Un chef d’Etat par province afin de dépassionner le débat politique (suite)

17 Sep

Cher Compatriote Arthur Kalombo Kabengu,

Débat sur la proportionnalité.

Je vous remercie pour votre message faisant suite au mien sur le sujet en débat.

Je comprends parfaitement que vous soyez difficilement convaincu par mon article car vous n’avez pris en considération qu’un seul élément au lieu de l’ensemble. Notre compatriote Evariste Mpwo a clairement indiqué les points principaux que j’ai soulignés, à savoir qu’il y a des préalables à mettre en place avant de procéder à ma proposer d’ « un chef d’Etat par province afin de dépassionner le débat politique et de lutter contre le tribalisme et l’ethnicisme ». Parmi ces préalables, il y a la proportionnalité, la réduction de la durée du mandat présidentiel, le transfert des compétences vers les provinces, etc. Si ces éléments ne sont pas pris en compte, la compréhension de mon texte restera hélas tronquée. En plus, cette proposition n’est qu’un extrait isolé d’une série de propositions contenues dans mon livre intitulé : Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC, Paris, L’Harmattan, 2007.

La proportionnalité est la relation dans laquelle se trouvent des quantités proportionnelles entre elles. En d’autres termes, elle est le fait de répartir (quelque chose) selon une juste proportion ou encore la capacité voire la nécessité d’intégrer des éléments dans un groupe ou dans un Gouvernement selon une juste proportion. On peut dire par exemple que le nombre de ministres ou de soldats ou d’agents dans les services de sécurité ou de renseignement doit être proportionnel à la population de chaque province. Ce nombre peut être fixé en pourcentage. On agirait de la même façon au niveau de chaque province face à la représentativité des grandes composantes tribales. Une telle contrainte évite tout sentiment de tribalisme, de népotisme et de favoritisme. C’est bien ce qu’on appelle trivialement « équilibre régional ». Les Suisses pratiquent la proportionnalité avec bonheur.

Lorsque l’autre est en nous ou lorsque l’autre devient une partie de nous et que nous nous sentons obligés de composer avec lui, nous ne pouvons plus le rejeter sans être sanctionné (lorsque la proportionnalité est imposée par la loi). Au contraire, nous apprenons à vivre en harmonie avec lui.

Je pense que les Etats-Unis ne sont pas le bon choix pour comparer le contexte de notre pays pour trois raisons principales : l’origine de la création de ce pays, la Constitution de ce pays et l’unilinguisme des Etats-Unis. Pour avoir étudié la Constitution des Etats-Unis et la Constitution suisse mais aussi pour avoir vécu pendant une courte période dans votre pays, je peux dire que la Suisse est le meilleur exemple à suivre pour établir la comparaison avec la RDC. Les Suisses parlent quatre langues nationales comme les Congolais en RDC. Il y a en Suisse des groupes ethniques d’origine comme en RDC alors que les Etats ne pratiquent qu’une langue et ses habitants sont venus d’ailleurs (à part les Indiens qui ont été massacrés par les premiers colons). Aux Etats-Unis, c’est la possession de la fortune et l’appartenance à l’un de deux grands partis qui déterminent le choix du Président alors qu’en Suisse c’est l’origine ethnique et linguistique qui définit l’alternance au pouvoir en tant président de la Confédération. Vous pouvez voyager à travers les Etats-Unis en parlant une seule langue (l’anglais) et être compris partout, ce qui n’est pas le cas en Suisse et en RDC où il faut connaître et parler plus d’une langue. Si les pères fondateurs des Etats-Unis ont « joué » sur la méritocratie, il faut vite préciser que cette méritocratie est à coupler avec la fortune du candidat à l’élection présidentielle ainsi que l’origine blanche et britannique du candidat (vrai jusqu’à l’élection d’Obama) alors qu’en Suisse, c’est l’appartenance linguistique et partisane qui est prioritaire. Je peux multiplier les exemples pour prouver que les Etats-Unis ne sont pas le bon exemple qui peut nous servir de source d’inspiration pour le Congo.

J’admets que Mobutu a tué la formation universitaire avec son système de quota qui n’a fait qu’accentuer le tribalisme et la corruption. Mobutu n’a pas promis le déluge, il l’avait volontairement préparé. Lorsqu’il disait : « Après moi le déluge », il ne faisait que confirmer la conséquence de sa mauvais politique.

Moïse Tshombe n’est pas le bon exemple car une fois au pouvoir, il s’est partagé les postes clés du Gouvernement avec Munongo. On a accusé Kasa-Vubu d’être tribaliste alors qu’il a sauvé l’unité du Congo. En revanche, Moïse Tshombe était celui que les Belges avaient utilisé pour créer la sécession du Katanga et il avait mordu par égoïsme et régionalisme.

Je partage ce que vous dites sur l’inutilité du dialogue dans le contexte actuel. Vous vous souvenez que je m’étais catégoriquement opposé à l’idée de dialoguer avec le régime actuel et j’ai soutenu la raison pour laquelle on ne doit pas dialoguer pas avec un tyran. J’ai été très mal compris au point où quelques compatriotes rappelaient dans les échanges que Fweley était contre le dialogue et qu’il ne fallait pas l’associer à la réflexion à tenir. Le dialogue a eu lieu après plusieurs rencontres dans des pays étrangers. Qu’avons-nous obtenu ? Ai-je eu raison ou pas ?

Dans mon livre intitulé « Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC », éditions L’Harmattan 2001, je me suis attardé sur les différents dialogues et conclaves qui ont jalonné l’histoire de notre pays jusqu’à la conférence nationale non souveraine. Nous connaissons les résultats. C’est sur la base de cette longue expérience que je me suis opposé aux concertations nationales en disant au Compatriote Omer Songo die Lema, avant leur convocation, qu’ : « avant les concertations nationales = après concertations ». Comme il ne m’a pas cru, il s’est lancé dans des explications. Mais il s’est vite tu lorsqu’il a vu les résultats. Depuis, il n’est plus revenu sur ce sujet et ne cite plus mon nom dans ses articles. Les résolutions prises à l’issue des concertations nationales n’ont jamais connu un début d’application. L’argent du pays a été jeté par les fenêtres. Pareil pour les deux dialogues qui ont suivi. Nous n’arrivons pas à nous en sortir à cause tout simplement d’une question de rapports de force. Notre opposition est trop divisée et chacun de nous a tendance à soutenir son leader de tribu (ou de région) au lieu de soutenir l’un des Congolais parmi les plus compétents qui, en plus, sait anticiper.

A mon avis, le tribalisme cessera non pas avec « l’avènement d’un pouvoir fort » comme vous le dites, mais avec le recours à la proportionnalité. C’est un concept que nous devons comprendre et intégrer dans la Constitution et dans notre manière d’agir, car il a fait ses preuves dans les pays qui le pratiquent, comme la Suisse.

Pour lutter contre le tribalisme, nous devons agir au niveau culturel (permettre aux enfants de chaque groupe ethnique d’apprendre la langue des autres groupes ethniques dès l’école primaire comme les Suisses le font), il faut en plus favoriser les échanges (les élèves d’une province vont étudier pendant une année ou deux dans une autre province pour améliorer leurs acquis linguistiques de la langue parlé dans ladite province). La question est complexe mais les solutions existent et j’y réfléchis régulièrement à titre personnel. Nos quatre langues nationales (swahili, tshiluba, kikôngo et lingala) sont un atout, malheureusement, nous en faisons un frein. Je suis convaincu que nous finirons par trouver une voie commune à forcer de commettre des fautes, car, on apprend aussi par essais et erreurs. Le régime de Kabila a organisé des fraudes électorales en 2006 et en 2011. Maintenant le peuple congolais refuse catégoriquement de se laisser avoir. « Chat échaudé craint l’eau froide », dit-on. Il est question d’avoir des femmes et des hommes avertis au pouvoir : eux qui ont longuement réfléchi et qui ont en plus pensé à des solutions avant d’arriver au pouvoir.

Il y a au Congo, des compatriotes qui n’ont jamais soutenu un leader qui n’est pas un membre de leur communauté tribale ou régionale. Quelles que soient les compétences que possèdent un tel leader, un tribaliste le rejette automatiquement pour privilégier le sien. Vouloir voir à tout prix le sien parvenir à la tête de l’Etat, même lorsque cet individu ne remplit pas toutes les conditions est ce qui tue notre pays. Comment pouvons-nous construire l’unité nationale avec un tel comportement ? Les méfaits du vote tribal sont incommensurables.

J’ai toujours été du même avis que vous en matière de constituer l’union pour l’opposition. J’ai même fait une longue proposition sur cette question bien avant la rencontre de Genval. « L’Union fait la force », selon la devise des Belges. Le chacun pour soi risque de tuer le Congo qui est l’unique puissance de l’Afrique au sud du Sahara. Malheureusement, nous Congolais ne l’avons pas encore compris.

C’est par la loi et la proportionnalité que nous parviendrons à vaincre progressivement le tribalisme tout en gardant la tribu.

Cher Compatriote Arthur Kalombo, il n’est pas nécessaire de mettre des gants lorsqu’on débat sur une question aussi délicate que l’avenir d’une nation. Je vous remercie pour les propos que vous avez tenus car ils nous aident à aller de l’avant. C’est en tenant des débats sans état d’âme et sans injure que nous éviterons de tourner en rond. La construction du Congo et le maintien de son unité est notre responsabilité commune.

Avec mes meilleures pensées. Aimons le Congo comme nous aimons notre être.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

le 17 septembre 2017

Lire sur le tribalisme :

  • Jean-Loup Amselle, Elikia M’Bokolo (sous la direction de), Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, Paris, La Découverte, 1985.
  • Mabika Kalanda, La remise en question. Base de la décolonisation mentale, Bruxelles, éditions Remarques Africaines, 1967.
  • Jean-Pierre Chrétien et Gérard Prunier, Les ethnies ont une histoire. Paris, Ed. Karthala, 2003.

 

Message de M. Arthur Kalombo Kabengu

Cher Professeur Diangitukwa,

Je suis difficilement convaincu par votre article sur le partage de la poire en deux pour depassionner le debat politique en proposant l’echelonnement des chefs de l’Etat par province. La raison pour laquelle je m’oppose a cette idee est qu’elle n’est ni plus ni moins la CONSTITUTIONALISATION DU TRIBALISME qu’on veut combattre. Le tribalisme est fonde sur les origines tribales et depuis, l’independance, toutes les peripeties politiques au Congo en sont entachees.

Je vais passer par des exemples aux Etats-Unis ou je vis, pays qui existe depuis deja plus de deux siecles. L’Amerique a 50 Etats que nous pouvons interpreter comme provinces chez nous et n’a pas encore totalise 50 presidents. On sait que certains.  Etats ont deja eu plus de trois Presidents. Au Texas ou je vis, je connais trois presidents: Lindon B.Johnson, George H. Bush et George W.Bush. Ces deux derniers sont pere et fils et originaires non pas du Texas mais du Maine dans le nord du pays vers la frontiere avec le Canada!

Rienque cet exemple peut expliquer la vision des peres fondateurs de ce pays qui ont joue sur la meritocratie.

Revenons au Congo notre pays. Si le tribalisme peut etre resolu au niveau des Chefs d’Etat a tour de role par province, nous pouvons pousser la logique plus loin que la province en question epuise ses tribus en ayant chacune un Chef de l’Etat avant de passer a l’autre province. Voyez-vous le topo?

Il est vrai que le tribalisme existe et qu’il nous derrange serieusement. Comment s’en defaire?Retablir l’ESPRIT DE COMPTETITION que Mobutu avait detruit par son tribalisme institutionalize par la Politique des Quotas Regionaux avec comme argument aussi enfantin qu’il fallait favoriser ceux qui n’avaient pas reussi depuis l’epoque coloniale a se rattraper tandis que les autres devraient s’arreter. Au fait, dans la tete de Mobutu, on pouvait arreter le progress. Et pardi, il l’a arrete, raison pour laquelle le Congo est dans cette petaudiere politique. Et pourtant, la Premiere Republique s’etait lance, malgre les difficulties de depart, a preserver les acquis de la colonisation. Je laisse a ceux qui pensent que la colonisation n’a ete que le deluge, se conforter dans leurs analyses. Mais je pense que Mobutu, en promettant le deluge aux Zairois, sa memoire ne semble pas avoir ete trahie.

Laissons le tribalisme a cote et etablissons les normes. A quoi bon s’epoumonner a ecrire des constitutions qu’on ne respecte pas? A quoi bon multiplier des dialogues a n’en pas finir. Vous etes un grand auteur, donc une personne particulierement documentee. Faites un peu le decompte des dialogues, conclaves, consultations, conferences sur le Congo depuis l’independance, vous serez etonne de voir le nombre incalculable de ces rencontres. Tous les points de discorde ont en filigranne, comme point de depart, la coloration tribale. On peut analyser par province et trouver qu’a l’interieur meme d’une province , les violons ne s’accordent pas entre differents clans voire familles. Souvenez-vous, a titre d’example, que Lumumba avait impose, au gouvernement, Thomas Kanza a Kasavubu qui n’en voulait pas du tout a cause de son inimitie pour le Mbuta Kanza.

Le probleme de tribalisme cessera avec l’avenement d’un pouvoir fort pour decourager toute velleite de retour a l’ordre ancien des faveurs au detriment de la meritocratie. Que vous soyez Muyombe, Muyaka, Mungando ou Muluba, si votre concept de la Nation peut convaincre tout le monde comme Tchombe l’avait reussi en 1964 a la tete de la CONACO, il n’y a pas de raison qu’onvous empeche de prendre la tete du pays. N’eut ete le faux coup d’Etat de Mobutu, les elections de 1965 auraient ete remportees haut la main par Tchiombe sur toute l’etendue du Congo. Et ce, malgre la Constitution de Luluabourg preconisee par les Nations Unies, justement pour favoriser le tribalisme dont on etait  sur de porter les germes de la paix entre tribus!

Donc, le tribalisme devra etre detruit au niveau culturel par l’education et de la nouvelle generation

et des masses.

Et ce travail peut etre fait par des technocrates qui ne soient pas tentes par la representation regionale mais par la meritocratie.

Aujourd’hui, nous avons des inombrables groupes aux pensees politiques diverses, autant des partis politiques et des societies politiques sans compter de ceux qui se cramponnent au pouvoir. Pensez-vous honnetement , que sans l’esprit du veritable rassemblement des peuples du Congo comme je l’ai ecrit a plusieures reprises, on arrive a faire le meme chemin? Pas du tout. Force est de reconnaitre que ce sera du Chacun pour soi et Dieu pour tous.

Que ceux qui ont la chance de se trouver des atomes crochus pour se mettre ensemble, foncent s’ils sont convaincus de la droiture de leur pensee. C’est peut-etre, lorsqu’au bout du rouleau, ils s’apperceverront qu’ils s’etaient trompes en ne se mettant avec les autres pour creer une force qui provient de l’union, ils feront la marche arriere. Aussi faut-il qu’ils se fassent accepter dans le cercle solide qui se serait forme.

Respectons les normes, ayons des personnes qui voient le pays et non leurs tribus et qui soient a la tete de la Justice. Le tribalisme tombera de lui-meme comme un fruit mur.

Les Etats-Unis est un pays ou vivent toutes les tribus du monde entier. Il n’y a jamais des troubles a causes de cela. Parce  la loi est d’application pour tous. Lorsqu’il y a des manifestations, meme raciales, vous trouvez des Blancs, des Noirs et des Jaunes, des Hindous, Pakistanais comme dans ce qui se passe a St Louis, Missouri parce qu’un policier qui avait tue un Noir a ete acquitte!

Le tribalisme est pour les gens qui ne se sentent pas capables d’AFFRONTER LA COMPETITION parce que paresseux par essence ne voulant que vivre par la loi du moindre effort. Le tribalisme permet de detecter les faibles d’esprit.

Professeur Diangitukwa, je regrette que je ne sois pas vetu de gants comme vous pour exprimer mes opinions. Je suis arrive a m’enerver de fois comment nous tournons en rond.

Paix chex vous

Kalombo Kabengu

2017-09-16 17:49 GMT-05:00 afriquenouvelle@bluewin.ch <afriquenouvelle@bluewin.ch>:

Dans mon livre intitulé Fweley Diangitukwa, « Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC » paru en 2007 aux éditions L’Harmattan à Paris, j’ai proposé, aux pages 180 et 181, une présidence par province et à tour de rôle pour dépassionner le débat politique.

Voici précisément ce que j’ai écrit :

« Avec un peu de clairvoyance, il est possible de dépassionner le débat politique, en proposant des solutions démocratiques révolutionnaires mais idéales. On peut par exemple échelonner le choix du chef de l’Etat par province (successivement), en commençant par les provinces qui n’ont jamais eu de chef de l’Etat. En réduisant le mandat présidentiel à trois ans voire à deux ans, toutes les provinces pourront avoir la certitude de gouverner la République en l’espace de 48 ans sinon 36 ans. Cette durée est raisonnable et elle correspond à l’âge moyen du Congolais. D’aucuns trouveront cette durée trop longue, mais c’est oublier d’avance qu’une seule province a déjà gouverné le pays pendant plus de 30 ans (1965-1997). [Je dois rappeler que le président actuel, sans mandat, sans légalité et sans légitimité a dirigé la République de 2001 à 2016] Le chef de l’Etat qui dirigera la République sur la base d’un programme prédéfini par la Chambre haute et par la Chambre basse (Sénat et Assemblée nationale) s’appuiera sur un gouvernement et une armée composée de représentants (proportionnalité) de toutes les provinces. Si une telle volonté politique est clairement inscrite dans nos institutions, en l’occurrence dans la Constitutions, le débat politique deviendra moins passionnel et chaque province aura l’espoir de gouverner le pays. Mais il faut dire qu’une telle modification doit s’accompagner d’un transfert important des compétences vers le gouvernement provincial et local, afin que les attentes prioritaires des citoyens trouvent rapidement des réponses. Il faut par ailleurs réduire les prérogatives du chef de l’Etat comme les Suisses l’avaient institutionnellement fait. En Suisse, le président de la Confédération ne dirige le pays que pendant une année. En RD Congo, la réduction du mandat présidentiel évitera des abus en cas d’élection d’un chef d’Etat notoirement incompétent ».

Ces idées proposées il y a dix ans sont toujours d’actualité. C’est le mérite de savoir anticiper lorsqu’on réfléchit sur l’avenir de notre pays. Le tribalisme est un fléau et le recours à la loi est la meilleure façon de le combattre.

Le président Mobutu était un tribaliste notoire et Kabila l’est aussi. Dans tous les gouvernements mis en place par ce dernier, certaines provinces (et souvent les mêmes) sont surreprésentées au détriment d’autres. Le recours à la proportionnalité est la seule solution pour sortir la République du tribalisme et de l’ethnicisme.

Vous l’avez compris, je suis un défenseur de l’Etat unitaire au niveau national et d’un Etat fédéral au niveau continental. Ceux qui le souhaitent peuvent se référer à mes publications sur ces questions et plus précisément aux livres ci-dessous :

Sur l’Etat unitaire :

Fweley Diangitukwa, Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC, Paris, éditions L’Harmattan, 2007.

Sur le fédéralisme africain :

Fweley Diangitukwa, L’Afrique doit renaître, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2016.

Sur le développement de notre continent :

Fweley Diangitukwa, Quand les Africains se réveilleront, le monde changera, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2016.

Pour commander :

Fweley Diangitukwa

1, Avenue Rolliez

CH-1800 Vevey

SUISSE

E-mail :

afriquenouvelle@bluewin.ch

ou

editions.mondenouveau@gmail.com

Notre site Internet :

https://www.editions-mondenouveau.com/nous-contacter

Notre blog :

www.fweley.wordpress.com

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Il est possible de dépassionner le débat politique

16 Sep

Dans mon livre intitulé Fweley Diangitukwa, « Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC » paru en 2007 aux éditions L’Harmattan à Paris, j’ai proposé, aux pages 180 et 181, une présidence par province et à tour de rôle pour dépassionner le débat politique.

Voici précisément ce que j’ai écrit :

« Avec un peu de clairvoyance, il est possible de dépassionner le débat politique, en proposant des solutions démocratiques révolutionnaires mais idéales. On peut par exemple échelonner le choix du chef de l’Etat par province (successivement), en commençant par les provinces qui n’ont jamais eu de chef de l’Etat. En réduisant le mandat présidentiel à trois ans voire à deux ans, toutes les provinces pourront avoir la certitude de gouverner la République en l’espace de 48 ans sinon 36 ans. Cette durée est raisonnable et elle correspond à l’âge moyen du Congolais. D’aucuns trouveront cette durée trop longue, mais c’est oublier d’avance qu’une seule province a déjà gouverné le pays pendant plus de 30 ans (1965-1997). [Je dois rappeler que le président actuel, sans mandat, sans légalité et sans légitimité a dirigé la République de 2001 à 2016] Le chef de l’Etat qui dirigera la République sur la base d’un programme prédéfini par la Chambre haute et par la Chambre basse (Sénat et Assemblée nationale) s’appuiera sur un gouvernement et une armée composée de représentants (proportionnalité) de toutes les provinces. Si une telle volonté politique est clairement inscrite dans nos institutions, en l’occurrence dans la Constitutions, le débat politique deviendra moins passionnel et chaque province aura l’espoir de gouverner le pays. Mais il faut dire qu’une telle modification doit s’accompagner d’un transfert important des compétences vers le gouvernement provincial et local, afin que les attentes prioritaires des citoyens trouvent rapidement des réponses. Il faut par ailleurs réduire les prérogatives du chef de l’Etat comme les Suisses l’avaient institutionnellement fait. En Suisse, le président de la Confédération ne dirige le pays que pendant une année. En RD Congo, la réduction du mandat présidentiel évitera des abus en cas d’élection d’un chef d’Etat notoirement incompétent ».

Ces idées proposées il y a dix ans sont toujours d’actualité. C’est le mérite de savoir anticiper lorsqu’on réfléchit sur l’avenir de notre pays. Le tribalisme est un fléau et le recours à la loi est la meilleure façon de le combattre.

Le président Mobutu était un tribaliste notoire et Kabila l’est aussi. Dans tous les gouvernements mis en place par ce dernier, certaines provinces (et souvent les mêmes) sont surreprésentées au détriment d’autres. Le recours à la proportionnalité est la seule solution pour sortir la République du tribalisme et de l’ethnicisme.

Vous l’avez compris, je suis un défenseur de l’Etat unitaire au niveau national et d’un Etat fédéral au niveau continental. Ceux qui le souhaitent peuvent se référer à mes publications sur ces questions et plus précisément aux livres ci-dessous :

Sur l’Etat unitaire :

Fweley Diangitukwa, Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC, Paris, éditions L’Harmattan, 2007.

Sur le fédéralisme africain :

Fweley Diangitukwa, L’Afrique doit renaître, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2016.

Sur le développement de notre continent :

Fweley Diangitukwa, Quand les Africains se réveilleront, le monde changera, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2016.

Pour commander :

Fweley Diangitukwa

1, Avenue Rolliez

CH-1800 Vevey

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Lu pour vous « RDC : ‘Qu’on le veuille ou non, on arrivera à la confrontation’ « 

15 Sep

RDC: « Qu’on le veuille ou non, on arrivera à la confrontation »

RDC: « Qu’on le veuille ou non, on arrivera à la confrontation »

 Entretien: Marie-France Cros
Alors que le dernier mandat constitutionnel du président Joseph Kabila est venu à échéance en décembre dernier, l’Accord de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre 2016, le prolongeait d’un an, à certaines conditions: partage du pouvoir avec l’opposition et organisation des élections pour décembre 2017. Or, il a tenu l’opposition à l’écart et tous les signaux émis par le pouvoir indiquent que les scrutins n’auront pas lieu. Où va la République démocratique du Congo? Pour le comprendre, La Libre Afrique a interviewé le politologue Jean Omasombo, professeur à l’Université de Kinshasa et chercheur au Musée royal d’Afrique centrale de Tervueren.
Les élections n’auront pas lieu cette année. Vers quoi se dirige-t-on?
Le recours aux évêques catholiques survenu il y a un an, qui a débouché in extremis sur l’Accord de la Saint-Sylvestre, favorisait déjà Kabila, avec lequel on se résignait à négocier et à qui – plus grave – on laissait beaucoup d’espaces de pouvoir. Il est allé ainsi au-delà de son mandat. Et il tient à le prolonger tant qu’il pourra. Il n’organisera jamais les élections qui signeront sa fin. Le recensement en cours est destiné à distraire l’opinion. On n’aura les élections qu’après le départ de Kabila, à moins qu’il parvienne à changer la constitution. C’est à ça qu’il travaille.
Qu’est-ce qui permet de croire qu’un départ de Kabila est possible?
Kabila quittera le pouvoir comme il y est arrivé, suite à un coup du hasard, l’assassinat de son père. Aujourd’hui, comme Mobutu, le président Kabila est un homme “pourri”, une autorité déconnectée du pays. Sa survie tient à la structure militaire et sécuritaire qu’il a installée pour casser toute révolte. Comme Mobutu, qui avait sa garde, la DSP, à laquelle s’ajouteront les “hiboux” tueurs, des unités spécialisées dans la contre-manifestation de rue. Mais à la différence de Mobutu, qui a compté sur ses frères de la province de l’Equateur, Kabila n’a plus l’illusion de pouvoir s’appuyer sur le Katanga.
Kabila n’a pas de groupe autour de lui, seulement des individus disparates. Politiquement, c’est un mourant; il est condamné. Mais il veut survivre, alors il fait venir à son chevet “médecins”, “sorciers”, “guérisseurs” pour empêcher sa mort. Mais, qu’on le veuille ou non, on arrivera, à un moment, à la confrontation.
Certains évoquent un “troisième Dialogue” pour sortir de l’impasse…
Malgré les échecs passés, l’idée de voir organiser un référendum pour modifier la Constitution n’a jamais quitté le camp Kabila. Mais là, il s’agit d’un point non négociable pour l’opinion congolaise. Quel que soit son contenu, un nouveau dialogue affaiblirait davantage les chances d’arriver à une issue légitime. On détruirait davantage la force de la Constitution. Au Congo, l’idée d’un dialogue évoque une ouverture sans fin. On l’a vu avec la sécession katangaise en juillet 1960: son leader Moïse Tshombe revoyait sans cesse ses exigences une fois celles-ci obtenues; cela a duré deux ans et demi pour résoudre finalement la sécession après deux semaines de combats. On l’a revu avec Mobutu qui, d’ouverture au multipartisme (1990) en négociation sans fin, s’est maintenu encore sept années, avant d’être “dégagé” en sept mois par la rébellion AFDL. Joseph Kabila est au pouvoir depuis 16 ans sans qu’il ne parvienne à stabiliser le pays. Cela ne l’empêche pas de s’accrocher au pouvoir, quitte à détruire les maigres acquis – dont cette Constitution qu’il a déclarée inviolable. On voit rééditer la prédiction de Mobutu : il organise le chaos.
Dans quelle partie du pays trouve-t-il encore des soutiens?
Début 2011, lors du congrès des Balubakat à Kamina, ses frères ethniques l’ont admonesté pour manque de développement de leur région; aujourd’hui, il a perdu cette base qui l’avait pourtant porté aux élections de novembre 2011 en espérant voir, cette fois, des résultats concrets. Kabila s’est contenté de distribuer des postes de pouvoir à quelques frères d’ethnie. Dès lors, le rejet s’est implanté. Des foyers de troubles éclatent dans des régions réputées stables. Des révoltes sévissent au Kasaï depuis fin 2016; une forte agitation sévit chez les Nandes au Kivu; des Twas se soulèvent contre les Lubakats. Il y a quelques jours, un camion d’armes a été intercepté à Lubumbashi, etc. Toutes ces tensions sont exacerbées par la crise économique. Avec Kabila, aucun progrès ne semble plus possible pour le pays: soit on stagne, soit on s’enfonce.
L’opposition ne semble pas assez forte pour imposer une solution. Peut-on éviter une longue agonie du régime, qui serait catastrophique pour le Congo?
On a déjà consommé une année, avec la rallonge octroyée à Joseph Kabila par l’Accord de la Saint-Sylvestre, obtenu sous l’égide des évêques catholiques. Mais, contrairement à ce qui s’est passé sous Mobutu, il y a maintenant un élément qui bloque le chef de l’Etat: la Constitution. Kabila compte sur sa Garde républicaine, une armée dans l’armée. On va vers une explosion pour faire partir Kabila, avant la mise en place d’autres structures. C’est Kabila qui est responsable du blocage, à cause de sa détermination à garder le pouvoir coûte que coûte. Dès qu’on visera à le sortir du champ du pouvoir, la situation s’éclaircira.
Mais rien n’unit l’opposition, hormis le rejet de Kabila.
Comme du côté Kabila, l’opposition est constituée d’individus qui veulent le pouvoir et l’argent. Sa présence est nécessaire mais la solution ne viendra pas de ses membres. C’est le mal du Congo: le chef dit “j’y suis, j’y reste”. Ce n’est pas l’idéologie qui a uni l’UDPS, c’est l’aura d’Etienne Tshisekedi. L’opposition ne tient aujourd’hui que sur le rejet de Kabila. Et encore ! Mais c’est parce qu’à chaque fois les élections sont confisquées par le régime en place, alors qu’elles seules ont la capacité de renouveler la représentation politique. Faute d’élections régulières, les acteurs deviennent assujettis à l’individu Président qui tient l’Etat. Une longue agonie du régime Kabila équivaudrait à faire de la Monusco une institution permanente. L’opinion congolaise croit que la communauté internationale constitue une partie du problème du pays.
Alors comment débloquer la marche du pays, enlisé?
Le scrutin dont le pays a besoin de toute urgence, c’est celui pour la Présidence qui, comme en 2006, débloquerait les autres élections. Mais Kabila ne veut pas: il ne va pas organiser son enterrement!
Comment sort-on du cercle vicieux?
Les scrutins de 2006 et la Constitution actuelle – obtenus après 16 ans de transition! – ont été très importants. Il faut se battre sur les principes. On avait le cadre, Kabila l’a détruit. La faute de la communauté internationale et des évêques qui ont donné leur onction à l’Accord de la Saint-Sylvestre est de n’avoir pas tenu Joseph Kabila pour responsable de l’absence d’élections. Il ne fallait pas lui permettre de rester; on voyait depuis 2013 qu’il voulait se prolonger au pouvoir.
Peut-être parce que tout le monde craignait une conflagration…
On n’a fait que la reporter. En attendant, on enracine le mal.

Lu pour vous : BRICS: «la Chine convertit sa puissance économique en influence politique mondiale»

3 Sep

BRICS: la première pierre du siège de la banque de développement posée

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09:30 02.09.2017(mis à jour 16:43 02.09.2017)URL courte

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Conçue pour offrir un contrepoids au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale (BM), la banque de développement des nations émergentes des BRICS annonce la construction de son siège à Shanghai.

© REUTERS/ STRINGER

La Chine invite cinq nouveaux pays au sommet des BRICS

Les BRICS ont posé lundi une première pierre annonçant ainsi la construction du siège de leur banque à Shanghai.

«Nous sommes extrêmement reconnaissants à la ville de Shanghai, et la Nouvelle banque de développement (NDB) est fière de pouvoir considérer Shanghai comme sa maison», a déclaré le président de l’institution, Kundapur Vaman Kamath lors de la cérémonie.

D’une surface totale de 126 mètres carrés, le siège de la Nouvelle banque de développement sera situé dans un parc d’exposition de Shanghai. Composé d’une trentaine d’étages, le bâtiment sera haut de 150 mètres et pourra accueillir jusqu’à 2.500 personnes. Selon les estimations, il faudra quatre ans pour donner corps à ce projet ambitieux.

© SPUTNIK. ZHANNA MANUKYAN

BRICS: «la Chine convertit sa puissance économique en influence politique mondiale»

Imaginée par les cinq membres des BRICS — Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud — en juillet 2014 et inaugurée en été 2015, la Nouvelle banque de développement (NBD) est censée être dotée d’un capital de 100 milliards de dollars, avec pour vocation de financer de grands travaux d’infrastructure.

L’institution entend renforcer les coopérations financières entre les BRICS, qui représentent 40% de la population mondiale et un cinquième du PIB de la planète.

Le sommet des BRICS se tiendra du 3 au 5 septembre à Xiamen, dans le sud-est de la Chine.

 

BRICS: «la Chine convertit sa puissance économique en influence politique mondiale»

© Sputnik. Zhanna Manukyan

INTERNATIONAL

22:50 01.09.2017(mis à jour 22:52 01.09.2017)URL courte

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Sous la présidence de la Chine, le sommet des BRICS à Xiamen pourrait augmenter le rôle de ce groupe de pays dans le monde et servir de plateforme pour régler des contentieux entre États, estiment plusieurs experts interviewés par Sputnik.

En tant qu’organisateur du sommet de Xiamen, la Chine a invité au dialogue avec les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) les dirigeants de cinq nouveaux pays, notamment de la Guinée, du Mexique, de la Thaïlande, du Tadjikistan et de l’Egypte, lançant ainsi un nouveau mécanisme de dialogue «BRICS +».

© REUTERS/ STRINGER

Le rôle des BRICS et de la Russie dans le monde vu par Vladimir Poutine

«Cette initiative est incontestablement une particularité majeure de ce sommet des BRICS, dont l’idée est d’augmenter l’importance et d’élargir la sphère d’action de ce groupe de pays», a déclaré à Sputnik Alexandre Larine, de l’Institut russe de l’Extrême-Orient.

Et d’ajouter que ce nouveau format améliorait également l’image des BRICS, tout en y renforçant le rôle de la Chine.

«On constate par ailleurs que la Chine convertit sa puissance économique en croissance de son influence politique dans le monde», a relevé l’expert.

À la veille du sommet des BRICS, la Chine et l’Inde ont réussi à faire baisser la tension à leur frontière. Qui plus est, bien des médias annoncent que le Premier ministre indien Narendra Modi et le Président chinois Xi Jinping se rencontreront avant même le sommet de Xiamen.

Ce sommet caractérise au plus haut niveau le processus de développement du mécanisme de coopération des BRICS, a indiqué un autre interlocuteur de Sputnik, Ren Yuanzhe, de l’Académie diplomatique de la Chine.

© SPUTNIK. PHOTO HOST AGENCY / ALEXEI KUDENKO

De BRICS à BRICS+ ?

«Le sommet permettra de dresser une sorte de bilan de la première décennie qui a marqué une étape très importante dans le développement des BRICS […] qui ont créé une structure qui se perfectionne en permanence et dont l’influence ne cesse d’augmenter», a déclaré l’expert, en prévoyant qu’à Xiamen, une feuille de route d’approfondissement ultérieur de la coopération serait élaborée.

Les cinq pays des BRICS, à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, représentent actuellement environ 42,58% de la population de la planète.

Dans le même temps, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), les BRICS ont représenté 22,53% du PIB mondial en 2015 et ont contribué à plus de 50% de la croissance mondiale au cours des dix dernières années. En 15 ans d’existence, les échanges entre les pays des BRICS sont passés de 3 à 70 milliards de dollars.

Lu pour vous : « Ce que cache le projet de vote électronique »

2 Sep

Ce que cache le projet de vote électronique

Christophe RIGAUD – Afrikarabia  – le31 Août 2017

La Commission électorale (CENI) annonce vouloir mettre en place le vote électronique lors des prochains scrutins. Une déclaration surprise qui pourrait justifier un nouveau report des élections.

Engluée dans une crise pré-électorale interminable, la République démocratique du Congo (RDC) avait-elle besoin de ça ? Alors que le président Joseph Kabila a achevé son mandat fin décembre sans pouvoir organiser les élections et que le pays attend toujours un hypothétique calendrier électoral, la CENI vient de jeter un nouveau pavé dans la mare : la possible arrivée du vote électronique. L’annonce surprise laisse plutôt sceptique dans un pays grand comme 5 fois la France, sans infrastructure, dont le taux d’électrification est de 9% et qui n’arrive pas à boucler son budget. Enfin, comment ne pas être inquiet par l’introduction de ce nouveau mode de vote, alors que les élections de 2011 se sont soldées par un fiasco électoral doublé d’une fraude massive.

Le 25 août dernier, le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa, a présenté un prototype de kit de vote électronique aux membres du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA). Cet organisme est censé surveiller la mise en place du compromis politique signé en décembre 2016 et devant déboucher sur des élections fin 2017. Mais déjà, la CENI et le CNSA ont prévenu que la présidentielle ne pourrait se tenir dans les délais et serait sans doute reportée sans fixer de nouveau calendrier. La mise en place du vote électronique pourrait-elle accélérer le mouvement ? Pas vraiment à en croire Corneille Nangaa, qui a pourtant vanté les bienfaits de ce nouveau système de vote. L’instauration de cet outil devrait permettre d’accélérer la publication des résultats, mais surtout de « réduire les coûts excessifs des élections ». Deux affirmations qui laissent certaines organisations société civile septiques.

Pas économique… et pas légal

Pour l’Aprodec, une association en pointe sur les questions électorales, l’instauration du vote électronique « ne s’improvise pas » et constitue « une supercherie ». La Belgique ou la France, qui ont testé le vote électronique, n’ont jamais voulu généraliser le procédé par manque de fiabilité. Quant à une possible économie réalisée par la mise en place de ce vote, l’Aprodec souligne que le marché attribué à la société Smartmatic en Belgique a été estimé à 38 millions d’euros. Mais ce qui étonne le plus l’association, c’est le maintien du vote papier en plus du vote électronique. Premièrement, ce n’est évidemment pas économique, mais surtout ce n’est pas légal, puisque l’article 47 de la loi électorale prévoit que le vote s’effectue, « soit au moyen d’un bulletin papier, soit par voie électronique ». Selon l’association, « la décision précipitée » de la CENI pour instaurer le vote électronique « conduira inévitablement à un surcoût ». « Il faudra concevoir un logiciel, assurer la maintenance et l’assistance le jour du scrutin » explique l’Aprodec, mais surtout, le vote électronique « conduira à de nouveaux retards dans la préparation des élections ». Passation de marché public, déploiement du nouveau système de vote aux quatre coins du pays, formation du personnel… les occasions pour retarder de nouveau l’élection présidentielle ne vont pas manquer. Enfin, précise l’association, « vu le climat de méfiance entre les parties prenantes et la CENI (que l’opposition accuse de travailler au maintien au pouvoir de Joseph Kabila), il faudra que l’introduction du vote électronique soit encadré par une loi ». En janvier 2015, le pouvoir en place à Kinshasa avait déjà cherché à retarder les élections en liant la tenue du scrutin au recensement de la population. Mais face aux violentes manifestations populaires qui avaient fait une cinquantaine de morts, le pouvoir avait reculé. L’instauration du vote électronique n’a pour l’instant pas soulevé les foules, mais elle a pourtant un même objectif : prolonger la présidence Kabila le plus longtemps possible.

Nota bene : S’il existe une procédure qui facilite les fraudes électorales, c’est justement le vote électronique. Il suffit d’introduire dans la machine un programme qui compte trois fois chaque fois qu’un électeur vote (en appuyant sur un bouton) pour le candidat déjà choisi par la Commission électorale, alors que la même machine ne compte qu’une seule fois pour les autres candidats. C’est une opération facile qui prend deux à trois minutes. Les puces étant semblables, aucun membre de la Commission électorale ne le saura à part le programmeur principal. Pour les mêmes raisons qui ont conduit les vieilles démocraties à refuser le vote électronique, je demande au peuple congolais de refuser catégoriquement cette dernière trouvaille de M. Corneille Nangaa pour retarder les élections et organiser au final les fraudes en faveur du PPRD.

Toutefois, il est absurde de demander à un Gouvernement sans mandat, illégal et illégitime, avec un chef d’Etat qui trône au pouvoir par défi, d’organiser les élections. Il faut que M. Kabila quitte officiellement et définitivement le pouvoir pour parler d’élection présidentielle. Sinon, ce sera une perte d’énergie et d’argent. Nous sommes prévenus. La moindre erreur coûtera très cher à la République.

Construire une coopération particulière entre la RD Congo, l’Angola et le Congo-Brazzaville

25 Août

Construire une coopération particulière entre la RD Congo, l’Angola et le Congo-Brazzaville

Par Pr Fweley Diangitukwa (politiste et écrivain)

http://www.fweley.wordpress.com

4 mars 2012

Dans cet article, je défends l’hypothèse suivante : Seule la construction progressive de futurs États-Unis d’Afrique centrale stabilisera cette région qui est la plus riche en ressources naturelles et en plantes médicinales. Cette construction contribuera au décollage économique du continent africain. L’avenir de l’Afrique centrale passera par la construction d’une coopération particulière entre la RD Congo, l’Angola et le Congo-Brazzaville qui constituent le noyau de futurs États-Unis d’Afrique centrale.

 Diagnostic du problème

Depuis son accession à l’indépendance, le 30 juin 1960, le Congo va mal. Ce pays connaît une instabilité permanente des institutions politiques. Malgré les richesses naturelles que ce pays regorge, les conflits sont réguliers et la misère est un lot quotidien. Si les conflits politiques que connaît la RD Congo ont plusieurs origines, sur le plan strictement intérieur, ils sont de trois ordres :

– La convoitise des ressources naturelles par les puissances étrangères et l’incompétence des dirigeants au moment de leur accession à la tête de l’État,

– la mauvaise gouvernance et la permanence des conflits qui donnent régulièrement naissance à l’insécurité,

– le pillage, le vol, la corruption et le règne de l’impunité.

La stabilité de la RD Congo se trouve dans la construction d’une intégration régionale réfléchie et conséquente des pays situés à l’Ouest de l’Afrique centrale. Une telle démarche nécessite une coopération avantageuse entre l’Angola, le Congo-Brazza et la RD Congo. Cela doit commencer par un rapprochement, dans les trois pays, des autorités politiques qui partagent la même vision de l’avenir.

 

Problème de leadership en RDC

Au lendemain de l’indépendance, le Congo manquait un personnel qualifié pour diriger le pays. La gestion du Congo était remis entre les mains des dirigeants qui, pour certains d’entre eux, avaient une idée souvent vague et imprécise des responsabilités à assumer et du fonctionnement des institutions de l’État. Le Congo n’était pas encore un État-nation et à cause d’un manque d’unité nationale, quelques provinces étaient vite entrées en sécession : le Katanga et le Kasaï. La province du Kivu était dans une instabilité totale et était très vite devenue un lieu de refuge pour les rebelles.

D’une décennie à l’autre et d’un régime à l’autre, le Congo est devenu une République des copains. Le président Joseph-Désiré Mobutu a gouverné le Zaïre en s’appuyant d’abord sur les compagnons de la révolution et ensuite sur les cadres du MPR. Le président Laurent-Désiré Kabila a gouverné le Congo en s’appuyant d’abord sur les fondateurs de l’AFDL et ensuite sur les cadres des CPP. Depuis la mort de ce dernier, le Congo est dirigé par un petit groupe obscur autour du président Joseph Kabange Kabila (CPP, PPRD et MP). Le réseau du pouvoir fait régulièrement appel aux amis et tous s’unissent pour gouverner la République en protégeant uniquement leurs propres intérêts. Il en résulte une solidarité partisane qui aboutit à l’impunité généralisée des dirigeants. Les hommes du pouvoir s’enrichissent rapidement et illicitement. Les officiers de l’armée sont cooptés par les hommes du pouvoir pour former un corps commun contre la volonté du peuple. Ce sont généralement les faibles qui font la prison et rarement les hommes du pouvoir qui commettent des crimes au nom de l’État. Si rien n’est fait, l’instabilité politique de la RDC va entraîner l’instabilité politique des pays situés à l’Ouest de l’Afrique centrale, notamment l’Angola et le Congo-Brazzaville.

 Pourquoi l’actuel chef de l’État de la RD Congo ne peut pas convaincre les Congolais ?

Les Congolais savent que l’actuel chef de l’État ne connaissait pas le Congo avant son arrivée en 1996, car il est né et a grandi à l’étranger. A son arrivée au Congo, il ne parlait aucune langue nationale et son kiswahili avait un fort accent de Tanzanie où il a vécu. Il ne connaissait pas l’histoire du Congo et, malgré tous ses efforts et plusieurs années de pouvoir, il accuse toujours beaucoup de lacunes et d’incompétence. Pour diriger le Congo, il s’appuie sur un réseau relationnel, au Congo et à l’étranger. Les Congolais ne lui reconnaissent pas une formation militaire complète et certifiée. En plus, il est instable dans ses choix (voir contrat avec les Chinois après avoir collaboré avec les pays européens pendant la campagne électorale en 2006).Tous ces handicaps les placent dans une incapacité à convaincre les Congolais sur ses politiques publiques qui paralysent et bloquent complètement le fonctionnement des institutions du pays. Il recourt régulièrement à la violence aveugle pour imposer son pouvoir : massacres des adeptes des Bundu dia Kongo dans la province du Kongo central et dans le grand Kasaï, assassinat des activistes des droits de l’homme (Floribert Chebeya et son chauffeur Bazana, etc.), des opposants (Tungulu, etc.) et emprisonnement des opposants (l’avocate Marie-Thérèse Nlandu, le pasteur Kuthino, etc.)[1], achat des journalistes, corruption des certains leaders des partis politiques, etc. Si ces manœuvres peuvent donner l’illusion de maîtriser les enjeux, elles ont cessé de convaincre les Congolais. Ceux-ci se souviendront toujours de complicités entre le pouvoir de Joseph Kabange Kabila et le régime de Kigali et de Kampala ainsi que de déboires de l’armée congolaise dans la conquête des territoires occupés, à cause des stratégies alambiquées mises en place par le pouvoir pour piéger les soldats au front.

A force de recourir à la force, le président Joseph Kabange Kabila à hypothéquer l’avenir du Congo. Il ne compte plus que sur un petit groupe de parvenus qui lui fait croire qu’il est populaire là où le peuple l’a déjà complètement vomi. Les fraudes électorales de 2011 (qui sont les plus honteuses du monde) ont renforcé le mépris du peuple vis-à-vis d’un régime qui ne respecte pas les droits de l’homme et qui se moque des préoccupations des Congolais. Si rien ne change, une révolution sans précédent risque de déstabiliser les pays situés à l’ouest de l’Afrique centrale, notamment l’Angola et le Congo-Brazzaville. D’où la nécessité et l’urgence de mettre fin à son régime ignoble et tyrannique.

Nécessité de renforcer la coopération trilatérale entre l’Angola, le Congo-Brazzaville et la RD Congo

Le pouvoir congolais privilégie des relations avec les anciens pays colonisateurs et les réseaux économiques étrangers là où il convient de s’appuyer prioritairement sur la coopération avec les pays limitrophes comme l’Angola et le Congo-Brazza avec lesquels il partage les mêmes avantages en matière de ressources naturelles et un même passé historique afin de garantir les intérêts, le développement et la souveraineté des uns et des autres. Il en résulte une coopération en dents de scie avec la Belgique, frileuse ou chancelante avec les autres États. Les relations entre le Congo et les partenaires étrangers n’ont jamais été  stables. Elles sont avantageuses aux pays occidentaux et désavantageuses pour la RD Congo. En plus, elles changent suivant les humeurs des acteurs politiques et les problèmes à traiter. Il est temps de privilégier les relations entre pays africains afin de construire une Afrique nouvelle qui sera enviée par les anciennes puissances coloniales. Dans cette voie, et en imitant le développement des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), l’Angola et la RD Congo peuvent (et doivent) devenir des pays pionniers.

Aucun pays ne peut se suffire à lui-même. D’où la nécessité d’une coopération. Parce que, traditionnellement, la coopération est réfléchie et mise en place par ceux qui sont à la tête de l’État, il faut, de part et d’autre, en Angola, au le Congo-Brazza et en RD Congo, des autorités politiques qui partagent la même vision pour asseoir la souveraineté de nos États et accélérer le développement de nos pays.

Les domaines de coopération sont nombreux. En réalité, il est impossible de les évoquer tous ici. Dans un grand pays comme la RD Congo, qui possède un immense fleuve et un immense barrage hydroélectrique à Inga, l’État doit être amené à privilégier la distribution de l’énergie hydroélectrique pour accélérer l’industrialisation. En combinant la possession des ressources pétrolières et l’énergie hydroélectrique, les moyens de transport public seront rendus faciles en Angola, au Congo-Brazza et en RD Congo : trams et bus en ville, trains électriques interconnectés [voir plus loin]. Dans ce domaine spécifique, une coopération active est nécessaire.

S’appuyer sur l’intégration régionale pour résoudre la question de l’immigration

Il existe en RDC de nombreux Angolais et de nombreux Congolais du Congo-Brazza et vice-versa, il existe en Angola et au Congo-Brazza de nombreux Congolais de la RDC. Non seulement nos trois pays ont une histoire commune, un passé commun, mais en plus ceux qui traversent régulièrement les frontières connaissent à la fois les institutions de deux Congo et les institutions angolaises. Nous devons nous appuyer sur leur expérience et sur la solidarité pour renforcer la coopération trilatérale. Certains projets doivent être présentés et soutenus par ce bilais afin d’éviter certains conflits autour de la question migratoire, sans toutefois négliger certains dossiers importants qui seront examinés au niveau des États. Le partenariat basé sur le codéveloppement réduira l’émigration des Congolais vers l’Angola et vers le Congo-Brazza tout en renforçant la main-d’œuvre dont chaque pays pourrait avoir besoin. Dans ce domaine, le renforcement de la coopération est la voie à suivre.

Les deux Congo et l’Angola possèdent des ressources naturelles ainsi que des plantes médicinales qui profitent plus aux anciens pays colonisateurs et à d’autres pays étrangers qu’aux nationaux qui les exploitent pour le compte des pays capitalistes. Il est temps de penser à les protéger et à les transformer en produits finis afin d’augmenter leur plus-value qui sera répercutée sur le niveau de vie des nationaux. La transformation des ressources naturelles en produits finis ou semi-finis et des plantes médicinales en médicaments (génériques) permettra à nos citoyens d’avoir un pouvoir d’achat réel et à se soigner. Plusieurs projets seront examinés dans différents domaines comme l’agroalimentaire, la pêche, le conditionnement des produits frais, le transport, la formation (électricité et informatique en particulier), la création des pôles d’excellence dans certains domaines, etc. Des exemples concrets de coopération entre les entreprises angolaises et congolaises seront précisés dans un futur proche.

Notre but est d’œuvrer pour que la tête de l’État soit occupée par les femmes et les hommes congolais compétents, intègres, qui cultivent une autre vision des relations entre l’Angola et les deux Congo et qui sont surtout capables de changer le destin de nos pays respectifs dans le sens de la stabilité et d’une prospérité communément partagée.

Que proposons-nous ?

  1. Construire ensemble notre indépendance et notre souveraineté

Les conflits de la mondialisation sont de deux ordres : une dominance économique d’une part et une dominance politique de l’autre. La dominance économique concerne les nations qui ont des ressources financières considérables et les nations qui n’en ont pas. Les premières peuvent investir le surplus dans les pays tiers et exploiter la main-d’œuvre dans les pays pauvres. Là où les pays pauvres souhaitent une exploitation nationale de leurs richesses, les pays riches mettent en place des structures d’exploitation globale qui ne tiennent plus compte des frontières nationales. L’appropriation des ressources appelle des conflits et des guerres perpétuelles. Le commerce du diamant, du bois d’œuvre, de l’or, du pétrole (Koweït, Irak, etc.), de la drogue (Afghanistan), du coltan en ce qui concerne le conflit entre le Rwanda et la République « démocratique » du Congo, mais également la délimitation des zones de pêche et la gestion de l’eau entraînant la guerre de l’eau[2] sont quelques-uns de ces conflits de la mondialisation. Ainsi les forêts tropicales en Amérique latine, en Afrique et en Asie sont détruites, comme l’illustrent l’exploitation et l’approvisionnement en bois par les Japonais dans toute l’Asie du Sud-Est, de même la Thaïlande qui, tout en protégeant sa propre forêt exploite celle de son voisin le Cambodge, la déforestation de la forêt équatoriale africaine par les compagnies européennes ou encore celle de l’Amazonie par les compagnies nord-américaines. Les Africains sont dépossédés de leurs ressources naturelles et de leur bois sans qu’ils en profitent sérieusement car les prix sont fixés par les puissances étrangères. « Des révoltes d’esclaves aux innombrables jacqueries, les luttes entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas sont une des constantes de l’histoire humaine. Karl Marx en fait même le moteur de la transformation sociale. »[3] Si, depuis la petite République romaine qui avait soumis puis dominé tous ses voisins, toute l’Histoire de l’humanité est traversée par l’exploitation des peuples pauvres par les peuples riches, des États pauvres par des États riches, l’asservissement et la soumission des régions pauvres par des régions riches, cette exploitation et cette soumission sont devenues plus grandes et plus pernicieuses depuis la révolution industrielle qui, à partir du XVIIIe siècle, a radicalement changé le mode de pensée et les relations entre les nations et entre les continents. La mondialisation économique qui multiplie les flux contribue à la porosité des frontières. Il est temps pour nos pays de se réapproprier la maîtrise de notre histoire et de définir notre destin suivant nos attentes et non pas en fonction de celles des autres puissances qui ont toujours voulu dominer l’Afrique.

Les pays qui ont des ressources financières ne sont pas toujours ceux qui possèdent des ressources naturelles ou des matières premières et ces pays vivent un dilemme, ils savent qu’ils doivent investir dans les pays où se trouvent des ressources minières dont ils ont besoin, mais ils savent d’autre part que s’ils y investissent beaucoup, ils entraîneront un développement de ces pays qui, par leur enrichissement, finiraient par concurrencer les pays industrialisés, alors ceux-ci exploitent simplement les matières premières dans les pays du Tiers-Monde et s’arrangent à les transformer en produits finis dans leurs propres pays pour éviter le transfert de technologie, autrement ils élèvent de nouvelles barrières à travers les inventions technologiques et la détention des brevets qui assurent leur avance dans la compétition mondiale. Voilà pour quelle raison les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie, etc. refusent de raffiner sur place le pétrole africain (Nigeria, Gabon, Guinée équatoriale, Congo, Angola, etc.). Toutefois, dans le système actuel d’exploitation, « les peuples nigérian, angolais, congolais et autres, ne disposent même pas de l’énergie dont ils ont besoin alors qu’ils en exportent des volumes considérables ! »[4]. Certains pays, notamment les pays asiatiques, refusent de respecter les brevets et n’hésitent pas à copier sans gêne des produits dont ils ont besoin, mais qu’ils reçoivent en qualité rationalisée. Par la contrefaçon, non seulement ils s’enrichissent, mais en plus les mêmes produits de piratage sont vendus dans les pays industrialisés pour se procurer des devises. Cette politique fait naître des conflits entre les pays industrialisés et les nouveaux pays en développement. On a ainsi assisté à plusieurs batailles des copyrights entre les États-Unis et la Chine, les premiers mettant en cause la seconde pour la fabrication clandestine de disques compacts et de cassettes vidéo entraînant le non-paiement des droits d’auteurs. La politique de délocalisation est loin de résoudre le problème, car la délocalisation profite plus à l’entreprise qui délocalise qu’au pays qui reçoit cette délocalisation.

Quelle est notre politique économique face aux enjeux de la mondialisation des marchés ? Pour répondre à cette question, nous devons (pays africains) mener la réflexion ensemble et ériger des barrières qui protègent les intérêts de nos États.

  1. Mettre en place un programme de rapprochement

Le programme de rapprochement peut se décliner et s’exprimer à travers une expression d’une forte union régionale entre l’Angola, la RDC, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Cameroun, par la coopération intense tous azimuts avec les pays bénéficiant d’un socle marin, par le partage des flottes (aérienne, maritime) avec ces pays côtiers afin de faciliter le commerce et le transport avec l’extérieur et par l’utilisation commune des réseaux interconnectés de communication. Dans cette voie, l’Angola et les deux RD Congo doivent être des pays pionniers.

L’Angola et les deux RD Congo n’ont pas le problème d’espaces comme au Rwanda et au Burundi. La densité démographique des pays se situant à l’Est de la RDC et l’ambition expansionniste du Rwanda n’incitent guère à opter pour un rapprochement avec ce pays, car il est de notoriété publique que le Rwanda a une tradition belliqueuse. Un argument de la sociologie démontre la véracité de ce propos. Pour contrôler les troupeaux, les pasteurs rwandais devaient être armés et en cas d’attaque des troupeaux, les pasteurs-guerriers devaient livrer bataille contre les voleurs. Par extrapolation, cette tendance à la violence s’est transformée en une culture intrinsèquement belliqueuse qui pousse de nombreux habitants rwandais à défendre leurs droits et leurs avantages par la violence. Cette observation d’ordre purement protecteur ne clôt cependant pas le débat autour de la question des guerres au Rwanda, car on retiendra que chaque incursion guerrière déclenchée par le Rwanda a été suivie d’une volonté de verser le surplus de sa population sur le territoire congolais. La stratégie militaire rwandaise, à l’instar de la politique israélienne dans les territoires occupés, est le paravent d’une stratégie géopolitique beaucoup plus réfléchie visant à réduire la densité de sa population congolaise au km2. Or, l’État congolais a incontestablement une culture de paix et ce pays a toujours tenté, à travers l’histoire, de maintenir des relations pacifiques avec ses voisins. Hormis l’incitation étrangère qui poussa l’armée de Mobutu à aligner des troupes dans les pays étrangers, jamais le Congo n’a attaqué ses voisins.

  1. Construire l’avenir à côté des gens avec lesquels l’entente est possible

La proximité des capitales dans l’Ouest du continent est un argument qui justifie le choix du socle marin. En optant pour ce dernier choix, la RDC aura non seulement des partenaires fiables, mais elle plantera plus solidement des piliers qui les maintiendront en équilibre. Ce qui précède revient à dire que la relance de l’Union économique et douanière de l’Afrique centrale transformée en 1976 en « Communauté économique des pays des Grands Lacs »[5] (CEPGL), peu viable et peu fiable, dont les économies et le système politique basé dans certains pays sur la gestion de l’espace politique par une ethnie qui exclut l’autre pendant son règne, est difficile à soutenir parce qu’il n’y a plus d’arguments convaincants qui justifient la relance de la CEPGL.

Il semble que la RDC n’a pas encore tiré la leçon de l’invasion rwandaise de 1998. Tout en violant l’intégrité du territoire congolais, les rebelles rwandais ont traversé orgueilleusement et sans scrupules tout le territoire congolais d’Est à l’Ouest et ont occupé la base militaire de Kitona avant d’entamer leur progression vers Kinshasa. Sans l’intervention de l’Angola, les soldats rwandais auraient marché sur Kinshasa, prendre le pouvoir et se mettre à gouverner le Congo en s’appuyant sur des Congolais sans morale. Ce que la RDC vit aujourd’hui n’est pas loin de ce scénario, car le Rwanda gouverne la RDC par personnes interposées.

Les raisons évoquées ci-dessus sont suffisantes pour rapprocher davantage la RD Congo de l’Angola et du Congo-Brazza. En effet, dans la répartition des pays africains, la République démocratique du Congo appartient à la configuration des pays de l’Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique, Guinée équatoriale, Sào Tomé et Príncipe, Gabon, Congo-Brazzaville et Angola) tandis que le Burundi et le Rwanda appartiennent à la configuration des pays de l’Afrique de l’Est. En plus, la fracture au milieu des pays des Grands Lacs ne date pas d’aujourd’hui, elle existait déjà à l’époque des grandes migrations africaines comme l’affirment les historiens spécialistes de cette époque[6]. Maintenant que la CEPGL, créée en 1976 entre le Zaïre, le Rwanda et le Burundi, est frappée de plein fouet par le bouleversement géopolitique dans la région des Grands Lacs, la RDC doit tout simplement s’en détourner et nouer un nouvel accord avec l’Angola, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale, Sào Tomé et Príncipe et le Cameroun. Ce regroupement-ci sera économique et il pourrait être appelé « Communauté économique des pays côtiers de l’Afrique centrale » (CEPCAC). Une telle communauté serait plus bénéfique, car les populations partagent depuis des siècles une même sous-culture et ces pays sont habités par des peuples ayant la même origine proto-bantu dont le bassin se situait jadis au Cameroun ; ils partagent le même goût musical et les mêmes intérêts pour l’océan, aussi la même passion pour le sens des affaires (business comme les Anglais disent), aussi une absence des conflits passionnels entre les ethnies vivant sur le même territoire national. Une étude linguistique montre une ressemblance sémantique dans le vocabulaire entre les deux Congo, l’Angola, et le N’G(ab)on. On retrouve pratiquement la succession des mêmes lettres et des mêmes consonances dans les langues bantu, par exemple « n-g-o » – la même résonance linguistique dans les langues parlées par les populations locales –, on trouve des noms comme Pambu ou Pambou en Angola, à Cabinda, au Mayombe (RDC), au Congo-Brazzaville et au Gabon. On trouve les Bakongo et les Bateke dans toutes les régions côtières de ces pays. Les attachements culturels et linguistiques qui rapprochent les populations sont des atouts indéniables pour la construction de l’intégration régionale qui pourrait s’inspirer du modèle de l’Union douanière de l’Afrique australe (SACU). Comme pour l’ALENA et l’Union européenne qui sont des communautés relativement homogènes, les pays situés en Afrique centrale ont dans leur ensemble plus de caractéristiques communes, plus de ressemblances culturelles, plus de rapprochements dans leurs configurations ethniques et religieuses et, comme on a l’habitude de le dire, « ce qui se ressemble, s’assemble ». Les langues parlées en Afrique centrale sont des langues bantu. Sur le plan économique, tous ces pays possèdent diverses richesses : terres fertiles, bois, plantes médicinales, faune, flore, etc. Ils sont tous producteurs de pétrole et sont traversés par la forêt équatoriale. Ils ont des ressources minières immenses et d’importantes ressources en eau douce. Le fleuve du Congo recèle à lui seul presque 30 % des ressources en eau douce de l’Afrique. Les pays de l’Afrique centrale ont une vocation agricole. L’exploitation et la gestion de toutes ces ressources doivent être le point d’ancrage d’une intégration régionale réussie. En plus, les peuples des côtes atlantiques vivent dans une harmonie parfaite, de l’Angola au Cameroun ; de la même façon, les peuples riverains du fleuve Congo s’entendent comme des oiseaux de même plumage. Si tous ces avantages sont mis ensemble, ils deviendront très rapidement l’ensemble régional le plus prospère du continent africain. Les armées intégrées dans cette communauté d’intérêt garantiront la sécurité et lutteront contre toute tentative d’invasion ou d’exploitation, elles se mettront au service des économies nationales. C’est la seule voie qui donnerait une autonomie réelle et un dynamisme dans le développement politique et économique de la région. Seule la mise en place d’un nouvel état d’esprit assurera la stabilité et le développement des pays d’Afrique centrale.

Dans ce nouveau regroupement, l’accord de libre-échange sera la première étape et, à la longue, d’autres volets pourront être expérimentés. Peut-être qu’avec les décennies et la volonté de coopérer davantage et de vivre ensemble naîtra une forme de fédération d’intérêts réciproques, les États-Unis d’Afrique centrale en quelque sorte. Ne faudrait-il pas d’abord consolider les groupes régionaux avant de créer les États-Unis d’Afrique ? L’Afrique doit avoir l’ambition de ses pensées et le courage de bousculer les frontières léguées par l’histoire coloniale. Dans cette perspective, l’Angola et les  deux Congo doivent jouer un rôle des pays pionniers.

  1. La naissance d’une pensée géopolitique rationnelle et conséquente doit commencer par la recherche d’un large socle marin

Il est largement admis que « seules de grandes unités sous-régionales et régionales peuvent construire des contrepoids aux effets de la domination extérieure »[7]. Une telle construction est possible si elle est accompagnée d’une réelle volonté politique et si les États concernés par ce projet s’unissent et invitent leurs nationaux à participer à ce rêve commun qui permettra de mieux lutter contre les abus du pouvoir et les ingérences étrangères négatives sur les économies nationales. Mais un tel projet nécessite préalablement une intégration nationale, car celle-ci facilitera l’intégration régionale. L’association de libre-échange ou zone de libre-échange est généralement la première étape du processus d’intégration, tandis que l’intégration politique totale est l’ultime stade de l’intégration. A ce niveau, les pays membres harmonisent l’ensemble de leurs politiques économiques et ils forment un bloc indissociable face au reste du monde. L’intégration régionale qui souscrit à la politique de libre-échange est un réel vecteur de la croissance économique et du développement parce qu’elle élargit la dimension du marché et parce qu’elle stimule les économies nationales.

Les pays côtiers de l’Afrique centrale doivent réfléchir ensemble au paysage d’un réseau de chemins de fer interconnectés, en commençant par l’harmonisation des politiques nationales de transport et de communication afin d’avoir dans le futur un réseau intégré à partir duquel seront établies des liaisons nouvelles. Ces pays ont des atouts dans ce domaine : ce sont des pays qui peuvent être tous reliés depuis les côtes, ils ont des ports importants[8] : Port Gentil au Gabon, Pointe-Noire au Congo-Brazzaville, Banguela et Lobito en Angola, Muanda (à construire pour la RD Congo). Il est important de savoir qu’en Afrique australe, « l’interconnexion fin 1995 des réseaux sud-africain et Zimbabwe fut la première étape d’un projet d’intégration des réseaux du Nord (Congo, Zambie) et du Sud (Botswana, Namibie) »[9].

Tous les pays côtiers de l’Afrique centrale seront reliés par des routes qui longeront les lignes de chemins de fer et un réseau routier reliant le port et l’intérieur de chaque pays. En République démocratique du Congo, une ligne de chemin de fer à double voie reliant Lubumbashi au port de Lobito en Angola et une autre à Muanda en passant par Kolwezi, Kikwit, Kinshasa et Matadi, constitueront non seulement un couloir d’écoulement des produits agricoles et miniers vers l’Océan [la principale fonction des chemins de fer est d’assurer la relation entre les zones de production et les ports d’exportation] mais en plus elles faciliteront le déplacement des personnes, car le brassage des populations stimule l’économie et encourage l’innovation.

Le développement du transport par l’amélioration des voies des communications entraîne une baisse du coût des transports et des prix des marchandises, mais il favorise aussi l’internationalisation des firmes, la diffusion de l’informatique qui, aujourd’hui, est l’unique moyen qui autorise l’échange d’informations en temps réel, d’un bout à l’autre de la planète[10].

  1. Garantir l’intégration régionale par l’intégration énergétique

Grâce au barrage d’Inga, il est possible de construire des centres d’excellence – des centres de recherche autour de ce site et tout le long de la côte atlantique, allant de l’Afrique du Sud jusqu’au Cameroun. Le projet existe, il suffit de le réaliser : « Une ligne Aries-Kokerboom (Windhoek), de 900 kilomètres et 400 kilomètres, reliant l’Afrique du Sud à la Namibie, forme un tronçon essentiel de la future voie de transmission pour le transit de l’électricité produite à Grand Inga (République démocratique du Congo) vers l’Afrique du Sud le long du couloir occidental du réseau d’interconnexion (République démocratique du Congo-Angola-Namibie-Afrique du Sud) »[11]. Les capacités du barrage d’Inga demeurent sous-exploitées alors que ses ressources énergétiques optimales sont capables de garantir un approvisionnement suffisant à tous les pays de la région. Malgré les potentialités considérables du barrage d’Inga, « la part de l’Afrique dans la consommation mondiale d’énergie commerciale n’est que d’environ 3 % »[12]. Les populations des pays de l’Afrique centrale utilisent encore la biomasse (feu de bois, charbon) pour leur cuisson dans une région qui devrait connaître un surplus de production d’électricité. L’usage de la biomasse contribue à la destruction de la forêt environnante. La distribution régulière de l’électricité est l’unique moyen de freiner la destruction de la nature. Il est urgent d’attirer l’attention des populations sur les méfaits de l’usage de la biomasse par le biais des séminaires et des ateliers. La négligence des autorités en matière de distribution fait de l’Afrique « le premier consommateur au monde d’énergie de biomasse, cette dernière représentant pratiquement 90 % de la consommation énergétique finale de l’Afrique subsaharienne (à l’exception de l’Afrique du Sud »[13] alors que la consommation de la biomasse n’est que de 5 % en Afrique du Nord.

En accord avec l’Angola et le Congo-Brazza, qui sont des producteurs pétroliers significatifs, en insistant sur les affinités culturelles avec la RDC, pays voisin situé entre les deux autres, il faut construire nos propres raffineries pétrolières afin d’approvisionner les pays de la région en produits pétroliers raffinés dans la région. Au-delà, ces pays doivent créer une entreprise commune de fabrication de voitures, de trains, de bateaux, d’ordinateurs et de différents gadgets utiles au développement de la région. Le raffinage du pétrole angolais, congolais, gabonais, guinéen équatorien est encore assuré en Europe et aux États-Unis par des compagnies pétrolières occidentales qui profitent plus des retombées financières au détriment des populations locales. En mettant leurs efforts ensemble, les pays de la CEPCAC doivent s’organiser pour le raffiner localement et le commercialiser en tant que produit fini.

L’intégration énergétique facilitera la construction d’oléoducs et de gazoducs. Un tel projet peut recevoir, comme dans le cas de l’Afrique de l’Ouest, un financement de la Banque mondiale s’il est bien présenté. C’est par la cohérence et l’originalité que les Africains échapperont à la domination économique des pays développés et c’est par les mêmes moyens qu’ils éviteront l’exploitation de leurs ressources naturelles et humaines par les pays développés. L’électrification de l’ensemble des pays permettra à environ 70 %, voire plus, de la population africaine qui vit dans des zones rurales, à être reliée aux centres politiques et économiques par les réseaux modernes de communication (téléphone fixe et portable, Internet, télévision, etc.). Ces populations pourront ainsi s’informer et se former. Mais pour réaliser un tel projet, il faut qu’il y ait de la volonté politique et une réelle incitation à investir dans les zones arriérées. L’électrification progressive permettra l’industrialisation progressive et la transformation des matières premières en produits finis et la commercialisation de ces produits finis permettra à son tour le développement économique des pays. Ce circuit ressemble à ce que l’économiste Paul Prebisch qualifiait de « politiques de substitutions d’importations ». Les pierres qui existent en quantité incommensurable dans quelques-uns de ces pays seront utilisées pour la construction des chemins de fer et pour bitumer les routes carrossables. L’Afrique doit arriver à fabriquer ses propres produits afin de se développer et de participer davantage au commerce mondial.

Jusqu’à présent l’Angola et les deux Congo ont élaboré chacun sa propre stratégie de développement pour assurer ses approvisionnements et importations ; il faut sortir de cette stratégie et investir en commun dans la construction des réseaux du futur et dans la production et la distribution de l’énergie. Il faut électrifier les pays pour faciliter l’extension des infrastructures de communication qui sont jusqu’à présent inexistantes en dehors de grandes agglomérations. Dans certains pays, le nombre de lignes de téléphones fixes ne dépasse pas le 1 % de la population à l’intérieur du pays. La stagnation et/ou le recul des connexions du téléphone fixe pose un problème pour les connexions par Internet et pour l’expédition et la réception d’une télécopie (fax). Devant l’incapacité de l’État, la solution reste dans la privatisation des PTT (l’écrivain camerounais, René Philombé, a qualifié les PTT par l’expression Perds Ton Temps) qui demeurent un monopole de l’État incapable de rendre des services aux clients ou dans l’ouverture des PTT aux investissements transfrontaliers.

  1. Mettre en place une politique de sécurité maritime régionale

Pendant que le reste du monde s’organise, l’Afrique centrale reste dans l’expectative. En tout cas, elle ne fait pas grand-chose pour la sécurité maritime régionale. Mais il n’est pas encore trop tard pour mettre sur pied des patrouilles maritimes conjointes et un dispositif de lutte régionale contre la piraterie. Le volet pétrolier est très préoccupant dans ce domaine. Des pays qui ont une large frontière naturelle avec l’Océan Atlantique, comme l’Angola, le Congo-Brazzaville, le Gabon, Guinée équatoriale, Sào Tomé et Príncipe, le Cameroun, doivent jouer un rôle important en investissant davantage de ressources financières et humaines dans la formation des Garde-côtes et dans la sécurité maritime au niveau régional. Ils le feront dans leur propre intérêt en tant que nations côtières. Il existe des obstacles à aplanir parmi lesquels la mise en place d’un cadre solide de coopération, le manque de savoir-faire, l’absence de fonds et d’équipements. L’absence d’une coopération dynamique entre les pays de l’Afrique centrale permet une exploitation éhontée des richesses naturelles des pays de cette région, en particulier le pétrole et le gaz naturel. On a beaucoup parlé du pétrole koweïtien et irakien pillé par des compagnies étrangères, du coltan volé en RD Congo par le Rwanda et l’Ouganda avec la complicité des États étrangers et des firmes transnationales[14]. Il est temps que les pays africains imposent leurs droits et leurs intérêts au reste du monde afin de garantir leur développement.

A part quelques coups de colère du feu président Omar Bongo contre la compagnie pétrolière ELF-Aquitaine[15] qui exploite à vil prix le pétrole gabonais, la presse africaine et la presse étrangère parlent très peu du pétrole africain devenu une propriété privée des compagnies étrangères. Une meilleure gestion de la dominante pétrolière peut structurer la région côtière de la même façon que la dominante minière de l’économie a structuré le territoire de l’Afrique australe. Si les pays de l’Afrique centrale désirent jouer un rôle moteur pour protéger leurs richesses et leur pétrole, il est important qu’ils travaillent ensemble en commençant par former les Garde-côtes qui s’occuperont de la sécurité maritime en empêchant les actes de piraterie en mer. En Afrique centrale, les problèmes sont nombreux en ce qui concerne la sécurité maritime, mais le plus urgent est sans doute l’absence de cadres compétents. Les Garde-côtes devront travailler avec les services de renseignement de chaque pays en matière de collecte et d’échange d’informations. La formation des Garde-côtes est indispensable pour la sécurité des eaux et des richesses de la région.

L’amélioration des liens entre les pays côtiers de l’Afrique centrale passe par la création d’une école africaine des Garde-côtes. Des étudiants en provenance des pays membres viendraient se former et partager ensemble le souci sécuritaire de la région. En mettant en avant l’idée de s’appuyer sur un réseau régional des Garde-côtes, les pays de l’Afrique centrale tireront des profits économiques énormes par la réduction des actes de piraterie en mer et sur les côtes. La formation des Garde-côtes sera une première étape qui permettra dans le futur de surveiller et de défendre les itinéraires de navigation passant par la région. Il est de notoriété publique que les routes maritimes sont vitales pour l’économie de chaque nation. En mettant leurs efforts ensemble, les pays de l’Afrique centrale pourront songer à créer une industrie commune du transport maritime dont les États membres seront les actionnaires. Si l’Afrique n’a pas de marine de guerre, elle peut au moins se doter d’une marine marchande qui sera protégée par les Garde-côtes de la région. Les richesses marines et sous-marines ne seront mieux protégées que si elles sont surveillées en permanence.

A l’heure où les pays ploutocratiques du monde définissent, dans le cadre de la mondialisation, les lignes maîtresses de ce que seront les grandes orientations de l’économie de demain, l’Afrique doit miser sur la formation de ses propres cadres en matière de sécurité afin de réduire l’entrée frauduleuse des armes qui sont à l’origine des conflits et des guerres et qui retardent le décollage économique de la région.

  1. Créer une armée régionale à l’image de l’OTAN pour protéger les intérêts de la région

Sur la base de l’expérience de l’armée angolaise, avant et après la chute du maréchal Mobutu, qui a pénétré au Zaïre pour étouffer les rebelles de l’UNITA puis au Congo-Brazaville pour étouffer les rebelles du FLEC, il devient possible de construire une armée régionale en Afrique centrale. Les conflits politiques ont permis, dans ces deux pays, de recevoir l’armée angolaise qui a précocement donné une allure de ce que pourrait être l’armée régionale de demain et le rôle qu’une telle armée aura à assurer : sécuriser le régime politique entre les mains des civils, défendre la région et les pays membres contre toute invasion et toute forme d’exploitation, lutter contre la prolifération des armes légères à l’origine des conflits dans la région ; avec la police, l’armée régionale assurera la libre-circulation des marchandises et des personnes car elle augmentera le sentiment d’appartenir à une communauté, ensuite la libre-circulation des personnes accélérera la circulation des connaissances. Si ceci est bien compris, les sept pays (Angola, RD Congo, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale, Sào Tomé et Príncipe, Cameroun) mettront les sept armées nationales au service de la sécurité régionale, si ces armées coordonnent leurs actions et leurs tâches, si elles fonctionnent avec un budget important, il est facile d’imaginer les bénéfices que feront les pays de l’Afrique centrale en réunissant plus de 100 millions d’habitants. S’ils ont une flotte maritime et aérienne commune, une armée commune défendant les intérêts de la région, des programmes de recherche communs, les mêmes Garde-côtes pour toute la région, une politique étrangère commune, un échange d’informations en matière de renseignement et de sécurité, une seule diplomatie pour représenter les pays côtiers de l’Afrique centrale – comme les États-Unis pour les négociations commerciales –, s’ils paient une cotisation unique auprès des organisations internationales, les bénéfices seront considérables et le développement de la région foudroyant. Dans cette voie, l’Angola, le Congo-Brazza et la RD Congo doivent jouer le rôle de pays pionniers.

Dans les pays occidentaux, les armées ont compris depuis longtemps qu’elles ne doivent plus se combattre car, si elles le faisaient, elles dresseraient les États les uns contre les autres. Alors, elles perfectionnent leurs armements tout en restant vigilantes puisqu’une folie humaine est toujours possible. Pour s’enrichir, ces armées-là ont compris qu’elles doivent inventer, innover et vendre leur technologie. Une partie de leur technologie est vendue en Afrique. Hélas ! C’est toujours une technologie dépassée, démodée dans le Nord que les pays d’Afrique se procurent, rendant par-là impossible toute idée de victoire en cas de guerre entre le Nord et le Sud. Or, nous sommes dans une phase de guerre économique et technologique depuis que les pays du Tiers-Monde ont réclamé ouvertement leur indépendance. Les Africains oublient souvent cette réalité. C’est pourquoi, les pays du Sud doivent rechercher leur autonomie et celle-ci ne peut venir que d’une organisation militaire (c’est-à-dire dans cette capacité de riposter contre toute attaque d’où qu’elle vienne) dans la mesure où les pays du Nord ont déjà visiblement choisi la force comme unique et dernier moyen d’imposer leur droit et leur domination sur le monde. Pour parvenir à la matérialisation de leur dessein, ils mènent la guerre partout et contre toute personne ou tout groupe organisé qui peut leur résister. L’Afrique n’a pas, à ce stade, la capacité de riposter. Sans faire appel à une puissance occidentale ou sans armes occidentales, aucune guerre ne peut être gagnée en Afrique. Triste constat ! Dans un tel contexte, la souveraineté des États d’Afrique ne sera affirmée que lorsque les pays seront unis et forts, que lorsqu’ils coopéreront et mèneront ensemble la lutte de leur reconnaissance sur la scène internationale. C’est en étant véritablement unis que les pays africains auront les moyens matériels de légitimer juridiquement et militairement leur résistance aux interventions insidieuses des pays les plus forts qui ont toujours exploité le continent africain grâce à leur capital, accumulé pendant la période coloniale et pendant les Trente Glorieuses, et grâce aussi à leur avance technologique. N’est-ce pas qu’on n’est jamais plus fort en étant seul ? Les puissances européennes ont si bien compris cela qu’elles ont décidé de s’unir afin que, face aux adversaires, elles appliquent la maxime suivante : « montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir » qui peut se traduire aussi dans le jargon moderne par « crédibiliser la dissuasion », mais surtout afin de devenir invincibles et un partenaire incontournable des États-Unis d’Amérique.

Pour construire l’unité, les armées des puissances occidentales coopèrent, mais elles travaillent dans l’idée de diviser les armées des pays du Tiers-Monde afin de ne pas avoir à les confronter tôt ou tard. C’est dans ce sens que les grandes puissances occidentales établissaient des bases militaires sur le continent ou qu’ils y envoient maintenant des experts militaires et civils sous l’étiquette de coopérants « humanitaires », c’est aussi dans ce sens qu’ils surveillent tous les moyens de communications et toutes les routes maritimes ou commerciales. En revanche, ils refusent que des militaires africains pénètrent à l’intérieur de leurs armées et qu’ils soient présents dans les différents points stratégiques du globe. Combien d’experts militaires africains compte-t-on dans les armées occidentales ? Combien de bateaux militaires africains sillonnent-ils les eaux internationales ? Questions taboues ? Il est temps que les Africains prennent conscience de l’évolution du monde en leur défaveur et qu’ils trouvent des réponses qui rétabliront les rapports de force en leur faveur. Cela doit passer par la mise en commun de nos moyens militaires. Dans cette voie, l’Angola, le Congo-Brazzaville et la RD Congo sont appelés à donner l’exemple afin que les autres États imitent et suivent. Ces trois pays peuvent créer le premier noyau de ce que sera les futurs États-Unis d’Afrique centrale.

  1. L’Afrique centrale dans une nouvelle configuration géopolitique : intensifier les échanges économiques

Le système industriel taylorien-fordiste mis en place par les industries des pays riches

« s’étend depuis les années 1970 à l’échelle de la planète : au nord, les fonctions de conception du produit ; au sud, les fonctions de fabrication technique. Les délocalisations manufacturières de la production dans les pays à bas salaires et leur corollaire, la tertiairisation de la main-d’œuvre occidentale, obéissent à cette logique, en termes d’avantages comparatifs (main-d’œuvre abondante, peu syndiquée, absence de protection sociale et de droit du travail). Ainsi, la société américaine de vêtements et de chaussures de sport Nike réalise-t-elle 99 % de sa production en Asie (chez des gens qui sont incapables de s’acheter les chaussures qu’ils fabriquent) sur près de 40 sites, notamment en Chine, en Indonésie et en Thaïlande. En revanche, les fonctions de développement, de marketing et de recherche sont basées aux États-Unis et aux Pays-Bas »[16].

En Afrique, plus de cinquante et un ans après les premières indépendances, les échanges économiques entre pays restent médiocres, car le commerce est essentiellement orienté vers les pays du Nord, notamment vers l’Union européenne et vers les États-Unis d’Amérique. Chaque ancienne colonie a tendance à coopérer plus avec l’ancienne métropole qu’avec le pays d’à côté. La Gambie, par exemple, développe plus de relations commerciales avec la lointaine Grande-Bretagne qu’avec son voisin, le Sénégal. Il en est de même de la Guinée équatoriale, du Gabon, et plusieurs autres exemples peuvent être cités. Tout en poursuivant le commerce à longue distance, il convient d’intensifier le commerce intra-africain. La mise à contribution du secteur privé dans l’agenda d’intégration est le moyen le plus court d’y parvenir, car c’est par l’intégration régionale que les pays parviendront à démanteler les frontières héritées de la colonisation qui ont séparé les communautés d’une même souche dans deux voire trois pays et qui sont souvent la cause de nombreux conflits entre États (voir le cas des Bakongo en Angola, RD Congo, Congo-Brazzaville, Gabon, les Bateke et des Pygmées en RD Congo, au Congo-Brazza et au Gabon, les Bangala en RD Congo et au Congo-Brazza, etc.).

Les pays situés en Afrique centrale doivent adopter une vision tournée vers un avenir commun afin d’éviter un commerce à longue distance et une position économique de dépendance et de soumission. Si les pays européens font entre eux près de 68 % de leurs échanges internationaux, les pays africains s’inscrivent encore dans la logique coloniale de relations privilégiées avec chaque ancienne métropole. Besoin du dollar et de l’euro oblige ! Mais ce commerce-là est souvent fait au détriment des attentes des citoyens. Les pays africains qui négligent le commerce avec leurs voisins ou qui ne l’intensifient pas doivent sortir des relations prétendument « privilégiées » qu’ils entretiennent avec les anciennes métropoles car ce sont souvent des relations d’asservissement dans lesquelles les uns jouent le rôle de maître ou de donneur de leçons et les autres celui d’esclave ou d’élève docile. C’est en quelque sorte une reproduction en miniature de la stratégie de l’époque coloniale. Il faut que les pays d’Afrique se mettent librement à commercer avec tous les pays du monde entier comme le font du reste les anciennes métropoles elles-mêmes. Seul le profit et l’intérêt national doivent guider leurs décisions. Si les responsabilités de la colonisation sont indéniables, il faut maintenant prouver que les États africains indépendants peuvent construire librement leurs nations, leurs économies et leur avenir.

L’Afrique est entrée dans le XXIe siècle en étant faible. Il est temps de fermer définitivement la page du passé colonial et du néo-colonialisme. Il faut un nouveau discours, un autre discours, plus économique, plus technologique, plus managérial. Pour l’Angola et pour les deux RD Congo, une vision d’un avenir commun est particulièrement importante afin d’accélérer la croissance économique régionale, pacifier les pays, stabiliser les régimes politiques et construire la démocratie.

Tous les principaux indicateurs socio-économiques de ces trois pays sont quasiment identiques : forte variété des produits agricoles bénéficiant partout des conditions atmosphériques favorables, forte pluviosité, tous ces pays sont producteurs et exportateurs de plusieurs matières primaires de première importance pour la communauté internationale mais nos pays sont faibles face aux puissances étrangères et aux institutions internationales de Bretton Woods qui ont été créées par les grandes puissances pour protéger leurs propres intérêts.

Il est nécessaire de créer nos propres institutions et des marchés régionaux plus intégrés et plus dynamiques afin de mieux lutter contre l’exiguïté des marchés intérieurs et contre la faiblesse de l’économie dans chaque nation. Nos États doivent comprendre que l’intégration régionale permet une coopération économique plus large. Les régions et leur consolidation sont les piliers de l’intégration continentale et du développement de l’Afrique de demain.

Nos pays doivent innover en diversifiant les produits de base à exporter, innover en transformant les matières premières en produits finis, d’abord pour répondre à la demande des marchés locaux et ensuite à la demande des marchés internationaux. Il faut, parallèlement au souci d’innovation, fournir à la jeunesse des formations ouvertes aux nouvelles technologies. La mise en commun des politiques micro et macroéconomiques suivie d’une coordination mettra nos pays en situation de négocier des contrats avec les multinationales qui cesseront ainsi d’utiliser les pays d’Afrique comme base d’exportation et d’écoulement de leurs produits bas de gamme. Donc, la mise en commun des efforts, la réduction des frais par la construction d’une armée régionale commune, la réduction des frais par la création d’une seule compagnie d’aviation, d’une seule flotte maritime, la réduction des frais par une diplomatie commune et une représentation commune auprès des organisations internationales compenseront les droits de douane (manque à gagner) sur lesquels les pays africains comptent beaucoup. Nos pays n’ont pas à craindre une perte de leur souveraineté[17] et la maîtrise de la formulation des politiques intérieures car les accords de coopération prévoiront cela et éviteront de telles pertes.

C’est en étant économiquement unis et forts que nos pays pourront se permettre de signer de vrais accords qui nous octroieront des avantages réels. Ce rapprochement ne commencera que lorsqu’il y aura à la tête de nos États des dirigeants qui partagent la même vision de l’avenir, qui mettront en place une série de conférences pour sensibiliser l’opinion publique régionale, une équipe de travail chargée d’élaborer les modalités de fonctionnement et de la coopération entre les pays sur la base des relations qu’ils entretiennent déjà et du rapprochement culturel existant, par la création dans chaque pays d’un ministère chargé de l’intégration régionale, par l’élaboration d’un programme et d’un cadre institutionnel pour stimuler la coopération régionale et par la définition des domaines d’intérêts économiques communs.

Grâce à la paix retrouvée et à l’harmonisation des politiques publiques, nos pays attireront davantage d’investissements directs étrangers en se faisant plus attrayants pour les investisseurs extérieurs comme le fait déjà la CAE[18]. Seule une intégration régionale conséquente et cohérente pourra mieux pacifier la région, favoriser la cohésion sociale, éviter les conflits politiques et éveiller les agents économiques qui, par la recherche du profit, stimuleront les commerçants, les innovateurs et les inventeurs nationaux. Nous ne voyons aucune autre solution plus stimulante et plus efficace que celle-ci pour développer nos pays et les sortir rapidement du sous-développement.

Nos pays gagneraient énormément en se spécialisant dans les produits dont la nature les a dotés : matières premières, produits agricoles, plantes médicinales, hydrocarbures, tourisme, flore et faune, etc. S’ils développent leurs ressources naturelles, s’ils développent les produits agroindustriels et l’alimentation, s’ils développent leur médecine traditionnelle en redécouvrant et en réétudiant les différentes plantes médicinales, s’ils mobilisent les ressources humaines disponibles, il n’y a aucun doute qu’ils connaîtront un développement rapide et foudroyant.

Pour démarrer cette intégration des pays situés à l’ouest de l’Afrique centrale et aller ensuite de l’avant, il faudrait que les pays les plus grands et les plus riches en ressources naturelles – en l’occurrence la RDC[19], le Congo-Brazza et l’Angola – donnent le ton afin d’éviter que les autres pays demeurent des spectateurs de cette idée constructive. Chaque pays doit être prêt à faire des concessions à l’image de l’Allemagne qui a sacrifié son précieux deutsche mark sur l’autel de l’intégration européenne.

Conclusion

L’Angola et les deux Congo possèdent des richesses immenses et ces pays n’ont pas le droit d’être pauvres. Après la comptabilité de tous les avantages que possède ces pays, il faut passer à l’action en les modernisant à partir des potentialités disponibles, en cultivant le riz, le manioc, le maïs, le soya, la banane, etc. le long du bassin congolais afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire, en mécanisant l’agriculture, en distribuant des semences qui augmentent la productivité, en augmentant l’élevage au km2, en transformant les matières premières en produits finis, c’est-à-dire manufacturés, en modernisant les réseaux (routes, chemin de fer, voies aériennes et maritimes) qui facilitent l’évacuation des produits vivriers et leur commercialisation afin de lutter contre les pénuries alimentaires en ville qui coïncident souvent avec le surplus agricole en province. Pour répondre aux besoins de la population en alimentation, il faut faire disparaître progressivement toutes les barrières afin de faciliter la circulation des produits agricoles et de les acheminer vers les nécessiteux.

L’intégration créera des compagnies minières régionales plus grandes et plus prospères. Ces compagnies régionales pourront ensuite créer une bourse des produits des pays côtiers de l’Afrique centrale sur le modèle de la Bourse de Johannesburg. L’industrialisation doit être encouragée, car elle permet de vendre des produits avec un label de qualité. Il est de notoriété publique que la plupart de pays situés au Sud du Sahara (à l’exception de l’Afrique du Sud) ont une capacité de production industrielle très faible. Comparativement aux pays de la SADC, de l’UMA et de l’UEMOA, les pays de l’Afrique centrale (CEEAC) et de la CAE connaissent en moyenne la part de l’industrie la plus basse (en %) dans le PIB. Les nouvelles industries de nos deux pays ont intérêt de se regrouper dans des associations régionales pour mieux se protéger et se défendre contre la concurrence féroce des produits en provenance d’autres marchés, contre le dumping qui peut porter préjudice aux industries régionales naissantes.

Les avantages cités plus haut ne doivent-ils pas être à l’origine d’un empressement réel à créer une coopération avantageuse entre l’Angola et les deux Congo ?

A l’intérieur du nouveau marché, la libre-circulation des marchandises entre les trois pays s’accompagnera de la libre-circulation des facteurs de production, notamment du capital financier et des biens d’équipement (transfert de technologie par exemple). C’est en créant des emplois qui sont le moteur du développement et en formant la jeunesse aux nouvelles technologies que nos pays rendront leurs marchés solvables.

La réussite d’une telle ambition nécessite de voir à la tête de la RD, de l’Angola et du Congo-Brazza Congo des autorités politiques éclairées qui partagent la même vision de l’avenir. Cela est nécessaire pour sortir les trois pays d’Afrique équatoriale des contraintes de l’État importé tel qu’il a été décrit par Bertrand Badie. Les trois pays formeront le premier noyau des États-Unis d’Afrique centrale. Les autres nations de la région viendront se greffer à ce premier noyau. C’est par ce moyen que les trois États résisteront contre les convoitises des États puissants qui pillent impunément les ressources naturelles des États faibles.

Bibliographie

[1] Les Bakongo paient lourdement leur opposition au régime de Joseph Kabila.

[2] Hérodote, Revue de géographie et de géopolitique, « Géopolitique de l’eau », 3e trimestre 2001, no 102 (pp. 113-136) et Jacques Bethemont, Les grands fleuves, Armand Colin, 1999. Dans ce dernier livre, la question de la guerre de l’eau est développée à partir du chapitre 5, pp. 179-ss.

[3] Philippe Moreau Defarges, La mondialisation, Paris, PUF, 4e édition, 2002, p. 64.

[4] Collectif (sous la direction de Pascal Boniface), Les défis de l’Afrique, Paris, Dalloz, 2006, p. 196.

[5] L’armée congolaise est faible et divisée en tendances clientélistes et elle compte des effectifs pléthoriques et fictifs. La question à se poser est de savoir ce que le Congo qui n’a jamais réussi à bouter le Rwanda complètement hors de son territoire a à gagner avec la CEPGL dans un contexte d’incapacité et de dépendance de l’armée congolaise et ce que la RDC peut gagner en relançant cette communauté. S des voix sont montées au créneau pour dire que la CEPGL serait un espace qui garantirait la paix entre les pays membres, il faut être naïf pour y croire, car il s’agit là d’un argument puéril difficile à soutenir par tout esprit lucide. Si la CEPGL n’a pas garanti la paix depuis sa création, il est utopique de croire qu’elle la garantirait en relançant cette organisation régionale. Dans les relations internationales, les pays nouent des alliances en fonction de leurs propres intérêts.

[6] Pour plus de détails sur les migrations africaines à l’intérieur du continent, avant et après 1350, lire Colin McEvedy, The Penguin Atlas of African history, Allen Lane, London, 1980.

[7] Pierre-François Gonidec, Les systèmes politiques africains, 3e édition, Paris, L.G.D.J., 1997, p. 97.

[8] Pour rapprocher la gestion et le fonctionnement de ces ports, il serait souhaitable d’adopter l’usage de documents communs pour toutes les transactions en douane et aux frontières, ainsi que le recours d’un guichet unique pour réduire les opérations et la durée de démarches au port.

[9] Jacques Ténier, Intégration régionale et mondialisation, La documentation française, no 70-71, Mai-juin 2003, p. 117.

[10] Jean-Claude Drouin, Les vrais maîtres de l’économie, Petit encyclopédie Larousse, 2004, p. 18.

[11] Commission économique pour l’Afrique, État de l’intégration régionale en Afrique, Une étude de la CEA, Addis-Abeba, 2004, pp. 174-175.

[12] Ibid., p. 172.

[13] Ibid., p. 173.

[14] Lire le Rapport du Groupe d’experts sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République démocratique du Congo. Il existe différents rapports produits par des experts des Nations unies.

[15] Affaire ELF, Omar Bongo : « Ma vérité », in Jeune Afrique. L’intelligent, no 2208, 43e année, du 4 au 10 mai 2003.

[16] Jean-Claude Drouin, Les vrais maîtres de l’économie, op. cit., p, 20. La précision entre parenthèses est de moi.

[17] Beaucoup de pays africains n’ont de souveraineté que de nom car celle-ci est constamment bradée et violée par les grandes puissances et, dans le cadre de la mondialisation, par les grandes entreprises transnationales. En réalité, que reste-t-il de la souveraineté des États africains ?

[18] Pour la CAE, lire la Revue Coopération Sud, 2003, PNUD, p. 65.

[19] La RD Congo et le Nigeria sont les deux pays aux dimensions régionales qui ne semblent guère privilégier l’intégration régionale. Il s’agit là d’une erreur grave, car des pays comme les États-Unis, l’Afrique du Sud, la Russie, la France, l’Allemagne sont devenus des moteurs de l’intégration régionale.

Nota bene

Les idées développées dans cet article se trouvent dans trois ouvrages de Fweley Diangitukwa, à savoir :

Géopolitique, intégration régionale et mondialisation, Paris, L’Harmattan, 2005 ;

La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas, Paris, L’Harmattan, 2010 ;

Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, Saint-Légier (Suisse), éd. Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, avril 2011.

Construire de nouvelles relations avec l’Angola

23 Août

Dans les rapports entre l’Angola et la RDC, le passé explique le présent. Ceux qui sont au pouvoir en Angola ont souffert du soutien apporté par le président Mobutu et son régime à l’UNITA de Jonas Savimbi. Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. Le pouvoir angolais vit dans une peur permanente de voir l’UNITA soutenue par le Zaïre redéployer ses troupes en RDC ou occuper le Cabinda pour ensuite étendre son influence sur le reste de l’Angola. D’où la nécessité que ressent le pouvoir angolais d’intervenir dans sa partie Nord-Ouest dans le but de garantir sa sécurité. Pour le reste, nous savons que ce sont les rapports de force qui règlent les relations entre les Etats et que ces derniers ne sont intéressés que par leurs intérêts.

Quant à la comparaison entre les ambitions du Rwanda et de l’Angola sur la RDC, la géopolitique nous donne des éléments de réponse. En général, les pays enclavés sont moins développés que les pays ayant une ouverture océane. Les Etats enclavés (Rwanda) sont plus belliqueux que les Etats riverains (Angola) et les pays enclavés ont tendance à mener des guerres jusqu’à entrevoir la possibilité d’avoir un accès à la mer (Allemagne sous Bismarck). Or, Museveni et Kagame sont de grands lecteurs et adeptes de Bismarck (lire : https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=513&action=edit)

Les Etats sans ressources naturelles (Rwanda) sont plus portés à les rechercher en dehors de leur territoire alors que les Etats dotés des ressources naturelles (Angola) se suffisent et pillent moins les autres. Le Rwanda compte parmi les pays qui ont la plus forte densité de population au km2 alors que l’Angola est sur la liste des pays qui ont la moins forte densité de population au km2. Le Rwanda a donc plus de raisons géostratégiques d’envahir ou d’infiltrer la RDC pour réduire sa population km2 et pour chercher des pâturages pour ses bœufs que l’Angola. Après l’indépendance de l’Angola, ses refugiés sont rentrés en masse en Angola alors que les Rwandais sont restés en RDC depuis l’indépendance de leur pays jusqu’à obtenir clandestinement la nationalité congolaise pour beaucoup d’entre eux.

Malgré les bonnes relations entre l’UNITA et le Zaïre de Mobutu, les hommes de Savimbi n’ont jamais cherché à infiltrer les services de renseignement congolais ni les institutions congolaises, alors que les Rwandais l’ont fait (Bisengimana et Cie) avec la bénédiction de certains patrons de l’ANR parce que ceux-ci croyaient que les Rwandais poseraient moins de problèmes au régime de Mobutu que les Congolais. En agissant ainsi, ils ont préparé la situation actuelle qu’eux-mêmes dénoncent publiquement (alors qu’ils étaient les instigateurs) et que tous les Congolais déplorent. Les anciens patrons des services de renseignement sous Mobutu sont en grande partie responsables de l’infiltration rwandaise dans les Institutions de notre pays car les Rwandais parmi les plus ambitieux ont trouvé des portes ouvertes par leurs compatriotes dans les services de sécurité et de renseignement, jusqu’à la présidence de la République. Les Angolais ne l’ont jamais fait.

En guise de conclusion, nous avons plus à craindre l’invasion rwandaise que d’une hypothétique menace angolaise. L’Angola a sauvé la RDC en chassant les soldats rwandais du barrage d’Inga alors que le Rwanda s’est enrichi en volant les minerais de notre pays grâce à leur ressortissant (cheval de Troie) placé à la tête de notre pays. Le Rwanda a mené une guerre meurtrière qui décimé une grande partie de la population congolaise. Des soldats rwandais infectés ont transmis le virus de sida à des milliers de femmes congolaises dans le seul but de décimer la population congolais. L’Angola n’a jamais commis de telles atrocités sur le sol congolais. Depuis plusieurs années, j’invite mes compatriotes à développer notre pays en portant le regard vers l’Ouest (Océan) et non vers les collines du Rwanda. Voici deux articles sur mon blog qui confirment mes propos :

https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=466&action=edit

https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=763&action=edit