionale de plusieurs façons. Autant l’habitude du partage du pouvoir a servi d’appui à l’intégration régionale en Europe en facilitant la transition à des modes de direction supranationaux, autant son absence a, en Afrique, miné le processus. La concentration du pouvoir dans les mains des seuls chefs d’État a particulièrement compliqué le partage du pouvoir étant donné la jalousie avec laquelle chaque dirigeant a voulu protéger la souveraineté de son propre territoire »

Omoniyi Adewoye, « Constitutionnalisme et l’intégration économique », in Réal Lavergne (dir.), Intégration et coopération régionales en Afrique de l’Ouest, Paris, éditions Karthala, 1996, p. 379.

 

Préface

 Avant sa mauvaise rencontre avec les Arabes et les Européens, l’Afrique fut grande, puissante et souveraine. Cette affirmation n’est pas une idéalisation d’un passé mythique dont se réclameraient quelques élites africaines confrontées à une Afrique impuissante dans un monde multipolaire. Non. Lire ce livre de Fweley Diangitukwa permet d’aller à la rencontre de plusieurs historiens, sociologues, hommes politiques, philosophes, politologues, Africains ou Occidentaux, pouvant aider à l’étayer. L’une des questions que pourrait poser cette affirmation est la suivante : « Comment cette grande, puissante et souveraine Afrique n’a-t-elle pas pu résister à la conquête, à l’esclavage, à la traite négrière et à la colonisation européenne ? » Cette question soulève une autre : « Quels sont les outils auxquels l’Europe conquérante a-t-elle pu recourir pour conquérir l’Afrique ? »

Prétendre que l’Afrique-mère n’a pas pu résister à la conquête coloniale européenne est une contre-vérité. Soutenir que l’Europe conquérante a eu recours aux armes de destruction massive, à la religion et à l’imposition de sa culture à l’Afrique pour détruire les Africains et leurs espaces de vie permet de comprendre l’avantage qu’elle conserve dans la gestion des rapports de force avec ce ‘‘continent-mère’’. Voler ses terres et ses matières naturelles fut l’une des préoccupations des conquérants. À ce sujet, Fweley Diangitukwa note : « Le développement de l’Afrique s’arrêta lorsque notre continent perdit son autonomie et son indépendance politique à cause des guerres d’occupation menées par les Arabes, via l’idéologie islamique, et par les Européens pour prendre possession des terres africaines par la colonisation. »

Sera-t-il possible que la gestion de ces rapports de force puisse tourner un jour à l’avantage de l’Afrique ? Ce continent peut-il, dans un avenir plus ou moins proche, construire un partenariat multilatéral avec lequel les grands ensembles tels les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe (c’est-à-dire l’Union européenne), les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et la République Sud-Africaine) peuvent compter ? Dans ce livre, L’Afrique doit renaître, Fweley Diangitukwa estime que répondre positivement à toutes ces questions est impératif pour les Africains.

En dialoguant avec les différents historiens d’hier et d’aujourd’hui, surtout avec Aimé Césaire, Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Joseph Ki-Zerbo, Théophile Obenga, etc., Fweley Diangitukwa nous partage une conviction. Pour lui, si l’Afrique veut recouvrer sa grandeur et sa souveraineté perdues, elle doit absolument s’unir. C’est-à-dire réaliser le rêve des Pères et Mères des indépendances africaines, des patriotes et panafricanistes. Comment peut-elle procéder pour réaliser cette unité ?

L’auteur de L’Afrique doit renaître propose des mécanismes d’intégration pluriels pouvant aider à réaliser rationnellement et sagement cette unité indispensable à la renaissance de l’Afrique. L’étude détaillée de ces mécanismes d’intégration constitue, à n’en point douter, l’un des apports importants du livre. Mais cette intégration ne peut réussir que si elle est conjuguée avec un effort permanent de réécriture de l’histoire africaine depuis l’Égypte antique jusqu’à ce jour. Pourquoi ? Parce qu’une bonne partie de l’histoire africaine écrite par l’Occident esclavagiste et colonialiste est, à quelques exceptions près, cyniquement falsifiée et négationniste. Elle est emprunte d’un ton moralisateur et culpabilisant pour les Africains […].

 

4ème page de couverture

 

L’Afrique est un continent extrêmement riche car elle a tout ce qu’il lui faut pour assurer son développement. Ce continent est un véritable scandale géologique parce qu’il contient toutes les formes de ressources connues. Rien ne lui manque : ni les minerais, ni la faune et la flore, ni les ressources humaines, ni les ressources financières qui sont continuellement placées dans les banques occidentales et dans les paradis fiscaux par les ennemis du continent, ni l’eau douce, ni les réserves énergétiques (hydraulique, éolienne et solaire).

Convoitée pendant longtemps, l’Afrique a été appauvrie pour empêcher, sinon retarder, son développement. La destruction de l’Afrique avait commencé avec Alexandre le Macédonien qui s’empara de la Bibliothèque d’Alexandrie, puis poursuivie sous l’empire romain avec Scipion Émilien qui décida, en 146 avant notre ère, de détruire Carthage. Avec la même hargne, la Libye fut détruite en 2011 par l’OTAN et la France pour mettre la main sur le pactole pétrolier de ce pays. Les époques changent mais les desseins, les moyens et les buts sont restés les mêmes : détruire l’Afrique pour la dominer.

Les matières premières de l’Afrique ne doivent plus faire le bonheur des autres nations au détriment des Africains eux-mêmes. Kwame Nkrumah l’a déjà dit :l’Afrique doit s’unir.Mais comment doit-elle procéder ? L’auteur apporte des éléments de réponse qui permettront à l’Afrique de renaître en ce siècle.

 

Fweley Diangitukwa est docteur en Sciences Économiques et Sociales de l’Université de Genève. Professeur de Science Politique et de Sciences de Gestion. Il a enseigné au département de Science Politique de l’Université de Genève, à l’Université Omar Bongo à Libreville au Gabon et à l’Université panafricaine à Yaoundé au Cameroun. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques.

 

ISBN : 978-2-9701040-1-8

Un Front commun de l’opposition pour sortir le pays de l’impasse actuelle

23 Déc

Un Front commun de l’opposition pour sortir le pays de l’impasse actuelle

Par Fweley Diangitukwa[1]

Politiste

L’heure de l’alternance a sonné. La RD Congo n’appartient pas uniquement à Monsieur Joseph Kabila qui est au pouvoir depuis 1997 et chef de l’Etat depuis 2001 ni à son camp et à ses alliés mais à TOUS les Congolais. D’où la nécessité de respecter le texte de la Constitution.

 Introduction

Dans l’exposé des motifs de la CONSTITUTION DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, il est écrit ce qui suit : « Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des Institutions et de leurs animateurs. Cette contestation a pris un relief particulier avec les guerres qui ont déchiré le pays de 1996 à 2003. En vue de mettre fin à cette crise chronique de légitimité et de donner au pays toutes les chances de se reconstruire, les délégués de la classe politique et de la Société civile, forces vives de la Nation, réunis en Dialogue intercongolais, ont convenu, dans l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une nouvelle Constitution démocratique sur base de laquelle le peuple congolais puisse choisir souverainement ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles. À l’effet de matérialiser la volonté politique ainsi exprimée par les participants au Dialogue intercongolais, le Sénat, issu de l’Accord Global et Inclusif précité, a déposé, conformément à l’article 104 de la Constitution de la transition, un avant-projet de la nouvelle Constitution à l’Assemblée nationale qui l’a adopté sous forme de projet de Constitution soumis au référendum populaire. La Constitution ainsi approuvée s’articule pour l’essentiel autour des idées forces ci-après :

 De l’Etat et de la souveraineté

Dans le but d’une part, de consolider l’unité nationale mise à mal par des guerres successives et, d’autre part, de créer des centres d’impulsion et de développement à la base, le constituant a structuré administrativement l’Etat congolais en 25 provinces plus la ville de Kinshasa dotées de la personnalité juridique et exerçant des compétences de proximité énumérées dans la présente Constitution. En sus de ces compétences, les provinces en exercent d’autres concurremment avec le pouvoir central et se partagent les recettes nationales avec ce dernier respectivement à raison de 40 et de 60 %. En cas de conflit de compétence entre le pouvoir central et les provinces, la Cour constitutionnelle est la seule autorité habilitée à les départager. Au demeurant, les provinces sont administrées par un Gouvernement provincial et une Assemblée provinciale. Elles comprennent, chacune, des entités territoriales décentralisées qui sont la ville, la commune, le secteur et la chefferie. Par ailleurs, la présente Constitution réaffirme le principe démocratique selon lequel tout pouvoir émane du peuple en tant que souverain primaire. Ce peuple s’exprime dans le pluralisme politique garanti par la Constitution qui érige, en infraction de haute trahison, l’institution d’un parti unique. En ce qui concerne la nationalité, le constituant maintient le principe de l’unicité et de l’exclusivité de la nationalité congolaise. »

  1. Un rapide état des lieux de la République depuis le 24 novembre 1965

Après la très courte période allant du 30 juin 1960 au 24 novembre 1965 traversée par l’instabilité politique, par la tentative de la sécession du Katanga et celle du Kasaï et par les guerres récurrentes, la RD Congo n’a jamais connu une longue période de paix et de stabilité politique. Cette longue instabilité politique a été à l’origine du coup d’Etat constitutionnel du colonel Mobutu en 1965. En s’emparant du pouvoir avec ses « compagnons de la révolution », il a supprimé les partis politiques et créé un parti unique dénommé « Mouvement populaire de la révolution » (MPR). Il a bloqué les institutions de la Première République qui fonctionnaient de façon plus ou moins démocratique. Le nouveau président rédigea une nouvelle Constitution qu’il se mit à réviser quand il voulait car il était le président-fondateur du MPR. Il organisait des élections dans lesquelles il était le seul candidat. Pendant la longue dictature du maréchal Mobutu, une partie du territoire était sous contrôle de Laurent-Désiré Kabila et de ses hommes. Le pays a connu des rébellions et des guerres, entre autres la guerre de Kolwezi, Shaba (Katanga actuel) I et II, la guerre de Moba en 1983.

Pour mettre fin à la dictature, treize parlementaires rédigèrent une Lettre incendiaire et formèrent un parti politique clandestin dénommé l’« Union pour la démocratie et le progrès social » (UDPS).

Avec la vague de la démocratisation au début des années 1990, le Zaïre a organisé une Conférence nationale « souveraine » (CNS) pour sortir de la tyrannie mais ce fut un échec à cause du refus par le régime de Mobutu de démocratiser le système.

Malgré les multiples formes de contestation contre la dictature et des protestations sous formes de ville morte, le maréchal Mobutu s’entêta et refusa de s’ouvrir à la démocratie. Le Zaïre évolua ainsi sous une dictature atroce jusqu’à la fuite de Mobutu de Kinshasa et l’entrée de l’« Alliance des forces démocratiques pour la libération » (AFDL).

De ces observations, il est permis de conclure que le Congo-Zaïre est dans une transition permanente et sans issue, Depuis son accession à l’indépendance, le Congo ne s’est jamais stabilisé.

  1. L’entrée de l’AFDL et le nouveau coup d’Etat constitutionnel

Contrairement à l’immense espoir suscité par l’arrivée de l’AFDL, ce mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et l’Ouganda se comporta comme le régime du maréchal Mobutu. Le nouveau président, Laurent-Désiré Kabila, supprima tous les partis politiques et dirigea le pays par décrets. Une nouvelle transition sans issue s’ouvrit. Mais très rapidement, les anciens protecteurs de l’AFDL se séparèrent de leur protégé et la RD Congo sombra dans une nouvelle guerre. Le pays fut scindé en trois zones d’influence : l’Est sous l’influence du RCD-Goma, le Nord sous l’influence du MLC et le Centre-Ouest sous l’influence du Gouvernement central. Pour gouverner le pays, le nouveau chef d’Etat s’appuya sur les Comités de pouvoir populaire inspirés du Livre vert de Mouammar Kadhafi. Les anciens protecteurs s’arrangèrent finalement pour assassiner Laurent-Désiré Kabila qui refusait de collaborer avec eux. Par un coup d’Etat du Palais, il fut remplacé par un jeune président, Joseph Kabila, âgé d’à peine 30 ans, sans expérience des affaires de l’Etat.

De nouveau, le pays évolua sans institutions démocratiques jusqu’à Sun City en Afrique du Sud qui donna lieu à un semblant d’ouverture politique. Le pouvoir fut partagé entre les anciens belligérants qui, ensemble, formèrent un Gouvernement d’union nationale. La libéralisation de l’espace politique donna naissance à la création des partis politiques fantaisistes. C’est sous ce nouveau climat d’anarchie que le pays organisa ses premières élections en 2006 qui furent sévèrement critiquées par le cardinal Etsou à cause des fraudes électorales organisées par l’abbé Malu Malu, président de la CENI, pour permettre la victoire du président Joseph Kabila au détriment de Jean-Pierre Bemba qui fut le favori de ces élections. L’échec dans l’organisation de ces élections ouvrit la porte à une nouvelle impasse politique. C’est dans cette anarchie qu’une nouvelle élection présidentielle fut organisée en 2011 par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, président de la CENI, pour permettre la victoire du président Joseph Kabila au détriment de Etienne Tshisekedi qui fut le favori de ces élections.

L’anarchie et la contestation du pouvoir ne se sont pas estompées. Pour tenter de calmer le peuple, le pouvoir convoqua les concertations nationales en 2013. Comme pour la Conférence nationale « souveraine » (CNS), ses résolutions n’ont pas été appliquées.

Pour sortir de l’anarchie, à une année de la nouvelle élection présidentielle prévue en décembre 2016, le régime actuel envisage d’organiser un dialogue national pour définir ensemble (pouvoir et opposition) les modalités de sortie de la crise. Mais plusieurs partis de l’opposition refusent d’y participer compte tenu de l’expérience acquise dans un passé récent et surtout à cause des résolutions des Concertations nationales qui n’ont été suivies d’aucun effet.

Depuis son accession à l’indépendance, le 30 juin 1960, jusqu’à ce jour, la RD Congo n’a jamais connu une passation de pouvoir pacifique et « civilisée » au cours de laquelle le chef d’Etat sortant passe le flambeau à son successeur. Depuis le coup d’Etat du 24 novembre 1965, le changement a toujours été violent et sans rencontre des acteurs et sans transmission des secrets et des documents officiels de l’Etat. Ceci explique en grande partie les difficultés que rencontre notre pays dans la pacification et le développement.

  1. Que faire maintenant pour stabiliser les institutions et garantir l’alternance ?

Ce qui précède montre clairement que la RD Congo a toujours été dirigée par des autocrates qui s’emparent du pouvoir par la force et qui gouvernent le pays par la terreur. Les opposants n’ont jamais réussi à accéder démocratiquement au pouvoir par des élections démocratiques. Les multiples clivages au sein de l’opposition et la forte hétérogénéité de la société civile constituent la cause principale de manque d’alternance au pouvoir dans notre pays depuis 1960. D’où la nécessité de constituer un front commun de l’opposition en présentant un candidat unique et consensuel à l’élection présidentielle (si le président sortant qui est à son deuxième et dernier mandat ne change pas la Constitution pour briguer un troisième en violant l’article 220 de la Constitution), afin d’avoir l’assurance de gagner et de garantir ainsi l’alternance pour la première fois dans l’histoire de la RD Congo. Plusieurs points communs obligent les opposants de se mettre ensemble, entre autres :

  • ils partagent les mêmes injustices : exclusion des postes politiques, assassinat et emprisonnement de leurs membres ;

  • ils ont les mêmes intérêts à défendre : les valeurs démocratiques bafouées par la mouvance présidentielle et alliés ;

  • ils ont le même adversaire politique : le régime actuel.

Une seule condition reste à remplir : s’organiser en se mettant ensemble afin d’avoir une grande capacité de mobilisation populaire susceptible de prendre une longueur d’avance sur l’adversaire. L’opposition a l’avantage de partager avec la société civile et le peuple la même aversion de ce régime qui assassine, tue et emprisonne les opposants, qui ne punit pas les criminels et qui pille les ressources naturelles et financières du pays. Que faut-il faire maintenant pour gagner d’abord les élections et stabiliser les institutions afin d’assurer la paix et l’intégrité territoriale ?

Il convient de constater qu’aucun parti politique organisé ne s’est encore clairement investi dans la logique des élections en vue de les gagner avec le soutien du peuple. Le PPRD et alliés sont dans la logique de torpiller les élections au vu de toutes les stratégies mises en place depuis la publication du livre du professeur Boshab, actuel vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur. Ce parti et ses alliés réclament l’organisation d’un dialogue inclusif pour trouver les arguments de se maintenir, soit en prolongeant le mandat du locataire actuel, soit en lui obtenant un troisième mandat, sinon un mandat illimité par la révision de la Constitution. Le débat sur la nécessité du dialogue est dans une impasse. Non seulement il est nécessaire de rappeler que les résolutions des concertations nationales n’ont pas été appliquées, mais il faut dire, en plus, qu’on n’a jamais vu un parti politique accéder au pouvoir à l’issue d’un dialogue. Enfin, les objectifs du dialogue ne sont pas clairement définis pour les uns et les autres.

Pour sortir de l’impasse et du blocage actuel, nous proposons un plan B, le plan A étant celui de voir chaque parti s’engager dans la campagne électorale. La logique du plan A aboutira sans conteste à l’organisation des fraudes électorales par le régime au pouvoir qui s’appuiera sur la CENI, comme il l’a fait en 2006 et en 2011. Il faut donc s’impliquer dans une solution qui donnera clairement la victoire à un camp et privera à l’autre toute possibilité de contester les résultats de l’élection présidentielle. Ce plan B se trouve dans la nécessité de voir tous les partis de l’opposition, au sens large du terme, c’est-à-dire y compris les résistants, se concerter en vue d’adopter les grands axes de la lutte politique, unir toutes leurs forces et leur intelligence dans une plate-forme. Cette perspective permet de transcender les clivages et de dégager un compromis politique global indispensable à la dépersonnalisation de l’action partisane, à l’émergence d’un leadership consensuel ou collectif, condition sine qua non pour présenter un candidat unique face à la mouvance présidentielle qui bloque la transition vers la démocratie et le développement du pays. Sans renforcer l’unité de l’opposition dans sa diversité en s’associant avec la société civile dans sa globalité, il sera difficile, voire impossible, de gagner, car le pouvoir en place va diviser la dynamique en soudoyant des acteurs et des partis de l’opposition. En revanche, il sera difficile au parti au pouvoir de corrompre quelques partis de l’opposition s’ils sont unis et ont la certitude de gagner ensemble.

Nous proposons l’organisation et l’implication de tous les partis de l’opposition et la société civile pour sortir la République de l’impasse actuelle, stabiliser les institutions et ainsi rétablir la paix sur tout le territoire de la République.

 4. Comment procéder ? Les étapes à suivre:

  • Contribuer à la visibilité et à la lisibilité de l’action à mener pour la conquête du pouvoir par un regroupement des partis de l’opposition. Donner au peuple et à la communauté internationale qui intervient dans le dossier congolais l’image d’un dépassement des clivages en constituant une véritable coalition politique et une alternative experte, compétente, crédible et prête à diriger le pays sans faille et dans l’unité.

  • Lever rapidement l’option de présenter un seul candidat de l’opposition à l’élection présidentielle de décembre 2016. Définir en commun les critères à remplir pour être retenu comme candidat commun de l’opposition.

  • Eviter toute improvisation grâce à un travail préalable de conception laborieuse mené par une équipe des spécialistes, au pays et à l’étranger. Mettre en place un système d’auto-évaluation interne pour minimiser les erreurs éventuelles.

  • Recenser tous les partis importants de l’opposition qui ne partagent pas le pouvoir avec le régime actuel et les solliciter à signer une Charte commune de transition (voir projet en annexe) sous une forme d’Alliance pour le Changement.

  • Demander à chaque parti politique recensé d’organiser une primaire (suivant le modèle des partis politiques américains) pour l’obtention par chaque candidat de l’investiture officielle de son parti à l’élection présidentielle. Une primaire est à organiser par chaque parti politique de l’opposition qui tient le registre de ses adhérents. Ces primaires seront ouvertes dans ce sens que tous les membres qui le souhaitent y participent. Cette primaire ressemblera au caucus dans la mesure où le candidat de parti à l’élection présidentielle sera désigné par les membres de son parti. La primaire ou caucus organisée par chaque parti permettra de désigner d’abord le candidat et ensuite des délégués au Congrès de l’opposition dont la responsabilité sera de désigner le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle à partir des candidats présentés par les partis politiques de l’opposition. Après le premier choix fait par chaque parti, chaque candidat de parti mènera sa campagne pendant une période de deux à trois mois en vue d’être le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle ;

  • Définir en commun les modalités de choix des membres de partis qui deviendront des grands électeurs et qui participeront au Congrès pour choisir le candidat et le vice-président de l’opposition à l’élection présidentielle (ces grands électeurs peuvent éventuellement être choisis au suffrage universel direct sur une liste bloquée par les membres du parti pour éviter le clientélisme en cas de choix par les dirigeants du parti) ; les grands électeurs se réuniront au siège de leur parti pour déclarer le choix du candidat de leur parti. Les bulletins de vote seront contrôlés par les membres du parti.

  • Pour obtenir l’investiture des grands partis, il faut être choisi par les grands électeurs de tous les partis. En d’autres termes, il est indispensable de passer par les primaires pour être investi par la plate-forme de l’opposition. L’élection primaire est une procédure de sélection des candidats internes aux partis.

  • Organiser un Congrès au cours duquel les grands électeurs de tous les partis choisiront le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle ; celui ou celle qui a le plus grand nombre de voix est retenu(e) pour représenter les couleurs de l’opposition à l’élection présidentielle, le second en nombre de voix, venant d’un parti autre que celui du premier, deviendra le formateur du Gouvernement. Ensemble, ils formeront le ticket de l’opposition. Les bulletins de vote seront dépouillés par les grands électeurs de tous les partis réunis au Congrès. Les deux premiers élus mèneront la campagne ensemble pour donner plus de chance à l’opposition de convaincre les électeurs et le peuple congolais. Il suffit d’une majorité simple pour devenir le candidat de l’opposition. En cas de blocage, il faudra refaire l’élection jusqu’à ce que les partis dégagent une majorité. L’élection du candidat à l’élection présidentielle se fera à la majorité simple du suffrage exprimé. Comme le scrutin de l’élection présidentielle au niveau national se fera à un seul tour, l’opposition doit impérativement trouver un consensus autour d’un candidat unique pour éviter la dispersion des voix favorables à l’alternance.

  • Le candidat de l’opposition signera une Charte contraignante avec tous les partis de l’opposition dans laquelle il acceptera de gouverner au nom de tous les partis politiques de l’opposition et au nom du peuple congolais en accord avec les partis politiques qui le porteront à l’élection présidentielle en qualité de candidat de l’opposition. Il s’engagera à respecter les engagements pris avec ses partenaires, avec la société civile et avec le peuple congolais via les partis politiques.

  • Il précisera que la répartition des ministères (et la représentation dans les différentes institutions et entreprises publiques) sera faite au prorata du poids en pourcentage affiché par chaque parti politique au Congrès afin d’éviter tout conflit après l’accession au pouvoir mais aussi afin d’éviter le risque de voir un seul parti politique s’emparer de tous les postes politiques et stratégiques, comme le CONAKAT de Moïse Tshombe l’avait fait en 1965, comme le MPR Mobutu et l’AFDL l’ont fait et le PPRD des Kabila le fait encore aujourd’hui. Les partis de l’opposition doivent comprendre qu’ils seront tous gagnants en se mettant ensemble dans une seule plate-forme, tant sont nombreux les postes à pourvoir.

  • Définir clairement un leadership consensuel et le mode de gouvernance collégiale devant régir le fonctionnement des institutions ;

  • Le candidat de l’opposition retenu mènera un voyage à l’étranger dans les pays traditionnellement partenaires de la RD Congo pour les rassurer ; il sera accompagné de son vice-président.

  • Le candidat de l’opposition et son vice-président mèneront une campagne électorale à travers le pays au nom de l’opposition dans son ensemble et du peuple congolais. Ils expliqueront aux électeurs en faveur de quel camp ils voteront et pour quelle raison.

La stratégie de voir l’opposition dans toute sa diversité se mettre ensemble pour gouverner la République a plusieurs avantages, entre autres :

  • créer une structure fonctionnelle susceptible de représenter valablement la diversité politique de tous ceux qui s’inscrivent dans la logique du changement. Cette structure aura les caractéristiques d’une cellule stratégique ou d’un centre d’analyse stratégique et fonctionnera sous forme d’un brain-trust. Ses objectifs seront de trois ordres : a) la veille par la collection des données ou des informations présentant un caractère stratégique ; b) l’expertise, c’est-à-dire l’élaboration pluridisciplinaire de connaissances produites par des spécialistes venues de toutes les provinces du pays et de l’étranger ; c) l’aide à la décision pour la plate-forme de l’opposition par la production d’avis et des rapports. Cette cellule agira comme un think tank. Muni d’un cahier de charges bien définies, cette cellule devra concevoir rapidement les grands axes politiques et stratégiques. En accord avec les partis, elle se chargera également de l’élaboration du programme gouvernemental.

  • s’organiser au sein d’une structure organisationnelle stable. C’est ensemble qu’il faudra mener une campagne de mobilisation populaire jusqu’à la victoire finale, en invitant constamment la population de prendre conscience des enjeux et de l’indispensabilité de gagner pour assurer la première transition pacifique dans le pays.

  • se battre ensemble sur tous les fronts (élections législatives et provinciales pour se constituer une majorité au Parlement national et éviter ainsi une cohabitation qui amoindrirait les actions du nouveau pouvoir[2] – nous reviendrons sur les élections actuelles des Gouverneurs de provinces dans lesquelles le PPRD et alliés ont placé partout leurs cadres en vue de préparer les fraudes à venir – et dans les Parlements régionaux ainsi que pour les élections sénatoriales et l’élection présidentielle) ;

  • éviter qu’un seul parti s’empare de tous les pouvoirs et place les siens à la tête de toutes les institutions dans un pays qui est le tiers des Etats-Unis et environ 4,8 la grandeur de la France ;

  • avoir l’assurance de gagner l’élection présidentielle en formant un front commun de l’opposition ;

  • s’assurer une majorité parlementaire ;

  • gouverner la République dans la paix et la transparence, au nom du peuple et pour ses intérêts, contrairement au régime actuel qui place uniquement les membres de la majorité (PPRD) et ses alliés à tous les postes (Gouvernement, Gouvernorat des provinces, entreprises publiques) ;

  • stabiliser les institutions ; etc.

Le choix d’un candidat unique et consensuel de l’opposition donnera un poids important à l’opposition au moment du vote. Le candidat, élu en tant que représentant des partis de l’opposition et de la société civile, qui est ensuite élu au suffrage universel direct par le peuple conforte une double majorité (popularité des partis de sa mouvance partisane élargie et du peuple). Il dirigera le pays sur la base de cette double majorité et ne sera pas contesté.

L’Union fait la force, dit-on. Il est nécessaire de mettre ensemble toutes nos forces, notre intelligence et nos moyens financiers, car c’est l’unique voie de mettre fin avec assurance à la sempiternelle tyrannie qui terrasse la République depuis le 24 novembre 1965, renforcée depuis 1997 et 2001 par la mouvance actuelle. Ce nouveau mode d’élection du candidat de l’opposition évitera une guerre destructive entre candidats, des dépenses financières inutiles ; il évitera également qu’un candidat minoritaire, incompétent et peu populaire remporte l’adhésion des partis et du peuple. Toutes ces étapes ressembleront aux primaires que mènent les partis politiques américains avant l’élection présidentielle. Le but de cette stratégie est non seulement d’avoir une longueur d’avance mais surtout d’éviter les contestations après les élections car le choix du peuple sera clairement établi avant l’élection elle-même.

[1] Fweley Diangitukwa, docteur en Sciences Économiques et Sociales de l’Université de Genève, mention Science Politique, a enseigné au département de Science Politique de l’Université de Genève, à Schiller International University à Leysin (Suisse), à l’Université Omar Bongo à Libreville au Gabon et à l’Université panafricaine à Yaoundé au Cameroun. Il a été professeur de Science Politique et ancien Directeur de l’École doctorale de Swiss UMEF University à Genève. Il est l’auteur de plusieurs publications et de plusieurs articles scientifiques.

[2] Si le PPRD et alliés deviennent majoritaires au Parlement après 2016, c’est la logique de la cohabitation qui s’imposera, c’est-à-dire que le parti majoritaire nommera le Premier ministre qui formera le Gouvernement. D’où l’impérieuse nécessité pour l’opposition de s’impliquer sérieusement dans les élections législatives au niveau national et provincial car, à ce niveau, ce sont les députés provinciaux qui élisent le Gouverneur. D’où la nécessité d’avoir une majorité dans chaque Parlement pour avoir la certitude d’avoir des Gouverneurs de l’opposition dans plusieurs provinces si pas dans toutes les provinces. En allant en ordre dispersé aux élections provinciales et législatives, l’opposition aura très peu de chance de les remporter. Or, c’est la condition pour former le Gouvernement et avoir des Gouverneurs de son obédience.

Scrutin direct ou scrutin indirect pour la prochaine élection présidentielle en RD Congo ?

7 Déc

Scrutin direct ou indirect pour la prochaine élection présidentielle en RD Congo ?

La question relative aux modes de scrutin, direct ou indirect, est éminemment juridique et elle mérite d’être traitée par des constitutionnalistes (juristes et politologues). Or, en RD Congo, ce sont des journalistes et des laudateurs du régime qui viennent avec cette question au-devant de la scène. Au lieu d’être juridique et politique, leur approche est plutôt de l’ordre de la propagande pour leur candidat.

Dans le but de fixer l’opinion publique, je partage avec les lecteurs Internautes les points de vue de quelques éminents Constitutionnalistes que j’ai consultés sur cette question brûlante. Il est écrit dans le livre de Guillaume BERNARD, paru aux éditions Studyrama et intitulé : Droit constitutionnel et institutions politiques, au chapitre IV intitulé « Les principaux régimes étrangers occidentaux », à la page 248 :

« Des légitimités politiques en fonction de la forme de l’Etat.

  1. Un scrutin direct pour un Etat unitaire

  2. Un scrutin indirect pour un Etat fédéral. »

En général, le scrutin direct est lié au fonctionnement d’un Etat unitaire car le chef de l’Etat doit être élu au suffrage universel direct par l’ensemble du peuple pour créer sa majorité et obtenir la popularité que le suffrage universel direct lui confère. Le scrutin indirect est lié à la forme d’un Etat fédéral dans lequel il y a un Gouverneur à la tête de chaque Etat fédéré. Les grands électeurs des partis politiques dans chaque Etat élisent le chef d’Etat au scrutin indirect. Celui-ci représente les Etats fédérés dans la politique étrangère de son pays. Ce détail est capital car il détermine le reste de la réflexion sur les modes de scrutin et sur leur déroulement. En effet, il y a plus d’inconvénients dans le scrutin indirect que d’avantages pour l’élection d’un chef d’Etat.

Mais qu’est-ce qu’un scrutin direct ou indirect ? Réponse de Philippe Ardant dans Institutions politiques & Droit constitutionnel, 5e édition, éditions L.G.D.J, page 209 : « Dans le scrutin direct, l’élu est directement désigné par les électeurs sans intermédiaire. Dans le scrutin indirect, l’élu est désigné par des électeurs qui ont été eux-mêmes élus pour procéder à son élection. Ce n’est pas le corps électoral dans son ensemble qui choisit son représentant : un collège électoral restreint – qui peut avoir d’autres attributions – issu d’un premier scrutin choisit à son tour l’élu. On dit aussi que l’élection est à deux, ou à plusieurs degrés (un premier collège électoral en effet, peut en désigner un deuxième, qui lui-même en élira un troisième, qui à son tour… etc.). »

Dans les démocraties modernes, le scrutin indirect est très peu utilisé. Ce mode était « largement utilisé autrefois à une époque où les communications étaient difficiles. L’électeur de base déléguait ainsi son droit de suffrage à quelqu’un qu’il connaissait bien, qui était près de lui » (ibid.).

Quelle est la conséquence sur le choix du mode de scrutin ?

« Selon que l’on adopte un mode de scrutin direct ou indirect, on modifiera l’image de la nation donnée par ses représentants. Le suffrage indirect favorise généralement les candidats modérés, les notables. Le filtrage qu’il opère a pour but de dégager une élite à la fois plus capable et plus pondérée. En même temps, le scrutin indirect ne confère pas autant d’autorité. L’origine du pouvoir est plus lointaine. C’est l’une des faiblesses du Sénat et cela explique que le général de Gaulle ait souhaité en 1962 tenir ses pouvoirs directement du peuple » (ibid.).

Le scrutin indirect favorise les notables qui, par des filtrages, arrivent à retenir l’élite modérée. Il s’écarte donc de l’origine du pouvoir du fait de la présence d’un intermédiaire entre l’électeur et son élu. Ce mode a été utilisé dans certains régimes marxistes (Chine, Cuba jusqu’en 1992) pour désigner des délégués aux assemblées à l’échelon national. Dans l’Occident du XIXe siècle, le recours à l’élection du chef d’Etat au scrutin indirect se justifiait pour certaines raisons, entre autres : la faible formation civique des masses, la volonté de favoriser les notables sûrs.

De nos jours, le scrutin indirect a presque disparu dans le monde et ne subsiste que dans quelques très vieilles démocraties, comme les Etats-Unis d’Amérique pour l’élection du président des Etats confédérés, la Suisse pour l’élection des sept conseillers fédéraux. En France, ce mode a été définitivement abandonné et ne subsiste plus que pour la désignation des sénateurs qui sont choisis par les représentants élus des collectivités locales. C’est ainsi qu’en 1962 le Général de Gaulle a voulu donner au Chef de l’Etat, qui est la clé de voûte du nouveau régime, une plus « grande » légitimité en étant élu « directement » par « tous » les Français et sur « tout » le territoire national. Le pays entier devenait ainsi sa circonscription électorale dans le but de donner une assise populaire plus large que celle de tout autre élu pris individuellement. Tout le monde sait que le Constituant congolais – sinon le Constituant africain en général – s’en est inspiré parce que le régime politique congolais (sinon africain) est presque la copie de la Ve République française. Le passage au scrutin direct fut pour les Français une « modernisation » de la vie politique de leur pays.

En résumé, non seulement le pays doit être une très vieille démocratie mais en plus il doit avoir la forme de l’Etat fédéral pour pratiquer aisément le scrutin indirect (la démocratie helvétique date du XIIIe siècle et sa Constitution date de 1845 tandis que la démocratie américaine date de 1787 et l’année 1824 est généralement considérée comme le début de l’élection présidentielle moderne). En d’autres termes, le scrutin indirect est favorable dans les démocraties fédérales. Ce sont les Pères fondateurs (les Etats aux Etats-Unis) qui se gardent de faire du président l’élu du peuple. Ils créent un collège électoral chargé d’élire un président. Avec le scrutin indirect, les candidats à l’élection présidentielle ont, généralement, d’abord été des gouverneurs dans un Etat. Contrairement à ce que pensent les laudateurs du régime congolais qui prônent maintenant le recours au scrutin indirect, ce mode est non seulement très complexe mais aussi coûteux. Il faut naître dans le pays, être citoyen de ce pays et avoir été résident. Les Etats-Unis exigent quatorze ans de résidence sur le sol américain. Le scrutin indirect est surtout favorable dans le système bipartite qu’il préserve ainsi et défavorable dans le système multipartite car le scrutin indirect discrimine les petits partis.

Alors mes questions suivantes :

  1. Pour quelle raison la question du mode de scrutin n’est-elle pas posée par les députés qui ont en charge le pouvoir législatif ? Pourquoi ce sont quelques « troubadours » du pouvoir exécutif et des journalistes directement chargés de la propagande du chef de l’Etat qui la posent ?

  2. Quels sont les Etats unitaires, dans les vieilles démocraties, qui pratiquent le scrutin indirect pour l’élection du chef de l’Etat ?

  3. La RD Congo est-elle devenue un Etat fédéral dans la tête des membres de la majorité (PPRD et alliés) ?

  4. Sommes-nous en RD Congo dans un régime parlementaire classique, comme en Italie (ce pays possède maintenant un statut quasi-fédéral), l’Allemagne (Etat fédéral), Israël, etc. qui pratiquent l’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel indirect ?

  5. Ceux qui proposent le mode de scrutin indirect pensent-ils que les Congolais en général ont une faible formation civique ? Si cela est vrai, à qui la faute ? Qui donc n’a pas rempli correctement son travail de formation des masses en matière d’éducation civique [allusion à la crise entre le président Joseph Kasa-Vubu (élu au suffrage indirect) et Patrice Lumumba (premier ministre et député élu au suffrage universel direct)] ?

  6. Un chef d’Etat élu au scrutin indirect par l’Assemblée nationale et le Sénat réunis, composé d’un corps électoral d’environ 608 parlementaires, sans culture démocratique, habitués à la corruption, à l’immoralité et à la cupidité, qui ont déjà révisé la Constitution à plusieurs reprises en faveur de M. Joseph Kabila, serait-il crédible ?

  7. Quel est le but poursuivi par ceux qui proposent le scrutin indirect en fin mandat du régime actuel ? Pour quelle raison ont-il pris la vilaine habitude, depuis 2006, de réviser la Constitution à la veille de l’élection présidentielle [voit infra] ?

La discussion sur les modes de scrutin (direct et indirect) est inutile et superflue ?

Cette discussion sur le mode de scrutin pour l’élection présidentielle a été ouverte en RD Congo, avant l’allocution du chef de l’Etat lui-même, par la déclaration intempestive et irresponsable de l’actuel ministre congolais des relations avec le Parlement et président de l’association « Kabila Désir » ou « Kabila, totondi nano te », M. Tryphon Kin Key Mulumba, dans l’Hebdomadaire Jeune Afrique.

Dans le numéro 2846 de Jeune Afrique du 26 juillet 2015, il y est repris à la page 34, et bien mise en exergue en caractère gras, la tapageuse déclaration de Kin Key Mulumba : «Je plaide pour l’instauration du scrutin indirect pour l’élection du président de la République. Ce mode de scrutin aura le mérite de réduire sensiblement la contestation à l’issue de la publication des résultats des élections » ou encore « l’actuel président de la République devrait se représenter à la prochaine élection car il possède des qualités exceptionnelles – qu’aucun autre Congolais, ni dans sa famille politique ni dans l’opposition ni dans la société civile, n’en est pourvu – dont le pays ne peut se priver, et que celui-ci sombrerait, se ‘somaliserait’ à l’hypothèse de son départ. »

Selon M. Kin Key Mulumba, rien ne se fera, aujourd’hui comme demain, sans Joseph Kabila, « tout se fera par lui et rien ne sera sans lui ni contre lui ». Selon M. Kin Key Mulumba, celui qui le protège et le nourrit doit rester au pouvoir malgré l’interdit constitutionnel qui l’exclut de la prochaine compétition électorale pour la présidence de la République. En tout cas, aucun Congolais patriote et soucieux de l’avenir de notre pays ne saurait se taire devant de telles inepties. Aucun dirigeant au monde n’est irremplaçable. Tout chef Etat est remplacé s’il meurt dans un accident ou d’un arrêt cardiaque.

Selon Béchir Ben Yahmed, éditorialiste et fondateur de Jeune Afrique, la véritable raison des habituelles chicaneries électorales en Afrique se trouve dans ce qu’il a dit dans son « Ce que je crois » du 16 avril 2010 : « Ce qui empoisonne les élections africaines et les ternit au point de leur ôter leur signification est, en vérité, la volonté des candidats qui sont déjà au pouvoir de s’assurer, à tout prix, un résultat favorable. Ils estiment nécessaire d’écarter le risque de perdre ce pouvoir et s’autorisent à tout faire – y compris à fausser le vote et son résultat – pour éloigner ce risque, car, à leurs yeux, la défaite est la catastrophe suprême et l’alternance une option inconcevable ». Le président Omar Bongo disait de son vivant : « En Afrique, un chef d’Etat n’organise pas les élections pour les perdre ». Comme l’a déjà dit le Compatriote Wina Lokondo : « le problème n’est donc pas le mode de scrutin à suffrage universel direct, mais la mauvaise volonté de ceux qui détiennent le pouvoir, leur obsession de garder – le plus longtemps possible – les privilèges que leur procurent leurs fonctions ».

Après avoir réduit l’âge du candidat chef d’Etat, passant de 40 ans à 30 ans parce que M. Kabila n’avait que 30 ans à l’époque, le peuple congolais avait été privé du débat contradictoire du 2ème tour des élections de 2006. En 2011, le second tour de l’élection présidentielle a tout simplement été supprimé. Que vous-veulent-ils trafiquer maintenant ?

Monsieur Tryphon Kin Key Mulumba, minister des relations avec le Parlement

À cause de votre légèreté, de votre manque de rigueur, de votre complaisance et de votre degré avancé de flatterie pour vous maintenir au pouvoir, vous faites la honte de tous les Congolais qui portent le titre de docteur en science politique car ceux qui vous écoutent et vous lisent pensent que tous les docteurs en science politique vous ressemblent et raisonnent comme vous. Mais regardez les personnes qui ont un doctorat en science politique ou en sciences politiques (ancienne formule), lisez leurs publications et leurs déclarations et admettez qu’ils ne sont jamais tombés aussi bas que vous, admettez aussi en silence et en privé devant le miroir que vous êtes une exception dans le domaine de la flatterie de bas étage. Honte à vous ! Comme l’a déjà dit le compatriote Wina Lokondo, « ils (les docteurs en science politique) ne se fourvoient pas comme vous dans des contradictions intellectuelles, dans la basse flatterie, dans un panégyrique sans consistance, à la « djalelo » d’une époque révolue ». Et il a ajouté à votre endroit : « En tant que professeur, vous devez, pendant des années, avoir certainement répété à vos étudiants – je l’espère – qu’un Etat de droit est celui où la Constitution et toutes les règles inférieures s’imposent au respect de tous et, surtout, de ceux qui détiennent le pouvoir. Mais quelle explication leur donnez-vous aujourd’hui quand vous déclarez que Kabila doit demeurer au pouvoir au-delà de 2016, et ce malgré l’interdiction lui faite par la Constitution ? Réalisez-vous l’image négative que vous donnez – auprès de notre jeunesse – de votre personne en particulier et, de façon générale, de la politique et de tous ses acteurs ? Vous entrez sinistrement, monsieur le Ministre, dans l’histoire de notre pays en étant cité parmi les fossoyeurs de notre démocratie. En êtes-vous conscient ? ».

Je refuse de vous ressembler car notre discipline qui est très rigoureuse insiste beaucoup sur la méthodologie et sur la rationalité que vous avez décidé d’oublier afin de vous vendre au plus offrant.

En tout cas, sous d’autres cieux, un docteur en science politique qui tomberait à un niveau si bas de flatterie aurait été tellement critiqué et que, couvert de honte, il démissionnerait et refuserait de se présenter devant un auditoire. Mais en RD Congo, la honte n’existe pas. Les compétents et incompétents ont droit à la parole sur tous les sujets, même les plus techniques et les plus ardus. Lorsque les incompétents n’ont pas de réponse, ils spéculent sans s’appuyer sur des références pour faire la démonstration de leurs arguments. Les troubadours sont devenus une référence. Il est temps de mettre de l’ordre dans la maison commune.

Conclusion

J’espère qu’avec ces éléments documentés sur les modes de scrutin (direct ou indirect), le débat est définitivement clos car j’ai fait la démonstration suivante : le scrutin indirect pour l’élection présidentielle a été définitivement abandonné dans les vieilles démocraties à cause de nombreux inconvénients qu’il renferme, entre autres, l’impopularité du chef de l’Etat que cette forme de scrutin entraîne parce que celui-ci n’est pas élu au suffrage universelle direct. Le scrutin indirect ne subsiste que dans quelques démocraties fédérales. Or, la RD Congo n’est ni une démocratie ni un Etat fédéral, même la décentralisation est encore un mythe dans notre pays. Pourquoi donc changer le mode de scrutin lorsque nous sommes incapables de résoudre les problèmes présents et urgents, comme l’insalubrité dans la ville de Kinshasa, le chômage, la criminalité, etc. ?

Que celui qui voudrait relancer ce débat sur la nécessité d’un scrutin indirect vienne avec des arguments solides et documentés. Le folklore et la spéculation ne permettent pas à notre pays d’avancer.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Références :

  • Bernard Chantebout, Droit constitutionnel et science politique, Paris, neuvième édition, Armand Collection – collection U, 1989.
  • Guillaume BERNARD, Droit constitutionnel et institutions politiques, éditions Studyrama, 2009.
  • Philippe Ardant dans Institutions politiques & Droit constitutionnel, 5e édition, éditions L.G.D.J, 1993.
  • Marie-France Toinet, La présidence américaine, Montchrestien, 1991.