Nouvelle publication : « COMMENT METTRE FIN À UNE DICTATURE SOLIDEMENT INSTALLÉE »

16 Fév

Vient de paraître aux éditions L’Harmattan

« COMMENT METTRE FIN À UNE DICTATURE SOLIDEMENT INSTALLÉE »

Auteur : Fweley Diangitukwa

Prix : 14 euros

4ème page de couverture :

Ce livre est une réflexion sur la tyrannie. Il s’adresse à tous les citoyens du monde qui cherchent à se débarrasser d’une dictature solidement installée mais qui ne trouvent pas la voie à suivre ou la solution idéale. Il contient plusieurs recettes et certaines d’entre elles ont bien fonctionné dans certains pays. Le contexte étant différent d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre et d’une dictature à l’autre, il est nécessaire de bien choisir la recette sinon les recettes la/les plus adaptée(s) au contexte national. Mais dans toutes les circonstances, trois forces doivent absolument se mettre en mouvement et se rencontrer pour qu’il y ait un véritable changement de système : le nombre de participants qui crée une grande union, l’intelligence qu’on appelle stratégie et la détermination qui permet d’aller jusqu’au bout de la vision commune.

L’auteur nous fait entrer dans les coulisses des recettes qui font tomber les dictatures et qui permettent aux pays fraîchement sortis de la tyrannie de se stabiliser et de se développer.

Ce livre mérite d’être lu par tous les Africains cultivés.

Fweley Diangitukwa est professeur de Science Politique et de Sciences de Gestion. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques, entre autres : La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas ; Le règne du mensonge politique en RD Congo. Qui a tué Kabila ? ; L’Afrique doit renaître ; Quand les Africains se réveilleront, le monde changera ; Comment devenir un leader charismatique ; Le rôle du leader dans l’organisation ; La lointaine origine de la gouvernance en Afrique.

Pour vos commandes :

éditions L’Harmattan

7, rue de l’école Polytechnique

75005 Paris

Tél. : 0033 1 40 46 79 10

ou

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LA RDC EST UNE DICTATURE À CIEL OUVERT

16 Fév

 

LA RDC EST UNE DICTATURE À CIEL OUVERT

Par Fweley Diangitukwa, politiste

www.fweley.wordpress.com

Aucune autorité politique ne jouit désormais d’un mandat électif. Tous les dirigeants sont illégaux et illégitimes et personne n’a jusqu’à présent démissionné pour manifester son désaccord avec l’irrégularité des institutions. Les Sénateurs et les députés provinciaux n’ont pas été élus depuis 2012, le chef de l’État n’a pas été élu en décembre 2016 suivant l’article 220 de la Constitution et selon la Résolution 2277 des Nations unies qui rappelait le respect de la Constitution congolaise. Les députés nationaux devraient renouveler leur mandat au courant de ce mois de février 2017 mais puisque la CENCO a mis la Constitution de côté dans son Accord anticonstitutionnel du 31 décembre 2016, ces derniers « glissent » publiquement comme les autres.

Les élections démocratiques au suffrage universel et aux échéances régulières ne sont plus une obligation dans cette République très démocratique du Congo. Alors qu’ils sont tous sans mandat électif, donc illégaux et illégitimes, aucune institution de la République ne lève la voix pour dénoncer cette situation inédite, même les députés de l’opposition ne disent rien car ils tirent tous profit du « glissement ». Oui, aucun député n’a démissionné jusqu’à présent pour prouver au peuple qu’il est de son côté. Au contraire, chacun d’eux trouve des arguments abscons pour justifier sa complicité avec la tyrannie. Kabila, Kengo, Minaku parlent toujours au nom de la République même s’ils n’en ont plus juridiquement le droit. Et que dire lorsqu’on sait que les deux derniers sont des juristes ? Alors, quand des juristes refusent de pratiquer le droit tout en demeurant président du Sénat et président de l’Assemblée nationale, que doit-on conclure ? N’est-ce pas que nous sommes dans une République bananière où la dictature sévit à ciel ouvert ? Où a-t-on déjà vu un pays qui se dit démocratique refuser l’organisation des élections qui assurent l’alternance au pouvoir ? Réponse : nulle part, sauf en RDC. À moins que MM. Lambert Mende, Omer Songo die Lema, Jean-Pierre Vununu et d’autres qui défendent le régime en place sans évoquer le droit nous apportent des arguments prouvant le contraire. Que ces compatriotes nous citent un article de la Constitution qui permet à M. Joseph Kabila d’être chef de l’État aujourd’hui alors que ce dernier refuse d’organiser l’élection présidentielle qui ouvrirait la voie à une alternance civilisée entre le nouveau président qui entre et l’ancien qui sort. Dans la situation actuelle, comment peut-on appeler un chef d’État sans mandat populaire qui tue des citoyens innocents ? N’est-ce pas un tyran fonctionnant dans une dictature à ciel ouvert ? Regardons ce qui se passe au centre du Kasaï. Que fait le gouvernement pour stopper les violences et les tueries ? Rien !

 Trois piliers pour demeurer au pouvoir ad aeternam

Monsieur Joseph Kabila – toujours président de la République par défi – s’appuie sur trois piliers pour prolonger sa présence à la tête de l’État congolais.

  1. Le refus d’organiser des élections

Sachant qu’il est impopulaire et qu’aucun Congolais de souche (même pas sa femme de ménage si celle-ci est une Congolaise) ne l’élirait, il refuse d’organiser les élections. Il a commencé par tester la réaction des Congolais en n’organisant pas les élections des Sénateurs et des députés provinciaux en 2012. Malgré notre cri d’alarme en 2012 dans lequel nous avons attiré l’attention de nos Compatriotes en leur disant que la non-élection des sénateurs est une anticipation à la non-élection présidentielle qui suivra en 2016, nous n’avons pas été compris car nous avons toujours été en avance, certainement grâce à notre formation en science politique et notre intérêt pour la prospective. Ce que nous avons dit en 2012 s’est réalisé en décembre 2016 dans les termes que avons exactement prévus.

Le refus d’organiser les élections en RDC est une volonté politique. Le manque d’argent n’est qu’un prétexte pour justifier cette absence de volonté politique du chef d’État, actuellement sans mandat populaire.

Du vivant de M. Katumba Mwanke, Jeune Afrique avait publié un très long article pour dire aux Congolais que celui-ci avait détourné des fonds importants qu’il avait placés dans le paradis fiscal de l’île Caïman[1]. À l’époque, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’avaient dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. L’Américain Richard Minitel a révélé des fonds détournés par le chef de l’État Joseph Kabila et placé dans les paradis fiscaux et il a publiquement demandé aux autorités congolaises de porter plainte contre lui si elles estimaient que ses révélations étaient fausses, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’ont dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. De même, Panama Paper a révélé le détournement de fonds publics par celle qui s’appelle Janet Kabila, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’ont dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. Tout ceci pour dire deux choses : (1) le Congo ne manque pas d’argent pour organiser les élections mais l’argent de la République est régulièrement détourné par les dirigeants (les petits dirigeants imitent ce que font les grands dirigeants), (2) nos magistrats de la République, nos sénateurs et nos députés sont des autorités complaisantes car aucun d’entre eux n’a initié une enquête allant dans le sens de rétablir les faits au profit de la République.

  1. L’organisation de l’insécurité au niveau national

L’insécurité au niveau national est entretenue par les hommes du pouvoir dans le but de le garder pendant longtemps. Il faut lire Machiavel pour se laisser convaincre par nos propos. Dans son livre Le Prince, Machiavel a écrit au chapitre XVII :

« L’histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens. […] C’est pourquoi un seigneur avisé ne peut, ne doit respecter sa parole si ce respect se retourne contre lui et que les motifs de sa promesse soient éteints. […] Et les hommes ont tant de simplesse (ancien français), ils se plient si servilement aux nécessités du moment que le trompeur trouvera toujours quelqu’un qui se laisse tromper […] mais tu dois avoir entraîné ton cœur à être exactement l’opposé, si les circonstances l’exigent. […] Il (le prince) doit donc disposer d’un esprit en mesure de tourner selon les vents de la fortune, selon les changements des situations. […] D’une façon générale, les hommes jugent plus souvent d’après leurs yeux [et leurs oreilles, c’est nous qui précisons] que d’après leurs mains : chacun est en mesure de voir [et d’entendre, c’est nous qui précisons], bien peu sont en mesure de toucher [et de comprendre, c’est nous qui précisons]. »[2]

Puis, Machiavel a précisé sa pensée en disant : « N’importe qui peut voir ce que tu sembles être ; quelques rares seulement peuvent tâter [comprendre] ce que tu es. Et ces derniers n’osent contredire l’opinion du grand nombre, renforcée par toute la majesté de l’État. »[3]

Le Gouvernement n’a jamais donné des moyens suffisants à l’armée pour mener une guerre contre les envahisseurs rwandais et ougandais dans le but d’entretenir l’insécurité qui, non seulement justifier la présence du régime actuel au pouvoir mais il empêche ainsi la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de réaliser le recensement dans le délai. Le principe émis par Machiavel est simple et il est connu mais personne ne prête souvent attention à sa très célèbre maxime : « C’est la fin qui justifie les moyens. » Nous pouvons dire sans nous tromper que la CENI ne sera pas prête avant décembre 2017. Elle évoquera le manque d’argent et l’insécurité pour justifier l’impossibilité de finir son travail à temps et permettre ainsi l’organisation des élections. Donc, l’accord de la CENCO du 31 décembre 2016 consistant à promettre publiquement que le président Kabila ne se représentera pas est une arnaque, car celui-ci compte sur la non-organisation des élections, comme en 2016, pour garder son fauteuil. Le ministre du budget l’a ouvertement déclaré la semaine dernière.

S’inscrivant dans la logique de Machiavel qui conseillait au prince de faire les choses les plus difficiles : « Songer à toutes les cruautés qu’il lui est besoin de faire et à toutes les pratiquer d’un coup […] »[4], le président sans mandat populaire – Joseph Kabila – tue pour faire peur et garder ainsi le pouvoir par la violence. Malgré le nombre toujours croissant d’assassinats, de massacres, de tueries, d’emprisonnement arbitraire, de femmes violées et de Congolais égorgés comme des animaux sauvages, aucun Sénateur, aucun député national n’a rédigé une motion ou une interpellation pour dénoncer le terrorisme d’État sur les paisibles citoyens congolais. Alors, en quoi sont-ils des élus (en fait des anciens élus) du peuple s’ils ne peuvent le défendre valablement ?

  1. La corruption des gouvernants et des « intellectuels »

Comme sous le président Mobutu qui disait publiquement à ses ministres « soki olingi koyiba, yiba moke », la corruption est une pratique courante sous le règne du président Kabila. Il a même été publiquement dit, il y a quelques années, que la présidence de la République était l’institution la plus corrompue.

L’organisation des négociations régulières sans résultat est une volonté de corrompre les participants afin de désamorcer la colère populaire contre les détenteurs du pouvoir. À quoi a servi l’argent dépensé pour organiser les Concertations nationales ? « Avant les concertations nationales sera égal à après les concertations » disais-je en 2013 à M. Omer Songo die Lema qui ne me croyait pas mais la réalité a fini par me donner raison et celui-ci n’est jamais revenu sur lesdites concertations. À quoi a servi l’argent dépensé pour organiser le dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo, envoyé par l’Union africaine ? À quoi sert l’argent dépensé pour organiser l’actuel dialogue sous la direction de la CENCO, sinon à distraire le peuple et à gagner du temps ? Le président Kabila et le Gouvernement sortent l’argent du Trésor public pour assurer le per diem des participants pour les distraire, s’enrichir eux-mêmes et gagner du temps.

Depuis l’entrée de l’AFDL au Zaïre – devenu la République démocratique du Congo (sans être une démocratie) –, notre pays n’a pas avancé ; au contraire, il a reculé. Malgré cette réalité, à cause de la misère sans nom, les « intellectuels » sont toujours nombreux à participer à ces concertations nationales ou à ces dialogues pour gagner un peu d’argent et espérer trouver un poste ministériel de courte durée (quelques mois à peine), le temps de vider les caisses de l’État avant de disparaître. Quelle République sommes-nous devenus ?

[1] Qui, après son assassinat, a bénéficié de son enrichissement rapide et illicite placé dans l’île Caïman et de ses avoirs en Afrique du Sud ?

[2] Machiavel, Le Prince, Paris, Librairie Générale française, 1983, chapitre XVIII, lire pp. 91-95.

[3] Ibid., p. 94.

[4] Machiavel, Le Prince, cité par Carol Kennedy, Toutes les théories du management, Paris, Maxima, 2002, pp. 9-10.

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

11 Fév

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

Par Fweley Diangitukwa, politiste

http://www.fweley.wordpress.com

« Vox Dei, vox populi » ou, inversement, « vox populi, vox Dei » disaient les Romains. Au lieu de suivre la voix de Dieu et la voix du peuple qui voulait le respect de la Constitution ainsi que la Résolution 2277 des Nations unies qui exigeaient le respect de la Constitution, les prêtres de la CENCO ont préféré écouter et suivre la voix de celui qui a financé leurs travaux.

Tant de sacrifices pour si peu !

J’ai été le premier à suggérer la gestion du conflit par la CENCO (cfr. mes deux articles affichés sur mon blog :

Mais, prudence oblige, j’ai demandé à la CENCO de rendre publique leur décision avant le 16 décembre 2016 pour ne pas « glisser » comme le souhaitait la « majorité présidentielle » (qui a cessé d’être une majorité numérique depuis le départ du G7). En ne respectant pas le délai constitutionnel fixé au 19 décembre 2016 à minuit (fin de mandat du président Joseph Kabila), la CENCO a entraîné la République dans une longue impasse d’où il nous sera difficile de nous en sortir car les Congolais n’ont plus de point de repère servant de dead line. À cause de la CENCO (selon l’avis du peuple) ou grâce à la CENCO (pour les membres du pouvoir actuel), tout est maintenant permis : la République est gouvernée par des autorités sans légalité et sans légitimité, c’est-à-dire ne jouissant d’aucun mandat électif. Tous nos dirigeants sont concernés par ce manque de légalité et de légitimité, depuis le chef de l’Etat, les députés nationaux (qui seront fin mandat à la fin de ce mois de février 2017 et qui sont censés se représenter auprès de leurs électeurs pour renouveler leur mandat) jusqu’aux députés provinciaux. En n’exigeant pas la conformité aux prescriptions de la Constitution, la CENCO a tout brouillé. Tout est maintenant permis. Personne ne parle de députés nationaux qui sont fin mandat, de sénateurs et de députés provinciaux qui le sont depuis 2012, du chef d’Etat qui ne jouit d’aucune légalité et d’aucune légitimité depuis le 19 décembre 2016. La situation que la CENCO a créée est une première dans l’histoire de la République.

Auparavant, de nouvelles provinces ont été mises en place dans une indifférence totale et les populations concernées ne se reconnaissent pas dans leurs autorités. L’anarchie a pris place au sommet des institutions républicaines. Pour combien de temps ? La CENCO ne répondra jamais avec exactitude, car elle conduit les négociations hors délai constitutionnel et sans rien maîtriser. Un immense danger plane au-dessus de la Républicaine car notre avenir immédiat est non seulement flou mais en plus incertain. Quel moyen dispose la CENCO pour contraindre les signataires de la mouvance présidentielle (qui ont signé sous réserve selon les dires de Lambert Mende) lorsque ceux-ci feront comprendre au peuple congolais qu’il est impossible d’organiser les élections (présentielle, sénatoriales et législatives) en décembre 2017 (car on s’achemine inéluctablement vers ce résultat) ? Après tant de sacrifices, d’assassinats, de prisonniers politiques, de femmes violées, de Congolais égorgés comme des bêtes sauvages à Beni et ailleurs, de jeunes gens tombés en janvier 2015 et en septembre 2016, de milliers d’enfants traumatisés, de millions de Congolais partis en exil, de villages et de parcs nationaux saccagés et détruits, de forêts dévastées, de ressources naturelles pillées, etc. comment pouvons-nous nous contenter d’un si maigre résultat se résumant en une simple promesse ? Nous ne sommes pas dignes de nos morts et nous oublions que nous leur sommes redevables. Par notre capitulation commune, nous souillons publiquement leur mémoire et trahissons leurs espoirs. Nous ne manifestons aucun respect et aucune dignité à leur égard, car nous nous laissons manipuler comme des moutons de Panurge.

Un manque total de lucidité politique

À mon avis, la CENCO n’a pas suffisamment pesé le danger de négocier et de signer l’Accord du 31 décembre dans l’irrespect total de la Constitution, car le moment venu, la « majorité » fera comprendre à la même CENCO que l’Accord du 31 décembre 2016 n’est pas constitutionnel. Au lieu de rester ferme et intransigeante quant au délai du 19 décembre 2016, la CENCO s’est fait avoir en acceptant de négocier au-delà de la date fatidique, grâce à l’argent sale du pouvoir qui a financé les négociations. En cela, la CENCO n’est pas éloignée des positions défendues par Mgr Marini Bondo au nom de l’Eglise protestante (je suis protestant et je sais de quoi je parle). « En maintenant Joseph Kabila au pouvoir, en jetant à la poubelle la Constitution et en piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo » (Charles Onana), nous dirons, en termes sibyllins, que la CENCO a sauvé la dictature de Kabila contre la colère populaire. En tout cas, elle a désamorcé cette « bombe » car le peuple voulait en finir avec la dictature en date du 19 décembre 2016.

En situation normale, la CENCO aurait dû tout simplement constater l’impossibilité pour le pouvoir de respecter l’article 220 de la Constitution et se limiter strictement à cela. Si elle a fait ce choix, tout le monde saurait que Kabila est sans mandat, qu’il n’est plus officiellement président de la République et qu’il gouverne par défi et sans aucune protection juridique. Hélas, la CENCO ne l’a pas fait, préférant brouiller les Congolais par la lecture d’une simple promesse. Comment mobiliser maintenant ce peuple – ou cette grosse machine – pour qu’il se remette en mouvement ? Que doit-il maintenant exiger puisque la Constitution a déjà été violée par le pouvoir actuel, par la CENCO et par les membres du Rassemblement ?

Dans mon livre Qui gouverne le Zaïre ? La République des copains, publié aux éditions L’Harmattan en 1997, je disais que les Zaïrois (Congolais aujourd’hui) savent discuter longuement sur les conflits de leur pays mais ils prennent toujours de mauvaises décisions. Ma prédiction n’a pas été démentie depuis la Conférence « nationale souveraine ». Nos discussions ont toujours été longues dans les multiples « négociations » de dupes : dialogue inter congolais à Sun City en Afrique du Sud, à Nairobi, à Kampala, à Lusaka, à Addis-Abeba, inutiles Concertations nationales en 2013, dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo et actuel dialogue national sans fin sous la direction de la CENCO. Le résultat est toujours le même : l’Etat dépense beaucoup d’argent pour un résultat nul (pour le peuple). Rien n’a changé, la dictature est toujours là, arrogante et têtue. Il n’y a jamais eu un changement de système mais uniquement de changement dans le système. La révolution-pardon de l’AFDL est venue tout simplement poursuivi la dictature de Mobutu et Cie. L’anarchie règne en maîtresse dans tout le pays.

Il ne suffit pas de proclamer haut et fort que « l’actuel chef de l’Etat ne briguera pas un troisième mandat » pour croire que les élections auront bel et bien lieu en décembre 2017 et penser que cela se fera ainsi. Dans son agir, la CENCO a superbement ignoré que la mouvance présidentielle est un conglomérat d’aventuriers (dixit Laurent-Désiré Kabila) qui cherche à gagner du temps pour rester plus longtemps au pouvoir. On voit que les discussions se poursuivent indéfiniment comme si aucun Accord n’a été signé le 31 décembre 2016. Le gouvernement de Samy Badibanga refuse de rendre le tablier pour piller le peu d’argent qui passe sous les yeux des ministres et la désignation du Premier ministre issu de l’opposition traîne à voir le jour. Or, la transition est limitée dans le temps. Elle a une durée très courte de 12 mois. Nous sommes déjà en février et nous sommes encore loin d’entrer dans la transition. Que cela veut-il dire ? En voulant composer avec un tyran qui n’a jamais respecté ses engagements, la CENCO a plombé l’avenir de notre pays. On nous dira dans le futur si nous avons raison de manifester publiquement notre inquiétude ou non.

Une République où rien n’est respecté

Notre République n’a jamais été une res publica (une chose appartenant à tous) car certains individus croient avoir plus de droits que d’autres. Ceux qui pratiquent le droit au quotidien sont les premiers à le violer. La plupart des concepts partagés par les élites ont cessé d’avoir le même contenu selon qu’on appartienne à la mouvance présidentielle ou à l’opposition. Ainsi, par exemple, les concepts de démocratie et de gouvernance ne signifient pas la même chose chez les uns et chez les autres, alors qu’ils vivent les mêmes réalités dans le même pays. Pour ceux qui dirigent, le Congo est une République « démocratique » pendant que tout le monde sait qu’il ne l’est pas. En principe, lorsqu’on entend le mot « démocratie », on se représente un régime politique dont les dirigeants sont élus à des échéances régulières par le peuple et ces élus sont responsables devant lui ; on se représente un régime dans lequel tous ont les mêmes droits, tels le droit à la libre expression, l’accès équitable à la justice, etc. Au Congo, les dirigeants ont plus de droits que les citoyens, même les fils de Boshab et d’Adolphe Muzito ont plus de droit que les professeurs d’université sans fonction politique [leurs enfants ont été exfiltrés de la justice après avoir causé la mort dans un accident de voiture parce qu’ils étaient simplement les fils de deux dignitaires de la République]. Au Congo, les concepts ont déjà perdu leur contenu ou leur signification car ils se déclinent selon la volonté de celui qui les utilise. Dans un contexte mouvant et incertain, il devient difficile, voire impossible, de définir le décideur en politique congolaise. Est-il celui qui fait, interprète et met en vigueur les règles du système politique ou celui qui influence et manipule la fabrication des lois à l’Assemblée Nationale ? Qui sont au Congo les décideurs politiques qui jouissent pleinement de l’appui de leurs concitoyens ? Qui peuvent être élus sans corrompre ? Comment devient-on décideur dans une société comme la nôtre où des Sénateurs sans mandat siègent depuis 2012 sans aucun souci de solliciter le renouvellement de leurs mandants électifs. Et ils ne se cachent pas car ils s’expriment en public en tant que Sénateurs, sans honte. M. Léon Kengo wa Dondo est toujours président du Sénat, sans mandat depuis 2012 et cela ne dérange personne. Minaku sera sans mandat à la fin de ce mois et il continuera à présider à la tête de l’Assemblée nationale, sans honte. Dans une République bananière, tout est permis, dit-on.

En tout cas, pour ceux qui gouvernent la République, la gouvernance est une réalité et ils en parlent sans pudeur et sans remords alors que ce concept est une utopie dans notre pays pour tous ceux qui connaissent et enseignement le contenu de la gouvernance politique.

La CENCO a tout brouillé et empêche les candidats aux élections provinciales, législatives, sénatoriales et à l’élection présidentielle de briguer le mandat au cours d’une compétition électorale saine ? Jusqu’à quand contribuera-t-elle à bloquer les institutions en complicité avec le pouvoir et la CENI ? Seule la CENCO elle-même pourrait répondre à cette question mais je pense que dans le contexte actuel, elle n’est pas prête à fournir une réponse précise car elle ne contrôle rien et n’a aucun moyen de pression. Dans ces conditions, il vaut mieux qu’elle abandonne la politique aux professionnels pour se mettre à s’occuper de ce que les prélats savent mieux faire afin de ne pas se laisser ridiculiser par celui qui les emploie à distance et qui ne poursuit qu’un seul intérêt : se maintenir au pouvoir à tout prix.

Notre avenir commun est incertain. Il est en danger. Vous êtes avertis. Un tyran ne quitte pas le pouvoir par des négociations interminables mais sous la contrainte ou sous la pression populaire. Où est-il le gouvernement de transition que la CENCO a promis au peuple depuis le 31 décembre 2016 ?

Les Congolais méritent mieux que ce que l’église catholique a concocté avec le pouvoir actuel.

Février 2017.

Lu pour vous : Charles Onana : « Ce que je craignais pour la RDC est bel et bien arrivé »

27 Jan

 

Charles Onana : « Ce que je craignais pour la RDC est bel et bien arrivé »

Ce que je craignais pour la RDC est bel et bien arrivé. Ils se sont précipités à la soupe. Ils ont couru à la chasse aux sièges ou aux strapontins, humiliant le pays tout entier, foulant au pied la constitution de la RDC, ignorant les millions de morts Congolais, oubliant les sacrifices consentis depuis des années par la jeunesse de ce pays et par les Maï-Maï, que le communauté internationale avait traité de « forces négatives » alors qu’ils luttaient contre l’occupation de leur pays par le Rwanda et l’Ouganda.
 
A Kinshasa, il y a eu de l’effervescence ces derniers temps. On aurait discuté dans le dessein de sortir le pays d’une crise politique aiguë et certains se sont traînés ou ont été traînés dans de pseudo-négociations pour parvenir, au terme de prétendus débats houleux, au maintien de Kabila au pouvoir ; jetant à la poubelle la constitution et piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo.
 
Et la date du 19 décembre qu’ils brandissaient aux Congolais ? « Vous verrez, il partira », martelaient-ils dans les médias et les forums sur internet à propos de Kabila. Il n’est pas parti. Pis, ils se sont tous rués à ses pieds, se battant ou se bousculant, pour le servir ou rester à ses côtés, lâchement, indignement et pitoyablement. Toute honte bue, jusqu’au mépris de soi et à l’aliénation de soi, ils ont affiché ce que l’Afrique a de laid et de servile.
 
Quand rendrez-vous au peuple congolais sa fierté et la justice pour : ses millions de morts, ses centaines de milliers d’enfants traumatisés, ses milliers de femmes violées, ses centaines de réfugiés, ses villages défigurés, ses forêts dévastées ? Quand oserez-vous tutoyer l’occupant qui, chaque jour, vous humilie, vous rabaisse, vous met plus bas que terre et se pavane dans vos rues, cherchant du regard celui ou celle qui osera le défier ? Avez-vous vraiment oublié les propos de Paul Kagame, votre bourreau arrogant ex-maquisard à la culture sommaire, celui qui empêche vos femmes et vos enfants de circuler librement à l’Est du pays, celui qui, depuis 2001, s’attelle au pillage de vos ressources naturelles et qui arrive le jour du cinquantenaire de l’indépendance du Congo avec deux heures de retard avant de s’affaler dans son fauteuil à la tribune pour feuilleter un journal sans intérêt sur son soldat Kabila, question de bien vous faire comprendre que vous n’êtes rien chez vous et que vous ne pouvez rien contre lui ?
 
C’est bien cet homme-là qui a choisi votre président périmé que vous avez indélicatement reconduit et qui vous roule dans la farine depuis 2001. C’est bien celui que vous appelez en privé « le taximan » qui vous épuise ou qui vous fait danser comme des marionnettes et qui a refusé de partir le 19 décembre 2016 (fin de son mandat) alors que vous parliez à qui voulait vous entendre du respect de la constitution.
 
Paul Kagame, dont vous avez peur de prononcer le nom à Kinshasa pousse, avec votre appui direct ou indirect, la RDC au suicide et ne cesse de tenir des propos désobligeants à l’égard des Congolais en soulignant notamment que la classe politique congolaise est incapable de régler ses problèmes ou ceux qu’il cause lui-même à la RDC. Et chaque fois, vous vous taisez, vous pliez, vous baissez le regard, vous lui donner raison.
 
L’ancien Premier ministre rwandais, Faustin Twagiramungu, écœuré de vous voir tourner en rond à la veille de Noël, a dit, à haute voix, que c’est Kagame qui a choisi votre président avant de se demander, en parlant de Kabila, « comment un aide de camp de Kabarebe, l’actuel ministre de la Défense du Rwanda, est devenu multimillionnaire et président de la RDC ».
 
Ce Kabarebe lui-même s’en était vanté dans la presse en disant : « Joseph a eu les pires difficultés à s’adapter à la vie de soldat. (…) Il ne savait pas quoi faire. Je lui ai donc tout appris ». Il ajoutait : « Joseph Kabila est incapable de regarder les gens en face. Je n’ai jamais perçu chez lui, une quelconque aptitude au commandement ». Pourtant, ce Joseph, votre « taximan », vous commande et dirige la RDC depuis 15 ans. Le peuple n’en veut plus mais vous le supportez en acceptant gloutonnement ce qu’il vous fait avaler. Vous avez frénétiquement relayé l’appel du 19 décembre 2016 du parlement européen avec le slogan « Kabila doit partir ». Il est toujours là et vous allez peut-être bientôt l’applaudir. Votre slogan est-il mort le 19 décembre ou l’avez-vous enterré ? La montagne a-t-elle accouché d’une souris au point que vous préférez cajoler cette bête disgracieuse ? Et les promesses au peuple congolais après le 19 décembre ? Que sont-elles devenues ? Et l’espoir de la jeunesse qui a manifesté dans la diaspora croyant que Kabila partira, vous en faites quoi ?
 
Et tous ces jeunes « combattants » qui, à Londres, Paris, Montréal, Bruxelles, essayent avec des moyens dérisoires de redresser l’honneur du Congo et de rendre à leur façon la dignité aux Congolais, vous en faîtes quoi ? Ils sont fichés les uns et autres à Kinshasa et ne peuvent rentrer passer des vacances chez eux. Avez-vous plaidé leur cause dans vos négociations ?
 
A Kinshasa, vous êtes « fiers » d’avoir négocié, un peu comme à Sun City, Naïrobi, Kampala, Lusaka, Addis-Abeba, … pour finalement gouverner avec Joseph, qui ne part pas, et avec Azarias & Co. Vous avez mobilisé la jeunesse congolaise sur internet, dans les associations et meeting pour rester finalement avec Joseph, le troisième œil de Kigali, et bredouiller aujourd’hui quelques phrases incohérentes ? Vous avez donc accepté que le dictateur rwandais et son réseau congolais vous dominent à nouveau et vous humilient chez vous en leur disant merci : tête baissée, visage bosselé et apeuré ? Non ! Vous n’allez tout même pas faire ça ? Vous n’allez pas vous constituer en esclaves volontaires à ce point et marcher piteusement sur vos millions de cadavres parce que vous pensez que l’occupant est « plus fort » que vous ? Vous n’allez pas infliger une telle infamie à votre peuple qui endure déjà beaucoup depuis la période coloniale ?
 
De toutes façons, si vous préférez courber l’échine au point de ne plus en avoir parce que vous croyez que ceux qui terrorisent votre peuple sont « plus forts » que vous, nul ne peut vous en dissuader ! Si vous êtes convaincus que vous avez bien « négocié » avec votre Joseph, nul ne peut prétendre que vous vous êtes peut-être trompés ; même s’il est établi que les multiples « négociations » de dupes sur la RDC depuis plus de dix ans participent de votre asservissement. Si vous croyez dur vraiment que vous avez raison, nul ne peut vous susurrer que vous manquez de cran.
 
Que n’avez-vous pas dit du maréchal Mobutu ? Qu’il était le serviteur des colons belges et américains, qu’il était le laquais de l’impérialisme, etc. Et vous, vous êtes les serviteurs et les laquais de qui pour ramper de la sorte et depuis (1998) tant d’années ?
 
Non ! Je crois sincèrement que le maréchal, avec tous ses défauts, n’aurait jamais accepté ce que vous acceptez actuellement en RDC et ce depuis Sun City. Même Laurent-Désiré, que les Rwandais avaient porté au pouvoir, avait refusé d’être traité comme un chien chez lui par Kagame et ses hommes. Il a dit Non et s’est battu comme un lion. Quant à Patrice Lumumba, il doit se retourner dans tous les sens là où il est en se demandant ce qui s’est passé pour que son Congo tombe si bas. Patrice, pardonne leur, « ils ne savent pas ce qu’ils font », peut-être qu’ils sont trop faibles pour porter très haut la flamme que tu as si noblement porté pour le Congo et pour l’Afrique jusqu’à accepter dans la dignité le sacrifice suprême. Que dire de Mgr Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu, lâchement assassiné par les hommes de Kagame ? Il a vaillamment défendu son peuple et vous n’osez même plus prononcer son nom ! Vous avez peur de quoi ? Vous craignez qui pour demander vérité et justice sur sa mort ? Avec de si grands hommes morts pour le Congo et défendant le peuple congolais, votre capitulation et votre défaite souillent leur mémoire et trahissent leurs espoirs.
 
Ce propos que certains jugeront précipitamment comme un réquisitoire n’en est pas un. C’est un simple appel à vos consciences ou ce qu’il en reste, un encouragement à assumer vos responsabilités dans la dignité pour ceux qui pensent en avoir, un recours à l’imagination pour ceux qui pourraient encore la réveiller. La RDC ne doit pas tomber si facilement alors que de dignes fils et filles de ce pays continuent de mourir, à la suite de Munzihirwa, comme Chebeya et Tungulu et des milliers d’autres à l’Est pour que la RDC reste debout. Et elle est debout depuis 1998 par la force, la volonté et le courage de millions de Congolais que Kinshasa ne respecte pas. Cette résistance congolaise doit continuer partout car ce pays mérite mieux que ce qui s’y passe en ce moment. C’est ce que pense d’ailleurs l’ancien Premier ministre rwandais lorsqu’il lance dans un tweet du 26 décembre : « il est temps que les jeunes Congolais de l’intérieur et de l’extérieur se mobilisent pour sauver leur beau pays du néocolonialisme ». Il connaît votre bourreau, il l’a côtoyé de près et vous invite au combat pas à la résignation.
 
Bonne année au peuple Congolais qui, en cette période trouble et pleine d’incertitudes, doit continuer à chanter « indépendance Tcha Tcha » pour signifier qu’il comprend le sens du retour d’Azarias Ruberwa au premier plan et les prolongations non constitutionnelles de Joseph après la défaite des Clinton aux USA. Seuls les aveugles ne voient pas et seuls les sourds n’entendent pas. Si l’on décide d’être à la fois sourd, aveugle et muet, par dessus tout, il est préférable de quitter Kinshasa et de s’exiler au Rwanda, on y sera bien reçu.
 
Charles Onana

Critique de deux analyses sur les attentats terroristes en France

20 Jan

Critique de deux analyses sur les attentats terroristes en France

Outrés par le nombre grandissant d’attentats dans l’Hexagone, Claude Robert[1] et Caleb Irri[2] ont réfléchi sur les causes desdits attentats et sur les profils des auteurs. De leurs analyses, il ressort que l’islam est l’une des causes du terrorisme. Nulle part ils mettent en cause le comportement de l’État français dans ses rapports avec les pays d’origine des terroristes ou encore la politique française sur l’immigration.

Claude Robert écrit :

« Quand bien même l’exercice s’avère un peu sordide, l’analyse du profil des terroristes peut nous apprendre beaucoup sur l’origine de leurs actes (pour peu que celui-ci soit homogène). Surtout, cette façon de procéder apparaît fondamentalement pragmatique : il s’agit de considérer des faits générateurs, tels qu’ils sont concrètement vérifiables, et non pas de tenter une mise en perspective d’ensemble, a posteriori. Car le profil des terroristes est un fait avéré, tangible, indiscutable. Il devrait être un préalable à toute tentative d’interprétation des actes perpétrés sur le sol français[3]. »

Pour démontrer la solidité de son hypothèse, il a dressé un tableau dans lequel il relate de façon synoptique les profils de douze terroristes dont la participation directe a été démontrée[4].

Son premier argument s’appuie sur l’origine familiale des terroristes :

« Ces terroristes sont tout aussi proches en matière d’origine familiale ou sociologique qu’ethnique. À l’inverse, quasiment aucun d’entre eux n’était un musulman pratiquant. Tous s’étaient convertis de façon aussi récente que radicale, dans des conditions très particulières […] il ne faut pas oublier l’importance de l’Islam dans la trajectoire de ces terroristes : tous ont rencontré des extrémistes religieux, en prison le plus souvent. Ceux-ci leur ont servi des discours en forme de justification à leur passage à l’acte. L’endoctrinement religieux, le culte de la violence et de l’anéantissement des populations impies, tout cela semble facilité par une lecture radicale du Coran. Ce sont tous des hommes jeunes, entre 20 et 31 ans. Ils sont presque tous issus d’importantes fratries. Et ils ont presque tous été élevés dans une relative absence d’autorité paternelle si ce n’est parentale. Ce sont donc des enfants dont l’éducation s’est avérée partiellement défaillante en ce qui concerne ce processus si important que constitue l’édification du Sur-Moi du futur adulte apte à la vie en société. De même que tous proviennent de familles d’Afrique du Nord, tous étant du Maghreb sauf un, issu d’une famille malienne. L’unicité géographique reste donc particulièrement frappante : Tunisie, Algérie, Mali et Maroc sont des pays voisins. La coïncidence ethnique ne tient d’ailleurs pas du hasard : ces quatre pays proviennent d’anciennes colonies ou protectorats français. Aucun Égyptien, Iranien, Indonésien (ou même Vietnamien, Espagnol, Italien ou Portugais) n’a encore frappé chez nous. Il subsiste probablement un ressentiment vis-à-vis de l’ex-colonisateur français, une sorte d’ambivalence amour/haine qui ne peut qu’aider au passage à l’acte lorsqu’un certain nombre de conditions sont réunies par ailleurs »[5].

Son second argument s’appuie sur « la composante immigration [qui] est déterminante dans le terrorisme mais pas là où on pense »[6]. Il écrit :

« Elle est certes déterminante puisqu’aucun de ces terroristes n’était d’une famille française de longue date. Tous, sauf un, étaient issus de la seconde génération de l’immigration (le dernier terroriste était tunisien), cette génération qui, selon les sociologues, peine encore plus que la première à s’intégrer. Aux difficultés rencontrées par les parents, qu’elle a subies pendant toute son enfance, s’ajoutent les siennes propres à l’école puis à l’entrée dans la vie active. Les parents ont choisi l’immigration, ils ont consacré leur énergie à survivre au changement de contexte culturel et ethnique. Mais les enfants ne sont pas mieux lotis pour autant, comme s’ils reprenaient le processus au stade auquel les parents l’on trouvé lorsqu’ils sont arrivés sur le sol français.

» Néanmoins, cette difficulté relative à l’immigration n’est pas celle que l’on croit : pratiquement tous ces terroristes avaient un métier, une formation (certes limitée, sauf pour le dernier d’entre eux) et de quoi vivre ne serait-ce que décemment. Les difficultés de l’intégration sont donc ailleurs, du côté de la possibilité de faire jeu égal avec la population du pays d’accueil, sur fond d’un possible sentiment de rejet ou de désamour de part et d’autre (aspects physiques, accent, activités culturelles, valeurs)…

» Il s’agit certes d’un échec sur le plan de l’intégration, mais celui-ci ne concerne pas directement l’aspect financier. Cet échec se cristallise sur un autre plan, bien plus subtil et prépondérant : celui d’une véritable assimilation. En France, la sélection scolaire puis professionnelle fait apparaître en effet des inégalités criantes entre origines ethniques. Tous les immigrés ne sont pas frappés de la même manière. Les statistiques sont formelles : parmi les différentes ethnies de l’immigration, ce sont les populations en provenance des pays musulmans, maghrébins ou africains (selon les études) qui affichent les taux de réussite scolaire et professionnel les moins bons. Les écarts sont considérables, en ce qui concerne les garçons… »[7].

À partir de ces deux arguments, l’auteur conclut que « le passage à l’acte de ces terroristes semble multi-causal. Il prend son origine dans la combinaison de plusieurs variables. Ces variables sont quasiment identiques d’un terroriste à l’autre au sein de cette liste certes courte, mais exhaustive. Ce qui prouve combien c’est la combinaison de ces variables qui semble détonante, et non quelques-unes d’entre elles prises séparément »[8].

À la fin de son analyse, l’auteur présente un schéma qui résume de façon visuelle la conjonction des différentes causalités très probablement à l’origine du passage à l’acte des terroristes.

Pour deux raisons, les analyses de Claude Robert ne résistent pas au test de la falsification poppérienne.

Primo, il est difficile de soutenir que l’origine familiale musulmane et l’échec sur le plan de l’intégration seraient la cause qui a poussés les terroristes à passer à l’acte. Cet argument est très réducteur car cela reviendrait à faire croire que tous les jeunes immigrés musulmans originaires d’Afrique du Nord (Maghreb) et du Mali, âgés de 20 à 31 ans, convertis de façon aussi récente que radicale, vivant dans des conditions très particulières et ayant échoué sur le plan de l’intégration, plus précisément sur celui d’une véritable assimilation, se conduiraient de la même façon, en France et ailleurs. Or, cela n’est pas le cas. En s’appuyant sur ses analyses, comment justifierait-il les attentats en Belgique, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne et ailleurs ? Le ferait-il en recourant à des justifications ad hoc ?

Secundo, le terrorisme est une longue tradition en France, il ne date pas d’aujourd’hui. Il y a eu de nombreux attentats dans l’histoire de France sans implication des jeunes musulmans originaires d’Afrique du Nord et du Mali. Lorsque les Français s’organisaient pour tuer leur Roi et des hommes politiques de premier rang, voire des patrons d’entreprises, il n’y avait pas de musulmans dans l’Hexagone ; lorsque les Brigades rouges, la Bande à Baader-Meinhof – appellation courante de la Fraction Armée rouge allemande –, l’ITA, l’ETA, etc. se distinguaient dans des actions anarchistes en Europe, il n’y avait pas d’al-Qaida. Les Corses qui posaient des bombes n’étaient pas des musulmans mais avaient des revendications identitaires. Pendant les années de plomb (1970-1980), l’État ismalique n’existait pas alors que les attentats à la bombe étaient nombreux en Allemagne, en Italie et en France.

Il est impossible de s’inspirer du modèle d’analyse présenté par les deux auteurs pour l’appliquer dans un cas similaire. Pour quelle raison les jeunes, vivant dans les différents pays européens, qui ont des profils semblables à ceux de France décrits par les deux auteurs ne s’adonnent-ils pas à des attentats terroristes ? L’impossibilité de répondre à cette question basique nous oblige à rejeter carrément leurs analyses, non pas qu’elles sont fausses mais plutôt parce qu’elles sont faibles et incomplètes, car ils ont omis de mettre en exergue le rôle négatif de la politique française dans les pays d’origine des terroristes et dans les pays musulmans où la France intervient militairement, comme les auteurs des attentats l’ont eux-mêmes souligné, notamment Amédy Coulibaly dans son testament (voir supra). Les auteurs des attentats ont eu le sentiment que la France manifeste une haine contre l’islam (islamophobie). Leur perception était-elle fondée ? Il s’agit-là d’un débat que nous n’ouvrons pas ici.

La politique française, sinon occidentale, dans les pays tiers (en Afrique, au Proche et Moyen-Orient) est ce qui explique – sans les justifier – les attentats en France et dans d’autres pays occidentaux. Le pilonnage des positions de Daesh ne suffira pas si la France ne renonce pas d’un côté à sa politique colonialiste en Afrique (soutien aux dictateurs et vente des armes démodées avec lesquelles les régimes tyranniques tabassent, emprisonnent, musellent et tuent ceux qui s’opposent) et si, de l’autre côté, elle ne renonce pas à son soutien à la politique américano-britannique au Proche et Moyen-Orient.

C’est donc dans le temps long de l’histoire du terrorisme dans l’Hexagone qu’il faut chercher et trouver les racines du terrorisme qui frappe actuellement la France et l’Occident et non pas dans l’islamisme radical, car on ne doit pas perdre de vue que le hijad (résistance) lui-même était né entre les XIe et XIIIe siècles à causes de huit croisades menées en terre musulmane par l’Europe, avec la France en tête. C’est encore l’Europe occidentale qui a exporté son terrorisme dans le monde. Il est absurde et dangereux de répondre aux actes terroristes par la haine et le rejet qui caractérisent les auteurs desdits actes et d’aller mener la guerre, en guise de vengeance, contre des populations innocentes (en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie ou ailleurs) qui n’ont pas été impliquées, ni directement ni indirectement, dans des actes terroristes en Occident, car, à leur tour, les familles des victimes collatérales et les musulmans radicaux chercheront à se venger. L’escalade de la violence ne mettra jamais fin au terrorisme.

Cet article est extrait d’un livre à paraître. Il ne peut être reproduit sans citer la référence complète.

[1] https://www.contrepoints.org/2017/01/02/261277-vraies-causes-du-terrorisme-islamiste, publié le 2 janvier 2017 dans Terrorisme, consulté le 17 janvier 2017 à 18 heures.

[2] http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-terroristes-gagnent-du-terrain-162207, publié le 16 janvier 2017, consulté la même date. Voir aussi le blog de l’auteur sur http://calebirri.unblog.fr

[3] https://www.contrepoints.org/2017/01/02/261277-vraies-causes-du-terrorisme-islamiste

[4] Notamment Mohamad Merah, Amédy Coulibaly, Chérif Kouachi, Saïd Kouachi, Bilad Hadfi, Brahim Abdeslam, Omar Ism. Mostefal, Samy Amimour, Foued Moham. Aggad, Salah Abdeslam, Larossi Abbala, Mohamed Lahouaiej Bouhle.

[5] https://www.contrepoints.org/2017/01/02/261277-vraies-causes-du-terrorisme-islamiste

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

 

Lu pour vous : Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

13 Déc

Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

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Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

  • 07 Juin 2016

 

 

 

 

Aminata Traoré est une essayiste malienne qui lutte pour l’autonomisation des pays et des peuples d’Afrique, toujours dominés et pillés par les puissances occidentales. Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali entre 1997 et 2000, l’infatigable militante choisira de poursuivre son combat contre le libéralisme sur le terrain et sera à l’origine de nombreux projets de proximité avec les femmes et les jeunes à Bamako. Sa candidature récente au poste de secrétaire générale de l’ONU est une bonne nouvelle pour tous les partisans de la paix.

Comment analysez-vous le phénomène terroriste qui sévit en Afrique et partout dans le Monde ?

Il faut d’abord en analyser rigoureusement les causes : Pourquoi maintenant ? Pourquoi partout ? Précisément parce que l’on a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris.  Dans les années 90, face aux conséquences des politiques d’ajustement structurel, on a tiré la sonnette d’alarme en disant : « Chaque année dans la plupart de nos pays, il y a 100 000 à 200 000 jeunes diplômés qui viennent sur le marché du travail et le modèle économique ne crée pas d’emplois. » Au contraire, il en supprime. Que reste-t-il à faire ? Les jeunes n’ont souvent le choix qu’entre l’exil ou le fusil. Ces deux phénomènes contemporains et concomitants sont intrinsèquement liés à l’échec lamentable d’un modèle de développement économique que l’Occident ne veut pas remettre en question.

Pour beaucoup de médias et d’analystes, le djihadisme émanerait directement et principalement de la religion. Trouvez-vous cette explication suffisante ?

S’il en était ainsi, pourquoi cette pensée du radicalisme religieux n’est pas survenue plus tôt ? C’est à partir des décennies 80 et 90 que de nombreux laissés pour compte des politiques néolibérales sont allés chercher dans les mosquées et le Coran des réponses au chômage et à l’exclusion. S’il n’y avait pas eu l’Irak, des généraux de Saddam Hussein n’auraient pas rencontré, à Abu Ghraib, des islamistes pour jeter les bases de DAESH. Comment arrivent-ils à pénétrer les banlieues et les milieux pauvres ? Pourquoi fascinent-ils aussi  la « classe moyenne » ? Il y a un vide idéologique abyssal que l’on refuse d’admettre.

Si l’on reconnaît aujourd’hui que davantage de justice, davantage d’emplois, de respect des peuples, peuvent garantir la paix et la sécurité, cela implique que les dominants doivent renoncer à une partie de leurs avantages et privilèges. Ils ne le peuvent pas. C’est se faire Hara-Kiri que de dire : « on s’est trompé de modèle, on n’a pas créé d’emplois et notre modèle ne répond pas à la demande sociale ». A qui profite le crime de cette croissance, si ce n’est aux transnationales?  Ce sont elles qui se tirent également une balle dans le pied quand elles ne peuvent plus aller là où elles exploitent les ressources naturelles. Les djihadistes qui ont conscience de cet enjeu visent eux aussi les même ressources, notamment, le pétrole.

A force de faire la sourde oreille et de mettre en place des oppositions qui ne sont pas de véritables contre-pouvoirs capables et désireuses de prendre en charge les vraies questions, on se retrouve enlisé partout dans des questions institutionnelles et politiciennes de remplacement des acteurs sans changement de paradigme. Or pour avoir la paix aujourd’hui, une véritable paix durable et la sécurité humaine, que je ne confonds pas avec la sécurisation, il faut inscrire les enjeux miniers, pétroliers et autres dans le débat. Garantir  la sécurité humaine aux individus, à travers l’emploi, la santé, l’éducation, et d’autres services sociaux de base considérés comme des dépenses improductives.

Quel est le rôle de l’Union Africaine et quels sont ses principaux défis ?

L’Afrique a cruellement besoin de l’Union Africaine (UA), cette organisation qui est née en 2002 des cendres de l’OUA créée il y a 53 ans. Tout comme l’Union Européenne (UE) qui lui sert de modèle, elle suscite bien des interrogations auprès des peuples qui ne la voient pas là où ils l’attendent, c’est-à-dire auprès d’eux. Ce qui fait dire à ses détracteurs qu’elle n’est qu’un club des Chefs d’Etats. Le constat est accablant et préoccupant lorsqu’on sait que la décolonisation dont ses pères fondateurs ont voulu en faire l’instrument n’est pas finie et que le continent est même en voie de « recolonisation » dans le cadre de la mondialisation capitaliste. Les défis sont à la dimension de la violence multiforme de ce système.

Pour jouer pleinement son rôle dans la défense des intérêts des peuples d’Afrique, il faudrait que l’Union Africaine (UA) appréhende la nature de la mondialisation et celle des rapports de force. Or, elle souffre des tares originelles de la division, de l’extraversion et de la dépendance. Nous avons souvent tendance à oublier que l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont elle est issue est née dans la douleur du déchirement entre deux groupes qui avaient une approche et une vision opposées de l’avenir du continent.

Il a fallu de nombreuses rencontres et de longues négociations pour que le 25 mai 1963, 32 États nouvellement indépendants créent l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba en Éthiopie, sur la base d’un Accord minima. La rédaction de sa charte a été confiée au  président malien Modibo Keita l’un des leaders du groupe des progressistes de Casablanca et au président togolais Sylvius Olympio du camp des « anti- fédérationistes »). C’est la vision du groupe de Monrovia qui a pris le dessus sur celle des progressistes du groupe de Casablanca.

Quel bilan peut-on tirer de ses activités ?

Mise à part la gestion de la décolonisation, aucun projet ni aucune stratégie de développement autonome et émancipatrice n’a été initiée et  menée à bien par l’Organisation panafricaine. Les deux décennies 80 et 90 ont été marquées par des orientations tracées par Elliot Berg que la Banque mondiale a substituées aux perspectives africaines de développement du plan d’action de Lagos (PAL), patiemment élaboré par les Etats africains, et adopté en 1980 dans la capitale nigériane. Ces orientations ont aggravé les difficultés du continent : blocage des salaires, coupes dans les budgets des services sociaux de base: éducation, santé, approvisionnement en eau potable et assainissement.

Conscient du coût social et politique élevé des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), des dirigeants africains ont proposé différentes orientations : le Président Thabo Mbeki, le Plan d’Action du Millénaire (PAM), conjointement élaboré par le Président sud-africain, le Président Obasanjo et le Président Bouteflika ainsi que le Plan Omega d’Abdoulaye Wade. Leur fusion a donné lieu à la « Nouvelle initiative africaine (NIA) » devenue le Nouveau Partenariat pour le Développement en Afrique (NEPAD) ainsi que le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs en 2003 : le Parlement Panafricain PP institué le 18 mars 2004 avec son siège à Midrand, en Afrique du Sud.

L’Union Africaine (UA) se félicite des politiques et stratégies macro-économiques « saines »  qui ont permis à de nombreux pays membres de l’Organisation d’enregistrer une croissance sans précédent ainsi que la réduction significative des conflits, le renforcement de la paix et de la stabilité, ainsi que les progrès en matière de gouvernance démocratique. Elle table pour le XXIème siècle sur l’émergence d’une classe moyenne croissante et d’un changement dans l’architecture financière internationale, avec la montée des BRICS et l’amélioration des flux des investissements directs.

Cette augmentation significative de la croissance va-t-elle de pair avec une amélioration des conditions de vie des populations ?

Des réalisations matérielles palpables mais très peu d’amélioration des conditions de vie des populations.  Plus on avance et plus il y a du chômage. C’est dans ce contexte là que ce que l’Europe appelle « crise migratoire » a surgi. Cela ne date pas de 2015. La notion de « migrant économique », à distinguer de celle de « réfugié », signifie qu’ « il y a du travail dans les pays d’origine où il suffirait selon les technocrates d’investir davantage et de lutter contre la corruption ». Mais il n’y a pas de travail, et la corruption est inhérente au système.

Selon vous, le processus de démocratisation resterait superficiel ?

J’ai du mal à me retrouver dans un paysage politique marqué par 150 à 250 partis. L’Europe sait parfaitement qu’il ne s’agit pas de  démocratie avec un tel émiettement du champ électoral sans contenu idéologique véritable. Comment sortir de cette « démocratie », téléguidée, financée et supervisée de près selon les pays et les enjeux par Bruxelles, Paris et Washington ?

A ce propos justement, la Chine supplante progressivement l’Occident dans l’économie africaine. Faut-il accueillir les Chinois comme les nouveaux « Imposteurs » pour reprendre le titre de l’un de vos derniers  livres?

Historiquement l’Afrique n’est pas dans les mêmes types de rapports avec la Chine qu’avec l’Occident. La Chine n’est pas arrogante. Dans l’imaginaire des Africains, c’est un moindre mal parce que l’on sait qu’ils sont là parce qu’ils ont d’énormes besoin de matières premières à satisfaire. Cette relation n’en est pas moins un piège si nos Etats se maintiennent dans la logique de régions exportatrices de matières premières au lieu d’en profiter pour jeter les bases de  l’industrialisation du continent. En d’autres termes, s’ils ne développent pas leur propre secteur privé, les Etats africains ne seront pas en mesure de s’émanciper de cette relation de dépendance.

C’est la notion même d’émergence qui est problématique. Elle se traduit par une croissance qui ne profite pas aux peuples. Dans les pays dits « émergents », le panier de la ménagère n’enregistre aucune amélioration. La Chine émergente a servi de source d’inspiration aux pays africains qui ne se disent pas qu’un continent émietté et divisé est une proie facile dans le cadre actuel de l’ensauvagement du monde. La Chine n’a pas libéralisé à tout-va. Elle a progressé à son rythme et en fonction de ses intérêts.

Quels sont à votre avis les défis de la société civile et des intellectuels africains du 21ème siècle ?

Il faut aller plus loin dans le travail de déconstruction des idées reçues et de dépollution des esprits sur la croissance, l’émergence, et autres histoires à dormir debout. Si le système marchait si bien, pourquoi l’Europe se retrouverait dans cette crise existentielle qui est en train de la bouleverser ? Selon moi, les solutions d’emprunt ont révélé leurs limites à la lumière de nos expériences, de nos vécus, de nos aspirations. Malheureusement  une grande partie de ce que l’on appelle la « société civile » n’ose pas soulever les questions qui fâchent les « donateurs ». Localement elles ne peuvent rien faire sans l’aide de la « communauté internationale ».

Pourtant l’Afrique a connu des grands penseurs intellectuels comme Julius Nyerere et ses idées motrices en faveur du droit au développement. Pouvons-nous « compter sur nos propres forces » ?

Bien sûr, l’Afrique n’a pas eu que des corrompus et des dictateurs comme ses détracteurs le laissent entendre. De nombreux hommes qui auraient pu et voulu faire des choses en ont été empêchés. L’assassinat de Patrice Lumumba a été l’acte fondateur du chaos politique congolais. Les assassinats politiques tout le long des années 60-70 ont traumatisé et dissuadé bien des dirigeants qui voulaient faire corps avec leurs peuples. Plus récemment, il y eu le cas de Laurent Gbagbo qui passe aujourd’hui devant la CPI et dont le tort est d’avoir touché à des questions qui fâchent. Ce qui est vrai pour les dirigeants, l’est dans une large mesure pour la société civile.

Aujourd’hui, quand on parle de la société civile, celle qui est sollicitée est souvent formatée, prudente, et même frileuse. Actuellement, un sentiment de révolte intérieure et une forme d’humiliation apparaissent face à la seconde recolonisation du continent qui ne laisse pas les Africains indifférents. Les efforts de remise en question doivent être capitalisés pour développer notre capacité de proposition, d’anticipation et d’actions transformatrices de nos économies et de nos sociétés dans le sens de l’intérêt commun.

Source : Journal de l’Afrique n°22, Investig’Action

Photos: ©  Elodie Descamps

 

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Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

12 Déc

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

Dura lex sed lex, disaient les Romains. « La loi est dure mais c’est la loi. » Les pays les plus stables sont ceux qui respectent les lois que les citoyens se sont données. Nous avons voulu nous donner une Constitution et quelle que soit son imperfection, nous sommes obligés de la faire respecter contre ceux qui se sont malicieusement organisés pour la violer au su et au vu de tous les Congolais et du monde entier pris à témoins.

Tout au long du règne de M. Kabila, la violence a été omniprésente. Le pouvoir a massacré, tué, assassiné. Il a laissé les soldats rwandais séropositifs violer les femmes, les filles voire les fillettes congolaises ; il a laissé les soldats rwandais intégrés dans notre armée égorger nos citoyens à Beni et ailleurs. L’horreur a atteint son comble à tel point que les images des égorgés qui sont présentes en nous nous torturent jour et nuit. Le pouvoir a organisé l’assassinat de nombreux opposants et a emprisonné des innocents au seul motif qu’ils ont librement exprimé ce qu’ils pensaient de la mauvaise manière de gérer les biens publics. Cette violence, avons-nous observé en essayant de la comprendre, a été volontairement et sciemment organisée et canalisée par ceux qui gouvernent la République afin de s’imposer au peuple et de s’enrichir rapidement et illicitement par le pillage des ressources naturelles, en travaillant en complicité avec des firmes étrangères.

Le 19 décembre 2016 sera le dernier jour de règne du président Joseph Kabila et quelle que soit sa manière de nous distraire pour garder le pouvoir, nous avons l’obligation de lui signifier que son second et dernier mandat ne pourra, en aucun cas, être prolongé car la Constitution – sur laquelle il a prêté serment – doit être scrupuleusement respectée. Si nous prenons peur et laissons M. Kabila – qui sait pertinemment bien que son mandat arrive à la fin le 19 décembre 2016 – demeurer au pouvoir après cette date, non seulement il rira sous cape en prenant les Congolais pour des naïfs mais en plus, la communauté internationale nous qualifiera des complaisants et n’appuiera plus jamais notre combat pour la démocratie. Pour ces deux raisons et surtout pour assurer un retour à la paix, à la stabilité et à l’intégrité territoriale, nous avons l’obligation de tourner la page du règne de Kabila le 19 décembre 2016 à minuit. En coupant le Rwanda de son représentant à la tête de l’État congolais, nous aurons les mains libres pour apporter la paix et la sécurité à nos compatriotes vivant à l’Est de la République.

L’ancien président Laurent-Désiré Kabila a clairement dit aux Congolais que les Rwandais qui l’ont accompagné dans sa lutte pour la « libération » – qui en réalité n’en était pas une – formaient un conglomérat d’aventuriers. M. Joseph Kabila et ceux qui ont gouverné notre pays avec lui ont donné la preuve de ce qu’avait affirmé Laurent-Désiré Kabila. Ils ont tous brillé par l’aventurisme en utilisant le pouvoir comme un butin de guerre ou un appât pour s’enrichir, à tel point que notre pays qui, potentiellement, compte parmi les nations les plus riches au monde est aujourd’hui l’un des plus pauvres, car l’argent du Congo est constamment détourné par ceux qui gouvernent notre pays. Nous avons tous lu les révélations faites par les journalistes étrangers auxquelles les gouvernants de la RDC n’ont jamais apporté un seul démenti. Souvenons-nous de l’Américain Richard Minitel qui a accusé le président Joseph Kabila de détournement et de Panama Papers qui a accusé sa tante Janet Kabila également de détournement. Voudrions-nous que ces individus poursuivent leur œuvre satanique en les tolérant encore à la tête de l’État et des institutions ? Depuis Léopold II, le Congo est considéré comme une vache à lait au service de ceux qui gouvernent notre pays[1]. Le temps de nous réapproprier le Congo est venu. C’est pourquoi nous avons l’obligation de contraindre ceux qui considèrent les Congolais comme leurs Nègres de service à quitter définitivement le pouvoir. La chute du régime actuel sera une victoire nationale sur la corruption et sur la mauvaise gouvernance. Elle sera surtout la naissance d’un nouvel espoir pour le peuple car ce régime est complètement sclérosé et ne doit pas être sauvé. Pour le dire en d’autres termes, les Congolais ne doivent pas donner à M. Kabila un instant de plus car chaque jour qui passe notre pays perd des millions à cause de la cupidité de ceux qui ont institutionnalisé la corruption et l’impunité au sommet de l’État. Il est temps de mettre fin à l’ignominie.

Tout au long de ce règne abject, j’ai multiplié des articles pour refuser les concertations nationales et le dialogue national prétendument inclusif en rappelant à mes compatriotes que ces rencontres voulues tardivement par le pouvoir servaient uniquement à nous distraire et à gagner du temps. Combien d’argent le Trésor public a-t-il sorti pour rien ? J’ai été le premier à critiquer le dialogue organisé à la Cité de l’OUA par le Togolais Edem Kodjo en qualifiant l’Accord politique de « document bon pour les archives » car cet Accord est illégal. À cette même occasion, j’ai aussi été celui qui a montré une voie de sortie en demandant un Nouveau Dialogue – inclusif cette fois – sous la direction de la CENCO afin de gagner du temps mais, prudence oblige, j’ai exigé deux conditions à la CENCO : le respect de l’article 220 de la Constitution et le respect de la résolution 2277 des Nations unies. Les articles auxquels je fais allusion sont sur mon blog : www.fweley.wordpress.com

Aujourd’hui, en tournant mon regard vers le passé, je peux me permettre de dire que j’ai toujours été sur la bonne voie car j’ai vu juste sur tous les plans. Toutes les rencontres organisées par le pouvoir n’ont abouti à rien, comme pour confirmer qu’on ne dialogue pas avec un tyran mais on l’oblige à quitter le pouvoir. Le Togolais Edem Kodjo est reparti comme il était venu, sans donné aux Congolais ce qu’ils attendaient dans le dialogue qu’il a organisé. Finalement, la sortie de la crise a été confiée à la CENCO, comme je l’ai suggéré. Nous arrivons ainsi à la fin de l’aventure de M. Joseph Kabila et Cie au Congo. Si celui-ci reste au pouvoir après le 19 décembre 2016, ce sera notre faute car, après avoir pillé nos ressources naturelles et nous avoir publiquement humiliés, les Américains, les Britanniques et les Français nous ont donné le coup de main que nous attendions d’eux. Ils ne peuvent pas se substituer à nous pour chasser M. Kabila du pouvoir. Ce travail est une responsabilité des Congolais qui veulent être indépendants et souverains. Le président Obama a fait ce qu’il pouvait et devait faire. Il nous appartient maintenant de pousser M. Kabila vers la porte de sortie car le Congo n’est pas sa propriété privée.

Je demande avec insistance aux délégués du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, qui semblent admettre le fait accompli en acceptant le glissement, de renoncer à cette prise de position car, si nous ne faisons pas respecter la Constitution, il sera difficile voire impossible d’exiger le même respect de la Constitution à l’avenir. Je leur dis : ne devenez pas ceux qui seront cités demain comme étant à l’origine du maintien au pouvoir du président sortant. Vous ne pouvez demander à la fois le départ de M. Kabila et son maintien au pouvoir. C’est une position contradictoire à laquelle je vous invite à renoncer. Il faut espérer que les délégués du Front pour le respect de la Constitution resteront intransigeants sur cette question.

Il y a dans notre pays des Congolais très compétents qui ont déjà longuement réfléchi à l’avenir du Congo et qui sont prêts à prendre les commandes de la République pour mettre en place les politiques publiques qui permettront la création des emplois décents et pour initier un développement harmonieux. Il n’est plus permis de tergiverser sur le départ de M. Kabila car la Constitution est claire.

Pour éviter toute confusion, je demande à la CENCO qui organise et dirige le présent Dialogue voulu inclusif d’agir en deux temps : (1) se prononcer rapidement et clairement, avant le 19 décembre 2016, sur le respect de l’article 220 de la Constitution et sur le respect de la Résolution 2277 de l’ONU ; (2) de réfléchir sur la transition qui suivra et qui sera dirigée sans ceux qui ont mis le Congo dans l’abîme. La CENCO doit se prononcer urgemment sur la non-reconduction du président sortant, autrement son silence sur cette question sera qualifié de complicité avec Kabila. Cette annonce doit absolument être faite avant le 16 décembre 2016 pour fixer l’esprit des Congolais qui placent actuellement leur dernier espoir sur cette église qu’ils jugent neutre et apolitique. Si elle n’agit pas dans ce sens, les fidèles et le peuple congolais concluront sans l’ombre d’un doute que la Haute hiérarchie de l’église catholique a été corrompue. Il lui sera difficile voire impossible de rétablir la confiance avec le peuple et avec ses fidèles. Elle perdra alors toute sa crédibilité comme l’église protestante qui l’a déjà perdue à cause de la position pro pouvoir de Monseigneur Marini Bondo.

Dans la recherche d’une solution appropriée à la crise qui frappe la République non démocratique du Congo, la Haute hiérarchie de l’église catholique est devant un dilemme : ou elle gagne le pari ou elle perd définitivement la face. Elle doit sauver la nation car elle a librement accepté de trouver une solution pacifique avant l’expiration du second et dernier mandat du président Kabila. Sa mission de bons offices en dirigeant le présent dialogue inclusif doit donner satisfaction au peuple qui l’observe et qui attend. Parviendra-t-elle à aboutir à un compromis politique global qui sortira notre pays de la crise actuelle ? Il faut l’espérer. En choisissant, à la dernière heure, de confier cette mission délicate de conduire le dialogue national inclusif à l’église catholique, Monsieur Joseph Kabila l’a sciemment piégée en la rendant responsable de l’anarchie qui suivra en cas d’échec. Elle a donc l’obligation de réussir or réussir cette mission revient à faire respecter l’article 220 de la Constitution.

Le président sortant a publiquement déclaré qu’« il ne se passera rien le 19 décembre 2016 ». Montrons-lui qu’il s’est lamentablement trompé et qu’il n’a pas le droit de narguer, sur leur sol, les descendants de Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Patrice Lumumba. Des jeunes Congolais ont été massacrés par le pouvoir du 19 au 23 janvier 2015 et du 19 au 20 septembre 2016 parce qu’ils voulaient voir leur pays entrer dans la démocratie. Ils ne sont pas morts pour rien. Là où ils sont, ils nous regardent et attendent notre réaction. Allons-nous ignorer leur combat en accordant une prime par le glissement à celui qui les a inutilement sacrifiés ? Soyons conscients des enjeux et de notre passé récent.

Les soldats et les policiers congolais de souche ont la responsabilité d’aider le peuple à réussir cette sortie de la tyrannie, en barrant la route aux mercenaires qui viendront à la rescousse de M. Kabila et de son régime. Ils doivent protéger les manifestants qui cherchent entre autres l’amélioration des conditions de vie des hommes en arme.

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble. Montrons que nous sommes un peuple mûr et responsable.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Le 12 décembre 2016.

[1] Nous avons donné suffisamment des preuves dans notre livre collectif, Fweley Diangitukwa (sous la direction de), Les Congolais rejettent le régime de Kabila, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2015.