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Les propos de Riccardo Petrella sur les guerres occidentales dans les pays pauvres

13 Déc

L’Italien Riccardo Petrella, professeur à l’Université de Louvain, a déclaré ce qui suit pour expliquer les guerres occidentales dans les pays pauvres :

« Nous (Occidentaux), on est riches parce que nous sommes en train d’appauvrir l’Afrique de nouveau, l’Amérique latine et l’Asie. Nous sommes, nous, responsables de ces millions de morts […] Les Guerres qu’on est en train de faire, c’est quoi ? Ce n’est pas parce qu’ils nous ont attaqués ? Qui ? Quand Sarkozy a bombardé la Libye, aucun Libyen n’avait attaqué la France. Quand les Américains ont bombardé Bagdad ou l’Irak, parce que c’était l’ennemi du mal. Et tous ces millions qui sont morts et tous ces millions de réfugiés syriens, irakiens, etc. ! Est-ce que ce sont eux qui l’ont voulu ? Et nous (Européens), on a le courage de dire : « je veux t’aider pour rester chez toi » alors qu’on leur a créé des conditions pour qu’ils fuient (leur pays) et nous on va dire : je donne six milliards à la Turquie, deux milliards aux Libyens pour pouvoir retenir les gens qui viennent d’Afrique où on est en train d’alimenter les guerres. Mais il faut arrêter de raconter des balivernes ici. Il faut arrêter. Et nous sommes en train de créer la guerre […] La guerre ne se fait plus parce qu’on tue l’ennemi. La guerre est devenue, grâce à la technologisation – elle l’était aussi avant – elle est devenue l’activité économique la plus rentable après l’industrie pharmaceutique et l’industrie informatique. On fait la guerre parce que c’est rentable. Et si nous ne changeons pas nos dirigeants […] on fera la guerre […] D’ici quelques années, si vous éliminez la guerre, le PIB mondial chutera, d’après le système dominant. Il ne chutera pas si on est dans un autre système. Au contraire, la disparition de la guerre sera une source de richesse. C’est pour cela que les dominants, à l’heure actuelle, ne veulent pas réduire les armements et les occasions de guerre parce que […] imaginer la France sans la guerre, que serait l’économie de ce pays, imaginer les États-Unis sans la guerre, ce serait un pays pauvre. Donc, aujourd’hui, on est dans une phase où l’on fait la guerre, parce que c’est rentable et vous n’aurait aucun dirigeant actuel du monde qui arrêtera la guerre parce qu’il sera crucifié, parce qu’il sera lapidé du fait qu’il va contre la logique [générale]. La guerre fait augmenter le PIB mondial, la guerre permet la croissance économique (des pays riches). Et on suppose que si on fait la guerre (aux pays pauvres), on augmente la création d’emplois chez nous (en Occident) »[1].

Toutes les guerres que les grandes puissances mènent contre les pays d’Asie et d’Afrique répondent à la même logique d’enrichissement économique rapide et illicite. Là où les pays occidentaux ne peuvent pas eux-mêmes mener directement la guerre pour ne pas perdre leurs propres soldats, ils passent par leurs affidés, comme dans le cas du Congo-Kinshasa où la mission de piller les ressources naturelles a été confiée aux mercenaires rwandais Paul Kagame et ougandais Museveni. Le monde entier sait que les Africains des Grands Lacs entre-tuent à l’Est de la RDC pour défendre les intérêts des grandes puissances et des firmes multinationales impliquées dans le pillage de ce pays mais rien n’est fait pour arrêter cette sale guerre. Même  les Nations unies défendent les intérêts des Occidentaux contre ceux des Congolais. D’une année à l’autre, les atrocités et le nombre de victimes augmentent. Depuis décembre 2016, la RDC est dirigé par un chef d’Etat sans légalité et sans légitimité parce que celui-ci est arrivé à la fin de son mandat, Malgré cela, toutes les Organisations internationales ferment les yeux pour ne pas déplaire aux puissances occidentales qui pillent la RDC.

[1] L’intégralité de cette interview se trouve sur le site « pour écrire la liberté » : https://www.pour.press/trois-questions-a-riccardo-petrella/

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Les Nations unies sont incapables d’assurer la paix du monde

10 Déc

Les Nations unies sont incapables d’assurer la paix du monde

par Fweley Diangitukwa (extrait d’un livre à paraître en 2018)

Les Américains et les Britanniques ne doivent pas être fiers de ce qu’ils ont fait en Irak même s’ils ont réussi à tuer Saddam Hussein par pendaison publique, de la même façon, les Français ne doivent pas être fiers de ce qu’ils ont fait en Côte d’Ivoire même s’ils ont réussi à envoyer Laurent Gbagbo à la CPI et de ce qu’ils ont fait en Libye même s’ils ont réussi à humilier et à tuer Kadhafi. La guerre n’a jamais été une solution. Elle ne l’est pas et elle ne le sera jamais.

Quelle est donc la bonne solution pour sortir le monde de la guerre perpétuelle ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord se demander : quel a été le rôle de l’ONU dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie ? Au Kosovo, la transformation de la province en protectorat de l’ONU, dépendant du financement international, constitue-t-elle vraiment un modèle de règlement pour les tensions interethniques qui peut être transféré ailleurs ?

Tzvetan Todorov écrit : « De nombreux Afghans hier, Irakiens aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ont souhaité une intervention étrangère pour chasser les détenteurs détestés du pouvoir. Mais étaient-ils prêts à assumer toutes les conséquences de leur geste ? Imaginons-les devenus, demain, les dirigeants d’un nouveau gouvernement : accepteront-ils que le destin de leur pays soit décidé ailleurs que chez eux ? Que les puissances étrangères les déposent quand leur politique cesse de leur plaire ? Autrement dit, sont-ils prêts à se soumettre demain à une règle qui les lèse – cette même règle qui, aujourd’hui, tourne à leur avantage ?[1] » Le même Tzvetan Todorov précise :

« Nombreux sont les massacres que l’ONU n’a pas su ou voulu empêcher : génocides au Cambodge et au Rwanda [aussi en RD Congo, c’est nous qui ajoutons], tueries massives au Soudan et en Éthiopie, guerres civiles en Angola et en Sierra Leone […] Les raisons ponctuelles sont diverses, mais leur origine est commune : l’inefficacité d’une organisation qui ne dispose pas d’une force propre, mais doit emprunter celle des pays particuliers. À quoi s’ajoute la lourdeur inévitable d’une machine bureaucratique lointaine et les divergences d’intérêts des pays membres, toujours prêts à lui mettre des bâtons dans les roues[2]. »

Dans beaucoup de situations, les Nations unies se soumettent aux décisions des États-Unis et, en le faisant, elles montrent son degré de servilité. Et lorsqu’il arrive que les Nations unies expriment leur indépendance, les États-Unis quittent tout simplement l’Organisation qui les dérange, comme ils viennent de le faire en ce mois d’octobre 2017 en quittant l’UNESCO[3]. Élève fidèle, Israël a suivi la décision américaine en quittant aussi l’UNESCO. Ceci montre clairement que les Nations unies ne sont pas indépendantes mais dépendantes des grandes puissances qui financent son fonctionnement. Sur ce sujet le journal français Le Figaro a écrit le 12 octobre 2017 : « Washington accuse l’institution d’être anti-israélienne. Les États-Unis ont annoncé jeudi leur retrait de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).‘Cette décision n’a pas été prise à la légère, et reflète les inquiétudes des États-Unis concernant l’accumulation des arriérés à l’Unesco, la nécessité d’une réforme en profondeur de l’organisation, et ses partis pris anti-israéliens persistants’, a précisé le département d’État dans son communiqué. Washington avait déjà suspendu sa participation financière en 2011 après l’admission de la Palestine comme État membre. Cette nouvelle décision de retrait ne sera effective qu’au 31 décembre 2018. Washington avait déjà quitté l’Unesco entre 1984 et 2003[4]. » En guise de réponse à la démission des États-Unis de l’agence onusienne, la directrice générale de l’organisation, Irina Bokova, a regretté profondément la décision des États-Unis. Elle a dit : « L’universalité est essentielle à la mission de l’Unesco pour construire la paix et la sécurité internationales face à la haine et à la violence, par la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine ». Elle a ajouté dans un communiqué : « C’est une perte pour la famille des Nations unies. C’est une perte pour le multilatéralisme »[5].

Le gouvernement américain garde les prisonniers politiques non pas dans les prisons de leur pays en Afghanistan ni dans des prisons américaines mais en dehors des États-Unis, à la base militaire de Guantánamo à Cuba où le respect des droits de l’homme n’ont pas la cote. Dans cette prison, selon le New York Times du 12 mars 2003, les prisonniers subissent « la privation de sommeil et de lumière, la suspension temporaire de nourriture, d’eau et de soins médicaux ». Un traitement qui n’est pas loin de la torture puisque les techniques habituelles de « pression » incluent le fait de « couvrir la tête des suspects avec des capuchons noirs pendant des heures, sans interruption, les forcer de rester debout ou agenouillés dans des positions inconfortables par grosse chaleur ou gros froid ». Un pays qui défend la démocratie doit-il agir ainsi même si le but de ces atrocités est « d’extorquer des aveux pour empêcher des attentats à venir »[6].

Il reste à réfléchir sur l’exercice du pouvoir au niveau international. À propos, Tzvetan Todorov dit : « Le pouvoir est l’expression légale de la volonté populaire. »[7] Déjà, au XVIIIe siècle, Montesquieu avait dit : « Tout pouvoir sans bornes ne saurait être légitime. » (Lettres persanes, lettre 104).

La grande rupture dans les relations internationales a commencé avec la guerre en Afghanistan et en Irak car les grandes puissances, en l’occurrence les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont refusé de se soumettre au droit international. Tzvetan Todorov précise :

« Au moment de déclencher la guerre contre l’Irak, les États-Unis ont traité les conventions internationales avec beaucoup de désinvolture. Il faut dire que leurs intentions avaient été clairement formulées dans The National Security. On pouvait y lire en effet : ‘Bien que les États-Unis soient prêts à déployer tous les efforts pour obtenir le soutien de la communauté internationale, nous n’hésiterons pas à agir seuls, si nécessaire’. Autrement dit : la légitimité accordée par l’ONU est un camouflage – souhaitable mais non nécessaire – de la force. L’effet négatif de telles déclarations est difficile à mesurer[8]. »

La position américaine voulait tout simplement dire que le droit international est fait pour les pays faibles qui ont l’obligation de l’observer en y obéissant tandis que les grandes puissances peuvent le transgresser allègrement pour satisfaire leurs ambitions et elles agissent ainsi sans subir la moindre conséquence négative. Dans toutes les situations de guerre, l’ONU a toujours été soumise à la volonté des grandes puissances. La preuve réside dans le fait qu’aucune puissance n’a jusqu’à présent été poursuivie par les Nations unies, parce que celles qui transgressent le droit international sont membres du Conseil de sécurité. Comme les États-Unis sont le pays le plus puissant du monde, ils méprisent les autres et font souvent ce qu’ils veulent. Il faut donc penser qu’un monde unipolaire est beaucoup plus dangereux qu’un monde bipolaire[9] et un monde bipolaire est préférable à un monde multipolaire où les différents États puissants sont condamnés à une confrontation permanente pour occuper la meilleure position par rapport aux autres[10]. L’équilibre des forces entre deux superpuissances n’est-elle pas finalement préférable pour la paix du monde ? La montée de la Chine qui a la tradition de ne pas mener de guerres de conquête et de guerres préventives ni à exporter sa foi religieuse augure un avenir où l’exercice du pouvoir au niveau international sera certainement autolimité par l’équilibre des forces en présence.

On sait que le droit international n’a pas la même efficacité ni le même respect que le droit national mais, comme le disait Monsieur Villepin, le 27 mars 2003, devant l’Institut international d’études stratégiques à Londres, les « normes collectives doivent viser à contenir l’emploi de la force [car] seul le consensus et le respect du droit donnent à la force la légitimité nécessaire [oui] la force doit être mise au service du droit ».

Le même Villepin déclara, le 13 mai 2003, au journal Le Monde : « Le rôle de l’ONU est plus que jamais irremplaçable [car] les Nations unies incarnent une conscience universelle au-dessus des États » avant d’ajouter : l’ONU doit conduire « vers la constitution d’une démocratie mondiale ». Pour y parvenir, les États du monde doivent s’employer à bannir le recours à la force en le remplaçant par le recours constant au droit. L’anarchie règne dans les relations internationales parce que les Nations unies n’ont pas une force armée (neutre) supérieure aux forces armées des États membres à laquelle ils doivent se soumettre. L’anarchie règne dans les relations internationales parce que le droit international est inférieur à la puissance militaire des grandes puissances. Pour parvenir à la paix universelle qui serait supérieure à la paix des peuples, la force doit être jugulée par le droit et les pays membres doivent parvenir à abolir le « droit de veto » attribué aux cinq membres permanents parce qu’il donne des privilèges aux uns et n’en donne pas aux autres[11].

Maintenant qu’il est prouvé que les Nations unies sont incapables d’assurer la paix du monde, que doit-on faire ?

Certes, en cas de guerre d’une grande ampleur, il faut favoriser le recours à une force diplomatique, mais cette force doit agir sous l’égide des Nations unies, c’est-à-dire qu’elle doit être une force multilatérale. C’est la communauté internationale dans son ensemble qui doit être mobilisée et intervenir, pas uniquement les pays membres de l’OTAN avec le soutien d’Israël. Au final, il faut créer une armée plus puissante que les armées nationales qui agira, en cas de conflit armé, sous le contrôle des Nations unies. En plus, tout État qui violera le droit international et une résolution des Nations unies sera exclu de toutes les Organisations de l’ONU. De ce fait, un tel État ne pourra plus commercer avec les autres pays du fait de son exclusion de l’OMC. C’est en se liguant contre les États belliqueux que la paix mondiale reviendra.

Pour mettre fin au terrorisme international sous toutes ses formes et pour assurer la paix universelle, il est indispensable d’agir sur différents plans, notamment juridique, politique, militaire et économique. Mais, pour cela, il faut d’abord abolir l’actuel Conseil de Sécurité (y compris le droit de veto réservé uniquement aux seuls cinq États victorieux de la Seconde Guerre mondiale) et le remplacer par le Conseil de Sécurité de tous les États membres.

[1]Tzvetan Todorov, Le nouveau désordre mondial. Réflexions d’un Européen, Paris, éditions Robert Laffont, 2003, p. 44.

[2] Ibid., pp. 67-68.

[3] Il est important de rappeler que les États-Unis ne se soumettent jamais aux exigences que leurs adressent les Commissions internationales (mêmes si elles ont été créées par l’ONU) lorsqu’elles sont contraires à leur objectif.

[4] http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/12/01003-20171012ARTFIG00211-les-etats-unis-se-retirent-de-l-unesco.php

[5] Ibid.

[6] Tzvetan Todorov, Le nouveau désordre mondial, op. cit., p. 50.

[7] Ibid., p. 57.

[8] Ibid., p. 58.

[9] États-Unis–Chine ou États-Unis–Russie.

[10] Cette liste reproduit les pays les plus armés dans le monde : https://www.facebook.com/1801051863514533/videos/2044803142472736/

[11] Avec le « droit de veto », l’injustice a été institutionnalisée au niveau international car les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont non seulement exempts des obligations pesant sur les autres mais en plus ils peuvent imposer leur veto sur toute résolution les concernant. Ceci revient à dire que la justice au niveau international n’existe pas.

Le président Donald Trump s’est lourdement trompé

8 Déc

En date du 6 décembre 2017, Donald Trump a annoncé au cours d’un discours public le transfert de l’ambassade des États-Unis en Israël à Jérusalem qu’il a reconnu comme la capitale officielle d’Israël. Cette annonce a été une surprise générale car cette annonce n’a pas été faite par Israël lui-même qui est un État souverain mais par le président américain. Tout au long de son discours, Donald Trump a parlé plus d’Israël et moins de Palestine qui a toujours revendiqué Jérusalem comme la capitale de son futur État. Donald Trump n’a eu aucune pensée positiver pour les Palestiniens car il n’a donné aucune contrepartie aux Palestiniens de s’exprimer sur le choix de Jérusalem. Cette décision unilatérale contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Au-delà, elle freine la possibilité d’une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens, entre Juifs et musulmans. Mais pour quelle raison Donald Trump a-t-il oublié que depuis 1948 Jérusalem n’appartient à personne, que cette ville n’appartient ni aux juifs ni aux chrétiens ni aux musulmans, qu’elle est ouverte à tous ?

Après l’annonce de Donald Trump, un torrent de critiques a afflué. La seule réaction positive est venue du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui a salué le discours de Donald Trump comme étant un « jour historique ». Dans un enregistrement vidéo, il a publiquement dit : « Le peuple juif et l’État juif seront à jamais reconnaissants », et il a ajouté : [Cette décision] « est un important pas vers la paix ». L’une des voix discordantes est venue d’Emmanuel Macron qui a qualifié de « regrettable » cette décision et qui a appelé à « éviter à tout prix les violences ». Il a souligné « l’attachement de la France et de l’Europe à la solution de deux États, Israël et la Palestine vivant côte à côte en paix et en sécurité dans des frontières internationalement reconnues avec Jérusalem comme capitale des deux États »[1].

En recevant à Paris le premier ministre israélien, le président Macron a demandé à celui-ci de faire un geste en direction des Palestiniens. Mais en réalité, à la place de faire un geste aux Palestiniens, c’est le respect du droit international envers le peuple palestinien et des résolutions des Nations unies qu’Israël a toujours violées que le président Macron aurait dû exiger mais il ne l’a pas fait. Comme le président Trump, le président Macron a publiquement manifesté sa soumission au représentant du peuple israélien et son mépris, par le silence, au représentant du peuple palestinien qu’il n’a pas simultanément reçu à Paris. De ce fait, la demande publique du président Macron au premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas été à la hauteur des attentes des pacifistes du monde entier, car elle relève d’une hypocrisie pour flouer les Palestiniens et pour faire croire que la France a une position neutre dans le conflit entre Israël et la Palestinien.

En effet, il appartient aux Palestiniens et aux Israéliens de se mettre d’accord sur le statut de Jérusalem. Toute ingérence étrangère sur la gestion de Jérusalem ne fera que mettre l’huile sur le feu.

En s’appuyant sur des données historiques, il est permis de dire que cette décision relève d’une provocation inutile car le peuple palestinien et les musulmans ne peuvent pas accepter la solution du président Donald Trump. Avec cette décision, la ville de Jérusalem sort du statu quo qui a été observé depuis de 1967. Donald Trump a davantage divisé les deux peuples car, désormais, pour les Palestiniens, Washington ne peut plus jouer son rôle de médiateur au Proche Orient, même si les Israéliens, par la voix de Netanyahu, ont salué ce discours sur Jérusalem comme étant une journée historique.

[1] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/jerusalem-capitale-d-israel-trois-questions-sur-la-decision-historique-de-trump_1966885.html

L’humiliation publique des Africains noirs en Libye

7 Déc

L’humiliation publique des Africains noirs en Libye

Pour lutter contre le régime du colonel Kadhafi, la France et l’OTAN ont recruté, par l’intermédiaire des opposants libyens au régime de Kadhafi, des mercenaires arabes dans différents pays musulmans. Ce sont ces soldats qui ont mené la guerre en Libye pour le compte des Occidentaux. Après l’assassinat de Kadhafi et la chute de son régime, la plupart des mercenaires sont restés en Libye pour assurer la sécurité. Ces soldats, recrutés par l’intermédiaire des opposants libyens, qualifiés de « tueurs sans pitié » ont été formés par l’Union européenne comme des « gardes-côtes libyens » pour empêcher les migrants venus d’Afrique subsaharienne de traverser de la mer Méditerranée pour gagner l’Europe via l’Italie. Les crimes commis par les « soldats libyens » sur les migrants d’Afrique noire et les violences sexuelles sur les négresses, filmés et diffusés à profusion, sont une stratégie bien réfléchie des pays européens pour décourager définitivement les Africains noirs à « envahir » l’Europe, selon une expression utilisée par les Européens racistes. C’est dans ce but que les vidéos de ces crimes odieux circulent dans les réseaux sociaux. Les soldats qui commettent ces actes horribles sans aucun état d’âme sont au service de l’Union européenne qui les ont formés et qui leur paie un salaire mensuelle pour surveiller les côtes libyennes.

Auparavant, au cours d’une émission télévisée, un Français a eu l’audace de prononcer ouvertement ces paroles malheureuses et choquantes pour s’opposer à l’arrivée des Noirs africains dans l’Hexagone. Il a publiquement dit : « Nous (pays européens) n’irons pas jusqu’à bombarder les pays africains pour mettre fin à l’immigration des Noirs en Europe, mais presque, car leur arrivée met en danger la civilisation européenne qui risque de disparaître si nous ne faisons rien »[1]. La réponse à cette inquiétude, l’Europe l’a trouvée en formant des gardes-côtes libyens qui « bombardent » sans pitié les jeunes Africains noirs pour les empêcher de traverser de mer Méditerranée et surtout pour décourager à distance d’autres jeunes qui ont l’intention de se rendre en Libye pour tenter leur aventure d’atteindre l’Europe.

Le racisme contre les Noirs dans le Maghreb est une très vieille tradition qui a été longuement étouffée pendant le régime de Kadhafi car ce dernier se faisait passer pour un panafricaniste. Sa mort et le refus de l’Union européenne de voir les Africains noirs utiliser les côtes libyennes pour arriver en Europe ont été l’occasion d’étaler ouvertement ce racisme anti noir qui existe depuis l’occupation de l’Afrique du Nord par les Arabes venus d’Asie qui avaient jadis chassé les Noirs de cette partie du continent (de l’Égypte au Maroc) qui leur appartenait.

Lorsqu’on prend en considération la répartition entre nations du monde des ressources naturelles faite par le Créateur, on conclut que les Africains n’ont pas besoin d’Europe pour exister (là où l’Europe a grandement besoin d’Afrique pour son existence, là où sans l’Afrique, l’Europe n’est presque rien). Les Africains possèdent tout chez eux. L’histoire montre que depuis les guerres puniques passant par la traite négrière et la colonisation, ce sont les Européens qui ont toujours ressenti le besoin d’Afrique. C’est pourquoi ils avaient mené des guerres de conquête en Afrique et avaient envahi l’Afrique où ils avaient pratiqué la traite négrière pour leur enrichissement rapide et illicite, avant de coloniser l’Afrique tout entière[2]. Si les Africains au sud du Sahara s’organisent et s’ils se dotent d’une armée, semblable à celle de l’OTAN, pour se protéger du pillage de leurs ressources naturelles et halieutiques, s’ils créent une banque unique et un marché commun, s’ils pacifient et modernisent leurs pays, ils n’auront aucunement besoin d’aller risquer leur vie dans le Maghreb pour gagner l’Europe qui ne leur réserve aucune considération. C’est une question de prise de conscience et de manque d’organisation. Ce sont ces deux facteurs qui retardent le développement de l’Afrique subsaharienne. Si les Africains gagnent en confiance, en dignité et en richesse, les jeunes africains noirs comprendront qu’ils n’ont rien à gagner à se rendre en Europe sinon à se faire régulièrement humilier.

L’Europe qui n’est pas plus riche que l’Afrique n’a jamais été tendre dans ses relations avec l’Afrique. Dans leur volonté atavique de domination, les Européens n’ont jamais épargné les Africains. Si l’Afrique a tout, il lui manque les armes sophistiquées et la détention du savoir diffusé en Occident dans les grandes universités. En vérité, à armes égales, les Africains l’emporteront sur les Occidentaux mais ils ne sont pas encore capables de réunir ce qui leur manque. La nature a doté l’Afrique des ressources naturelles et humaines incommensurables qui ne servent pas au développement de l’Afrique.

Fweley Diangituikwa, le 1 décembre 2017.

[1] Le fait même de le penser et de l’exprimer publiquement montre clairement jusqu’où pourront aller les Occidentaux s’ils entrent en conflit majeur avec les pays d’Afrique subsaharienne. S’ils avaient bombardé les villes de Nagasaki et d’Hiroshima au Japon, on ne voit pas pour quelle raison ils hésiteraient à agir de la même façon contre l’Afrique noire.

[2] À l’exception de l’Éthiopie.

Dix questions au professeur Fweley Diangitukwa par Freddy Mulongo

13 Oct

Réponses de Fweley Diangitukwa (politiste et professeur des universités) aux dix questions posées par le journaliste Freddy Mulongo

de Radio FM International

Publication (1ère Partie avec photos et illustrations)

http://www.reveil-fm.com/index.php/reveil-fm.com2017/10/10/6197-10-question-a-fweley-diangituka-professeur-chercheur-et-ecrivain

Publication (2ème Partie avec photos et illustrations )

http://www.reveil-fm.com/index.php/reveil-fm.com2017/10/12/6203-10-questions-a-fweley-diangitukwa-professeur-chercheur-et-ecrivain-suite-et-fin

 

Texte sans photo et sans illustration

 

  1. Quelle est votre analyse sur ce qui s’est passé à la 72e Assemblée Générale des Nations unies à New York ? Alias Joseph Kabila a prononcé son discours dans une salle vide, pendant que les Congolais scandent dehors « Kabila must go ». Est- ce que c’est le début de la fin ou plutôt la descente aux enfers ?

La 72e Assemblée Générale des Nations unies à New York a été un échec cuisant du régime actuel, car l’ex-président de la RD Congo a prononcé son allocution devant une salle vide. Ce mauvais présage est non seulement le début de la fin mais aussi la descente aux enfers des gouvernants actuels. C’est le résultat de l’amateurisme et du manque de respect de la Constitution. Les autorités, en particulier l’ex-président Joseph Kabila illégal et illégitime, sans mandat depuis le 20 décembre 2016, en accord avec les services de renseignement et les diplomates du ministère des Affaires étrangères ont voulu jouer au malin. Se sachant sans mandat électif, Joseph Kabila a organisé l’insécurité dans le grand Kasaï pour justifier sa présence au pouvoir et se rendre ainsi indispensable. Après un long pourrissement de la situation, dans l’intention de se rendre crédible et fréquentable avant son allocution aux Nations unies, il s’est d’abord rendu dans le Kasaï pour, soit disant, « pacifier » les membres de Kamuina Nsapu dans leurs relations avec les forces armées congolaises. Entre-temps, il a envoyé une délégation à New York pour préparer son arrivée et vendre son image en faisant croire que : « l’actuel président du Congo est la seule autorité capable de résoudre les massacres dans le Kasaï » et « il doit rester au pouvoir pour éviter l’écroulement du Congo ». Fort de cette stratégie, M. Kabila s’est rendu à New York en perdant de vue que l’Assemblée Générale fonctionne sur la base du droit international, même si au-delà, c’est l’anarchie qui règne dans les relations internationales. La communauté internationale a publiquement manifesté son profond désaccord avec le président par défi de notre pays, il appartient maintenant au peuple congolais d’exiger le départ immédiat de cet président sans mandat, sans légalité et sans légitimité.

Aux Nations unies, à New York, les membres de l’Assemblée Générale ont vu en la personne de Joseph Kabila un président illégal et le responsable direct de l’assassinat barbare de Madame Zaida Catalan et de Monsieur Michaël Sharp, tous deux enquêteurs de l’ONU envoyés en RDC pour faire la lumière sur les massacres dans le Kasaï. Pour l’Assemblée Générale, Joseph Kabila est responsable parce qu’il a refusé – par la voix de ses ministres de la Justice et des Affaires étrangères – qu’une enquête sérieuse soit menée par des experts des Nations unies. À ces deux principales raisons, il faut rappeler le Rapport Mapping très accablant pour le régime parce qu’il y est décrit les massacres qui ont été commis tout au long du régime actuel. Très attentifs à ce qui se passe en RDC, les représentants des Nations réunis à New York ont simplement séché l’allocution de M. Kabila (à cause de son illégalité et de son illégitimité depuis décembre 2016) comme des étudiants qui sèchent un cours pour protester contre un professeur qu’ils jugent incompétent.

Les images qui ont été diffusées à cette occasion ont complètement détruit l’image de notre pays. Les diplomatiques de la RD Congo, envoyés à New York pour préparer l’arrivée de leur chef, ont habillé des clochards, des chômeurs et des étudiants ouest-africains de l’effigie de Kabila parce que les Congolais ont refusé de souiller l’honneur de leur pays en portant des vareuses avec l’effigie de Kabila. C’était très honteux de constater que ceux qu’ils ont habillés en Congolais étaient incapables de prononcer un seul mot dans une des langues parlées dans notre pays De nombreux Congolais qui se sont rendus devant le siège des Nations unies scandaient leur mécontentement (« Kabila must go ») et rappelaient les crimes commis par le régime actuel. Le comble de cette humiliation publique est arrivé au moment de l’allocution de M. Kabila devant une salle vide, désertée par les diplomates. Il n’y avait que la présence d’à peine quelques officiels congolais. Notre pays ne le méritait pas mais c’était, hélas, nécessaire pour que Kabila et son équipe se rendent compte à quel point ils sont vomis par la communauté internationale. Même les diplomates africains n’ont pas été solidaires avec le président par défi de la RD Congo.

Un tel degré de boycott est une preuve irréfutable de la fin de ce régime tyrannique, sadique, satanique et responsable de plus de 10 millions (certaines sources parlent de 14 millions) de morts dans notre pays. C’est horrible. Il appartient maintenant au peuple congolais de montrer la porte de sortie à ce régime illégal et illégitime. La situation que nous vivons en est une première depuis notre indépendance. Comment comprendre et explique que les universitaires qui sont autour de Kabila sont incapables de respecter la Constitution sinon de démissionner pour manifester leur désaccord ?

  1. Les machines numériques pour une hypothétique élection sans publication du calendrier électoral, est-ce que cela est possible ? Corneille Nangaa et la CENI ont-ils la confiance des Congolais ? Aurons-nous l’élection présidentielle fin 2017 ?

Je vis en Suisse depuis plus trois décennies. C’est le pays de Rousseau et de Calvin. En plus, il est le siège des Nations unies mais la Suisse qui pratique les valeurs démocratiques avec rigueur a toujours refusé de recourir au vote électronique à cause de l’incertitude qu’un tel vote entraîne. La Suisse réunit tous les atouts en matière d’infrastructures routières, de communication et de moyens informatiques (ce pays possède deux des plus prestigieuses universités polytechniques au monde (Zürich et Lausanne) mais la Suisse refuse de recourir au vote électronique. Ce type de vote est toujours à l’essai et il sera progressivement introduit à partir de 2019 (lire le contenu de ce lien :

https://www.egovernment.ch/fr/umsetzung/schwerpunktplan/vote-electronique/).

« Le vote non dématérialisé est une solution éprouvée depuis des siècles, et truquer une élection, sans que ce soit le fait du pouvoir en place, est très compliqué à mettre en œuvre. Or, pour l’instant, aucune garantie suffisante ne peut être apportée pour le vote numérique. » (in https://www.geekactu.fr/2016/11/vote-electronique-dangereux/).

Que peut-on penser de la RD Congo où tous les avantages de la Suisse sont absents et où la panne d’électricité est une réalité permanente mais qui choisit de recourir au vote électronique ?

Avant de choisir le vote électronique, le régime actuel a d’abord lancé l’idée d’un scrutin indirect que nous avons détruite en avançant des arguments solides, en démontrant qu’une telle élection est organisée dans des pays fédéraux alors que le scrutin direct est indispensable dans des pays unitaires, car le chef de l’État doit absolument avoir une assise populaire sur toute l’étendue de la République pour éviter sa contestation. Il est écrit dans le livre de Guillaume BERNARD, paru aux éditions Studyrama et intitulé : Droit constitutionnel et institutions politiques, au chapitre IV intitulé « Les principaux régimes étrangers occidentaux », à la page 248 :

« Des légitimités politiques en fonction de la forme de l’État.

  1. Un scrutin direct pour un État unitaire
  2. Un scrutin indirect pour un État fédéral. »

En général, le scrutin direct est lié au fonctionnement d’un État unitaire car le chef de l’État doit être élu au suffrage universel direct par l’ensemble du peuple pour créer sa majorité et obtenir la popularité que le suffrage universel direct lui confère. Le scrutin indirect est lié à la forme d’un État fédéral dans lequel il y a un Gouverneur à la tête de chaque État fédéré. Les grands électeurs des partis politiques dans chaque État élisent le chef d’État au scrutin indirect. Celui-ci représente les États fédérés dans la politique étrangère de son pays. Ce détail est capital car il détermine le reste de la réflexion sur les modes de scrutin et sur leur déroulement. En effet, il y a plus d’inconvénients dans le scrutin indirect que d’avantages pour l’élection d’un chef d’État. Lire : https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=1585&action=edit

N’ayant pas trouvé des arguments solides à opposer aux nôtres, le régime de Kabila y a renoncé pour privilégier le vote électronique qui facilite les fraudes, car il suffit d’introduire un simple petit logiciel dans le serveur pour que le candidat préalablement choisi soit déclaré élu, non par le peuple mais par la machine. Les résultats seront présentés au peuple comme étant les résultats effectifs de leur choix. Les éléments contenus dans cette vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=K_4r–K3biA) expliquent les raisons pour lesquelles ce type de vote n’est pas recommandable aux pays africains et surtout pas en RD Congo qui a déjà connu deux fraudes électorales en 2006 et 2011.

Monsieur Corneille Nangaa est au service du pouvoir, il n’y a aucun doute à cela. Vous voulez une preuve ? Il n’a pas convoqué le corps électoral en date du 01 octobre 2017, conformément à l’article 73 de notre Constitution qui stipule que « le scrutin pour l’élection du Président de la République est convoqué par la Commission électorale nationale indépendante, quatre-vingt-dix jours avant l’expiration du mandat du Président en exercice ». Dans ces conditions, les Congolais ne peuvent pas avoir confiance en la personne de M. Nangaa. Seuls ceux qui sont derrière le régime de M. Joseph Kabila, qui est sans mandat, les soutiennent encore par intérêt pour protéger leurs avantages mais ils savent en âme et conscience que le pays est dans une mauvaise direction, car la Constitution est régulièrement bafouée et la corruption règne en maîtresse.

Sommes-nous prêts à confier l’avenir de notre pays à une machine ? Qu’arriverait-il si, après avoir dépensé beaucoup d’argent public et demandé aux électeurs de se déplacer pour participer au vote, un virus contamine les machines informatiques le jour précédant le vote ou s’il y a une longue panne d’électricité ? Si nous sommes sérieux, nous devons trembler devant le risque d’utiliser un tel système de vote.

Nous pensons que le vote électronique est un canular qui sert à gagner du temps en retardant davantage l’organisation de l’élection présidentielle.

  1. D’après vous, quelles sont les vraies raisons de l’invalidation des passeports semi-biométriques ?

Quels que soient les arguments que l’État congolais et en particulier le ministère des Affaires étrangères pourront avancer, la question du passeport biométrique relève d’une arnaque organisée. Si le passeport congolais est parmi les plus chers au monde, le Gouvernement vient d’opérer une nouvelle escroquerie en changeant le passeport semi-biométrique en passeport biométrique. Ce problème soulève une question de responsabilité. Pour émettre un document officiel, un État ou une entreprise prend toutes les précautions pour éviter des poursuites judiciaires. Donc, si l’État congolais n’a pas pris toutes les précautions, il est fautif et il doit dédommager les bénéficiaires en remplaçant gratuitement leurs passeports actuels par de nouveaux passeports biométriques. Voilà comment devrait fonctionner notre État s’il respectait ses citoyens. Doit-on penser que le Gouvernement était malintentionné en faisant circuler des passeports ne correspondant pas aux normes internationales avec l’intention d’interdire leur utilisation après quelques années plus tard et de vendre ainsi plus facilement les passeports biométriques ? On sait qu’aujourd’hui, tous les pays n’utilisent pas ce genre de passeport, pourquoi devient-il obligatoire à trois mois de fin du régime actuel ? « Il n’existe aucune spécification de l’OACI qui concerne le passeport semi-biométrique congolais. Le critère majeur au niveau de l’espace international, c’est la lisibilité du passeport à la machine suivant l’exigence des NTIC », a soutenu le député Juvénal Munubo de l’UNC, évoquant l’utilisation des passeports biométriques toujours en cours dans des nombreux pays comme la France. Voilà le hic, voilà là où le bât blesse. En plus, si l’État Congolais a constaté la multiplication d’actes illégaux, criminels de contrefaçons des passeports semi-biométriques, à qui la faute lorsqu’on sait que les citoyens congolais ne fabriquent pas des documents officiels ? Pour quelle raison l’État congolais ne cherchait-il pas à arrêter d’abord ces faussaires qui sont certainement parmi les réseaux mafieux du gouvernement ? Qui est en défaut et qui organise la contrefaçon ? Le vendeur (État congolais) ou les bénéficiaires (détenteurs de passeports) ? Pourquoi le ministère des Affaires étrangères ne remonte-t-il pas la filière pour mettre la main sur le réseau criminel de contrefaçons ? Lorsqu’une voiture est vendue avec un défaut, l’usine rappelle la voiture et prend en charge le changement de la pièce en défaut. Pourquoi l’administration des Affaires étrangères n’applique-t-elle pas cette logique ?

Il faut dire que la vente de passeports est la principale source d’enrichissement du ministère des Affaires étrangères. Il n’est pas étonnant qu’on arnaque les Congolais en créant un nouveau vrai faux passeport semi biométrique pour le remplacer par un passeport biométrique, sinon pour quelle raison n’a-t-on pas fait sortir directement le passeport biométrique sans passer par le semi-biométrique ? On voit bien qu’il y a quelque chose de louche qui se résume par la recherche du lucre. Après les fausses cartes d’électeurs en circulation, voici les passeports congolais qui ne répondent pas aux normes internationales ! Mais dans quel pays sommes-nous ? En vérité, les raisons de ce nouveau passeport sont à trouver ailleurs : dans le besoin de s’enrichir car les Congolais de l’étranger sont continuellement considérés comme des vaches à lait par ceux qui sont au pouvoir. Ils sont contraints d’avoir ce document délivré uniquement par l’État. De ce fait, les escroquer devient une opération facile.

Le changement de ce passeport semi biométrique au passeport biométrique pose un problème (1) de faisabilité (certains passeports en circulation portent de visa de longue durée), (2) de durée (en combien de temps le ministère des Affaires étrangères sera-t-il capable de remplacer les passeports de tous les concernés) et (3) de coût (l’État remboursera-t-il le coût aux porteurs de passeports valides du fait qu’ils ne sont pas fautifs) ? Dans le cas contraire, qui paiera le coût de la corruption perçu par les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères ? Autant de questions sans réponse qui renforcent la complexité de la démarche.

  1. La classe politique est facilement corruptible, elle est médiocre et ventriote. Comment en sommes-nous arrivés là ? D’aucuns disent que nous n’avons que des diplômés au Congo pas d’intellectuels ?

L’histoire de la corruption dans notre pays vient de loin. Le système de quota dans l’admission des étudiants à l’université était une forme de corruption morale car il a conduit des élèves à changer leur identité avant les examens d’État en se donnant un nom à consonance ngala et plus particulièrement à consonance ngbandi afin d’avoir la chance de réussir avec un bon pourcentage, d’être facilement inscrits à l’université et bénéficier in fine de la bourse.

La deuxième méthode de corruption morale fut l’organisation de l’animation politique (la danse pour le Mouvement Populaire de la Révolution – MPR). Des jeunes animatrices et animateurs étaient recrutés par le parti unique pour chanter la gloire du maréchal Mobutu. Contre cette gesticulation publique et obscène de leur corps, ils recevaient un salaire plus décent que celui des enseignants et des fonctionnaires. Résultat, beaucoup de femmes ont choisi de devenir des danseuses du MPR. La destruction de mœurs a entrainé la corruption morale parce que les Zaïrois de cette époque avaient pris l’habitude de gagner de l’argent facile sans véritablement travailler. Les enseignants, les fonctionnaires, les soldats, etc. se sont mis à agir comme les politiciens congolais agissaient en monnayant leurs services.

Une étude sociologique devient nécessaire voire urgente pour mieux comprendre la genèse de la corruption dans notre pays. Je ne parle que de la petite corruption car il existe la grande corruption pratiquée par les grandes entreprises et par les firmes transnationales qui corrompent les décideurs officiels, voire des parlementaires pour obtenir des marchés publics. C’est ce qu’on appelle la captation de l’État. il y a tout un chapitre sur la corruption dans mon livre La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas, éditions L’Harmattan, 2010, pp. 149-171.

En effet, ce n’est pas toute la classe politique qui est corruptible et médiocre car il y a dans cette classe politique des gens encore intègres et excellents. Grâce à eux, le pays tient encore debout. Mais ils sont hélas minoritaires. Beaucoup pratiquent la corruption de survie. C’est le cas par exemple d’un soldat qui a un salaire de 80 dollars et qui arrondit ce salaire en extorquant les passants ou les automobilistes. C’est aussi le cas d’une infirmière ou d’un infirmier qui monnaye ses services dans le même but d’arrondir son salaire. L’État congolais ne punit pas car il sait qu’il ne paie pas bien ses fonctionnaires. Voilà pourquoi il faut réorganiser l’économie nationale, réaliser des bénéfices considérables par la production, instaurer un salaire minimum à partir duquel il deviendra possible de punir tout individu qui se laisse corrompre (=effet). Mais dans cette démarche, il faut commencer par punir le corrupteur (=cause) avant le corrompu. En effet, la disparition de la cause entraîne ipso facto la disparition de l’effet.

Contrairement à ce qui est sous-entendu dans la question, j’affirme qu’il y a des intellectuels dans notre pays, même si leur nombre n’est pas très important. Malheureusement, nos universités forment plus de diplômés et moins d’intellectuels. J’ai étudié avec des camarades intelligents à l’école secondaire et à l’UNAZA (université nationale zaïroise). Certains compatriotes qui ont fait de brillantes études à l’étranger ont décidé de rentrer chez nous. Beaucoup d’entre eux ont sombré parce que les conditions de travail et de vie ne sont pas bonnes. Je n’aurai probablement pas publié autant de livres de recherche sur différents sujets d’intérêt national, continental et international, si je vivais en RD Congo car les bibliothèques sont pauvres voire rares ou inexistantes dans certains milieux. Pour cette raison, les livres constituent la seule marchandise que j’envoie au pays. Je ne suis pas compris par ma famille qui attend recevoir des objets de seconde main comme le font mes compatriotes qui n’ont pas la même compréhension que moi, mais je m’entête. Dans la vie nationale, il n’y a pas de récompenses qui encouragent les intellectuels. Existe-t-il un prix congolais de l’excellence ? Non. Mais nous l’introduirons dès le départ de l’équipe actuelle. Lorsque le système de gouvernance est mauvais, la classe politique sombre. C’est classique. C’est pourquoi, nous avons l’obligation de reconnaître et de saluer les quelques rares intellectuels congolais qui se distinguent et que nous rencontrons parfois dans des colloques internationaux. L’éducation sera le premier chantier à redresser après le départ du régime actuel.

  1. Que pensez-vous de la Transition sans Kabila ? Cela est-il possible ? Si oui, comment ? Quels sont les préalables ? Que faire d’alias Joseph Kabila ?

Je ne me préoccupe pas trop du sort de M. Joseph Kabila car lui-même ne s’est jamais préoccupé du sort des Congolais. Il est venu chez nous en 1997 dans le convoi de l’AFDL (un conglomérat d’aventuriers, dixit Laurent-Désiré Kabila) avec un seul objectif : s’enrichir en pillant les ressources du Congo. Pour cette raison, son sort ne m’intéresse pas. Il est le moindre de mes préoccupation. Néanmoins, il s’impose à la tête de notre pays malgré l’expiration de son mandat. À ce titre, il constitue un souci majeur pour l’avenir du Congo. Il a toujours traité les Congolais avec beaucoup de mépris, en disant publiquement qu’il n’a jamais trouvé 15 Congolais compétents (comme si lui-même était une sommité) avec lesquels il pouvait travailler pour développer le Congo mais, en même temps, il a trouvé plus de 100 Rwandais qu’il a élevés au rang de généraux pour dominer et mater les Congolais qui l’ont rendu, malgré eux, milliardaire en très peu de temps.

Au lieu d’organiser les élections dans le respect du délai, les gouvernants traînent volontairement les pieds en courant le risque de le faire dans la grande précipitation afin qu’elles leur profitent. Voilà pour quelle raison à trois mois de la date fatidique selon les Accords de la Saint Sylvestre de décembre 2016, l’enrôlement n’a pas encore pris fin dans le Kasaï, le calendrier électoral n’est toujours pas publié et aucun candidat n’est officiellement enregistré, n’est connu par les électeurs et n’a encore présenté son programme politique. En effet, le pouvoir illégitime et illégal de Kinshasa observe les réactions des Congolais pour ajuster son comportement en fonction des scénarios déjà montées et en attente de leur mise en scène. M. Joseph Kabila et son régime cherchent à mettre à leur profit une élection précipitée soit pour pouvoir manœuvrer en vue de présenter un proche de Kabila et mettre ainsi le peuple congolais devant un fait accompli soit pour créer une anarchie qu’il contrôlera lui-même, en mettant le pays à feu et à sang, car seule la guerre lui permet de se maintenir au pouvoir et d’échapper à la CPI.

Parce que nous n’avons pas organisé l’élection présidentielle en décembre 2016 alors que le président Kabila nous a lancé un défi en disant « il ne se passera rien en décembre » et parce que les évêques de la CENCO ont très naïvement accepté de lui accorder gratuitement une année supplémentaire alors qu’il ne le méritait pas, M. Joseph Kabila reste encore le maître de l’agenda électoral, car il contrôle tous les rouages du pouvoir et il a une main ferme sur la CENI et sur Corneille Nangaa. À cause de notre faiblesse collective et de notre naïveté, Joseph Kabila s’entête à ne pas publier le calendrier électoral pour ne pas s’auto-exclure des enjeux et signer ainsi son arrêt de mort politique.

Quant à la transition, elle s’impose d’office parce que les élections n’auront pas lieu en décembre de cette année. Nous sommes dans une République où il n’y a pas une seule autorité qui jouit de la légitimité populaire. Nous devons élire la classe politique à tous les niveaux, du député provincial au président de la République. C’est une tâche considérable qui sollicite notre intelligence et notre sens d’organisation et de patriotisme. Mais les compétences en réserve, nous en avons. Oui, la transition est possible et elle s’impose. En mai 2016, des Congolais ont organisé un colloque à Modena en Italie, sous la conduite de l’abbé Germain Nzinga, justement avec comme thème : « la transition sans Kabila ». Des propositions ont été faites et je prépare la publication qui reprend tout ce qui a été dit à Modena.

Il est permis de reconnaître et d’admettre que la RD Congo ne s’est jamais stabilisée. Notre pays est dans une transition permanente depuis que les institutions de la République ont été déstabilisées le 24 novembre 1965 par le colonel Joseph-Désiré Mobutu et ses compagnons de la révolution. Il est maintenant question de sortir la République du coup d’État permanent. Mobutu a gouverné le pays en s’appuyant sur un parti unique, le MPR, et il a quelquefois organisé l’élection présidentielle en étant le seul candidat. Une aventure cocasse que les intellectuels de l’époque applaudissaient, sans état d’âme.

En 1997, dès sa prise de pouvoir, le nouveau président, Laurent-Désiré Kabila, a supprimé tous les partis politiques et a dirigé le pays par décrets. Une nouvelle transition sans issue a été ouverte. Le pays a évolué dans l’anarchie totale et sans institutions démocratiques jusqu’à Sun City en Afrique du Sud qui a donné lieu à un semblant d’ouverture politique. Le pouvoir a été partagé entre les anciens belligérants qui, ensemble, ont formé un Gouvernement d’union nationale (formule 1 + 4). La libéralisation de l’espace politique a donné naissance à la création des partis politiques alimentaires. C’est sous ce nouveau climat d’anarchie que le pays a organisé ses premières élections en 2006 qui ont été sévèrement critiquées par le cardinal Etsou à cause des fraudes électorales organisées par l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale indépendante (CEI), pour assurer la victoire du président Joseph Kabila au détriment de Jean-Pierre Bemba qui a été le favori de ces élections. L’échec dans l’organisation de ce scrutin a ouvert la porte à une nouvelle impasse politique. C’est dans cette anarchie qu’une nouvelle élection présidentielle a été organisée en 2011 par le pasteur Daniel Ngoyi Mulunda, président de la CENI, pour permettre la victoire du président Joseph Kabila au détriment d’Étienne Tshisekedi qui a été le favori de ces élections.

L’anarchie et la contestation du pouvoir ne se sont pas pour autant estompées. Pour tenter de calmer le peuple, le pouvoir a convoqué les concertations nationales en 2013. Comme pour la Conférence nationale « souveraine » (CNS) de 1990 à 1992, les 100 résolutions de ces dernières concertations nationales n’ont jamais été appliquées.

Une année avant l’organisation de la nouvelle élection présidentielle prévue en décembre 2016, le régime a envisagé d’organiser un dialogue national pour définir ensemble (pouvoir et opposition) les modalités de sortie de la crise ou de l’impasse. Mais plusieurs partis de l’opposition ont refusé d’y participer à cause des résolutions des Concertations nationales qui ont été suivies d’aucun effet. Voyez-vous, depuis 1965, nous passons d’une transition à l’autre sans stabiliser l’État. Il est maintenant question d’organiser un gouvernement exceptionnel de Transition qui mettra en place les institutions républicaines de la troisième République qui sera basée sur la confiance du peuple. Il faut, comme préalables, écarter les menteurs et les aventuriers du pouvoir et remettre de l’ordre dans le fonctionnement de l’État. C’est une énorme responsabilité que seuls des Hommes crédibles doués d’une intelligence exceptionnelle peuvent assumer.

Il est évident que si M. Joseph Kabila n’est pas mis hors d’état de nuire, il agira fatalement dans l’ombre pour créer le chaos car il contrôle tous les leviers de commandement des forces militaires, des services de renseignement et des régies financières que ses hommes de main dirigent pour son compte. Voilà pour quelle raison il est impérieux de défaire l’immense pouvoir qu’il détient jusqu’à ce jour en l’empêchant de mettre à jour son plan machiavélique de maintien au pouvoir, avec en perspective l’ambition de se donner une nouvelle Constitution pour rester au pouvoir ad vitam aeternam, comme cela s’est passé au Rwanda et au Burundi et comme cela est en voie de se passer Ouganda où les députés discutent sur la nécessité de réviser ou non la Constitution.

Il est nécessaire voire indispensable d’organiser une transition pour garantir des élections crédibles. La transition aurait pu être ce moyen pacifique qui mettrait le peuple congolais en attente d’un nouvel ordre, mais l’ex-chef de l’État actuel et son Gouvernement illégal ne se sont malheureusement pas impliqués dans cette transition à cause de leur mauvaise foi, de leur impopularité et des torts qu’ils ont causés au peuple congolais. Si elle est conduite sous la direction d’un leadership consensuel qui s’appuiera sur une gouvernance collégiale devant régir le fonctionnement des institutions, l’équipe de transition sera une structure fonctionnelle susceptible de représenter valablement la diversité politique de tous ceux qui s’inscrivent dans la logique du changement et de développement de la nation. Munie d’un cahier de charges bien définies, cette équipe concevra rapidement les grands axes politiques et stratégiques du pays qui permettront un fonctionnement harmonieux des institutions de la République après les élections.

Pour créer une véritable stabilité des institutions, il est indispensable que la transition soit confiée à un Homme de la société civile, maîtrisant les questions politiques et géopolitiques, doté d’une intelligence exceptionnelle et n’appartenant à aucune famille politique parmi celles qui se disputent actuellement le pouvoir. Celui-ci doit accepter de ne pas se porter candidat à la magistrature suprême lors de la prochaine élection présidentielle. Mais pour que cette Transition réussisse, cet oiseau rare doit absolument être entouré non seulement de soldats et de policiers patriotes qui assureront sa sécurité et la stabilité des institutions mais aussi de conseillers politiques, économiques et militaires parmi les plus compétents des Congolais (chacun dans son domaine de prédilection) dont la réflexion de haut niveau et la mise en place des projets doivent être leur principale activité cérébrale. La notoriété ne suffit pas. Il faut, au-delà, la maîtrise des questions géopolitiques et géostratégiques. Un inconnu mais très compétent peut tout aussi bien jouer ce rôle.

Nous croyons avoir des ailes assez solides pour piloter cette Transition. Nous avons des idées claires et précises sur la gestion de cette période de Transition que nous partagerons volontiers avec des acteurs qui la piloteront.

Parmi les préalables, le président de la Transition devra composer son Gouvernement en s’appuyant sur la proportionnalité – que d’aucuns appellent « équilibre régional » – et sur la subsidiarité. Son rôle se limitera à défendre l’intérêt supérieur de la nation, envers et contre tout.

  1. Lors de la Transition 1+4=0, nous avions 5 commissions citoyennes d’appui à la démocratie: La Commission électorale indépendante devenue CENI ; L’Observatoire national des droits de l’Homme ; La haute autorité des médias devenue CSAC ; La commission vérité et réconciliation ; La commission d’éthique et lutte contre la corruption. Elles n’ont jamais vraiment fonctionné, ne faut-il pas les réhabiliter ?

À la place de réhabiliter ces institutions, c’est l’homme politique congolais qu’il faudrait d’abord réhabiliter en mettant au pouvoir des acteurs qui ont évolué dans un contexte autre que celui de l’univers politique congolais qui est corrompu à outrance. Lorsque quelqu’un a appris à corrompre depuis l’école primaire jusqu’à l’université, qu’est-ce qu’il peut faire si, à l’âge adulte, il devient un responsable politique ? Toutes les institutions citées dans la question ne servent à rien. La preuve réside dans le fait qu’elles n’ont justement servi à rien depuis leur installation, autrement on ne serait pas dans la situation chaotique actuelle.

La Commission électorale nationale indépendance a été dirigée par l’abbé Malu Malu qui est devenu un expert ès fraudes électorales. C’est lui qui a introduit la méthodologie électorale frauduleuse dans notre pays en s’inspirant des fraudes électorales mises en place au Tchad sous Idriss Deby. J’ai présenté toute la pédagogie suivie par l’abbé Malu Malu dans mon livre intitulé Les fraudes électorales. Comment on colonise la RDC, éditions L’Harmattan, 2007. Cet abbé était un homme intelligent mais il a mis ses capacités au service de la tyrannie pour s’enrichir rapidement et illicitement. En 2011, le pasteur Ngoyi Mulunda a fait pire car il a amplifié les stratégies de fraudes électorales déjà en place depuis la première élection présidentielle de 2006, au point où des enfants mineurs étaient porteurs de cartes d’électeurs. J’ai décrit toutes les manigances de ce pasteur dans une conférence que j’ai tenue le 30 juin 2012 à Essen en Allemagne et que j’ai publiée sur notre blog (in https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=935&action=edit). Lorsque le régime actuel partira, nous supprimerons la CENI pour réduire les frais et nous confierons l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur, car c’est dans les responsabilités de ce ministère.

L’Observatoire national des droits de l’Homme est la plus honteuse de ces 5 institutions car elle n’a rien fait, rien dénoncé et rien entrepris pour imposer le respect des droits de l’hommes dans notre pays. À la place de cet Observatoire, ce sont des experts des Nations unies qui ont régulièrement dénoncé les crimes commis sous le régime de M. Joseph Kabila. Même après la publication par l’ONU du volumineux Rapport Mapping, l’Observatoire national des droits de l’Homme n’a rien fait. Il ne pouvait rien faire, parce qu’il est soumis aux dictats du tyran au pouvoir.

Comme la CENI, la Haute autorité des médias devenue depuis peu la CSAC a toujours été occupée par des laudateurs, de Modeste Mutinga Mutuishayi, passant par Dominique Sakombi Inongo à M. Olenga Nkoy. Je pense qu’il est inutile de s’attarder sur les bourdes que les responsables placés à la tête de la Haute autorité des médias ont commises car elles dépassent tout entendement.

La Commission vérité et réconciliation n’a jamais fonctionné. Il suffit de considérer les résultats des concertations nationales jamais mises en application, ainsi que les conclusions du dialogue inclusif conduit par le Togolais Edem Kodjo et le dernier dialogue sous les auspices des évêques de la CENCO. Rien de toutes ces rencontres n’a mis la recherche de la vérité au centre des préoccupations, dans l’intention de contribuer à la réconciliation des Congolais. Dans chaque dialogue, l’État a dépensé de l’argent public plus pour enrichir les acteurs politiques que pour dire la vérité et réconcilier les Congolais. La persistance de la crise congolaise en est la preuve évidente.

Quant à la Commission d’éthique et lutte contre la corruption, nous n’avons qu’à nous couvrir de honte car l’éthique n’a jamais été une référence dans notre agir collectif et la corruption règne en maîtresse dans tous les ministères et toute l’administration publique. Tout document administratif est monnayé, comme tout service.

Le ministre de la communication, Lambert Mende, est devenu le symbole vivant du manque d’éthique dans la vie publique congolaise. Ce ministre ment publiquement dans presque chaque phrase qui sort de sa bouche, au point de se demander comment il a été élevé. Par exemple, il dit régulièrement que le président de la République doit rester au pouvoir jusqu’à l’élection de son successeur, mais il n’évoque jamais la rigueur de l’art. 220 de la Constitution qui limite l’exercice du pouvoir par le président de la République à uniquement deux mandats ni l’article 73 qui impose l’organisation de l’élection présidentielle quatre-vingt-dix jour avant l’expiration du mandat. D’après l’esprit de la Loi fondamentale, c’est logiquement après avoir organisé l’élection présidentielle que le chef de l’État sortant reste au pouvoir jusqu’à la passation du pouvoir et l’installation de son successeur, comme nous l’avons dernièrement suivi en Angola. Il est évident que si le chef d’État sortant n’organise pas l’élection dans le délai, il attendra longuement voire indéfiniment l’arrivée du nouvel élu. La justification de M. Lambert Mende sur la nécessité d’attendre l’installation du président élu est le contraire de l’éthique. Le choix cynique de ne pas organiser l’élection présidentielle a été voulu par l’actuel président, sans mandat, sans légalité et sans illégitime, pour garder le pouvoir, car il a terriblement peur de son avenir immédiat à cause de nombreux crimes qu’il a commis, en commençant par son affiliation mensongère, l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila (lire mon livre Le règne du mensonge politique en RD Congo. Qui a tué L.-D. Kabila ?, éditions L’Harmattan, 2005), l’emprisonnement des innocents prétendus être les assassins de L.-D. Kabila (il a déjà été prouvé que ces condamnés n’ont été impliqués ni de près ni de loin de ce qu’ils ont été accusés), les massacres des adeptes de Bundu dia Kôngo et du pasteur Mukungubila jusqu’aux massacres dans le Kasaï. Pour échapper aux poursuites, il se bat comme une parturiente pour retarder son départ du pouvoir. Mais quoi qu’il fasse, l’histoire de ses crimes le rattrapera bientôt. Le subterfuge de l’éternel ministre de la communication, Lambert Mende Omalanga, est un mensonge cousu de fil blanc, comme on dit, c’est-à-dire perceptible ou visible à distance. Et c’est sur cette base que le régime actuel s’organise pour repousser le plus tard possible l’élection du nouveau président afin de ne pas procéder à la passation du pouvoir. Lambert Mende prend les Congolais pour des abrutis. En fait, ce ministre n’a aucun respect pour ses compatriotes.

Le mensonge règne à tout le niveau parce que l’observation de l’éthique est absente dans les relations avec la RD Congo. Contrairement à ce que les grandes puissances nous font croire, la plupart d’entre elles entretiennent de bonnes relations d’affaires avec le régime de Joseph Kabila qui commet des crimes au Congo, car ces grandes puissances tirent des bénéfices colossaux avec leur affidé qu’elles ont-elles-mêmes placé au pouvoir en 2001. Tout en le critiquant sur la place publique, elles négocient avec lui en privé et en secret. Elles sont toutes concernées par ce comportement hypocrite. Les firmes transnationales qui ont grandement besoin des minerais stratégiques en provenance du Congo donnent des conseils à M. Kabila pour se maintenir au pouvoir en lui envoyant des conseillers en cas de besoin. Voilà pour quelle raison la sortie de crise est très douloureuse voire impossible, du moins jusqu’à ce jour. Sans aucun état d’âme, Joseph Kabila brade les ressources naturelles du Congo pour obtenir en échange son maintien au pouvoir. C’est une réalité que les Congolais négligent ou excluent dans leur analyse. Aucune grande puissance n’est vraiment prête à lâcher Kabila contre la perte de contrôle des minerais stratégiques du Congo, car elles croient que leur retrait profitera à d’autres puissances émergentes comme la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, le Brésil, etc. Pour cette raison, les grandes puissances occidentales pratiquent un double langage, apparemment sincère et clair au grand jour et réaliste sinon machiavélique dans l’ombre et en privé, pour endormir le peuple congolais. C’est un comportement complexe et très ambigu. C’est dans ce sens que les hommes d’affaires occidentaux (mais aussi chinois, russes, iraniens, coréens, indiens, etc.) se rendent en RD Congo pour négocier des contrats léonins malgré les crimes commis régulièrement par le régime actuel. C’est aussi dans ce même sens que M. Joseph Kabila a été reçu en audience à huis clos par les hommes d’affaires américains, proches du président Donald Trump. Ce dernier n’a pas caché de dire, devant les officiels africains qu’il a reçus à dîner, je le cite : « mes amis s’enrichissent dans vos pays », alors qu’il était censé leur parler de relations diplomatiques avec son pays – les États-Unis. Tout montre clairement la complexité de la situation de notre pays à cause de la richesse que nous avons dans le sous-sol et sur le sol. La situation n’est pas différente avec la Belgique qui est le traditionnel bénéficiaire des ressources naturelles du Congo ou avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. Tous ces pays occidentaux ont grandement peur de perdre la RD Congo au profit de l’Asie parce qu’ils ignorent superbement ce que nous pensons sur l’avenir de notre pays ni avec qui nous collaborerons demain. Je demande à toutes les grandes puissances et aux firmes transnationales de s’assurer que les autorités congolaises de demain ne trahiront pas les intérêts du Congolais ni les relations avec les traditionnels amis du Congo qui œuvrent pour le bien du Congo.

  1. Quelles sont les priorités pour le développement de la RDC? Quelles sont les conditions à remplir pour devenir un pays émergent ?

 

Cette question est centrale et je ne saurai donner ici une réponse complète. Nous en parlerons plus sérieusement à une autre occasion quoique j’ai déjà répondu partiellement à cette question dans mon livre Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011. Je me limite ici à évoquer quelques éléments relatifs au concept d’émergence.

Est-il nécessaire de rappeler qu’« un pays émergent, ou économie émergente, ou encore marché émergent est un pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui connaît une croissance économique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques et sociales converge vers ceux des pays développés avec une ouverture économique au reste du monde, des transformations structurelles et institutionnelles de grande ampleur et un fort potentiel de croissance » (in https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_%C3%A9mergent).

Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine désignent les quatre principaux pays émergents. Le nom BRIC a été formé à partir de la première lettre du nom de chaque pays. Ils sont les premiers à sortir de la listes des pays du tiers-monde et qui sont susceptibles de jouer un rôle de premier plan dans l’économie mondiale dans un futur plus ou moins proche. À ces pays s’est ajoutée l’Afrique du Sud en 2011 pour former les BRICS. C’est le seul pays africain qui participe désormais aux sommets regroupant les pays émergents. En ajoutant le Mexique au premier groupe, on parle de BRICM, ou en ajoutant l’Indonésie au même premier groupe, on parle de BRICI.

La RD Congo est loin de remplir les conditions d’appartenir aux pays émergents. Mais grâce aux atouts que la nature a dotés notre pays, il suffit que la RDC soit gérée par des dirigeants compétents qui ont le sens de l’État et de la droiture, il sera facile de sortir de la dépendance et d’entrer dans le concert des pays émergents. Je vous lance cette boutade : « si le peuple me confie les commandes de la RDC, j’en ferai un candidat potentiel à l’émergence en moins de dix ans », car je sais ce que je dois accomplir pour donner à notre pays la possibilité de tutoyer les grands de ce monde.

Nous devons d’abord savoir que l’émergence tant souhaitée ne se décrète pas aussi simplement et ne saurait faire l’objet d’un quelconque marchandage, car pour entrer dans le club des pays émergents, il faut emprunter la voie du développement économique et se prêter au jeu de la concurrence économique mondiale. C’est un défi ou un challenge. Comme le dit le collègue politologue Steeve Nzegho de l’université Omar Bongo de Libreville au Gabon, « cette concurrence impose une certaine rigueur dans la gestion des finances publiques et passe par le maintien de la croissance économique, par la lutte contre le chômage, par la diversification de l’économie, par le goût du travail et de l’effort, par la substitution d’une administration nominative à une administration méritocratique, etc. ». C’est tout notre pays qui doit se mettre au travail avec amour, patriotisme et abnégation en faisant du développement notre crédo politique et le fondement de la République de demain. Tout le monde doit agir avec conviction dans le sens de construire une société idéale, uniquement accessible par le travail et l’engagement quotidien. Pour cela, nous devons absolument et résolument sortir de notre insatisfaction lancinante, de la vie facile, de la corruption, du détournement des deniers publics et de l’impunité.

Devenir un pays émergent revient à dire que les Congolais dans leur ensemble ont un travail stable qui assure à chacun le minimum vital, qu’ils accèdent aux logements décents avec eau potable et électricité sans coupure intempestive, qu’ils ont les infrastructures de base, les soins de santé primaires, les écoles de qualité avec des enseignants bien payés et bien motivés à transférer leur savoir à la jeunesse, que les dirigeants sont compétents et respectent leur mandat électif, que la démocratie est devenue une réalité, bref qu’ils ont tous réussi à réduire le taux de pauvreté. Voilà les préalables à remplir avant d’évoquer la possibilité de devenir un pays émergent. Avec les autorités actuelles et en suivant leur manière de gouverner la République, il n’y a aucune chance que la RDC devienne un pays émergent en 2050. Donc avec le pouvoir actuel, il n’y a aucune raison d’être optimiste, car les chantiers prioritaires auxquels les autorités auraient dû faire face, comme la stabilité du pays, l’alternance au pouvoir, la création des emplois décents, l’augmentation du nombre d’écoles pour répondre à la démographie galopante, l’ouverture des universités technologiques et des centres de recherche ne sont pas leur souci. Or, l’émergence de la RD Congo ne peut être réfléchie que si ces préalables sont pris en compte. Tout ce qui est dit sur l’émergence de notre pays est un vain slogan pour faire croire et endormir le peuple. Tout économiste sérieux dira la même chose. L’ancien Premier ministre, Matata Ponyo, a passé son temps à nous parler d’une croissance économique en deux chiffres. Tout était sur papier mais rien sur le terrain. Il a suffi qu’il quitte le gouvernement pour que tout son mensonge apparaisse au grand jour. Voilà le genre de responsables que nous avons à la tête du pays, des gens qui mentent constamment et ne pensent qu’à leur ventre, à leur famille et à leur avenir personnel. Les 5 chantiers que les laudateurs du régime ont longuement prônés en trouant nos tympans sont maintenant devenus de véritables lacs en pleine ville de Kinshasa ; malgré cela, ils continuent à faire croire au peuple que leur Raïs est le dirigeant idéal pour la RD Congo. Qu’ils aillent répéter leur idiotie aux gens qui n’ont pas d’yeux.

Un pays qui cherche réellement à s’inscrire dans la perspective de l’émergence ne peut pas mentir et sous-estimer les obstacles qui pourraient entraver la réalisation d’une telle ambition.

Le collègue et politologue Steeve Nzegho cité plus haut dit que l’émergence d’un pays passe forcément par la recherche de l’unité nationale, par la prise de conscience d’une responsabilité collective, par une nouvelle culture du travail, par un changement des mentalités rétrogrades, par l’avènement d’une culture de la méritocratie ou de la « république de la méritocratie » chère à Gambetta (homme politique français et figure centrale de la IIIème République), par le maintien d’un taux de croissance soutenu de l’économie pendant 10 ans à l’ordre de 10%, etc. Ces éléments identifiés sont des prérequis à l’émergence. Les obstacles de la responsabilité collective et économique sont des conditions préalables. Mais que faire lorsqu’un pays, comme le nôtre, a des dirigeants incompétents et foncièrement égoïstes à sa tête ? Si la RD Congo n’a même pas encore amorcé la phase du décollage économique qui est la première parmi les cinq phases dont a parlé Walt W. Rostow en 1960, comment peut-on se projeter dans le temps et croire que notre pays devient émergent en 2025 ou en 2030, comme l’affirment les laudateurs sans éthique du président actuel ? Le dire publiquement revient à se mentir soi-même en mentant simultanément au peuple. C’est un crime qui nécessite la poursuite en justice des auteurs qui le commettent.

Dans la littérature économique, comme le disent Marie Coris et Alain Rallet dans leur article « Les pays émergents à la conquête des marchés mondiaux », Revue de la régulation, n° 2, (2008), seuls « les pays en développement qui constituent des pôles d’attraction des investissements (nationaux et étrangers), qui diversifient et accélèrent, durablement et harmonieusement, leur croissance économique et qui s’intègrent avec succès dans l’économie mondiale grâce à leurs capacités d’exportation» font l’objet d’étude lorsque l’on parle d« économies à marchés émergents ». Or, la RD Congo est loin de figurer sur la liste de ces pays. On ne peut parler d’émergence que si le pays en considération poursuit les bonnes politiques économiques et possède des institutions de qualité. Or, la RD Congo n’a pas des institutions stables et l’insécurité y est permanente. Dans ces conditions, il est impossible de convaincre les investisseurs de s’installer durablement chez nous et chercher à s’insérer avec succès dans le tissu économique mondial.

Les gouvernants actuels cherchent-ils à atteindre le niveau de compétitivité et d’attractivité le plus élevé possible qui nous permet de mettre en place un environnement (administratif, financier, technologique et social) de niveau international afin de faire entrer notre pays dans le club des pays émergents ? À cette question, la réponse est NON. Alors, oublions l’émergence et battons-nous d’abord pour une alternative crédible, pour la stabilité du pays et pour un état de droit.

Pour prétendre à l’émergence, nous devons cesser d’exporter les produits bruts et nous mettre à les transformer sur place afin de d’exporter plus de produits finis ou manufacturés de qualité et n’importer en retour que le strict nécessaire. Mais nous devons aussi observer une équité dans la distribution des revenus entre les plus riches (députés avec 12 mille dollars) et les plus pauvres (policiers avec 100 dollars).

 

  1. La diaspora congolaise joue un rôle prépondérant dans le réveil des consciences de notre peuple. Elle est toujours debout sur la situation socio-politico-économique du pays, pourtant elle ne vote jamais et elle est déconsidérée par le régime de Kinshasa…N’y a-t-il pas un mépris à l’égard de la diaspora ?

 

Effectivement la diaspora congolaise joue un rôle prépondérant dans le réveil des consciences de notre peuple et elle est toujours debout sur la situation socio-politico-économique du pays parce que, contrairement à nos compatriotes restés au pays, les membres de la diaspora ont la possibilité de voir autre chose et de comparer. Certains parmi eux voyagent beaucoup dans le cadre de leur profession ou pendant les vacances. Tous ces avantages leur permettent d’avoir une longue d’avance dans la compréhension de ce qui se passe chez nous. D’autres ont étudié dans les meilleures universités du monde et savent clairement que la RDC est le pays le plus riche au monde lorsque l’on compare la variété de nos ressources naturelles. Notre pays a une position géographique, géopolitique et géostratégique exceptionnelle. Il n’y a aucune raison qui puisse expliquer la pauvreté de notre peuple à part la cupidité de nos dirigeants. Comment expliquer qu’un député qui a un salaire de 12000 dollars soit hostile à défendre l’amélioration de vie des électeurs qui ont fait de lui un parlementaire ? Je n’ai jamais lu une interpellation ou une motion allant dans le sens d’imposer un revenu minimum. Comment comprendre que M. Joseph Kabila, arrivé au Congo en 1997 sans rien, soit aujourd’hui milliardaire alors que ceux qui l’ont accueilli broient du noir dans un pays scandaleusement riche ? C’est impensable, inimaginable, inacceptable et révoltant. Cette diaspora n’a pas le droit de vote parce que le pouvoir sait parfaitement bien qu’elle votera contre le dirigeant actuel, autrement le régime utilisera la diaspora pour gonfler le nombre de Congolais-électeurs présents au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie, etc. pour faire croire que le candidat du PPRD est populaire dans la diaspora. Il est clair qu’il y a un réel mépris à l’égard de la diaspora que le régime de Joseph Kabila considère comme une simple vache à lait. La question du passeport évoqué plus haut en est la preuve. À cela, on peut ajouter d’autres volets pour voir à quel point les Congolais de l’étranger sont pillés. À titre d’exemple, j’évoque le dédouanement de véhicules aux ports de Boma et de Matadi. J’ai été trois fois à Matadi sous le régime de Mobutu et sous le régime de Kabila. C’est écœurant de voir comment les agents de la douane extorquent les Congolais. Nos ports internationaux sont les plus chers au monde parce que les gouvernants pensent que les Congolais de l’étranger sont riches. C’est qui est faux car nos compatriotes occupent, dans la plupart du temps, les emplois les moins rémunérés et abandonnés par les nationaux. Pour toutes ces raisons, la diaspora a tout à gagner à se battre pour l’arrivée au pouvoir d’autres gouvernants parmi lesquels il doit y avoir ceux qui ont habité à l’étranger dans des pays bien gouvernés, où les criminels à col blanc sont punis et où la compétition à tous les niveaux est un culte quotidien.

 

  1. Après avoir pillé le pays avec les 32 ans de Mobutu, l’impunité des Mobutistes fait que les mêmes prédateurs et Miyibicrates écument la même la classe politique aujourd’hui ? Comment lutter contre l’impunité ?

À mon avis, il y a trois solutions radicales : procéder par (1) le renouvellement de la classe politique, (2) la dénonciation et (3) la sanction. Pour répondre valablement à votre question, je préfère rappeler le modèle de gouvernance dans la Chine ancienne où des dispositions avaient été prises pour organiser la population de la capitale et des provinces de façon à unifier les coutumes. Voici ce que dit Le Ho-Kouan-Tseu à ce sujet dans son livre intitulé Précis de domination, éditions, Paris, éditions Allia, 2008, pp. 66-68 : « Tous, parmi la population, s’emploient à se corriger les uns les autres et à s’exercer à la rectitude. Ils se contrôlent mutuellement sur leur lieu de résidence, surveillent les allées et venues de chacun. Les pères s’entretiennent entre eux de devoir et les fils de piété filiale ; les plus âgés exaltent les actes méritoires et les plus jeunes le sen du respect. Ainsi, s’influençant de la sorte du matin au soir, ils s’imprègnent les uns de l’amour paternel, les autres de la piété filiale. Les familles étant liées et les hommes solidaires jusque dans leurs déplacements et allées et venues, nul vagabond ni fripon ne peut espérer passer à travers les mailles du filet. C’est de cette façon que l’on fait fond sur la nature humaine et s’appuie sur l’ordre des choses.

» Si le chef d’une brigade (l’ensemble des cinq familles) dont un des membres a enfreint les édits concernant la distribution des biens ou la réglementation sur les lieux de résidence s’est dispensé, sans raison valable, de le porter à la connaissance du responsable du village, il subira la même peine que le contrevenant sous le motif de ‘trouble à l’ordre public dans les familles’. Un responsable de village qui, ayant eu connaissance de cas d’insolence envers des aînés, de parents indignes, de fortes têtes qui, parce qu’ils se croient au-dessus des autres et cherchent à se singulariser, refusent d’obéir auprès du prévôt (chef de dix villages) sera traduit avec sa famille devant les tribunaux sous le chef d’inculpation de ‘trouble à l’ordre public dans les villages’. Le prévôt qui se fait tirer l’oreille pour appliquer les consignes et les instructions, ou omet de rapporter à ses supérieurs des faits dont il aurait eu connaissance, sera traduit avec sa famille devant les tribunaux sous le chef d’inculpation de ‘trouble à l’ordre public dans la commune’. L’instructeur d’un canton qui met de la mauvaise volonté à appliquer les consignes et les instructions, ou s’abstient de rapporter à ses supérieurs des faits dont il aurait eu connaissance sera traduit avec sa famille devant les tribunaux, sous le chef d’inculpation de ‘trouble à l’ordre du canton’. L’économe de préfecture qui traîne des pieds pour appliquer les consignes et les instructions, omet de rapporter à la commanderie des faits dont il aurait eu connaissance, sera accusé de masquer les brillants talent s’il s’agit d’actes méritoires, de couvrir ses administrés s’il s’agit de fautes ; traduit devant les tribunaux sous le chef d’inculpation général de ‘trouble à l’ordre public dans la préfecture’, il sera exécuté sans aucun espoir de remise de peine. Le Grand officier de commanderie qui se fait tirer l’oreille pour appliquer les consignes et les instructions, ou omet de rapporter à ses supérieurs certains renseignements pourtant parfaitement exacts, cachant ainsi certains faits au Premier ministre, sera exécuté sans remise de peine possible, sous le chef d’inculpation de ‘troubles de l’ordre publique d’une commanderie’. Le Pilier du Royaume qui ne met pas tous ses soins dans le gouvernement en sorte que les doléances des administrés n’arrivent pas jusqu’au prince, et que les désirs du souverain ne sont pas connus de ses sujets, convaincu du crime de ‘semer le désordre dans le gouvernement’ sera exécuté, ses partisans seront éliminés et son clan exterminé. Le Grand chancelier qui ne promulgue pas les règlements saisonniers adéquats ou bien ne répartit pas judicieusement les terres en fonction de leurs qualités, causant de graves préjudices à la population, convaincu du crime de ‘semer le désordre dans l’empire’, sera condamné à l’écartèlement afin qu’il serve d’exemple. Voilà comment l’on prend soin des êtres et des choses ».

Ce comportement dans la Chine ancienne peut être une source de réflexion dans la réorganisation de notre nation où les crimes sont aussi courants que l’impunité, car ceux qui sont censés punir sont souvent les mêmes que ceux qui commettent des crimes, sinon les uns sont au service des autres et doivent se protéger mutuellement pour assurer la survie du régime.

Dans la Chine ancienne, l’ordre régnait partout et la justice réglait tous les litiges de la Cité. Tous les membres de la Cité se sentaient concernés par la justice. Personne n’était épargné. Le Ho-Kouan-Tseu dit à la page p. 69 : « Les villages faisaient un rapport aux communes tous les cinq jours, les communes aux cantons tous les dix jours, les cantons aux préfectures tous les quinze jours, les préfectures aux commanderies tous les trente jours, les commanderies au Pilier du Royaume tous les quarante-cinq jours, le Pilier du Royaume au Fils du Ciel tous les soixante jours. Le Fils du Ciel tous les soixante-douze jours mandait des émissaires dans les commanderies stimuler ceux qui avaient obtenu des succès et punir ceux dont les résultats ne répondaient pas à ce qui était attendu. C’est de cette façon que le gouvernement se calque sur l’action du ciel et de la terre ».

Les récompenses et les châtiments étaient distribués de façon équitable à tous les habitants. Personne n’était privilégié car tout était réglé sur une base de dénonciation publique. Tout élu ou tout gouvernant qui se rendait coupable de quelque faute se voyait repéré et châtié. Les princes sans vertu étaient également châtiés. En agissant ainsi « les affaires étaient convenablement traitées et les procès tranchés de façon équitable » (p. 71). Le Ho-Kouan-Tseu dit à la page 70 : « Ceux qui savaient gouverner étaient prospères mais sans excès, ils réduisaient le pouvoir des grands sans trop les avilir […] les fonctionnaires trop durs qui ne savaient user de clémence, qui pressuraient et rudoyaient le peuple étaient immédiatement mis à pied, afin qu’ils ne pervertissent pas l’administration ni ne semassent le trouble dans le gouvernement ; par la même occasion le peuple n’avait pas à pâtir des officiers qui refusaient d’exécuter les ordres et violaient la loi. Les fonctionnaires apprenaient de la sorte à procurer des avantages au peuple au lieu de faire du profit, à faire circuler les biens, au lieu de les accaparer ».

Voilà un modèle d’une société juste qui mérite d’être imité, à part l’imposition de la mise à mort des êtres ayant commis des fautes graves. À la place de leur imposer la mort, ils seront contraints à travailler pour réparer le tort qu’ils ont commis. La longueur de la peine dépendra du degré de gravité de la faute. Les prisons traditionnelles décrit par Michel Foucault dans son livre Surveiller et punir (éditions Gallimard, 1993) doivent être supprimées et remplacées par des maisons de correction dans lesquelles chaque fautif travaillera pour réparer, avec son salaire, le tort qu’il a commis. Jean-Jacques Rousseau dit dans son livre Du Contrat social, à la page 73 : « Dans un État bien gouverné il y a peu de punitions, non parce qu’on fait beaucoup de grâce, mais parce qu’il y a peu de criminels ». Il appartient au peuple de dénoncer les prédateurs et miyibicrates qui écument la même la classe politique aujourd’hui.

La paix, la justice et la démocratie commencent dans un pays lorsqu’un peuple a réussi à mettre fin à la dictature. Oui, c’est la rue qui fabrique la démocratie comme le confirme le lien suivant : https://www.legrandsoir.info/oui-c-est-la-rue-qui-fabrique-la-democratie.html

 

  1. Le tribalisme est un fléau qui mine la République avec des politicailleurs tribalo-ethniques. Comment combattre ce fléau?

La tribu est une réalité sociologique sur laquelle aucune discussion n’est permise, en revanche le tribalisme est un fléau qui doit absolument être combattu. Les méfaits de ce concept ont été décrits par de nombreux auteurs qu’il n’est plus nécessaire de m’y attarder. Parmi ces auteurs, il y a Jean-Loup Amselle, Elikia M’Bokolo (sous la direction de), Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, éditions La Découverte, 1985 ; Mabika Kalanda, La remise en question. Base de la décolonisation mentale, Bruxelles, éditions Remarques Africaines, 1967 et Jean-Pierre Chrétien et Gérard Prunier, Les ethnies ont une histoire. Paris, éditions Karthala, 2003, etc.

Dans un pays comme le nôtre aux dimensions continentales, pour lutter efficacement contre le tribalisme, il y a des préalables que j’ai énumérés dans une de mes publications, à savoir Les fraudes électorales, éditions L’Harmattan, 20017. Voici précisément ce que j’ai proposé dans mon livre : « Avec un peu de clairvoyance, il est possible de dépassionner le débat politique, en proposant des solutions démocratiques révolutionnaires mais idéales. On peut par exemple échelonner le choix du chef de l’État par province (successivement), en commençant par les provinces qui n’ont jamais eu de chef de l’État. En réduisant le mandat présidentiel à trois ans voire à deux ans, toutes les provinces pourront avoir la certitude de gouverner la République en l’espace de 48 ans sinon 36 ans. Cette durée est raisonnable et elle correspond à l’âge moyen du Congolais. D’aucuns trouveront cette durée trop longue, mais c’est oublier d’avance qu’une seule province a déjà gouverné le pays pendant plus de 30 ans (1965-1997). »

Je dois rappeler que le président actuel, qui est sans mandat, sans légalité et sans légitimité depuis décembre 2016, a dirigé la République de 2001 à 2016. Le chef de l’État qui dirigera demain la République sur la base d’un programme prédéfini par la Chambre haute et par la Chambre basse (Sénat et Assemblée nationale) s’appuiera sur un gouvernement et une armée composée de représentants (proportionnalité) de toutes les provinces. Si une telle volonté politique est clairement inscrite dans nos institutions, en l’occurrence dans la Constitutions, le débat politique deviendra moins passionnel et chaque province aura l’espoir de gouverner le pays. Mais il faut dire qu’une telle modification doit s’accompagner d’un transfert important des compétences vers le gouvernement provincial et local, afin que les attentes prioritaires des citoyens trouvent rapidement des réponses. Il faut par ailleurs réduire les prérogatives du chef de l’État comme les Suisses l’avaient institutionnellement fait. En Suisse, le président de la Confédération ne dirige le pays que pendant une année. En RD Congo, la réduction du mandat présidentiel évitera des abus en cas d’élection d’un chef d’État notoirement incompétent.

Ces idées proposées il y a dix ans sont toujours d’actualité. C’est le mérite de savoir anticiper lorsqu’on réfléchit sur l’avenir de notre pays. Le tribalisme est un fléau et le recours à la loi est la meilleure façon de le combattre. Le président Mobutu était un tribaliste notoire et Joseph Kabila l’est aussi. Dans tous les gouvernements mis en place par ce dernier, certaines provinces (et souvent les mêmes) sont surreprésentées au détriment d’autres.

La première étape consiste à vider les prérogatives du chef de l’État qui font de lui l’homme le plus important et le plus puissant de la vie publique nationale pour en faire un président protocolaire dans les relations du Congo avec les pays étrangers et un président au service de la défense des intérêts nationaux (congolais), comme cela se passe merveilleusement bien en Suisse. Pour mieux y parvenir, il est nécessaire de procéder par l’élection à tour de rôle du chef de l’État par province afin de dépassionner le débat politique et de lutter contre le tribalisme et l’ethnicisme. Ce n’est pas la langue qui doit primer comme l’un de nos Compatriotes l’a récemment proposé mais plutôt l’espace géographique, car en proposant l’une des langues nationales parmi les quatre (kikôngo, lingala, kiswahili et kiluba) comme critère de choix du chef de l’État, on renforcera fatalement le tribalisme. Parmi les autres préalables, il y a la proportionnalité, la réduction de la durée du mandat présidentiel (entre deux à trois ans par mandat), le transfert des compétences vers les provinces, la subsidiarité, etc. Ces propositions sont largement développées dans mon livre sur les fraudes électorales cité plus haut.

À mon avis, le fonctionnement des États-Unis n’est pas la bonne source d’inspiration pour réorganiser le pouvoir dans notre pays pour trois raisons principales : l’origine de la création de ce pays, la Constitution de ce pays et l’unilinguisme des États-Unis. Pour avoir étudié la Constitution des États-Unis et la Constitution suisse mais aussi pour avoir vécu dans le pays de l’Oncle Sam, je peux dire que la Suisse est le meilleur exemple à suivre pour la RDC. Les Suisses parlent quatre langues nationales comme les Congolais en RDC. Il y a en Suisse des groupes ethniques d’origine comme en RDC alors que les États-Unis ne pratiquent qu’une langue et les habitants sont venus d’ailleurs (à part les Indiens qui ont été massacrés par les premiers colons). Aux États-Unis, c’est la possession de la fortune et l’appartenance à l’un de deux grands partis qui déterminent le choix du Président alors qu’en Suisse c’est l’origine ethnique et linguistique qui définit l’alternance au pouvoir en tant que président de la Confédération. Vous pouvez voyager à travers les États-Unis en parlant une seule langue (l’anglais) et être compris partout, ce qui n’est pas le cas en Suisse et en RDC où il faut connaître et parler plus d’une langue. Si les pères fondateurs des États-Unis ont « joué » sur la méritocratie, il faut vite préciser que cette méritocratie est à coupler avec la fortune du candidat à l’élection présidentielle ainsi qu’avec l’origine blanche et britannique du candidat (vrai jusqu’à l’élection d’Obama) alors qu’en Suisse, c’est l’appartenance partisane et linguistique qui est prioritaire. Je peux multiplier les exemples pour prouver que les États-Unis ne sont pas le bon exemple qui peut nous servir de source d’inspiration pour le Congo.

En matière de tribalisme, j’admets que Mobutu a tué la formation universitaire avec son système de quota qui n’a fait qu’accentuer le tribalisme et la corruption. Mobutu n’a pas promis le déluge, il l’avait volontairement préparé. Lorsqu’il disait : « Après moi le déluge », il ne faisait que confirmer la conséquence de sa mauvais politique. Moïse Tshombe n’est pas le bon exemple car une fois au pouvoir, il s’est partagé les postes clés du Gouvernement avec Munongo. On a accusé Kasa-Vubu d’être tribaliste alors qu’il a sauvé l’unité du Congo. En revanche, Moïse Tshombe était celui que les Belges avaient utilisé pour créer la sécession du Katanga et il avait mordu par égoïsme et régionalisme.

Il y a des compatriotes qui proposent un troisième dialogue dans le contexte actuel. Comme vous le savez, je m’étais catégoriquement opposé à l’idée de dialoguer avec le régime actuel et j’ai expliqué la raison pour laquelle on ne devait pas dialoguer avec un tyran.

Dans mon livre intitulé « Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC », éditions L’Harmattan 2001, je me suis attardé sur les différents dialogues et conclaves qui ont jalonné l’histoire de notre pays jusqu’à la conférence nationale non souveraine. Nous connaissons les résultats. C’est sur la base de cette longue expérience que je m’étais opposé aux concertations nationales en disant au Compatriote Omer Songo die Lema, avant leur convocation, que : « avant concertations nationales = après concertations nationales » (lire https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=1223&action=edit). Comme il ne m’avait pas cru, il s’était lancé dans des explications superflues et inutiles. Mais il s’était vite tu au vu des résultats. Depuis, il n’est plus revenu sur ce sujet et ne cite plus mon nom dans ses articles, car les résolutions prises à l’issue des concertations nationales n’ont jamais connu un début d’application. L’argent des contribuables a donc été jeté par les fenêtres.

Pareil pour les deux dialogues qui ont suivi. Après plusieurs rencontres dans des pays étrangers, deux dialogues ont été tenus. Qu’avons-nous obtenu ? Le tribalisme et la corruption sont toujours là. Ai-je eu raison de refuser tout dialogue avec un tyran ?

Nous n’arrivons pas à nous en sortir à cause tout simplement d’une question de rapports de force. Notre opposition est trop divisée et chacun de nous a tendance à soutenir son leader de tribu (ou de région) au lieu de soutenir l’un des Congolais parmi les plus compétents qui, en plus, sait anticiper. Il y a au Congo de nombreux compatriotes qui n’ont jamais soutenu un leader autre que celui de leur tribu ou de leur région d’origine. Vouloir voir à tout prix le sien parvenir à la tête de l’État, même lorsque cet individu ne remplit pas toutes les conditions est ce qui tue notre pays. Ma prochaine publication sur cette question sera plus explicite.

À mon avis, le tribalisme cessera non pas avec « l’avènement d’un pouvoir fort » mais avec le recours à la proportionnalité et à la subsidiarité. Ce sont deux concepts qui doivent être bien compris et intégrés dans la Constitution et dans notre manière d’agir, car ils ont fait leurs preuves dans les pays qui les pratiquent, comme la Suisse et les Pays-Bas. Le recours à la proportionnalité est la seule solution pour sortir la République du tribalisme et de l’ethnicisme.

Pour lutter contre le tribalisme, nous devons agir au niveau culturel (permettre aux enfants de chaque groupe ethnique d’apprendre la langue des autres groupes ethniques dès l’école primaire comme les Suisses le font), il faut en plus favoriser les échanges (les élèves d’une province vont étudier pendant une année ou deux dans une autre province pour améliorer les acquis linguistiques de la langue parlé dans ladite province). La question du tribalisme est complexe mais les solutions existent et j’y réfléchis régulièrement à titre personnel. Nos quatre langues nationales (kikôngo, lingala, swahili et tshiluba) sont un atout, malheureusement, nous en faisons un frein. Je suis convaincu que nous finirons par trouver une voie commune à forcer de commettre des fautes, car, on apprend aussi par essais et erreurs. Parce que le régime de Kabila a organisé des fraudes électorales en 2006 et en 2011, le peuple congolais refuse maintenant catégoriquement de se laisser avoir. Le peuple a appris par accumulation d’expérience. « Chat échaudé craint l’eau froide », dit-on. Il est maintenant question d’avoir des femmes et des hommes avertis au pouvoir, c’est-à-dire eux qui ont longuement réfléchi à la politique à mener à la tête de l’État et qui ont en plus pensé à des solutions avant d’arriver au pouvoir. Il faut permettre à chacun d’évoluer dans son domaine de prédilection. Aujourd’hui, au Congo, tout le monde veut être politicien, mais si un médecin ou un professeur d’université peut gagner le même salaire voire plus qu’un ministre ou un président de la République, comme en Suisse, je suis convaincu que le fauteuil présidentiel ne sera plus envié et convoité. Nous avons oublié que la politique est une profession de foi (comme la prêtrise), c’est un service à rendre à la nation. Le président de la République est un employé de ses compatriotes qui les commandent via la Constitution et les institutions. Nous avons tendance à ne pas le rappeler.

J’ai toujours défendu l’idée de constituer l’union de l’opposition. J’ai même fait une longue proposition sur cette question bien avant la rencontre de Genval, car « l’Union fait la force », selon la devise des Belges. Le tribalisme, c’est-à-dire le chacun pour soi risque de tuer le Congo qui est l’unique puissance régionale en Afrique centrale. Malheureusement, nous Congolais n’avons pas encore compris cela. C’est par la loi et la proportionnalité que nous parviendrons à vaincre progressivement le tribalisme tout en gardant la tribu. C’est en tenant des débats sans état d’âme et sans injure que nous éviterons de tourner en rond. La construction du Congo et le maintien de son unité sont notre responsabilité commune.

Certains compatriotes proposent avec enthousiasme la décentralisation comme solution pour lutter contre le tribalisme. Mais ils se trompent très lourdement, car ce concept est loin de résoudre le problème de tribalisme. Dans bien des cas, la décentralisation se transforme en un simple transfert du pouvoir central vers les provinces avec tous ses méfaits. Si le pouvoir central est tyrannique, le pouvoir sera aussi tyrannique dans les entités administratives décentralisées. C’est sûr. La politique de décentralisation n’est pas le meilleur outil pour lutter efficacement contre le tribalisme. En effet, comme le dit Angelo Bonfiglioli dans son livre Gouvernance décentralisée et développement local, « Les modes ou les degrés de la décentralisation sont nombreux. On peut distinguer :

« Une décentralisation/déconcentration : il s’agit d’un type de décentralisation qui n’est qu’une exécution des services et fonctions du gouvernement central par des fonctionnaires affectés dans les administrations décentralisées ;

  • Une décentralisation/délégation : il s’agit d’une délégation des services et fonctions du gouvernement central aux administrations décentralisées, avec transfert de ressources nécessaires (ceci étant le modèle de la décentralisation dans la tradition juridique francophone) ;
  • Une décentralisation/dévolution : il s’agit d’un véritable transfert de pouvoirs, autorité, fonctions, responsabilités et ressources aux administrations décentralisées, à savoir des entités légales avec pouvoir de traduire et être traduites en justice (ceci étant le modèle de décentralisation prévalent de la tradition juridique anglo-saxonne) ».

C’est pour répondre aux manquements de ces différents modes et pour mieux équilibrer la distribution du pouvoir entre les tribus, les ethnies et les régions linguistiques que les politistes proposent le recours à la proportionnalité [Ceux qui veulent en savoir plus sur ce sujet peuvent se référer à mon livre « Gouvernance, action publique et démocratie participative », éditions Dictus Publishing, Saarbrücken (Allemagne), 2e édition, 2012].

Vous l’avez compris, je suis un défenseur de l’État unitaire. À mes compatriotes, je ne cesse de répéter ces mots simples : « Aimons le Congo comme nous aimons notre être ».

Lu pour vous : CINQ SCENARIOS POLITIQUES AU MATIN DU 1er JANVIER 2018 EN RDC…

5 Oct

CINQ SCENARIOS POLITIQUES AU MATIN DU 1er JANVIER 2018 EN RDC…

Ce samedi 30 septembre 2017 était la date prévue par l’Accord de la Saint Sylvestre pour convoquer officiellement les élections si du moins les congolais voulaient réellement la passation pacifique et démocratique du pouvoir en décembre prochain. Sur le terrain la réalité a été bien différente… Au seuil de ce mois d’octobre 2017, il ne reste plus que trois mois avant l’expiration du délai butoir au-delà duquel le peuple congolais naviguera dans l’illégalité la plus totale, en dehors du cadre constitutionnel et de l’Accord de la Saint Sylvestre, rendant du coup toute institution congolaise illégitime en plus d’être déjà illégale.

En termes clairs, au cas où rien n’est fait selon les dernières prévisions de l’Accord de la dernière chance, celui du 31 décembre 2016, cette étude s’emploiera à explorer anticipativement les différents scénarios que pourra vivre notre peuple dès le 1er janvier de l’année 2018. 

  1. Les élections organisées démocratiquement et un nouveau président pour succéder à J. Kabila. 

Le premier schéma est celui de l’avènement d’un président nouvellement élu conformément aux prescrits de l’Accord de la Saint Sylvestre prévoyant les élections pour avant décembre 2017 prochain. Dans ce cas Kabila, le président sortant, céderait pacifiquement le pouvoir à son successeur qui prendrait les rênes du pays. 

L’on a observé que les tractations de la dernière Assemblée de l’ONU appuyaient ce schéma et ont préconisé la mise sur pied d’un cadre international qui fonctionnerait en appui aux travaux de la CENI. L’organisme américain basé à Washington « Enough Project »  a également proposé le mercredi dernier “un plan pour la conduite d’élections et d’une transition politique conformément à l’accord du 31 décembre et/ou le manifeste récent de la société civile, et où il est admis que Kabila devra quitter ses fonctions avant les élections.”[1] Ce plan prévoit un la nomination d’un médiateur africain idoine et l’implication des groupes des sociétés civiles. 

Toutefois, quand bien même les élections arrivaient à être organisées dans le respect du délai, elles courront immanquablement le risque de se faire dans la grande précipitation. Étant donné qu’il ne reste plus que trois mois sans que l’enrôlement n’ait encore pris fin dans le Kasaï, que  le calendrier ne soit publié et qu’aucun candidat ni aucun programme politique ne soit connu par les électeurs, dans le cas où Kabila acceptera de céder le tablier, le régime de Kinshasa mettra à profit cette précipitation pour pouvoir manœuvrer en vue de placer un élu de la MP très proche de Kabila ou encore un ressortissant du Rassop qui serait en réalité un pion fabriqué de longue date aux fins d’infiltrer l’opposition et de l’asphyxier de l’intérieur lorsque celle-ci cherchera à vouloir imposer une alternative politique. 

Dans un cas comme dans un autre, dans la possibilité d’élection au suffrage universel d’un cadre de la MP ou même d’un de leurs pions du Rassop, un autre danger se pointera à l’horizon : Joseph Kabila, tant qu’il n’est pas mis hors d’état de nuire, agira bel et bien dans l’ombre de ce nouveau pouvoir et pire encore, en gardant mains basses sur tous les leviers de commandement des services de renseignement, des forces militaires et des régies financières à la tête desquels il a placé ses hommes de confiance, il détiendra un immense pouvoir de faire ou de défaire le nouveau magistrat suprême congolais quand bon lui semblera de vouloir réinstaurer son pouvoir avec une nouvelle loi constitutionnelle élaborée à sa guise. 

Avant qu’on y arrive, les congolais sont invités à avoir leurs deux pieds sur terre. Car, malgré l’insistance des uns et des autre Kabila reste vraisemblablement le maître de l’agenda électoral congolais.  Toutes les clefs de solution ou de blocage se trouvent entre ses mains. Et dans sa tête donc, publier le calendrier et organiser des élections équivaudrait à signer son arrêt de mort politique. Voilà pourquoi il a choisi un autre subterfuge de recours à l’art. 220 qui stipule de ne céder le pouvoir qu’à un autre président élu. Sa méthode pour perdurer consistera donc à repousser le plus loin possible l’arrivée de ce nouveau président pour ne pas procéder à la passation du pouvoir. 

Au regard des nombreux facteurs endogènes et exogènes, ce premier scénario est le moins plausible de cinq. Outre l’acharnement de Kabila à s’accrocher au pouvoir, il faut aussi tenir compte des soutiens qu’il reçoit de l’Union Africaine et même des puissances européennes qui nous ont habitués à taper du poing sur la table contre Kabila tout en négociant avec lui en secret.[2] 

C’est suivant cette hypocrisie diplomatique des occidentaux qu’il faut comprendre l’actuelle bataille diplomatique de Kabila via ses émissaires en France, aux USA, en Chine et en Russie pour s’attirer les faveurs de puissants décideurs de ce monde. A ce titre, il est prêt à brader les richesses du pays pour obtenir en échange de garder son pouvoir. Ce n’est donc pas en vain que lors de son séjour aux USA, il a reçu en audience  à huis clos les hommes d’affaires américains, proches de Trump, avec des contrats d’affaire en perspective. 

Ce cas est loin d’être isolé. Les contacts secrets de Frank Paris et Rémi Maréchaux, deux émissaires d’Emmanuel Macron allés rencontrer à Lubumbashi Néhémie Mwilanya et Léonard She Okitundu[3] deux très proches de Kabila puis les récents échanges secrets à Bruxelles des proches collaborateurs de Kabila avec des émissaires du président de la commission européenne et les rumeurs persistantes sur la nomination d’un nouveau premier ministre pour contenter ses partenaires occidentaux, ces trois facteurs mis ensemble doivent mettre un frein à l’immense aspiration béate des congolais à l’exercice de leur droit souverain d’élire un nouveau président. Ce, pour la simple raison que ces faits ci-haut énumérés démontrent que Kabila n’a pas perdu du vent en poupe et que les lobbies euro-américains qui l’ont placé là en 2001 ne sont peut-être pas encore prêts à le lâcher… 

  1. Les élections non organisées et « une transition sans Kabila ». 

Le deuxième schéma est celui dans lequel le peuple congolais atterrit au soir du 31 décembre 2018 sans jamais avoir pu organiser les élections libres et démocratiques. 

C’est le schéma annoncé sans ambages par le Rassemblement de l’opposition à Moussa Faki, le président de la Commission de l’Union Africaine lors de sa visite à Kinshasa le jeudi 28 septembre dernier. En résumé, la délégation du Rassop conduite par Martin Fayulu lui a dit les points ci-après : la démission obligatoire de Kabila de ses fonctions présidentielles avant le 31 décembre 2017, le départ immédiat de Naanga de la CENI ; la dissolution de toutes les institutions à mandat électif et la mise en place d’un gouvernement de transition.[4] 

C’est de cette manière que le Rassop entend mettre en exécution son plan de sauvetage de la Nation  consistant à imposer une transition sans Joseph Kabila pour la simple raison que lui et son exécutif auraient failli à la tâche d’organiser les élections et que pour cette raison, ils auraient perdu toute crédibilité devant l’opinion publique congolaise et devant les partenaires internationaux. 

Si cela se produisait de cette manière, il importera d’envisager deux pistes. 

La première piste verrait le président du Rassop automatiquement investi président de la transition. Ce qui n’ira pas de soi au regard des ambitions démesurées des politiciens congolais et des risques sérieux que les partenaires de cette plate-forme s’empoignent dans une guerre fratricide et intestine portant chacun à vouloir prendre le commande de la transition. Les conséquences collatérales de ce choix, c’est de voir se réveiller les vieux démons de l’opposition congolaise encline à ne jamais porter dans la durée un idéal patriotique commun. C’est en ce moment précis que pourront passer à la contre-attaque, les forces négatives préparées de longue date par Kabila, infiltrées dans le rang de l’opposition et se rendant prêtes à opérer en faveur de leur maître. 

La seconde piste serait d’attribuer la direction de la transition à un homme de la société civile, n’appartenant à aucune famille politique et qui ne nourrit d’aucune ambition politique pour se porter candidat à la magistrature suprême. Ce serait alors l’application du schéma centrafricain avec madame Catherine Samba-Panza qui était tenue de se retirer du pouvoir après la tenue des élections présidentielles. 

Admettons que dans le cas de figure, le choix tombait sur le docteur Denis Mukwege comme le suggèrent beaucoup de stratèges de l’élite intellectuelle congolaise (cfr. Patrick Mbeko) ou de nombreux dirigeants de l’Union européenne ou différentes ONGS nationales et internationales. 

Cet homme jugé intègre et œuvrant au milieu d’un peuple traumatisé dont il panse les plaies et « répare » les femmes violées, s’avère du reste un acteur crédible de la société civile congolaise qui de surplus bénéficie de l’appui de grands de ce monde. Un facteur important qui le rend capable de recueillir l’adhésion tant nationale qu’internationale tout comme un atout de taille pour pouvoir rassembler des moyens financiers suffisants pour la gestion économique du scrutin électoral. De par son expertise, son expérience de terrain et sa maîtrise de la roublardise des rwandais voisins dont il sait contourner les pièges, Denis Mukwege donne mieux que tout autre congolais, toutes les garanties de réussite de la noble et grande mission de la transition qui pourra lui être impartie en vue de porter le Congo de Lumumba vers un État de droit. 

J’attire cependant l’attention des congolaises et des congolais sur le fait que le docteur Denis Mukwege ne pourra réussir cette mission qu’à quatre conditions préalables. 

Primo, qu’il se rende capable de nettoyer les écuries d’Augias de la Ceni qu’il doit commencer par auditer et rendre apolitique et indépendante. 

Deuxième condition : discuter avant tout du statut de l’ex-président Kabila qui risque de constituer une force négative et un danger permanent pour la démocratie en RDC et, par voie de conséquence, exiger le contrôle total des forces policières et militaires durant la transition pour assurer un climat serein et pacifique au processus électoral. 

Troisième condition : commencer dès maintenant à prendre contact avec la matière grise de la société civile de toutes les provinces de la RDC pour avoir le temps de mûrir sa décision et de s’informer sur l’itinéraire de ses éventuels collaborateurs pour parer à toute surprise désagréable. Cette méthodologie lui permettra de former, le moment venu, un gouvernement de transition fort équilibré, ne comportant aucun acteur politique traînant derrière lui des casseroles ou ayant déjà collaboré avec des ennemis du Congo. Le critère de ce gouvernement de transition .devant être uniquement l’aptitude à travailler uniquement pour l’amour de la patrie. 

Quatrième condition : La manière dont Denis Mukwege aura à gérer le rapport avec les puissants de ce monde qui lui ont décerné des prix  à travers les grandes capitales de l’Occident afin de ne pas se laisser instrumentaliser par eux. C’est d’ailleurs avec raison que Jean-Pierre Mbelu émettait ses réserves à ce sujet et attirait l’attention de Denis Mukwege sur les pièges des ultralibéraux mondialistes qui ont l’art de se servir des états comme proxies (…) ou des individus en qui une frange importante de la population place sa confiance[5]. Ces avertissements valent leur pesant d’or. Le conseil que je peux prodiguer à Denis Mukwege, c’est de savoir et de pouvoir jouer au plus malin pour se rendre capable de défendre l’intérêt supérieur de la Nation envers et contre tout. 

Vu qu’au stade actuel, aucun congolais  ne peut avoir un début de contrôle du destin de ce grand pays (qui a fonctionné comme une colonie internationale depuis 1885) sans des alliances solides parmi les antiques décideurs sur le sort de ce pays, le problème résiderait dans la capacité de celui qui préside aux destinées du Congo de savoir identifier clairement les intérêts vitaux de ce pays à moyen et à long terme et de savoir manœuvrer au milieu des caïmans pour faire avancer le navire Congo. Cette question sera cruciale et pour le président sensé conduire la transition et pour celui qui sera élu dans la suite au suffrage universel. Pour ce faire, les deux acteurs-clé de l’avenir du Congo-Kinshasa auront tout intérêt à s’entourer des services précieux d’un Think Tank aguerri en géopolitique, travaillant en synergie avec les services de renseignement qui lui fourniraient des informations précises en temps réel pour devenir véritablement une officine de stratèges commis à conseiller les mandataires de l’État et à les aider à prendre la bonne direction. 

  1. Les élections non organisées mais assorties d’un glissement sous Kabila 

Il s’agit à ce stade du refus de Kabila pour une passation pacifique du pouvoir et de l’application en territoire congolais, du schéma de Nkurunzinza au Burundi. 

Le constat actuel est que les nombreuses promesses de Kabila en vue d’organiser les élections en RDC ressemblent à un enfumage parce que le concerné refuse catégoriquement de se soumettre à l’article 220 de la Constitution qui lui interdit d’aller au-delà de deux mandats constitutionnels. Ayant essayé par tous les moyens de contourner la loi, Kabila se sent coincé de toute part. Ses grandes réticences à se prononcer là-dessus tout comme son refus de nommer un dauphin pour représenter sa famille politique au prochain scrutin présidentiel conforte les craintes d’ Herman Cohen qui lui a rendu visite à New York (sur invitation de Kabila) et à qui il a fait comprendre, entre les lignes, sa volonté de glissement pour longtemps[6]. 

Dans ce contexte, deux voies  plausibles s’ouvrent. 

Soit Joseph Kabila se décide de diriger la RDC par défi selon le schéma qui a été appliqué au Burundi soit alors, dans une stratégie consistant à couper l’Est de l’Ouest, il se résoudrait à créer une zone-tampon tant pour y créer un petit état indépendant avec l’option de reconquérir la RDC que pour s’en servir comme une base-arrière en vue de relancer le projet cynique de la reconquête du Congo de Lumumba. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut comprendre les efforts diplomatiques de Kabila pour s’attirer les faveurs de la France moyennant des grandes concessions à caractère économique[7] et ce, en vue de pouvoir diviser les cinq membres du Conseil de Sécurité de l’ONU vis-à-vis de son futur projet politique. 

L’analyste politique, Christophe Habonimana, nous informe qu’au mois de février 2017, le patron du Service de Renseignement (SNR en sigle) au Burundi a apposé sa signature sur un mémorandum d’entente entre le mouvement rebelle des maï-maï Yakutumba et l’État du Burundi afin de collaborer ensemble en s’accaparant tout l’Est de la RDC quitte à mettre des bâtons dans les roues de tout mouvement rebelle burundais.[8] 

Les Maï-Maï s’en mordront bien les doigts quand ils s’apercevront que l’État burundais joue un double jeu avec Kinshasa. Il y a comme une conspiration entre eux ou l’exécution en cours d’un plan macabre qui permettrait au Président Joseph Kabila de demeurer dans son fauteuil présidentiel. Cette connivence de longue date entre Kabila et Nkurunzinza, entre Bujumbura et Kinshasa pourra donner une tournure inattendue à la crise congolaise dans le prochain avenir. 

Dans cette première hypothèse où Kabila se serait décidé de diriger le Congo par défi, les congolais devront s’attendre à découvrir un Kabila doublement plus cruel que dans le passé. Tous les préparatifs en termes d’achat des armes sophistiquées, des alliances avec des nombreuses milices étrangères déjà en place au Congo, des forces spéciales sans parler de l’installation des bataillons rwandais dans les zones chaudes et réfractaires à son pouvoir, allaient dans le sens de parer à pareille  éventualité. Tous ces gros moyens sont prêts pour perpétrer des massacres en masse pour pouvoir bâillonner les velléités de libération de tout un peuple. Mais cette violence extrême peut devenir pour Kabila un couteau à double tranchant.  Elle peut tourner en sa faveur tout comme en sa défaveur au point où l’opinion internationale s’y mêlait et l’accusait de crimes contre l’humanité. 

Dans la deuxième hypothèse de créer une zone-tampon, des informations persistantes venant des sources fiables donnent à Kabila le projet de délimiter sur le Sud Kivu via la plaine de Ruzizi, Uvira et Fizi, un territoire de plus de 300 kilomètres carrés à l’Est du Congo. Territoire où il compte s’établir comme président, y emportant les 15.000 militaires de sa Garde Républicaine. 

C’est dans cette optique qu’il faille inscrire les récentes gesticulations de la fausse rébellion du Mai Mai Yakutumba. Dans la vidéo diffusée sur la toile à partir de Makobola,  le colonel porte-parole nomme cette rébellion comme le Coalition AA64, à savoir la Coalition de l’Alliance pour l’Article 64 ayant pignon sur rue à Uvira, à Rutsuru, à Masisi et à Beni, cette aire géographique là même où justement se profile la délimitation de cette nouvelle républiquette. 

D’autre part, il faut bien se méfier des déclarations incendiaires de ce colonel contre Kabila dont il promet de renverser le pouvoir. Le Mouvement du 23 mars, en sigle M23, (remarquez des similitudes dans la dénomination) prétendait lui aussi en 2012 « rétablir la vérité des urnes en faveur du candidat Etienne Tshisekedi alors que l’ex-CNDP dont ses combattants étaient issus avait fusionné avec la plate-forme politique de Joseph Kabila et l’avaient fortement soutenu pendant ces mêmes élections contre le même Tshisekedi »[9] qu’ils prétendaient soutenir. 

Les événements militaires d’Uvira font étalage de la stratégie de mensonge et de diversion propre aux rwandais et aux héritiers de l’AFDL en poste à Kinshasa. Tenez ! Le meneur de mouvement AA64, répondant au nom de William Amuri Yakutumba est un un ex-officier des FARDC et, bien curieusement, il n’est personne d’autre que le cousin de Néhémie Mwilanya, l’actuel Directeur de cabinet de  Kabila en  même temps qu’il s’avère être un très proche du président Kabila et de Kalev Mutond. Au dire de plusieurs sources, cet officier supérieur aurait été chargé par la kabilie d’infiltrer les milieux Mai Mai et donc dans ces conditions, l’on n’ a pas besoin d’être intelligent pour comprendre que cet officier agit « en service commandé » à Uvira. 

Cette masse d’informations sur l’identité de cet officier supérieur illustre la complexité dudit dossier dès lors que l’on sait que ce groupe Mai Mai dont se réclame William Yakutumba, possède, tout comme Joseph Kabila, sa base-arrière au Burundi. Bref, et les Mai Mai et Kabila traitent avec un seul et même allié burundais. Trop de convergences parallèles pour ne pas y voir une énième rébellion fabriquée juste pour ruser l’opinion congolaise qui louerait le sens patriotique de ces faux rebelles là où le commanditaire de ce derniers qui tire les ficelles vise simplement à bloquer les élans congolais à leur libération à l’approche du délai butoir du régime de Kinshasa. 

Devant le refus catégorique du peuple congolais de le voir rempiler, d’autres sources concordantes basées à l’Est affirment que « Joseph Kabila tiendrait en réserve des troupes dans la région de Bujumbura, au Burundi, pour attaquer l’est de la RDC et qu’il aurait choisi le pays de Nkurunziza (le Burundi) comme arrière-base de l’invasion à partir de laquelle il envisage lancer  des attaques sur le Sud-Kivu via la plaine de Ruzizi, Uvira et Fizi pour en faire un état indépendant. Ce qui du coup nous fournit un faisceau de lumière sur le déplacement au mois d’août dernier à Bujumbura, de la jeunesse PPRD dans le cadre d’échange stratégique avec la milice du pouvoir Burundais nommée « Imbonerakure »[10] et sur d’éventuels préparatifs en cours avant le jour J. 

  1. Une révolution de palais ou un coup d’état militaire 

La courbe descendante de Joseph Kabila, pourtant resté loyal avec le système de prédation du Tutsi Power qui l’a fabriqué et fait roi, confère de plus en plus au président congolais le statut d’un allié gênant et encombrant à cause du rejet massif dont il est victime soit à l’intérieur de la RDC soit à l’échelle internationale. 

Pour empêcher le peuple congolais de se soulever ou de prendre sa revanche sur celui qui a décimé six millions de ses enfants et pour garantir leur contrôle sur le sol et sous-sol congolais, Yoweri Museveni et Paul Kagame s’arrangeraient pour provoquer une révolution du palais. Ayant leurs affidés au niveau des services de renseignement et au haut sommet de FARDC dont le rwandais Charles Bisengimana se prépare à être nommé chef d’état-major dans les tout prochains jours.[11]  Ils auront donc le pouvoir de téléguider un coup d’état et éventuellement l’assassinat de 

Des très proches du général Mundos ont livré des confidences ultrasensibles selon lesquelles, pour porter à terme le projet de création d’une républiquette de 300 kilomètres carrés, Kabila « s’appuie sur les efforts de certains généraux corrompus des FARDC dont le général Mundos avec les autres tels que Delphin Kahimbi, Olenga, John Numbi, Gabriel Amisi, Rugahi, Bonane et toute la gamme des officiers rwandophones qui patronnent l’armée congolaise et qui doivent collaborer avec le gouvernement rwandais, le principal pilier de la machination et  bénéficier du soutien des Imbonerakure, la milice du pouvoir en place au Burundi.».[12] 

Même si Kabila a pris la précaution de former un bataillon des zimbabwéens pour sa sécurité rapprochée, ces derniers ne pourront pas lui garantir une protection à cent pour cent en face de ces officiers supérieurs qui verraient dans leur transfert vers les plaines de Ruzizi, un énorme désavantage face à la dolce vita vécue jusque là à Kinshasa, bien loin de zones de conflits. Leur refus de prendre de risque pour Kabila contre leur vie personnelle pourrait bien inspirer la bravoure d’un loup solitaire ou encore d’un groupe de hauts officiers pour éliminer physiquement le Rais. Si personne de ces officiers n’aurait le courage de franchir le Rubicon, il faut mettre en exergue la véritable crainte de Museveni et de Kagame vis-à-vis de l’épée de Damoclès de la CPI suspendue sur la tête de Kabila et donc la possibilité que ce dernier une fois arrêté, livre des secrets accablants pour les deux faiseurs de roi à propos des millions de morts congolais dont ils sont tous comptables. Le faire assassiner avant qu’il ne soit arrêté et ne témoigne, resterait pour eux comme la meilleure des options. 

Ne perdons pas de vue le dépôt d’une double plainte à la CPI le 15 août 2017 dernier par deux partis d’opposition rwandaise et par l’APRODEC respectivement contre Sieur Paul Kagame pour les opposants rwandais et contre Sieurs Paul Kagame,  Yuweri Museveni et Joseph Kabila de la part de l’asbl belge. Les deux parties requérantes ont déposé des dossiers bien fouillés pour que la CPI se saisisse d’innombrables plaintes contre Kagame, Museveni et Kabila qui tous trois portent à leur actif plusieurs guerres ayant occasionné de millions de morts, des nombreux déplacements de populations, des viols des femmes, l’enrôlement des enfants sans parler des pillages inouïs des richesses de la RD Congo. 

Dans pareil contexte explosif où Kabila venait déjà d’être approché par la Procureure Fatou Bensouda lors de son dernier séjour à New York pour pouvoir répondre à une convocation de la CPI en novembre prochain, ses anciens alliés peuvent prendre cet acte comme signe avant-coureur d’une future réaction judiciaire en chaîne qui aura des effets dévastateurs sur les protagonistes de ce système d’occupation. Ainsi donc, précipiter un coup d’état en RDC ou organiser carrément un assassinat de Kabila permettraient au Rwanda tout comme à l’Ouganda de faire une fuite en avant en changeant la donne politique pour modifier le cours des événements. Supprimer ce témoin gênant leur permettra au final de garder la haute main sur la nomination du successeur de Kabila. A la lumière de ce qu’ils avaient fait d’Ernest Wamba Wamba à la présidence du RCD ou de Mzee Kabila à la présidence de la RDC, ils pourraient alors mettre en exécution leur vieille méthode de nommer PROVISOIREMENT un sujet d’origine congolaise avant de l’écarter ou carrément de le tuer pour le remplacer par un frère du sérail tutsi. Le résultat ? Ce sera le retour à la case du départ. Le retour à l’occupation congolaise par une clique étrangère avec un nouveau cheval de Troie. Kabila tomberait mais le système de prédation resterait intact. 

  1. L’implosion des masses populaires congolaises frustrées et désespérées 

Un facteur non moins négligeable dans la future dynamique des événements, c’est bien la réaction de plus en plus incontrôlable des masses populaires à qui vivre ou mourir ne comportent plus beaucoup de différence. Ce ras-le-bol des populations devant l’inertie du pouvoir politique peut engendrer des situations imprévisibles dans un proche avenir. Ce sera alors à l’image d’une marmite mise au feu et dont la pression de l’eau bouillante fait sauter le couvercle… 

La crise économique actuelle conjuguée à un horizon réellement bouché de leur avenir peut le plonger dans un tel désespoir qu’arrivée au 31 décembres sans une solution politique claire et plausible, les masses populaires congolaises implosent dans une réaction de masse pour déboulonner les fondations du système d’occupation mis en place par l’AFDL. 

Se sentant trahi par ses mandataires et abandonné par ses leaders politiques de l’opposition qui auraient démontré leur inefficacité manifeste, le peuple congolais se décide alors de se prendre lui-même en charge grâce aux nombreux appels de pied des leaders de la société civile. 

Faut-il encore que ces masses populaires comprennent ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte. Le premier a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ces manifestations populaires ne feront pas long feu  si elles ne naissent pas des convictions solides longuement méditées, discutées et conçues pour être enfin imprimées dans la pensée des protagonistes et qu’elles ne poursuivent un idéal  pour la réalisation duquel  chacun est prêt à donner sa vie. 

Ici, de nombreuses expériences ont démontré dans le passé l’infécondité des manifestations populaires dans les rues. Cette implosion populaire pourra arriver à chasser Kabila et son régime à  la seule condition qu’elle soit préparée et encadrée par des stratèges et portée sur la durée pour semer doute et panique dans le camp adverse. Ce qui demande une grande coordination des forces locales et celles de la diaspora, des moyens financiers conséquents pour nourrir les milliers qui feront le front pendant des semaines. 

Le travail titanesque d’éducation civique amorcé depuis des mois par la Cenco via ses nombreuses commissions Justice et Paix diocésaines et paroissiales pour neutraliser la bande de criminels qui a pris en otage le destin du peuple congolais puis la jonction, tout dernièrement à Bruxelles, de ce travail de la Cenco avec Sindika Dokolo et de nombreux activistes de la société civile ayant mis sur pied l’opération « Debout le Congo » pourra être d’un grand prix dans les jours qui viennent à condition de se donner un seul leader qui coifferait toutes leurs initiatives et leur donnera une coordination et une orientation politiques. Ce serait de bon aloi que cette société civile prenne langue avec Denis Mukwege pour coordonner les forces en vue de rendre leur stratégie plus efficace contre le Léviathan. 

En fin de compte, le peuple congolais se libérera totalement quand à l’issue de cette implosion, il se reconstituera en masse critique repensant son histoire, passant, comme le suggère Achille Mbembe, du paradigme de la réfutation à une parole affirmative, le rendant confiant en lui-même[13]. Il pourra enfin commencer à parler de lui-même, de son bien-être et de celui de générations futures de ses enfants et petits-enfants. Tant qu’il se cantonnera dans la logique du contre-discours, il restera toujours dans la sidération d’un discours dominant et dans la fascination de celui qui a occupé ses pensées depuis l’entrée de forces de l’AFDL. Grâce aux effets collatéraux de cette implosion populaire,  l’heure sera  alors venue de se libérer dans son mental en vue de libérer ses énergies intellectuelles et spirituelles pour  se remettre enfin sur le devant de la scène. 

Que faire désormais? 

Conformément à ce que  nous avions annoncé anticipativement il y a deux années via deux études bien fouillées[14], dans le contexte actuel de la région des Grands Lacs, la crise qui secoue le Burundi est un puzzle dont les pièces du conflit sont disséminées dans une stratégie de ruse, qui mêle apparence et réalité pour fixer la force ennemie sur un leurre et pour concentrer ses forces sur son lieu de dispersion. Ainsi donc, derrière la crise burundaise se dessinaient déjà depuis deux ans, de grandes manœuvres politiques qui annonçaient une redistribution des cartes suite aux échéances électorales à venir qui devraient se dérouler au Burundi (2015), au Rwanda (août 2017) et en RD Congo (d’abord prévu en décembre 2016 puis renvoyé plus tard en novembre 2017). Les deux premiers ont déjà franchi le cap. Reste le troisième acteur du club. Que les congolais sachent d’ores et déjà que toute transition concédée à Kabila au-delà de décembre 2017 donnera du temps et des moyens nécessaires pour pérenniser son pouvoir à l’instar de Kagame et de Nkurunzinza. 

Pour tout dire, un simple regard rétrospectif nous enseigne que  le triumvirat Kagame-Nkurunzinza-Kabila avance méthodiquement pour la conservation du pouvoir au-delà des limites constitutionnelles. Ce triumvirat s’adapte aux nouvelles circonstances tant il est vrai que le contexte actuel de la résistance qui a commencé à comprendre son modus opératoire devient plus vigilant et plus alerte. 

La ruse a toujours été la meilleure arme de ces trois hommes politiques. La ruse et la surprise pour être plus complet. Ils s’affairent à ce que l’adversaire ne s’imagine pas quand, où et comment ils vont attaquer. Ils tentent de s’adapter sans hésitation ni distraction de manière flexible au rythme de l’adversaire qui commence à vouloir défendre ses positions. Eux se muent… Ils changent… Chacun de ces trois acteurs acteur joue au caméléon pour prendre les couleurs de son environnement et dissimuler ses intentions profondes. Chacun joue contre la souveraineté de son propre peuple. Au pire, chacun est aussi susceptible de jouer contre les intérêts de ses propres alliés au sein du même club des dictateurs.  Toutefois, si l’adversaire direct de ce club (peuple congolais) ne s’attend pas à leur attaque, alors ils attaqueront. S’il les attend, ils n’attaqueront point. 

Voilà à quoi nous devons veiller les jours qui viennent : ne pas nous laisser distraire dans cette guerre faite de désinformation et de ruse à l’instar des opérations sur terrain qui viennent d’être lancées cette semaine à Uvira mais qui pourront les jours à venir s’étendre jusqu’à Kinshasa[15], le siège des institutions et le symbole de l’imperium du pouvoir en RDC. Le Kivu et l’Ituri étant la poudrière des Grands Lacs et l’axe central de stabilité et de sécurité des états de la région[16], il nous faut voir au-delà des apparences et tracer la véritable trajectoire que suit l’action politique et militaire du triumvirat ci-haut cité pour ne pas nous laisser dicter les règles d’un jeu politique qui nous ôterait l’initiative. De souveraine, notre liberté d’action deviendra piteusement contrainte et imposée du dehors prolongeant ainsi ad vitam notre servitude. 

Voulons-nous, nous peuple congolais, gagner cette guerre ? Voulons-nous vraiment nous débarrasser une fois pour toutes de ce système d’occupation inique et cruel ? Alors prenons en grande considération l’avis d’André Beaufre : « le vainqueur d’un conflit est celui qui sait maitriser l’interaction des volontés des protagonistes, c’est-à-dire son jeu, celui de son adversaire et la confrontation de deux qui s’adaptent au changement de circonstances. C’est à partir de cette dynamique évolutive qu’il conviendrait de concevoir et de conduire toute stratégie… Dans ce face-à-face tactique, l’action de l’un lie celle de l’autre, mais le stratège qui le comprend effectue un premier pas vers la victoire. » 

Le sixième stratagème chinois consistant à faire beaucoup de bruit à l’Est pour attaquer à l’Ouest est en voie d’exécution. Des signes avant-coureurs s’accumulent à l’Est qui nous indiquent la direction des efforts déployés par le triumvirat aux fins d’entraîner notre désintégration politique et de nous faire accepter l’inacceptable, à savoir les nouvelles conditions de gouvernance qu’il veut nous imposer. D’où l’urgence continuelle du monitoring de l’esprit adverse pour pouvoir nous élever au-dessus de ses desseins et nous rendre capables de lui dicter notre initiative à nous et de parvenir enfin à la victoire de l’instauration d’un État de droit. Voulons-nous réellement commencer la nouvelle année 2018 dans la liberté ou dans la servitude ? A chaque congolais de donner sa réponse…

Je m’interroge

1 Oct

Je m’interroge

Les crimes commis sous le régime ignoble du président de la RDC, sans mandat, illégal et illégitime, le nommé Joseph Kabila, sont nombreux. La liste est si longue qu’il est pratiquement impossible de les citer tous. Le Rapport Mapping, publié par les Experts des Nations unies, a inscrit certains pour l’éternité. Néanmoins, il est permis de rappeler rapidement les événements sur les femmes enterrées vivantes, les massacres de Tingi-Tingi, de Kisangani, de Makobola, les corps jetés dans le fleuve à Mbandaka, les différentes guerres dans les deux Kivu, les femmes violées, les compatriotes égorgés comme des animaux sauvages à Butembo, Beni, Bunia, Ituri par les soldats rwandais intégrés dans les FARDC, les massacres des adeptes de Bundu dia Kongo dans le Kongo Central et des adeptes de Mukungubila à Kinshasa, les enfants et les étudiants révoltés lors des manifestations de rue des 19, 20, 21 22, 23 janvier 2015 à Kinshasa, transformés en indigents par les autorités congolaises et entassés dans des fosses communes dans la périphérie de Kinshasa, etc. et dernièrement les massacres dans le grand Kasaï.

A chacun de ses événements tristes et douloureux de notre vie nationale, des vidéos très choquantes et déchirantes ont circulé sur nos réseaux sociaux mais ils n’ont jamais suscité autant d’émotions de la part de laudateurs que la triste scène de cette maman obligée de forniquer avec son fils en public en guise de punition pour avoir dénoncé les Kamwina Nsapu selon la version des laudateurs du régime (je ne peux pas me prononcer sur la véracité de cette version car je ne comprends pas le tshiluba et je ne connais pas les circonstances réelles de cette tragédie ; aucune enquête sociologique n’a accompagné la vidéo sur l’origine de la scène immonde).

Tous les actes ignobles doivent mériter notre indignation collective mais pour quelle raison les laudateurs sont-ils si sélectifs dans leur indignation ? Je m’interroge. Dans la discussion qui épuise l’énergie des pro et des anti du régime actuel par défi, il faut rappeler que cette discussion a été amenée sur la scène publique après l’échec cuisant du discours du président de la RDC, sans mandat, illégal et illégitime, le nommé Joseph Kabila, à l’Assemblée Générale des Nations unies. Dois-je penser que ce débat sur cette maman obligée de forniquer avec son fils en public en guise de punition a été amené sur nos réseaux sociaux pour nous éloigner de cet autre débat utile sur la place et le rôle de notre pays sur la scène internationale, après l’échec cuisant de notre diplomatie à New York ? Je suis tenté de le croire. Sinon, comment expliquer cette coïncidence ?

En répondant au Compatriote Bin Mudia qui m’a violemment et inutilement contrarié, j’ai répondu en disant que devant une crise majeure, l’homme intelligent réfléchit prioritairement à la cause et pas à l’effet car en supprimant la cause on supprime ipso facto l’effet. Ai-je été compris ? Si la réponse est OUI, il devient possible d’aller de l’avant ; dans le cas contraire, nous perdrons encore de l’énergie plutôt utile à réfléchir aux solutions susceptibles de stabiliser notre pays.

Ne soyons pas sélectifs mais cohérents et rationnels. Reconnaissons que l’Etat congolais est totalement en panne et mérite d’être rapidement redressé par ses citoyens engagés dans un sursaut patriotique, avant qu’il ne soit trop tard. Nos querelles nous épuisent et nous éloignent de l’essentiel : la renaissance d’un Etat de droit.

Pour l’amour du Congo.

Bon dimanche et paix chez vous.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Le 1er octobre 2017.