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Lu pour vous : Bruno Tshibala, Premier ministre. Et alors ?

22 Avr

Bruno Tshibala, Premier ministre. Et alors ?

Par Lomomba Emongo

Chacun en est témoin. Le 19 décembre 2016, Joseph Kabila outrepassait son mandat constitutionnel comme chef de l’État. Sa légitimité sur mesure, issue du « dialogue » conduit par Edem Kodjo sous l’égide de l’Union africaine ne dura que le temps d’en parler. Un petit mois plus tard, Kabila et son Premier ministre également sur mesure, couvrira le sieur Edem Kodjo de ridicule en se précipitant dans le nouveau dialogue conduit cette fois-ci par la CENCO. Un peu plus de trois mois après la signature de l’Accord dit de la Saint-Sylvestre, sous les auspices de ladite CENCO, le même Kabila couvrira à leur tour les évêques de ridicule en ignorant purement et simplement leurs efforts de médiation, en consultant l’opposition pour l’énième fois pour son propre compte. Le 6 avril dernier, il se fixait un délai de 48 heures pour se doter (plus que pour doter le Congo) d’un Premier ministre bien évidemment sur mesure. Ainsi fut nommé Bruno Tshibala, un transfuge de l’UDPS de feu Étienne Tshisekedi, Premier ministre de transition. Alors que cette comédie réjouit certains et fait grincer des dents à d’autres, je me dis : « Bruno Tshibala, Premier ministre de transition. Et alors ?» En effet, je ne m’attendais à absolument à rien de moins de la part de J. Kabila. D’autant que ce qui se passe aujourd’hui s’est déjà vu au Congo-Kinshasa. 1965 : Joseph Kasavubu, président de la république, joua avec le feu en nommant Évariste Kimba, contre Moïse Kapend-Tshombe dont la CONACO avait réuni 122 députés sur 167. Mal lui en prit le 25 novembre 1965. Mobutu, le tombeur de Kasavubu, s’amusa à son tour à changer de Premier ministre de transition (Ngunz Karl-I-Bond, MungulDiaka, Birindwa, Likulia, etc.) contre la volonté de la CNS qui avait élu Étienne Tshisekedi. Mal lui en prit le 7 mai 1977. De sorte qu’en nommant Bruno Tshibala en lieu et place de Félix Tshisekedi, candidat pressenti du Rassemblement au poste de Premier ministre, J. Kabila n’innove pas en réalité. Si je me demandais ce que vaut à ses yeux Brunon Tshibala ? Je me répondrais : certainement pas davantage que son prédécesseur, Samy Badibanga, le Premier ministre de 4 mois. Que voilà un nouveau jouet dans ses mains, qu’il ne se privera pas de jeter à la poubelle après bref usage. J’exagère ? Voici mes arguments.  Je ne serais pas étonné si Bruno Tshibala s’avérait un Premier ministre de transition parfaitement inutile pour le peuple du Congo, parce docile au diktat de J. Kabila, à l’instar d’un Samy Badibanga de dorénavant triste mémoire. Ce qui sera le cas s’il dure les 9 mois de la transition, soit jusqu’à l’élection et à l’assermentation du nouveau président de la république qui s’empressera de s’en débarrasser.  Je ne serais pas surpris non plus si Bruno Tshibala était déposé sans autre forme de procès et sans la moindre considération (comme un certain Samy Badibanga), à la moindre velléité d’insoumission de sa part au diktat de J. Kabila à qui il doit, seul, son 2 poste. Et pour qui il n’a pas hésité à quitter les rangs du Rassemblement dont il voudra sans aucun doute se réclamer pour faire Premier ministre issu de l’opposition à J. Kabila.  Je ne crois pas me tromper en affirmant que le rôle véritable de Bruno Tshibala à la primature du Congo, aux yeux de J. Kabila, est de mieux diviser et d’affaiblir davantage l’opposition, particulièrement celle cristallisée dans le Rassemblement depuis la rencontre de Genval (Belgique). D’autant plus que le sieur Tshibala n’est à proprement parlé plus tout à fait de l’opposition, puisqu’il est désormais au pouvoir – comme, avec et grâce à J. Kabila.  Que Bruno Tshibala joue sans faute la partition d’homme de paille, écrite à l’avance pour lui, ou non, je ne doute pas que l’heure de vérité ne tardera pas à sonner pour lui (qu’il demande à Samy Badibanga ce qu’il pense de J. Kabila). Par exemple lorsqu’il sera amené à choisir entre les revendications légitimes du peuple excédé et le diktat de J. Kabila en collusion avec les intérêts rwandais, ougandais et occidentaux au Congo. Dans le premier cas de figure, il pourrait à la limite se racheter un improbable crédit politique en claquant la porte (las, Vital Kamhere ne s’est jamais remis d’avoir servi J. Kabila jusqu’à la servilité !). Dans le deuxième cas de figure, il normalisera son statut d’homme de paille et d’ennemi de la souveraineté du Congo avant d’entrer dans les oubliettes de l’histoire (qu’est devenu un Faustin Birindwa d’aussi triste mémoire ?).  J’espère me tromper, mais quelle que sera l’attitude du Premier ministre Bruno Tshibala, sa primature hors de toute légitimité, même celle politique, issue de l’Accord dit de la Saint-Sylvestre, est vouée à se terminer dans la douleur. Pour le peuple du Congo qui devra tout recommencer, davantage que pour lui, qui ne tient qu’à la seule volonté de J. Kabila aux abois. Je ne doute pas en effet que le clash arrivera, sinon tout de suite lors de la nomination des ministres et des mandataires de l’État par exemple, alors un peu plus tard lors d’un inévitable affrontement avec le diktat de J. Kabila à propos d’une probable tentative de modification de la constitution ou de l’organisation des élections si peu transparentes se veuillent-elles – à moins de la soumission à J. Kabila.  À la lumière de ce qui précède et jusqu’à preuve du contraire, je reste persuadé que le gouvernement Tshibala n’est qu’un intermède dans le plan de J. Kabila de conserver le pouvoir coûte que coûte. Que, par conséquent, cet intermède constitue une forme machiavélique de prolongation de l’imbroglio politique, sans le moindre souci pour le haut intérêt du peuple du Congo. D’une part, je ne vois pas comment J. Kabila qui a survécu au 19 décembre 2016 et à l’Accord dit de la Saint-Sylvestre se formaliserait pour survivre à un gouvernement dont il est la seule raison d’être ; d’autre part, je vois d’ici J. Kabila organiser de nouvelles consultations ou négociations autour d’une énième transition, à moins que ce ne soit d’un référendum en vue de la révision constitutionnelle devant lui permettre de se représenter à la prochaine élection 3 présidentielle – sous réserve que l’opposition se montre à la hauteur de sa tâche, pour une fois. Dois-je le redire, Bruno Tshibala n’a aucune chance de réussir. Il n’en a aucune de s’imposer comme le chef de gouvernement issu de l’opposition, notamment en tenant tête à J. Kabila. Il n’en a pas davantage de s’imposer comme le Premier ministre de transition attendu, ayant mandat de conduire le pays vers des échéances électorales et disposant pour ce faire des moyens de sa politique, tous les instruments de la souveraineté étant à ce jour sous le strict contrôle de J. Kabila. Cela dit, ma véritable préoccupation se trouve ailleurs. Je me répète à dessein : « Bruno Tshibala, Premier ministre. Et alors ?» J’y entends que J. Kabila, homme fort du Congo, est un couteau à double tranchant. Certes, Bruno Tshibala lui doit tout. Mieux, il y a des chances, s’il veut se survivre au pouvoir, qu’il lui obéisse au doigt et à l’œil. Mais c’est ce que va faire l’opposition cristallisée dans le Rassemblement qui sera déterminant pour l’issue de sa primature. Pour la sortie de crise. Pour l’alternance politique au sommet ou la prolongation de J. Kabila au pouvoir. Je suppute trois attitudes possibles du Rassemblement.  Le Rassemblement s’époumonant à contester la nomination de Bruno Tshibala. Le cas échéant, elle consoliderait la position de J. Kabila, arbitre suprême au-dessus de la mêlée, à qui il serait ainsi demandé de réviser sa décision. Avec, en prime, une nouvelle course à la primature (pour seulement 9 mois, et encore !). Pour dire le moins des divisions que le Rassemblement devra gérer, le cas échéant, entre les pour et les contre Tshibala, les plus et les moins introduits auprès de J. Kabila.  Le Rassemblement ignorant J. Kabila et son Premier ministre de pacotille. Ce qui lui permettra de se concentrer sur la contestation non pas d’une nomination sans avenir, mais bien de J. Kabila en personne comme chef de l’État. Ce serait l’occasion de marteler le message que tous les Congolais et toutes les Congolaises ont déjà parfaitement intégré : ne jouissant d’aucune légitimité– à plus forte raison son Premier ministre sur mesure – J. Kabila doit partir d’ici la fin de l’année 2017.  Le Rassemblement anticipant et désignant son candidat à l’élection présidentielle à venir. Les difficultés prévisibles du gouvernement Tshibala lui serviraient alors d’arguments électoralistes. Ce serait, du reste, le moment d’intensifier l’occupation du terrain électoral dans l’arrière-pays généralement laissé pour compte. Le moment, aussi, d’affûter sa critique au bilan plus que catastrophique de J. Kabila à la tête du pays. Que va faire le Rassemblement ? Saura-t-il capitaliser sur l’échec annoncé du tandem Kabila-Tshibala pour prendre résolument et pour une fois le parti du peuple, en lieu et place des tractations qui n’ont jamais servi qu’à prolonger ce que Jean-Paul Sartre appelait « la solution néocolonialiste » ? Tiendra-t-il uni le temps qu’il faut, pour imprimer au Congo-Kinshasa le tournant décisif de son histoire depuis la mise en échec du gouvernement Lumumba ?

LA CENCO A CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE (suite et fin)

1 Avr

LA CENCO A CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

Par Fweley Diangitukwa, politiste

http://www.fweley.wordpress.com

« Vox Dei, vox populi » ou, inversement, « vox populi, vox Dei » disaient les Romains. Au lieu de suivre la voix de Dieu et la voix du peuple qui voulait le respect de la Constitution ainsi que la Résolution 2277 des Nations unies qui exigeaient également le respect de la Constitution, les prêtres de la CENCO ont préféré écouter et suivre la voix de celui qui a financé leurs travaux. Hélas, elle n’a résolu aucun problème social, à par le fait d’avoir réussi à sauver le président sortant qui demeure toujours au pouvoir après la date fatidique du 19 décembre 2016. En tout cas, la CENCO a bloqué momentanément l’évolution de la politique dans notre pays. Maintenant qu’elle vient de découvrir la face cachée de celui avec qui elle croyait ouvrir un vrai dialogue au profit de tous, que fera-t-elle pour sauver publiquement son honneur déjà souillé ?

Si la CENCO avait lu et intégré les propos testamentaires de Mgr Etsou (se référer à mon livre paru en 2007 aux éditions L’Harmattan et intitulé Les fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC), elle aurait été beaucoup plus prudente. Hélas, elle a oublié qu’au XVe siècle, avec Nicolas Machiavel, il y a eu une séparation entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel et que la morale et l’éthique des religieux ne sont pas toujours partagées par les politiciens cyniques qui se moquent éperdument des profanes en politique qu’ils jugent faibles.

Tout montre que l’alternance n’est pas à l’ordre du jour dans le camp du président Kabila. Malgré un bilan largement négatif, le PPRD s’impose par la violence et il continuera à s’imposer par ce moyen aussi longtemps qu’il ne trouvera pas un mur devant lui car ce parti au pouvoir s’inscrit pleinement dans la logique des rapports de force face à un peuple démuni.

Il est étonnant de constater que, malgré le fait que le président Kabila a perdu sa légalité constitutionnelle depuis le 19 décembre 2016 et sa légitimité populaire depuis longtemps, l’opposition se comporte toujours, face à lui, comme s’il a encore la légalité et la légitimité déjà perdues. Est-ce par naïveté ou par ignorance ? Selon la même logique, il est étonnant de constater que la CENI, qui est publiquement soutenue par le pouvoir en place et qui est pilotée par le copain de l’abbé Malu Malu (l’ex-expert en fraudes électorales pour le compte de l’homme au pouvoir depuis 2001), bénéficie encore d’un large crédit de la part des candidats de l’opposition alors que tout montre clairement que cette CENI organisera de nouvelles fraudes électorales si le pouvoir lui en donne l’autorisation ; dans le cas contraire, elle prendra l’insécurité dans le Kasaï comme prétexte pour ne pas organiser lesdites élections, faute d’avoir achevé le recensement de la population à temps. En tout cas, l’évolution de la situation ne rassure pas que les élections auront lieu à la fin de cette année, sinon elles seront simplement et volontairement bâclées, et le cycle des protestations et de mise en scène recommencera de plus belle. Alors, est-il indiqué de participer à ces élections refusées par le pouvoir en décembre 2016 sous prétexte que le gouvernement Matata manquait de l’argent et maintenant réclamées par le même pouvoir pour décembre 2017 ? Un piège est dressé devant l’opposition. Il est temps d’y réfléchir sérieusement et d’opérer un bon choix. Le monde entier nous observe.

Tant de sacrifices pour si peu !

J’ai été le premier à suggérer la gestion du conflit par la CENCO (cfr. mes deux articles affichés sur mon blog :

Mais, prudence oblige, j’ai demandé à la CENCO de rendre publique leur décision avant le 16 décembre 2016 pour ne pas « glisser » comme le souhaitait la « majorité présidentielle » (qui a cessé d’être une majorité numérique depuis le départ du G7). En ne respectant pas le délai constitutionnel fixé au 19 décembre 2016 à minuit (fin de mandat du président Joseph Kabila), la CENCO a entraîné la République dans une longue impasse d’où il nous sera difficile de nous en sortir car les Congolais n’ont plus de point de repère servant de dead line. À cause de la CENCO (selon l’avis du peuple) ou grâce à la CENCO (pour les membres du pouvoir actuel), tout est maintenant permis : la République est gouvernée par des autorités sans légalité et sans légitimité, c’est-à-dire ne jouissant d’aucun mandat électif. Tous nos dirigeants sont concernés par ce manque de légalité et de légitimité, depuis le chef de l’Etat, les députés nationaux (qui seront fin mandat à la fin de ce mois de février 2017 et qui sont censés se représenter auprès de leurs électeurs pour renouveler leur mandat) jusqu’aux députés provinciaux. En n’exigeant pas la conformité aux prescriptions de la Constitution, la CENCO a tout brouillé. Tout est maintenant permis. Personne ne parle de députés nationaux qui sont fin mandat, de sénateurs et de députés provinciaux qui le sont depuis 2012, du chef d’Etat qui ne jouit d’aucune légalité et d’aucune légitimité depuis le 19 décembre 2016. La situation que la CENCO a créée est une première dans l’histoire de la République.

Auparavant, de nouvelles provinces ont été mises en place dans une indifférence totale et les populations concernées ne se reconnaissent pas dans leurs autorités. L’anarchie a pris place au sommet des institutions républicaines. Pour combien de temps ? La CENCO ne répondra jamais avec exactitude, car elle conduit les négociations hors délai constitutionnel et sans rien maîtriser. Un immense danger plane au-dessus de la Républicaine car notre avenir immédiat est non seulement flou mais en plus incertain. Quel moyen dispose la CENCO pour contraindre les signataires de la mouvance présidentielle (qui ont signé sous réserve selon les dires de Lambert Mende) lorsque ceux-ci feront comprendre au peuple congolais qu’il est impossible d’organiser les élections (présentielle, sénatoriales et législatives) en décembre 2017 (car on s’achemine inéluctablement vers ce résultat) ? Après tant de sacrifices, d’assassinats, de prisonniers politiques, de femmes violées, de Congolais égorgés comme des bêtes sauvages à Beni et ailleurs, de jeunes gens tombés en janvier 2015 et en septembre 2016, de milliers d’enfants traumatisés, de millions de Congolais partis en exil, de villages et de parcs nationaux saccagés et détruits, de forêts dévastées, de ressources naturelles pillées, etc. comment pouvons-nous nous contenter d’un si maigre résultat se résumant en une simple promesse ? Nous ne sommes pas dignes de nos morts et nous oublions que nous leur sommes redevables. Par notre capitulation commune, nous souillons publiquement leur mémoire et trahissons leurs espoirs. Nous ne manifestons aucun respect et aucune dignité à leur égard, car nous nous laissons manipuler comme des moutons de Panurge.

Un manque total de lucidité politique

À mon avis, la CENCO n’a pas suffisamment pesé le danger de négocier et de signer l’Accord du 31 décembre dans l’irrespect total de la Constitution, car le moment venu, la « majorité » fera comprendre à la même CENCO que l’Accord du 31 décembre 2016 n’est pas constitutionnel. Au lieu de rester ferme et intransigeante quant au délai du 19 décembre 2016, la CENCO s’est fait avoir en acceptant de négocier au-delà de la date fatidique, grâce à l’argent sale du pouvoir qui a financé les négociations. En cela, la CENCO n’est pas éloignée des positions défendues par Mgr Marini Bondo au nom de l’Eglise protestante (je suis protestant et je sais de quoi je parle). « En maintenant Joseph Kabila au pouvoir, en jetant à la poubelle la Constitution et en piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo » (Charles Onana), nous dirons, en termes sibyllins, que la CENCO a sauvé la dictature de Kabila contre la colère populaire. En tout cas, elle a désamorcé cette « bombe » car le peuple voulait en finir avec la dictature en date du 19 décembre 2016.

En situation normale, la CENCO aurait dû tout simplement constater l’impossibilité pour le pouvoir de respecter l’article 220 de la Constitution et se limiter strictement à cela. Si elle a fait ce choix, tout le monde saurait que Kabila est sans mandat, qu’il n’est plus officiellement président de la République et qu’il gouverne par défi et sans aucune protection juridique. Hélas, la CENCO ne l’a pas fait, préférant brouiller les Congolais par la lecture d’une simple promesse. Comment mobiliser maintenant ce peuple – ou cette grosse machine – pour qu’il se remette en mouvement ? Que doit-il maintenant exiger puisque la Constitution a déjà été violée par le pouvoir actuel, par la CENCO et par les membres du Rassemblement ?

Dans mon livre Qui gouverne le Zaïre ? La République des copains, publié aux éditions L’Harmattan en 1997, je disais que les Zaïrois (Congolais aujourd’hui) savent discuter longuement sur les conflits de leur pays mais ils prennent toujours de mauvaises décisions. Ma prédiction n’a pas été démentie depuis la Conférence « nationale souveraine ». Nos discussions ont toujours été longues dans les multiples « négociations » de dupes : dialogue inter congolais à Sun City en Afrique du Sud, à Nairobi, à Kampala, à Lusaka, à Addis-Abeba, inutiles Concertations nationales en 2013, dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo et le dialogue national sous la direction de la CENCO qui vient de prendre fin dans un imbroglio total. Le résultat est toujours le même : l’Etat dépense beaucoup d’argent pour un résultat nul (pour le peuple). Rien n’a changé, la dictature est toujours là, arrogante et têtue. Il n’y a jamais eu un changement de système mais uniquement de changement dans le système. La révolution-pardon de l’AFDL est venue tout simplement poursuivi la dictature de Mobutu et Cie. L’anarchie règne en maîtresse dans tout le pays.

Il ne suffit pas de proclamer haut et fort que « l’actuel chef de l’Etat ne briguera pas un troisième mandat » pour croire que les élections auront bel et bien lieu en décembre 2017 et penser que cela se fera ainsi. Dans son agir, la CENCO a superbement ignoré que la mouvance présidentielle est un conglomérat d’aventuriers (dixit Laurent-Désiré Kabila) qui cherche à gagner du temps pour rester plus longtemps au pouvoir. Comme nous l’avons déjà affirmé, l’Accord du 31 décembre 2016 n’a servi à rien. Le gouvernement de Samy Badibanga refuse de rendre le tablier pour piller le peu d’argent qui passe sous les yeux des ministres et la désignation du Premier ministre issu de l’opposition traîne à voir le jour. Or, la transition est limitée dans le temps. Elle a une durée très courte de 12 mois. Nous sommes déjà en février (suivant la première publication de cet article) et nous sommes encore loin d’entrer dans la transition. Que cela veut-il dire ? En voulant composer avec un tyran qui n’a jamais respecté ses engagements, la CENCO a plombé l’avenir de notre pays. Maintenant tout le monde sait, y compris le compatriote Jean-Pierre Vununu, que nous avons eu raison de manifester publiquement notre inquiétude en février dernier.

Une République où rien n’est respecté

Notre République n’a jamais été une res publica (une chose appartenant à tous) car certains individus croient avoir plus de droits que d’autres. Ceux qui pratiquent le droit au quotidien sont les premiers à le violer. La plupart des concepts partagés par les élites ont cessé d’avoir le même contenu selon qu’on appartienne à la mouvance présidentielle ou à l’opposition. Ainsi, par exemple, les concepts de démocratie et de gouvernance ne signifient pas la même chose chez les uns et chez les autres, alors qu’ils vivent les mêmes réalités dans le même pays. Pour ceux qui dirigent, le Congo est une République « démocratique » pendant que tout le monde sait qu’il ne l’est pas. En principe, lorsqu’on entend le mot « démocratie », on se représente un régime politique dont les dirigeants sont élus à des échéances régulières par le peuple et ces élus sont responsables devant lui ; on se représente un régime dans lequel tous ont les mêmes droits, tels le droit à la libre expression, l’accès équitable à la justice, etc. Au Congo, les dirigeants ont plus de droits que les citoyens, même les fils de Boshab et d’Adolphe Muzito ont plus de droit que les professeurs d’université sans fonction politique [leurs enfants ont été exfiltrés de la justice après avoir causé la mort dans un accident de voiture parce qu’ils étaient simplement les fils de deux dignitaires de la République]. Au Congo, les concepts ont déjà perdu leur contenu ou leur signification car ils se déclinent selon la volonté de celui qui les utilise. Dans un contexte mouvant et incertain, il devient difficile, voire impossible, de définir le décideur en politique congolaise. Est-il celui qui fait, interprète et met en vigueur les règles du système politique ou celui qui influence et manipule la fabrication des lois à l’Assemblée Nationale ? Qui sont au Congo les décideurs politiques qui jouissent pleinement de l’appui de leurs concitoyens ? Qui peuvent être élus sans corrompre ? Comment devient-on décideur dans une société comme la nôtre où des Sénateurs sans mandat siègent depuis 2012 sans aucun souci de solliciter le renouvellement de leurs mandants électifs. Et ils ne se cachent pas car ils s’expriment en public en tant que Sénateurs, sans honte. M. Léon Kengo wa Dondo est toujours président du Sénat, sans mandat depuis 2012 et cela ne dérange personne. Minaku sera sans mandat à la fin de ce mois et il continuera à présider à la tête de l’Assemblée nationale, sans honte. Dans une République bananière, tout est permis, dit-on.

En tout cas, pour ceux qui gouvernent la République, la gouvernance est une réalité et ils en parlent sans pudeur et sans remords alors que ce concept est une utopie dans notre pays pour tous ceux qui connaissent et enseignement le contenu de la gouvernance politique.

Notre avenir commun est incertain. Il est en danger. Vous êtes avertis. Un tyran ne quitte pas le pouvoir par des négociations interminables mais sous la contrainte ou sous la pression populaire. La CENCO vient de quitter la table de négociation sans donner au peuple congolais le gouvernement de transition qu’elle lui a promis le 31 décembre 2016 ?

Les Congolais méritent mieux que cet Accord honteux sans issue.

Février 2017, relu le 1 avril 2017.

LA RDC EST UNE DICTATURE À CIEL OUVERT

16 Fév

 

LA RDC EST UNE DICTATURE À CIEL OUVERT

Par Fweley Diangitukwa, politiste

www.fweley.wordpress.com

Aucune autorité politique ne jouit désormais d’un mandat électif. Tous les dirigeants sont illégaux et illégitimes et personne n’a jusqu’à présent démissionné pour manifester son désaccord avec l’irrégularité des institutions. Les Sénateurs et les députés provinciaux n’ont pas été élus depuis 2012, le chef de l’État n’a pas été élu en décembre 2016 suivant l’article 220 de la Constitution et selon la Résolution 2277 des Nations unies qui rappelait le respect de la Constitution congolaise. Les députés nationaux devraient renouveler leur mandat au courant de ce mois de février 2017 mais puisque la CENCO a mis la Constitution de côté dans son Accord anticonstitutionnel du 31 décembre 2016, ces derniers « glissent » publiquement comme les autres.

Les élections démocratiques au suffrage universel et aux échéances régulières ne sont plus une obligation dans cette République très démocratique du Congo. Alors qu’ils sont tous sans mandat électif, donc illégaux et illégitimes, aucune institution de la République ne lève la voix pour dénoncer cette situation inédite, même les députés de l’opposition ne disent rien car ils tirent tous profit du « glissement ». Oui, aucun député n’a démissionné jusqu’à présent pour prouver au peuple qu’il est de son côté. Au contraire, chacun d’eux trouve des arguments abscons pour justifier sa complicité avec la tyrannie. Kabila, Kengo, Minaku parlent toujours au nom de la République même s’ils n’en ont plus juridiquement le droit. Et que dire lorsqu’on sait que les deux derniers sont des juristes ? Alors, quand des juristes refusent de pratiquer le droit tout en demeurant président du Sénat et président de l’Assemblée nationale, que doit-on conclure ? N’est-ce pas que nous sommes dans une République bananière où la dictature sévit à ciel ouvert ? Où a-t-on déjà vu un pays qui se dit démocratique refuser l’organisation des élections qui assurent l’alternance au pouvoir ? Réponse : nulle part, sauf en RDC. À moins que MM. Lambert Mende, Omer Songo die Lema, Jean-Pierre Vununu et d’autres qui défendent le régime en place sans évoquer le droit nous apportent des arguments prouvant le contraire. Que ces compatriotes nous citent un article de la Constitution qui permet à M. Joseph Kabila d’être chef de l’État aujourd’hui alors que ce dernier refuse d’organiser l’élection présidentielle qui ouvrirait la voie à une alternance civilisée entre le nouveau président qui entre et l’ancien qui sort. Dans la situation actuelle, comment peut-on appeler un chef d’État sans mandat populaire qui tue des citoyens innocents ? N’est-ce pas un tyran fonctionnant dans une dictature à ciel ouvert ? Regardons ce qui se passe au centre du Kasaï. Que fait le gouvernement pour stopper les violences et les tueries ? Rien !

 Trois piliers pour demeurer au pouvoir ad aeternam

Monsieur Joseph Kabila – toujours président de la République par défi – s’appuie sur trois piliers pour prolonger sa présence à la tête de l’État congolais.

  1. Le refus d’organiser des élections

Sachant qu’il est impopulaire et qu’aucun Congolais de souche (même pas sa femme de ménage si celle-ci est une Congolaise) ne l’élirait, il refuse d’organiser les élections. Il a commencé par tester la réaction des Congolais en n’organisant pas les élections des Sénateurs et des députés provinciaux en 2012. Malgré notre cri d’alarme en 2012 dans lequel nous avons attiré l’attention de nos Compatriotes en leur disant que la non-élection des sénateurs est une anticipation à la non-élection présidentielle qui suivra en 2016, nous n’avons pas été compris car nous avons toujours été en avance, certainement grâce à notre formation en science politique et notre intérêt pour la prospective. Ce que nous avons dit en 2012 s’est réalisé en décembre 2016 dans les termes que avons exactement prévus.

Le refus d’organiser les élections en RDC est une volonté politique. Le manque d’argent n’est qu’un prétexte pour justifier cette absence de volonté politique du chef d’État, actuellement sans mandat populaire.

Du vivant de M. Katumba Mwanke, Jeune Afrique avait publié un très long article pour dire aux Congolais que celui-ci avait détourné des fonds importants qu’il avait placés dans le paradis fiscal de l’île Caïman[1]. À l’époque, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’avaient dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. L’Américain Richard Minitel a révélé des fonds détournés par le chef de l’État Joseph Kabila et placé dans les paradis fiscaux et il a publiquement demandé aux autorités congolaises de porter plainte contre lui si elles estimaient que ses révélations étaient fausses, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’ont dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. De même, Panama Paper a révélé le détournement de fonds publics par celle qui s’appelle Janet Kabila, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’ont dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. Tout ceci pour dire deux choses : (1) le Congo ne manque pas d’argent pour organiser les élections mais l’argent de la République est régulièrement détourné par les dirigeants (les petits dirigeants imitent ce que font les grands dirigeants), (2) nos magistrats de la République, nos sénateurs et nos députés sont des autorités complaisantes car aucun d’entre eux n’a initié une enquête allant dans le sens de rétablir les faits au profit de la République.

  1. L’organisation de l’insécurité au niveau national

L’insécurité au niveau national est entretenue par les hommes du pouvoir dans le but de le garder pendant longtemps. Il faut lire Machiavel pour se laisser convaincre par nos propos. Dans son livre Le Prince, Machiavel a écrit au chapitre XVII :

« L’histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens. […] C’est pourquoi un seigneur avisé ne peut, ne doit respecter sa parole si ce respect se retourne contre lui et que les motifs de sa promesse soient éteints. […] Et les hommes ont tant de simplesse (ancien français), ils se plient si servilement aux nécessités du moment que le trompeur trouvera toujours quelqu’un qui se laisse tromper […] mais tu dois avoir entraîné ton cœur à être exactement l’opposé, si les circonstances l’exigent. […] Il (le prince) doit donc disposer d’un esprit en mesure de tourner selon les vents de la fortune, selon les changements des situations. […] D’une façon générale, les hommes jugent plus souvent d’après leurs yeux [et leurs oreilles, c’est nous qui précisons] que d’après leurs mains : chacun est en mesure de voir [et d’entendre, c’est nous qui précisons], bien peu sont en mesure de toucher [et de comprendre, c’est nous qui précisons]. »[2]

Puis, Machiavel a précisé sa pensée en disant : « N’importe qui peut voir ce que tu sembles être ; quelques rares seulement peuvent tâter [comprendre] ce que tu es. Et ces derniers n’osent contredire l’opinion du grand nombre, renforcée par toute la majesté de l’État. »[3]

Le Gouvernement n’a jamais donné des moyens suffisants à l’armée pour mener une guerre contre les envahisseurs rwandais et ougandais dans le but d’entretenir l’insécurité qui, non seulement justifier la présence du régime actuel au pouvoir mais il empêche ainsi la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de réaliser le recensement dans le délai. Le principe émis par Machiavel est simple et il est connu mais personne ne prête souvent attention à sa très célèbre maxime : « C’est la fin qui justifie les moyens. » Nous pouvons dire sans nous tromper que la CENI ne sera pas prête avant décembre 2017. Elle évoquera le manque d’argent et l’insécurité pour justifier l’impossibilité de finir son travail à temps et permettre ainsi l’organisation des élections. Donc, l’accord de la CENCO du 31 décembre 2016 consistant à promettre publiquement que le président Kabila ne se représentera pas est une arnaque, car celui-ci compte sur la non-organisation des élections, comme en 2016, pour garder son fauteuil. Le ministre du budget l’a ouvertement déclaré la semaine dernière.

S’inscrivant dans la logique de Machiavel qui conseillait au prince de faire les choses les plus difficiles : « Songer à toutes les cruautés qu’il lui est besoin de faire et à toutes les pratiquer d’un coup […] »[4], le président sans mandat populaire – Joseph Kabila – tue pour faire peur et garder ainsi le pouvoir par la violence. Malgré le nombre toujours croissant d’assassinats, de massacres, de tueries, d’emprisonnement arbitraire, de femmes violées et de Congolais égorgés comme des animaux sauvages, aucun Sénateur, aucun député national n’a rédigé une motion ou une interpellation pour dénoncer le terrorisme d’État sur les paisibles citoyens congolais. Alors, en quoi sont-ils des élus (en fait des anciens élus) du peuple s’ils ne peuvent le défendre valablement ?

  1. La corruption des gouvernants et des « intellectuels »

Comme sous le président Mobutu qui disait publiquement à ses ministres « soki olingi koyiba, yiba moke », la corruption est une pratique courante sous le règne du président Kabila. Il a même été publiquement dit, il y a quelques années, que la présidence de la République était l’institution la plus corrompue.

L’organisation des négociations régulières sans résultat est une volonté de corrompre les participants afin de désamorcer la colère populaire contre les détenteurs du pouvoir. À quoi a servi l’argent dépensé pour organiser les Concertations nationales ? « Avant les concertations nationales sera égal à après les concertations » disais-je en 2013 à M. Omer Songo die Lema qui ne me croyait pas mais la réalité a fini par me donner raison et celui-ci n’est jamais revenu sur lesdites concertations. À quoi a servi l’argent dépensé pour organiser le dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo, envoyé par l’Union africaine ? À quoi sert l’argent dépensé pour organiser l’actuel dialogue sous la direction de la CENCO, sinon à distraire le peuple et à gagner du temps ? Le président Kabila et le Gouvernement sortent l’argent du Trésor public pour assurer le per diem des participants pour les distraire, s’enrichir eux-mêmes et gagner du temps.

Depuis l’entrée de l’AFDL au Zaïre – devenu la République démocratique du Congo (sans être une démocratie) –, notre pays n’a pas avancé ; au contraire, il a reculé. Malgré cette réalité, à cause de la misère sans nom, les « intellectuels » sont toujours nombreux à participer à ces concertations nationales ou à ces dialogues pour gagner un peu d’argent et espérer trouver un poste ministériel de courte durée (quelques mois à peine), le temps de vider les caisses de l’État avant de disparaître. Quelle République sommes-nous devenus ?

[1] Qui, après son assassinat, a bénéficié de son enrichissement rapide et illicite placé dans l’île Caïman et de ses avoirs en Afrique du Sud ?

[2] Machiavel, Le Prince, Paris, Librairie Générale française, 1983, chapitre XVIII, lire pp. 91-95.

[3] Ibid., p. 94.

[4] Machiavel, Le Prince, cité par Carol Kennedy, Toutes les théories du management, Paris, Maxima, 2002, pp. 9-10.

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

11 Fév

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

Par Fweley Diangitukwa, politiste

http://www.fweley.wordpress.com

« Vox Dei, vox populi » ou, inversement, « vox populi, vox Dei » disaient les Romains. Au lieu de suivre la voix de Dieu et la voix du peuple qui voulait le respect de la Constitution ainsi que la Résolution 2277 des Nations unies qui exigeaient le respect de la Constitution, les prêtres de la CENCO ont préféré écouter et suivre la voix de celui qui a financé leurs travaux.

Tant de sacrifices pour si peu !

J’ai été le premier à suggérer la gestion du conflit par la CENCO (cfr. mes deux articles affichés sur mon blog :

Mais, prudence oblige, j’ai demandé à la CENCO de rendre publique leur décision avant le 16 décembre 2016 pour ne pas « glisser » comme le souhaitait la « majorité présidentielle » (qui a cessé d’être une majorité numérique depuis le départ du G7). En ne respectant pas le délai constitutionnel fixé au 19 décembre 2016 à minuit (fin de mandat du président Joseph Kabila), la CENCO a entraîné la République dans une longue impasse d’où il nous sera difficile de nous en sortir car les Congolais n’ont plus de point de repère servant de dead line. À cause de la CENCO (selon l’avis du peuple) ou grâce à la CENCO (pour les membres du pouvoir actuel), tout est maintenant permis : la République est gouvernée par des autorités sans légalité et sans légitimité, c’est-à-dire ne jouissant d’aucun mandat électif. Tous nos dirigeants sont concernés par ce manque de légalité et de légitimité, depuis le chef de l’Etat, les députés nationaux (qui seront fin mandat à la fin de ce mois de février 2017 et qui sont censés se représenter auprès de leurs électeurs pour renouveler leur mandat) jusqu’aux députés provinciaux. En n’exigeant pas la conformité aux prescriptions de la Constitution, la CENCO a tout brouillé. Tout est maintenant permis. Personne ne parle de députés nationaux qui sont fin mandat, de sénateurs et de députés provinciaux qui le sont depuis 2012, du chef d’Etat qui ne jouit d’aucune légalité et d’aucune légitimité depuis le 19 décembre 2016. La situation que la CENCO a créée est une première dans l’histoire de la République.

Auparavant, de nouvelles provinces ont été mises en place dans une indifférence totale et les populations concernées ne se reconnaissent pas dans leurs autorités. L’anarchie a pris place au sommet des institutions républicaines. Pour combien de temps ? La CENCO ne répondra jamais avec exactitude, car elle conduit les négociations hors délai constitutionnel et sans rien maîtriser. Un immense danger plane au-dessus de la Républicaine car notre avenir immédiat est non seulement flou mais en plus incertain. Quel moyen dispose la CENCO pour contraindre les signataires de la mouvance présidentielle (qui ont signé sous réserve selon les dires de Lambert Mende) lorsque ceux-ci feront comprendre au peuple congolais qu’il est impossible d’organiser les élections (présentielle, sénatoriales et législatives) en décembre 2017 (car on s’achemine inéluctablement vers ce résultat) ? Après tant de sacrifices, d’assassinats, de prisonniers politiques, de femmes violées, de Congolais égorgés comme des bêtes sauvages à Beni et ailleurs, de jeunes gens tombés en janvier 2015 et en septembre 2016, de milliers d’enfants traumatisés, de millions de Congolais partis en exil, de villages et de parcs nationaux saccagés et détruits, de forêts dévastées, de ressources naturelles pillées, etc. comment pouvons-nous nous contenter d’un si maigre résultat se résumant en une simple promesse ? Nous ne sommes pas dignes de nos morts et nous oublions que nous leur sommes redevables. Par notre capitulation commune, nous souillons publiquement leur mémoire et trahissons leurs espoirs. Nous ne manifestons aucun respect et aucune dignité à leur égard, car nous nous laissons manipuler comme des moutons de Panurge.

Un manque total de lucidité politique

À mon avis, la CENCO n’a pas suffisamment pesé le danger de négocier et de signer l’Accord du 31 décembre dans l’irrespect total de la Constitution, car le moment venu, la « majorité » fera comprendre à la même CENCO que l’Accord du 31 décembre 2016 n’est pas constitutionnel. Au lieu de rester ferme et intransigeante quant au délai du 19 décembre 2016, la CENCO s’est fait avoir en acceptant de négocier au-delà de la date fatidique, grâce à l’argent sale du pouvoir qui a financé les négociations. En cela, la CENCO n’est pas éloignée des positions défendues par Mgr Marini Bondo au nom de l’Eglise protestante (je suis protestant et je sais de quoi je parle). « En maintenant Joseph Kabila au pouvoir, en jetant à la poubelle la Constitution et en piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo » (Charles Onana), nous dirons, en termes sibyllins, que la CENCO a sauvé la dictature de Kabila contre la colère populaire. En tout cas, elle a désamorcé cette « bombe » car le peuple voulait en finir avec la dictature en date du 19 décembre 2016.

En situation normale, la CENCO aurait dû tout simplement constater l’impossibilité pour le pouvoir de respecter l’article 220 de la Constitution et se limiter strictement à cela. Si elle a fait ce choix, tout le monde saurait que Kabila est sans mandat, qu’il n’est plus officiellement président de la République et qu’il gouverne par défi et sans aucune protection juridique. Hélas, la CENCO ne l’a pas fait, préférant brouiller les Congolais par la lecture d’une simple promesse. Comment mobiliser maintenant ce peuple – ou cette grosse machine – pour qu’il se remette en mouvement ? Que doit-il maintenant exiger puisque la Constitution a déjà été violée par le pouvoir actuel, par la CENCO et par les membres du Rassemblement ?

Dans mon livre Qui gouverne le Zaïre ? La République des copains, publié aux éditions L’Harmattan en 1997, je disais que les Zaïrois (Congolais aujourd’hui) savent discuter longuement sur les conflits de leur pays mais ils prennent toujours de mauvaises décisions. Ma prédiction n’a pas été démentie depuis la Conférence « nationale souveraine ». Nos discussions ont toujours été longues dans les multiples « négociations » de dupes : dialogue inter congolais à Sun City en Afrique du Sud, à Nairobi, à Kampala, à Lusaka, à Addis-Abeba, inutiles Concertations nationales en 2013, dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo et actuel dialogue national sans fin sous la direction de la CENCO. Le résultat est toujours le même : l’Etat dépense beaucoup d’argent pour un résultat nul (pour le peuple). Rien n’a changé, la dictature est toujours là, arrogante et têtue. Il n’y a jamais eu un changement de système mais uniquement de changement dans le système. La révolution-pardon de l’AFDL est venue tout simplement poursuivi la dictature de Mobutu et Cie. L’anarchie règne en maîtresse dans tout le pays.

Il ne suffit pas de proclamer haut et fort que « l’actuel chef de l’Etat ne briguera pas un troisième mandat » pour croire que les élections auront bel et bien lieu en décembre 2017 et penser que cela se fera ainsi. Dans son agir, la CENCO a superbement ignoré que la mouvance présidentielle est un conglomérat d’aventuriers (dixit Laurent-Désiré Kabila) qui cherche à gagner du temps pour rester plus longtemps au pouvoir. On voit que les discussions se poursuivent indéfiniment comme si aucun Accord n’a été signé le 31 décembre 2016. Le gouvernement de Samy Badibanga refuse de rendre le tablier pour piller le peu d’argent qui passe sous les yeux des ministres et la désignation du Premier ministre issu de l’opposition traîne à voir le jour. Or, la transition est limitée dans le temps. Elle a une durée très courte de 12 mois. Nous sommes déjà en février et nous sommes encore loin d’entrer dans la transition. Que cela veut-il dire ? En voulant composer avec un tyran qui n’a jamais respecté ses engagements, la CENCO a plombé l’avenir de notre pays. On nous dira dans le futur si nous avons raison de manifester publiquement notre inquiétude ou non.

Une République où rien n’est respecté

Notre République n’a jamais été une res publica (une chose appartenant à tous) car certains individus croient avoir plus de droits que d’autres. Ceux qui pratiquent le droit au quotidien sont les premiers à le violer. La plupart des concepts partagés par les élites ont cessé d’avoir le même contenu selon qu’on appartienne à la mouvance présidentielle ou à l’opposition. Ainsi, par exemple, les concepts de démocratie et de gouvernance ne signifient pas la même chose chez les uns et chez les autres, alors qu’ils vivent les mêmes réalités dans le même pays. Pour ceux qui dirigent, le Congo est une République « démocratique » pendant que tout le monde sait qu’il ne l’est pas. En principe, lorsqu’on entend le mot « démocratie », on se représente un régime politique dont les dirigeants sont élus à des échéances régulières par le peuple et ces élus sont responsables devant lui ; on se représente un régime dans lequel tous ont les mêmes droits, tels le droit à la libre expression, l’accès équitable à la justice, etc. Au Congo, les dirigeants ont plus de droits que les citoyens, même les fils de Boshab et d’Adolphe Muzito ont plus de droit que les professeurs d’université sans fonction politique [leurs enfants ont été exfiltrés de la justice après avoir causé la mort dans un accident de voiture parce qu’ils étaient simplement les fils de deux dignitaires de la République]. Au Congo, les concepts ont déjà perdu leur contenu ou leur signification car ils se déclinent selon la volonté de celui qui les utilise. Dans un contexte mouvant et incertain, il devient difficile, voire impossible, de définir le décideur en politique congolaise. Est-il celui qui fait, interprète et met en vigueur les règles du système politique ou celui qui influence et manipule la fabrication des lois à l’Assemblée Nationale ? Qui sont au Congo les décideurs politiques qui jouissent pleinement de l’appui de leurs concitoyens ? Qui peuvent être élus sans corrompre ? Comment devient-on décideur dans une société comme la nôtre où des Sénateurs sans mandat siègent depuis 2012 sans aucun souci de solliciter le renouvellement de leurs mandants électifs. Et ils ne se cachent pas car ils s’expriment en public en tant que Sénateurs, sans honte. M. Léon Kengo wa Dondo est toujours président du Sénat, sans mandat depuis 2012 et cela ne dérange personne. Minaku sera sans mandat à la fin de ce mois et il continuera à présider à la tête de l’Assemblée nationale, sans honte. Dans une République bananière, tout est permis, dit-on.

En tout cas, pour ceux qui gouvernent la République, la gouvernance est une réalité et ils en parlent sans pudeur et sans remords alors que ce concept est une utopie dans notre pays pour tous ceux qui connaissent et enseignement le contenu de la gouvernance politique.

La CENCO a tout brouillé et empêche les candidats aux élections provinciales, législatives, sénatoriales et à l’élection présidentielle de briguer le mandat au cours d’une compétition électorale saine ? Jusqu’à quand contribuera-t-elle à bloquer les institutions en complicité avec le pouvoir et la CENI ? Seule la CENCO elle-même pourrait répondre à cette question mais je pense que dans le contexte actuel, elle n’est pas prête à fournir une réponse précise car elle ne contrôle rien et n’a aucun moyen de pression. Dans ces conditions, il vaut mieux qu’elle abandonne la politique aux professionnels pour se mettre à s’occuper de ce que les prélats savent mieux faire afin de ne pas se laisser ridiculiser par celui qui les emploie à distance et qui ne poursuit qu’un seul intérêt : se maintenir au pouvoir à tout prix.

Notre avenir commun est incertain. Il est en danger. Vous êtes avertis. Un tyran ne quitte pas le pouvoir par des négociations interminables mais sous la contrainte ou sous la pression populaire. Où est-il le gouvernement de transition que la CENCO a promis au peuple depuis le 31 décembre 2016 ?

Les Congolais méritent mieux que ce que l’église catholique a concocté avec le pouvoir actuel.

Février 2017.

Lu pour vous : Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

13 Déc

Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

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Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

  • 07 Juin 2016

 

 

 

 

Aminata Traoré est une essayiste malienne qui lutte pour l’autonomisation des pays et des peuples d’Afrique, toujours dominés et pillés par les puissances occidentales. Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali entre 1997 et 2000, l’infatigable militante choisira de poursuivre son combat contre le libéralisme sur le terrain et sera à l’origine de nombreux projets de proximité avec les femmes et les jeunes à Bamako. Sa candidature récente au poste de secrétaire générale de l’ONU est une bonne nouvelle pour tous les partisans de la paix.

Comment analysez-vous le phénomène terroriste qui sévit en Afrique et partout dans le Monde ?

Il faut d’abord en analyser rigoureusement les causes : Pourquoi maintenant ? Pourquoi partout ? Précisément parce que l’on a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris.  Dans les années 90, face aux conséquences des politiques d’ajustement structurel, on a tiré la sonnette d’alarme en disant : « Chaque année dans la plupart de nos pays, il y a 100 000 à 200 000 jeunes diplômés qui viennent sur le marché du travail et le modèle économique ne crée pas d’emplois. » Au contraire, il en supprime. Que reste-t-il à faire ? Les jeunes n’ont souvent le choix qu’entre l’exil ou le fusil. Ces deux phénomènes contemporains et concomitants sont intrinsèquement liés à l’échec lamentable d’un modèle de développement économique que l’Occident ne veut pas remettre en question.

Pour beaucoup de médias et d’analystes, le djihadisme émanerait directement et principalement de la religion. Trouvez-vous cette explication suffisante ?

S’il en était ainsi, pourquoi cette pensée du radicalisme religieux n’est pas survenue plus tôt ? C’est à partir des décennies 80 et 90 que de nombreux laissés pour compte des politiques néolibérales sont allés chercher dans les mosquées et le Coran des réponses au chômage et à l’exclusion. S’il n’y avait pas eu l’Irak, des généraux de Saddam Hussein n’auraient pas rencontré, à Abu Ghraib, des islamistes pour jeter les bases de DAESH. Comment arrivent-ils à pénétrer les banlieues et les milieux pauvres ? Pourquoi fascinent-ils aussi  la « classe moyenne » ? Il y a un vide idéologique abyssal que l’on refuse d’admettre.

Si l’on reconnaît aujourd’hui que davantage de justice, davantage d’emplois, de respect des peuples, peuvent garantir la paix et la sécurité, cela implique que les dominants doivent renoncer à une partie de leurs avantages et privilèges. Ils ne le peuvent pas. C’est se faire Hara-Kiri que de dire : « on s’est trompé de modèle, on n’a pas créé d’emplois et notre modèle ne répond pas à la demande sociale ». A qui profite le crime de cette croissance, si ce n’est aux transnationales?  Ce sont elles qui se tirent également une balle dans le pied quand elles ne peuvent plus aller là où elles exploitent les ressources naturelles. Les djihadistes qui ont conscience de cet enjeu visent eux aussi les même ressources, notamment, le pétrole.

A force de faire la sourde oreille et de mettre en place des oppositions qui ne sont pas de véritables contre-pouvoirs capables et désireuses de prendre en charge les vraies questions, on se retrouve enlisé partout dans des questions institutionnelles et politiciennes de remplacement des acteurs sans changement de paradigme. Or pour avoir la paix aujourd’hui, une véritable paix durable et la sécurité humaine, que je ne confonds pas avec la sécurisation, il faut inscrire les enjeux miniers, pétroliers et autres dans le débat. Garantir  la sécurité humaine aux individus, à travers l’emploi, la santé, l’éducation, et d’autres services sociaux de base considérés comme des dépenses improductives.

Quel est le rôle de l’Union Africaine et quels sont ses principaux défis ?

L’Afrique a cruellement besoin de l’Union Africaine (UA), cette organisation qui est née en 2002 des cendres de l’OUA créée il y a 53 ans. Tout comme l’Union Européenne (UE) qui lui sert de modèle, elle suscite bien des interrogations auprès des peuples qui ne la voient pas là où ils l’attendent, c’est-à-dire auprès d’eux. Ce qui fait dire à ses détracteurs qu’elle n’est qu’un club des Chefs d’Etats. Le constat est accablant et préoccupant lorsqu’on sait que la décolonisation dont ses pères fondateurs ont voulu en faire l’instrument n’est pas finie et que le continent est même en voie de « recolonisation » dans le cadre de la mondialisation capitaliste. Les défis sont à la dimension de la violence multiforme de ce système.

Pour jouer pleinement son rôle dans la défense des intérêts des peuples d’Afrique, il faudrait que l’Union Africaine (UA) appréhende la nature de la mondialisation et celle des rapports de force. Or, elle souffre des tares originelles de la division, de l’extraversion et de la dépendance. Nous avons souvent tendance à oublier que l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont elle est issue est née dans la douleur du déchirement entre deux groupes qui avaient une approche et une vision opposées de l’avenir du continent.

Il a fallu de nombreuses rencontres et de longues négociations pour que le 25 mai 1963, 32 États nouvellement indépendants créent l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba en Éthiopie, sur la base d’un Accord minima. La rédaction de sa charte a été confiée au  président malien Modibo Keita l’un des leaders du groupe des progressistes de Casablanca et au président togolais Sylvius Olympio du camp des « anti- fédérationistes »). C’est la vision du groupe de Monrovia qui a pris le dessus sur celle des progressistes du groupe de Casablanca.

Quel bilan peut-on tirer de ses activités ?

Mise à part la gestion de la décolonisation, aucun projet ni aucune stratégie de développement autonome et émancipatrice n’a été initiée et  menée à bien par l’Organisation panafricaine. Les deux décennies 80 et 90 ont été marquées par des orientations tracées par Elliot Berg que la Banque mondiale a substituées aux perspectives africaines de développement du plan d’action de Lagos (PAL), patiemment élaboré par les Etats africains, et adopté en 1980 dans la capitale nigériane. Ces orientations ont aggravé les difficultés du continent : blocage des salaires, coupes dans les budgets des services sociaux de base: éducation, santé, approvisionnement en eau potable et assainissement.

Conscient du coût social et politique élevé des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), des dirigeants africains ont proposé différentes orientations : le Président Thabo Mbeki, le Plan d’Action du Millénaire (PAM), conjointement élaboré par le Président sud-africain, le Président Obasanjo et le Président Bouteflika ainsi que le Plan Omega d’Abdoulaye Wade. Leur fusion a donné lieu à la « Nouvelle initiative africaine (NIA) » devenue le Nouveau Partenariat pour le Développement en Afrique (NEPAD) ainsi que le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs en 2003 : le Parlement Panafricain PP institué le 18 mars 2004 avec son siège à Midrand, en Afrique du Sud.

L’Union Africaine (UA) se félicite des politiques et stratégies macro-économiques « saines »  qui ont permis à de nombreux pays membres de l’Organisation d’enregistrer une croissance sans précédent ainsi que la réduction significative des conflits, le renforcement de la paix et de la stabilité, ainsi que les progrès en matière de gouvernance démocratique. Elle table pour le XXIème siècle sur l’émergence d’une classe moyenne croissante et d’un changement dans l’architecture financière internationale, avec la montée des BRICS et l’amélioration des flux des investissements directs.

Cette augmentation significative de la croissance va-t-elle de pair avec une amélioration des conditions de vie des populations ?

Des réalisations matérielles palpables mais très peu d’amélioration des conditions de vie des populations.  Plus on avance et plus il y a du chômage. C’est dans ce contexte là que ce que l’Europe appelle « crise migratoire » a surgi. Cela ne date pas de 2015. La notion de « migrant économique », à distinguer de celle de « réfugié », signifie qu’ « il y a du travail dans les pays d’origine où il suffirait selon les technocrates d’investir davantage et de lutter contre la corruption ». Mais il n’y a pas de travail, et la corruption est inhérente au système.

Selon vous, le processus de démocratisation resterait superficiel ?

J’ai du mal à me retrouver dans un paysage politique marqué par 150 à 250 partis. L’Europe sait parfaitement qu’il ne s’agit pas de  démocratie avec un tel émiettement du champ électoral sans contenu idéologique véritable. Comment sortir de cette « démocratie », téléguidée, financée et supervisée de près selon les pays et les enjeux par Bruxelles, Paris et Washington ?

A ce propos justement, la Chine supplante progressivement l’Occident dans l’économie africaine. Faut-il accueillir les Chinois comme les nouveaux « Imposteurs » pour reprendre le titre de l’un de vos derniers  livres?

Historiquement l’Afrique n’est pas dans les mêmes types de rapports avec la Chine qu’avec l’Occident. La Chine n’est pas arrogante. Dans l’imaginaire des Africains, c’est un moindre mal parce que l’on sait qu’ils sont là parce qu’ils ont d’énormes besoin de matières premières à satisfaire. Cette relation n’en est pas moins un piège si nos Etats se maintiennent dans la logique de régions exportatrices de matières premières au lieu d’en profiter pour jeter les bases de  l’industrialisation du continent. En d’autres termes, s’ils ne développent pas leur propre secteur privé, les Etats africains ne seront pas en mesure de s’émanciper de cette relation de dépendance.

C’est la notion même d’émergence qui est problématique. Elle se traduit par une croissance qui ne profite pas aux peuples. Dans les pays dits « émergents », le panier de la ménagère n’enregistre aucune amélioration. La Chine émergente a servi de source d’inspiration aux pays africains qui ne se disent pas qu’un continent émietté et divisé est une proie facile dans le cadre actuel de l’ensauvagement du monde. La Chine n’a pas libéralisé à tout-va. Elle a progressé à son rythme et en fonction de ses intérêts.

Quels sont à votre avis les défis de la société civile et des intellectuels africains du 21ème siècle ?

Il faut aller plus loin dans le travail de déconstruction des idées reçues et de dépollution des esprits sur la croissance, l’émergence, et autres histoires à dormir debout. Si le système marchait si bien, pourquoi l’Europe se retrouverait dans cette crise existentielle qui est en train de la bouleverser ? Selon moi, les solutions d’emprunt ont révélé leurs limites à la lumière de nos expériences, de nos vécus, de nos aspirations. Malheureusement  une grande partie de ce que l’on appelle la « société civile » n’ose pas soulever les questions qui fâchent les « donateurs ». Localement elles ne peuvent rien faire sans l’aide de la « communauté internationale ».

Pourtant l’Afrique a connu des grands penseurs intellectuels comme Julius Nyerere et ses idées motrices en faveur du droit au développement. Pouvons-nous « compter sur nos propres forces » ?

Bien sûr, l’Afrique n’a pas eu que des corrompus et des dictateurs comme ses détracteurs le laissent entendre. De nombreux hommes qui auraient pu et voulu faire des choses en ont été empêchés. L’assassinat de Patrice Lumumba a été l’acte fondateur du chaos politique congolais. Les assassinats politiques tout le long des années 60-70 ont traumatisé et dissuadé bien des dirigeants qui voulaient faire corps avec leurs peuples. Plus récemment, il y eu le cas de Laurent Gbagbo qui passe aujourd’hui devant la CPI et dont le tort est d’avoir touché à des questions qui fâchent. Ce qui est vrai pour les dirigeants, l’est dans une large mesure pour la société civile.

Aujourd’hui, quand on parle de la société civile, celle qui est sollicitée est souvent formatée, prudente, et même frileuse. Actuellement, un sentiment de révolte intérieure et une forme d’humiliation apparaissent face à la seconde recolonisation du continent qui ne laisse pas les Africains indifférents. Les efforts de remise en question doivent être capitalisés pour développer notre capacité de proposition, d’anticipation et d’actions transformatrices de nos économies et de nos sociétés dans le sens de l’intérêt commun.

Source : Journal de l’Afrique n°22, Investig’Action

Photos: ©  Elodie Descamps

 

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Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

12 Déc

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble

Dura lex sed lex, disaient les Romains. « La loi est dure mais c’est la loi. » Les pays les plus stables sont ceux qui respectent les lois que les citoyens se sont données. Nous avons voulu nous donner une Constitution et quelle que soit son imperfection, nous sommes obligés de la faire respecter contre ceux qui se sont malicieusement organisés pour la violer au su et au vu de tous les Congolais et du monde entier pris à témoins.

Tout au long du règne de M. Kabila, la violence a été omniprésente. Le pouvoir a massacré, tué, assassiné. Il a laissé les soldats rwandais séropositifs violer les femmes, les filles voire les fillettes congolaises ; il a laissé les soldats rwandais intégrés dans notre armée égorger nos citoyens à Beni et ailleurs. L’horreur a atteint son comble à tel point que les images des égorgés qui sont présentes en nous nous torturent jour et nuit. Le pouvoir a organisé l’assassinat de nombreux opposants et a emprisonné des innocents au seul motif qu’ils ont librement exprimé ce qu’ils pensaient de la mauvaise manière de gérer les biens publics. Cette violence, avons-nous observé en essayant de la comprendre, a été volontairement et sciemment organisée et canalisée par ceux qui gouvernent la République afin de s’imposer au peuple et de s’enrichir rapidement et illicitement par le pillage des ressources naturelles, en travaillant en complicité avec des firmes étrangères.

Le 19 décembre 2016 sera le dernier jour de règne du président Joseph Kabila et quelle que soit sa manière de nous distraire pour garder le pouvoir, nous avons l’obligation de lui signifier que son second et dernier mandat ne pourra, en aucun cas, être prolongé car la Constitution – sur laquelle il a prêté serment – doit être scrupuleusement respectée. Si nous prenons peur et laissons M. Kabila – qui sait pertinemment bien que son mandat arrive à la fin le 19 décembre 2016 – demeurer au pouvoir après cette date, non seulement il rira sous cape en prenant les Congolais pour des naïfs mais en plus, la communauté internationale nous qualifiera des complaisants et n’appuiera plus jamais notre combat pour la démocratie. Pour ces deux raisons et surtout pour assurer un retour à la paix, à la stabilité et à l’intégrité territoriale, nous avons l’obligation de tourner la page du règne de Kabila le 19 décembre 2016 à minuit. En coupant le Rwanda de son représentant à la tête de l’État congolais, nous aurons les mains libres pour apporter la paix et la sécurité à nos compatriotes vivant à l’Est de la République.

L’ancien président Laurent-Désiré Kabila a clairement dit aux Congolais que les Rwandais qui l’ont accompagné dans sa lutte pour la « libération » – qui en réalité n’en était pas une – formaient un conglomérat d’aventuriers. M. Joseph Kabila et ceux qui ont gouverné notre pays avec lui ont donné la preuve de ce qu’avait affirmé Laurent-Désiré Kabila. Ils ont tous brillé par l’aventurisme en utilisant le pouvoir comme un butin de guerre ou un appât pour s’enrichir, à tel point que notre pays qui, potentiellement, compte parmi les nations les plus riches au monde est aujourd’hui l’un des plus pauvres, car l’argent du Congo est constamment détourné par ceux qui gouvernent notre pays. Nous avons tous lu les révélations faites par les journalistes étrangers auxquelles les gouvernants de la RDC n’ont jamais apporté un seul démenti. Souvenons-nous de l’Américain Richard Minitel qui a accusé le président Joseph Kabila de détournement et de Panama Papers qui a accusé sa tante Janet Kabila également de détournement. Voudrions-nous que ces individus poursuivent leur œuvre satanique en les tolérant encore à la tête de l’État et des institutions ? Depuis Léopold II, le Congo est considéré comme une vache à lait au service de ceux qui gouvernent notre pays[1]. Le temps de nous réapproprier le Congo est venu. C’est pourquoi nous avons l’obligation de contraindre ceux qui considèrent les Congolais comme leurs Nègres de service à quitter définitivement le pouvoir. La chute du régime actuel sera une victoire nationale sur la corruption et sur la mauvaise gouvernance. Elle sera surtout la naissance d’un nouvel espoir pour le peuple car ce régime est complètement sclérosé et ne doit pas être sauvé. Pour le dire en d’autres termes, les Congolais ne doivent pas donner à M. Kabila un instant de plus car chaque jour qui passe notre pays perd des millions à cause de la cupidité de ceux qui ont institutionnalisé la corruption et l’impunité au sommet de l’État. Il est temps de mettre fin à l’ignominie.

Tout au long de ce règne abject, j’ai multiplié des articles pour refuser les concertations nationales et le dialogue national prétendument inclusif en rappelant à mes compatriotes que ces rencontres voulues tardivement par le pouvoir servaient uniquement à nous distraire et à gagner du temps. Combien d’argent le Trésor public a-t-il sorti pour rien ? J’ai été le premier à critiquer le dialogue organisé à la Cité de l’OUA par le Togolais Edem Kodjo en qualifiant l’Accord politique de « document bon pour les archives » car cet Accord est illégal. À cette même occasion, j’ai aussi été celui qui a montré une voie de sortie en demandant un Nouveau Dialogue – inclusif cette fois – sous la direction de la CENCO afin de gagner du temps mais, prudence oblige, j’ai exigé deux conditions à la CENCO : le respect de l’article 220 de la Constitution et le respect de la résolution 2277 des Nations unies. Les articles auxquels je fais allusion sont sur mon blog : www.fweley.wordpress.com

Aujourd’hui, en tournant mon regard vers le passé, je peux me permettre de dire que j’ai toujours été sur la bonne voie car j’ai vu juste sur tous les plans. Toutes les rencontres organisées par le pouvoir n’ont abouti à rien, comme pour confirmer qu’on ne dialogue pas avec un tyran mais on l’oblige à quitter le pouvoir. Le Togolais Edem Kodjo est reparti comme il était venu, sans donné aux Congolais ce qu’ils attendaient dans le dialogue qu’il a organisé. Finalement, la sortie de la crise a été confiée à la CENCO, comme je l’ai suggéré. Nous arrivons ainsi à la fin de l’aventure de M. Joseph Kabila et Cie au Congo. Si celui-ci reste au pouvoir après le 19 décembre 2016, ce sera notre faute car, après avoir pillé nos ressources naturelles et nous avoir publiquement humiliés, les Américains, les Britanniques et les Français nous ont donné le coup de main que nous attendions d’eux. Ils ne peuvent pas se substituer à nous pour chasser M. Kabila du pouvoir. Ce travail est une responsabilité des Congolais qui veulent être indépendants et souverains. Le président Obama a fait ce qu’il pouvait et devait faire. Il nous appartient maintenant de pousser M. Kabila vers la porte de sortie car le Congo n’est pas sa propriété privée.

Je demande avec insistance aux délégués du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, qui semblent admettre le fait accompli en acceptant le glissement, de renoncer à cette prise de position car, si nous ne faisons pas respecter la Constitution, il sera difficile voire impossible d’exiger le même respect de la Constitution à l’avenir. Je leur dis : ne devenez pas ceux qui seront cités demain comme étant à l’origine du maintien au pouvoir du président sortant. Vous ne pouvez demander à la fois le départ de M. Kabila et son maintien au pouvoir. C’est une position contradictoire à laquelle je vous invite à renoncer. Il faut espérer que les délégués du Front pour le respect de la Constitution resteront intransigeants sur cette question.

Il y a dans notre pays des Congolais très compétents qui ont déjà longuement réfléchi à l’avenir du Congo et qui sont prêts à prendre les commandes de la République pour mettre en place les politiques publiques qui permettront la création des emplois décents et pour initier un développement harmonieux. Il n’est plus permis de tergiverser sur le départ de M. Kabila car la Constitution est claire.

Pour éviter toute confusion, je demande à la CENCO qui organise et dirige le présent Dialogue voulu inclusif d’agir en deux temps : (1) se prononcer rapidement et clairement, avant le 19 décembre 2016, sur le respect de l’article 220 de la Constitution et sur le respect de la Résolution 2277 de l’ONU ; (2) de réfléchir sur la transition qui suivra et qui sera dirigée sans ceux qui ont mis le Congo dans l’abîme. La CENCO doit se prononcer urgemment sur la non-reconduction du président sortant, autrement son silence sur cette question sera qualifié de complicité avec Kabila. Cette annonce doit absolument être faite avant le 16 décembre 2016 pour fixer l’esprit des Congolais qui placent actuellement leur dernier espoir sur cette église qu’ils jugent neutre et apolitique. Si elle n’agit pas dans ce sens, les fidèles et le peuple congolais concluront sans l’ombre d’un doute que la Haute hiérarchie de l’église catholique a été corrompue. Il lui sera difficile voire impossible de rétablir la confiance avec le peuple et avec ses fidèles. Elle perdra alors toute sa crédibilité comme l’église protestante qui l’a déjà perdue à cause de la position pro pouvoir de Monseigneur Marini Bondo.

Dans la recherche d’une solution appropriée à la crise qui frappe la République non démocratique du Congo, la Haute hiérarchie de l’église catholique est devant un dilemme : ou elle gagne le pari ou elle perd définitivement la face. Elle doit sauver la nation car elle a librement accepté de trouver une solution pacifique avant l’expiration du second et dernier mandat du président Kabila. Sa mission de bons offices en dirigeant le présent dialogue inclusif doit donner satisfaction au peuple qui l’observe et qui attend. Parviendra-t-elle à aboutir à un compromis politique global qui sortira notre pays de la crise actuelle ? Il faut l’espérer. En choisissant, à la dernière heure, de confier cette mission délicate de conduire le dialogue national inclusif à l’église catholique, Monsieur Joseph Kabila l’a sciemment piégée en la rendant responsable de l’anarchie qui suivra en cas d’échec. Elle a donc l’obligation de réussir or réussir cette mission revient à faire respecter l’article 220 de la Constitution.

Le président sortant a publiquement déclaré qu’« il ne se passera rien le 19 décembre 2016 ». Montrons-lui qu’il s’est lamentablement trompé et qu’il n’a pas le droit de narguer, sur leur sol, les descendants de Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Patrice Lumumba. Des jeunes Congolais ont été massacrés par le pouvoir du 19 au 23 janvier 2015 et du 19 au 20 septembre 2016 parce qu’ils voulaient voir leur pays entrer dans la démocratie. Ils ne sont pas morts pour rien. Là où ils sont, ils nous regardent et attendent notre réaction. Allons-nous ignorer leur combat en accordant une prime par le glissement à celui qui les a inutilement sacrifiés ? Soyons conscients des enjeux et de notre passé récent.

Les soldats et les policiers congolais de souche ont la responsabilité d’aider le peuple à réussir cette sortie de la tyrannie, en barrant la route aux mercenaires qui viendront à la rescousse de M. Kabila et de son régime. Ils doivent protéger les manifestants qui cherchent entre autres l’amélioration des conditions de vie des hommes en arme.

Ensemble, mettons fin à l’actuel pouvoir ignoble. Montrons que nous sommes un peuple mûr et responsable.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

Le 12 décembre 2016.

[1] Nous avons donné suffisamment des preuves dans notre livre collectif, Fweley Diangitukwa (sous la direction de), Les Congolais rejettent le régime de Kabila, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2015.

Libérez Eugène Diomi Ndongala

1 Nov

Libérez Eugène Diomi Ndongala

Par Fweley Diangitukwa

À vous, femmes et hommes de droit et à vous qui gouvernez la République,

Avez-vous perdu le sens de la morale, de la justice, du droit et de l’équité ? Comment pouvez-vous permettre que le criminel Gédéon Kyungu qui a tué soit libéré, reçu avec les honneurs non liés à son rang, présenté en public avec une effigie du chef de l’Etat et en même temps accepter que Diomi soit gardé en prison ? C’est vraiment abscons, abstrus. Mais où va la République non démocratique du Congo ? Mais quelle est encore la valeur de la justice au Congo ? Nous devons tous nous indigner.

Dans le cas de Diomi, la culpabilité n’a jamais été établie car aucun médecin ne s’est jamais prononcé sur la véracité du viol, tandis que pour celui de Gédéon Kyungu, la culpabilité a été juridiquement établie. Que les juristes qui croient encore à la supériorité du droit et les Hommes de Dieu qui ont encore un peu de bon sens se penchent sur ce dossier et plaisent pour la libération de Diomi. Cet homme a trop souffert à cause de la méchanceté des hommes, qui sont ses semblables. Avons-nous seulement compris que l’injustice doit avoir des limites pour construire un avenir commun meilleur ?

Je demande au peuple congolais de mener une campagne de sensibilisation pour la libération du fils de Gaston Diomi, l’un des Pères de l’indépendance de notre pays, qui est journellement détruit en prison à cause du soutien qu’il a apporté à Étienne Tshisekedi au lendemain des fraudes électorales de 2011. Il a assez payé pour cela et il est temps de le libérer avant que la mort ne survienne. Ne cultivons pas l’injustice et ne la rendons pas étatique. C’est une question d’éthique qui interroge le droit.

En plaidant pour la cause de Diomi, je plaide en même temps pour tous les prisonniers innocents qui sont incarcérés dans les prisons de notre pays. Ayons une pensée pour chacun d’eux dans nos prières jusqu’au jour où ils seront libérés.

Les nombreux scandales financiers et l’enrichissement sans cause de certains hommes politiques ne sont pas instruits par les tribunaux, mais le pouvoir préfère maintenir des opposants innocents en prison. Soyons utiles à nos semblables en défendant leur cause lorsque nous estimons qu’ils ont été accusés injustement. Puisque l’homme n’a qu’une vie, ses semblables ne doivent pas se donner un vilain plaisir de nuire à la vie d’autrui.

Sans se rendre compte, le pouvoir actuel fabrique des « monstres » qui risquent de radicaliser leur position ou de se retourner contre les auteurs de leurs peines après leur sortie de prison.

Soyons lucides. Plaidons pour la libération de Diomi Ndongala. Il est temps, avant qu’il ne soit trop tard.

Fweley Diangitukwa

www.fweley.wordpress.com

le 01.11.2016