Archive | février, 2017

Nouvelle publication : « COMMENT METTRE FIN À UNE DICTATURE SOLIDEMENT INSTALLÉE »

16 Fév

Vient de paraître aux éditions L’Harmattan

« COMMENT METTRE FIN À UNE DICTATURE SOLIDEMENT INSTALLÉE »

Auteur : Fweley Diangitukwa

Prix : 14 euros

4ème page de couverture :

Ce livre est une réflexion sur la tyrannie. Il s’adresse à tous les citoyens du monde qui cherchent à se débarrasser d’une dictature solidement installée mais qui ne trouvent pas la voie à suivre ou la solution idéale. Il contient plusieurs recettes et certaines d’entre elles ont bien fonctionné dans certains pays. Le contexte étant différent d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre et d’une dictature à l’autre, il est nécessaire de bien choisir la recette sinon les recettes la/les plus adaptée(s) au contexte national. Mais dans toutes les circonstances, trois forces doivent absolument se mettre en mouvement et se rencontrer pour qu’il y ait un véritable changement de système : le nombre de participants qui crée une grande union, l’intelligence qu’on appelle stratégie et la détermination qui permet d’aller jusqu’au bout de la vision commune.

L’auteur nous fait entrer dans les coulisses des recettes qui font tomber les dictatures et qui permettent aux pays fraîchement sortis de la tyrannie de se stabiliser et de se développer.

Ce livre mérite d’être lu par tous les Africains cultivés.

Fweley Diangitukwa est professeur de Science Politique et de Sciences de Gestion. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques, entre autres : La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas ; Le règne du mensonge politique en RD Congo. Qui a tué Kabila ? ; L’Afrique doit renaître ; Quand les Africains se réveilleront, le monde changera ; Comment devenir un leader charismatique ; Le rôle du leader dans l’organisation ; La lointaine origine de la gouvernance en Afrique.

Pour vos commandes :

éditions L’Harmattan

7, rue de l’école Polytechnique

75005 Paris

Tél. : 0033 1 40 46 79 10

ou

contactez une grande librairie dans votre pays de résidence qui commandera le livre à votre place.

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LA RDC EST UNE DICTATURE À CIEL OUVERT

16 Fév

 

LA RDC EST UNE DICTATURE À CIEL OUVERT

Par Fweley Diangitukwa, politiste

www.fweley.wordpress.com

Aucune autorité politique ne jouit désormais d’un mandat électif. Tous les dirigeants sont illégaux et illégitimes et personne n’a jusqu’à présent démissionné pour manifester son désaccord avec l’irrégularité des institutions. Les Sénateurs et les députés provinciaux n’ont pas été élus depuis 2012, le chef de l’État n’a pas été élu en décembre 2016 suivant l’article 220 de la Constitution et selon la Résolution 2277 des Nations unies qui rappelait le respect de la Constitution congolaise. Les députés nationaux devraient renouveler leur mandat au courant de ce mois de février 2017 mais puisque la CENCO a mis la Constitution de côté dans son Accord anticonstitutionnel du 31 décembre 2016, ces derniers « glissent » publiquement comme les autres.

Les élections démocratiques au suffrage universel et aux échéances régulières ne sont plus une obligation dans cette République très démocratique du Congo. Alors qu’ils sont tous sans mandat électif, donc illégaux et illégitimes, aucune institution de la République ne lève la voix pour dénoncer cette situation inédite, même les députés de l’opposition ne disent rien car ils tirent tous profit du « glissement ». Oui, aucun député n’a démissionné jusqu’à présent pour prouver au peuple qu’il est de son côté. Au contraire, chacun d’eux trouve des arguments abscons pour justifier sa complicité avec la tyrannie. Kabila, Kengo, Minaku parlent toujours au nom de la République même s’ils n’en ont plus juridiquement le droit. Et que dire lorsqu’on sait que les deux derniers sont des juristes ? Alors, quand des juristes refusent de pratiquer le droit tout en demeurant président du Sénat et président de l’Assemblée nationale, que doit-on conclure ? N’est-ce pas que nous sommes dans une République bananière où la dictature sévit à ciel ouvert ? Où a-t-on déjà vu un pays qui se dit démocratique refuser l’organisation des élections qui assurent l’alternance au pouvoir ? Réponse : nulle part, sauf en RDC. À moins que MM. Lambert Mende, Omer Songo die Lema, Jean-Pierre Vununu et d’autres qui défendent le régime en place sans évoquer le droit nous apportent des arguments prouvant le contraire. Que ces compatriotes nous citent un article de la Constitution qui permet à M. Joseph Kabila d’être chef de l’État aujourd’hui alors que ce dernier refuse d’organiser l’élection présidentielle qui ouvrirait la voie à une alternance civilisée entre le nouveau président qui entre et l’ancien qui sort. Dans la situation actuelle, comment peut-on appeler un chef d’État sans mandat populaire qui tue des citoyens innocents ? N’est-ce pas un tyran fonctionnant dans une dictature à ciel ouvert ? Regardons ce qui se passe au centre du Kasaï. Que fait le gouvernement pour stopper les violences et les tueries ? Rien !

 Trois piliers pour demeurer au pouvoir ad aeternam

Monsieur Joseph Kabila – toujours président de la République par défi – s’appuie sur trois piliers pour prolonger sa présence à la tête de l’État congolais.

  1. Le refus d’organiser des élections

Sachant qu’il est impopulaire et qu’aucun Congolais de souche (même pas sa femme de ménage si celle-ci est une Congolaise) ne l’élirait, il refuse d’organiser les élections. Il a commencé par tester la réaction des Congolais en n’organisant pas les élections des Sénateurs et des députés provinciaux en 2012. Malgré notre cri d’alarme en 2012 dans lequel nous avons attiré l’attention de nos Compatriotes en leur disant que la non-élection des sénateurs est une anticipation à la non-élection présidentielle qui suivra en 2016, nous n’avons pas été compris car nous avons toujours été en avance, certainement grâce à notre formation en science politique et notre intérêt pour la prospective. Ce que nous avons dit en 2012 s’est réalisé en décembre 2016 dans les termes que avons exactement prévus.

Le refus d’organiser les élections en RDC est une volonté politique. Le manque d’argent n’est qu’un prétexte pour justifier cette absence de volonté politique du chef d’État, actuellement sans mandat populaire.

Du vivant de M. Katumba Mwanke, Jeune Afrique avait publié un très long article pour dire aux Congolais que celui-ci avait détourné des fonds importants qu’il avait placés dans le paradis fiscal de l’île Caïman[1]. À l’époque, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’avaient dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. L’Américain Richard Minitel a révélé des fonds détournés par le chef de l’État Joseph Kabila et placé dans les paradis fiscaux et il a publiquement demandé aux autorités congolaises de porter plainte contre lui si elles estimaient que ses révélations étaient fausses, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’ont dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. De même, Panama Paper a révélé le détournement de fonds publics par celle qui s’appelle Janet Kabila, aucun magistrat, aucun Sénateur et aucun député n’ont dit mot ou initier une enquête afin que l’argent volé soit restitué au pays. Tout ceci pour dire deux choses : (1) le Congo ne manque pas d’argent pour organiser les élections mais l’argent de la République est régulièrement détourné par les dirigeants (les petits dirigeants imitent ce que font les grands dirigeants), (2) nos magistrats de la République, nos sénateurs et nos députés sont des autorités complaisantes car aucun d’entre eux n’a initié une enquête allant dans le sens de rétablir les faits au profit de la République.

  1. L’organisation de l’insécurité au niveau national

L’insécurité au niveau national est entretenue par les hommes du pouvoir dans le but de le garder pendant longtemps. Il faut lire Machiavel pour se laisser convaincre par nos propos. Dans son livre Le Prince, Machiavel a écrit au chapitre XVII :

« L’histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens. […] C’est pourquoi un seigneur avisé ne peut, ne doit respecter sa parole si ce respect se retourne contre lui et que les motifs de sa promesse soient éteints. […] Et les hommes ont tant de simplesse (ancien français), ils se plient si servilement aux nécessités du moment que le trompeur trouvera toujours quelqu’un qui se laisse tromper […] mais tu dois avoir entraîné ton cœur à être exactement l’opposé, si les circonstances l’exigent. […] Il (le prince) doit donc disposer d’un esprit en mesure de tourner selon les vents de la fortune, selon les changements des situations. […] D’une façon générale, les hommes jugent plus souvent d’après leurs yeux [et leurs oreilles, c’est nous qui précisons] que d’après leurs mains : chacun est en mesure de voir [et d’entendre, c’est nous qui précisons], bien peu sont en mesure de toucher [et de comprendre, c’est nous qui précisons]. »[2]

Puis, Machiavel a précisé sa pensée en disant : « N’importe qui peut voir ce que tu sembles être ; quelques rares seulement peuvent tâter [comprendre] ce que tu es. Et ces derniers n’osent contredire l’opinion du grand nombre, renforcée par toute la majesté de l’État. »[3]

Le Gouvernement n’a jamais donné des moyens suffisants à l’armée pour mener une guerre contre les envahisseurs rwandais et ougandais dans le but d’entretenir l’insécurité qui, non seulement justifier la présence du régime actuel au pouvoir mais il empêche ainsi la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de réaliser le recensement dans le délai. Le principe émis par Machiavel est simple et il est connu mais personne ne prête souvent attention à sa très célèbre maxime : « C’est la fin qui justifie les moyens. » Nous pouvons dire sans nous tromper que la CENI ne sera pas prête avant décembre 2017. Elle évoquera le manque d’argent et l’insécurité pour justifier l’impossibilité de finir son travail à temps et permettre ainsi l’organisation des élections. Donc, l’accord de la CENCO du 31 décembre 2016 consistant à promettre publiquement que le président Kabila ne se représentera pas est une arnaque, car celui-ci compte sur la non-organisation des élections, comme en 2016, pour garder son fauteuil. Le ministre du budget l’a ouvertement déclaré la semaine dernière.

S’inscrivant dans la logique de Machiavel qui conseillait au prince de faire les choses les plus difficiles : « Songer à toutes les cruautés qu’il lui est besoin de faire et à toutes les pratiquer d’un coup […] »[4], le président sans mandat populaire – Joseph Kabila – tue pour faire peur et garder ainsi le pouvoir par la violence. Malgré le nombre toujours croissant d’assassinats, de massacres, de tueries, d’emprisonnement arbitraire, de femmes violées et de Congolais égorgés comme des animaux sauvages, aucun Sénateur, aucun député national n’a rédigé une motion ou une interpellation pour dénoncer le terrorisme d’État sur les paisibles citoyens congolais. Alors, en quoi sont-ils des élus (en fait des anciens élus) du peuple s’ils ne peuvent le défendre valablement ?

  1. La corruption des gouvernants et des « intellectuels »

Comme sous le président Mobutu qui disait publiquement à ses ministres « soki olingi koyiba, yiba moke », la corruption est une pratique courante sous le règne du président Kabila. Il a même été publiquement dit, il y a quelques années, que la présidence de la République était l’institution la plus corrompue.

L’organisation des négociations régulières sans résultat est une volonté de corrompre les participants afin de désamorcer la colère populaire contre les détenteurs du pouvoir. À quoi a servi l’argent dépensé pour organiser les Concertations nationales ? « Avant les concertations nationales sera égal à après les concertations » disais-je en 2013 à M. Omer Songo die Lema qui ne me croyait pas mais la réalité a fini par me donner raison et celui-ci n’est jamais revenu sur lesdites concertations. À quoi a servi l’argent dépensé pour organiser le dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo, envoyé par l’Union africaine ? À quoi sert l’argent dépensé pour organiser l’actuel dialogue sous la direction de la CENCO, sinon à distraire le peuple et à gagner du temps ? Le président Kabila et le Gouvernement sortent l’argent du Trésor public pour assurer le per diem des participants pour les distraire, s’enrichir eux-mêmes et gagner du temps.

Depuis l’entrée de l’AFDL au Zaïre – devenu la République démocratique du Congo (sans être une démocratie) –, notre pays n’a pas avancé ; au contraire, il a reculé. Malgré cette réalité, à cause de la misère sans nom, les « intellectuels » sont toujours nombreux à participer à ces concertations nationales ou à ces dialogues pour gagner un peu d’argent et espérer trouver un poste ministériel de courte durée (quelques mois à peine), le temps de vider les caisses de l’État avant de disparaître. Quelle République sommes-nous devenus ?

[1] Qui, après son assassinat, a bénéficié de son enrichissement rapide et illicite placé dans l’île Caïman et de ses avoirs en Afrique du Sud ?

[2] Machiavel, Le Prince, Paris, Librairie Générale française, 1983, chapitre XVIII, lire pp. 91-95.

[3] Ibid., p. 94.

[4] Machiavel, Le Prince, cité par Carol Kennedy, Toutes les théories du management, Paris, Maxima, 2002, pp. 9-10.

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

11 Fév

LA CENCO CONDUIT LA REPUBLIQUE DANS L’IMPASSE

Par Fweley Diangitukwa, politiste

http://www.fweley.wordpress.com

« Vox Dei, vox populi » ou, inversement, « vox populi, vox Dei » disaient les Romains. Au lieu de suivre la voix de Dieu et la voix du peuple qui voulait le respect de la Constitution ainsi que la Résolution 2277 des Nations unies qui exigeaient le respect de la Constitution, les prêtres de la CENCO ont préféré écouter et suivre la voix de celui qui a financé leurs travaux.

Tant de sacrifices pour si peu !

J’ai été le premier à suggérer la gestion du conflit par la CENCO (cfr. mes deux articles affichés sur mon blog :

Mais, prudence oblige, j’ai demandé à la CENCO de rendre publique leur décision avant le 16 décembre 2016 pour ne pas « glisser » comme le souhaitait la « majorité présidentielle » (qui a cessé d’être une majorité numérique depuis le départ du G7). En ne respectant pas le délai constitutionnel fixé au 19 décembre 2016 à minuit (fin de mandat du président Joseph Kabila), la CENCO a entraîné la République dans une longue impasse d’où il nous sera difficile de nous en sortir car les Congolais n’ont plus de point de repère servant de dead line. À cause de la CENCO (selon l’avis du peuple) ou grâce à la CENCO (pour les membres du pouvoir actuel), tout est maintenant permis : la République est gouvernée par des autorités sans légalité et sans légitimité, c’est-à-dire ne jouissant d’aucun mandat électif. Tous nos dirigeants sont concernés par ce manque de légalité et de légitimité, depuis le chef de l’Etat, les députés nationaux (qui seront fin mandat à la fin de ce mois de février 2017 et qui sont censés se représenter auprès de leurs électeurs pour renouveler leur mandat) jusqu’aux députés provinciaux. En n’exigeant pas la conformité aux prescriptions de la Constitution, la CENCO a tout brouillé. Tout est maintenant permis. Personne ne parle de députés nationaux qui sont fin mandat, de sénateurs et de députés provinciaux qui le sont depuis 2012, du chef d’Etat qui ne jouit d’aucune légalité et d’aucune légitimité depuis le 19 décembre 2016. La situation que la CENCO a créée est une première dans l’histoire de la République.

Auparavant, de nouvelles provinces ont été mises en place dans une indifférence totale et les populations concernées ne se reconnaissent pas dans leurs autorités. L’anarchie a pris place au sommet des institutions républicaines. Pour combien de temps ? La CENCO ne répondra jamais avec exactitude, car elle conduit les négociations hors délai constitutionnel et sans rien maîtriser. Un immense danger plane au-dessus de la Républicaine car notre avenir immédiat est non seulement flou mais en plus incertain. Quel moyen dispose la CENCO pour contraindre les signataires de la mouvance présidentielle (qui ont signé sous réserve selon les dires de Lambert Mende) lorsque ceux-ci feront comprendre au peuple congolais qu’il est impossible d’organiser les élections (présentielle, sénatoriales et législatives) en décembre 2017 (car on s’achemine inéluctablement vers ce résultat) ? Après tant de sacrifices, d’assassinats, de prisonniers politiques, de femmes violées, de Congolais égorgés comme des bêtes sauvages à Beni et ailleurs, de jeunes gens tombés en janvier 2015 et en septembre 2016, de milliers d’enfants traumatisés, de millions de Congolais partis en exil, de villages et de parcs nationaux saccagés et détruits, de forêts dévastées, de ressources naturelles pillées, etc. comment pouvons-nous nous contenter d’un si maigre résultat se résumant en une simple promesse ? Nous ne sommes pas dignes de nos morts et nous oublions que nous leur sommes redevables. Par notre capitulation commune, nous souillons publiquement leur mémoire et trahissons leurs espoirs. Nous ne manifestons aucun respect et aucune dignité à leur égard, car nous nous laissons manipuler comme des moutons de Panurge.

Un manque total de lucidité politique

À mon avis, la CENCO n’a pas suffisamment pesé le danger de négocier et de signer l’Accord du 31 décembre dans l’irrespect total de la Constitution, car le moment venu, la « majorité » fera comprendre à la même CENCO que l’Accord du 31 décembre 2016 n’est pas constitutionnel. Au lieu de rester ferme et intransigeante quant au délai du 19 décembre 2016, la CENCO s’est fait avoir en acceptant de négocier au-delà de la date fatidique, grâce à l’argent sale du pouvoir qui a financé les négociations. En cela, la CENCO n’est pas éloignée des positions défendues par Mgr Marini Bondo au nom de l’Eglise protestante (je suis protestant et je sais de quoi je parle). « En maintenant Joseph Kabila au pouvoir, en jetant à la poubelle la Constitution et en piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo » (Charles Onana), nous dirons, en termes sibyllins, que la CENCO a sauvé la dictature de Kabila contre la colère populaire. En tout cas, elle a désamorcé cette « bombe » car le peuple voulait en finir avec la dictature en date du 19 décembre 2016.

En situation normale, la CENCO aurait dû tout simplement constater l’impossibilité pour le pouvoir de respecter l’article 220 de la Constitution et se limiter strictement à cela. Si elle a fait ce choix, tout le monde saurait que Kabila est sans mandat, qu’il n’est plus officiellement président de la République et qu’il gouverne par défi et sans aucune protection juridique. Hélas, la CENCO ne l’a pas fait, préférant brouiller les Congolais par la lecture d’une simple promesse. Comment mobiliser maintenant ce peuple – ou cette grosse machine – pour qu’il se remette en mouvement ? Que doit-il maintenant exiger puisque la Constitution a déjà été violée par le pouvoir actuel, par la CENCO et par les membres du Rassemblement ?

Dans mon livre Qui gouverne le Zaïre ? La République des copains, publié aux éditions L’Harmattan en 1997, je disais que les Zaïrois (Congolais aujourd’hui) savent discuter longuement sur les conflits de leur pays mais ils prennent toujours de mauvaises décisions. Ma prédiction n’a pas été démentie depuis la Conférence « nationale souveraine ». Nos discussions ont toujours été longues dans les multiples « négociations » de dupes : dialogue inter congolais à Sun City en Afrique du Sud, à Nairobi, à Kampala, à Lusaka, à Addis-Abeba, inutiles Concertations nationales en 2013, dialogue national sous l’égide du Togolais Edem Kodjo et actuel dialogue national sans fin sous la direction de la CENCO. Le résultat est toujours le même : l’Etat dépense beaucoup d’argent pour un résultat nul (pour le peuple). Rien n’a changé, la dictature est toujours là, arrogante et têtue. Il n’y a jamais eu un changement de système mais uniquement de changement dans le système. La révolution-pardon de l’AFDL est venue tout simplement poursuivi la dictature de Mobutu et Cie. L’anarchie règne en maîtresse dans tout le pays.

Il ne suffit pas de proclamer haut et fort que « l’actuel chef de l’Etat ne briguera pas un troisième mandat » pour croire que les élections auront bel et bien lieu en décembre 2017 et penser que cela se fera ainsi. Dans son agir, la CENCO a superbement ignoré que la mouvance présidentielle est un conglomérat d’aventuriers (dixit Laurent-Désiré Kabila) qui cherche à gagner du temps pour rester plus longtemps au pouvoir. On voit que les discussions se poursuivent indéfiniment comme si aucun Accord n’a été signé le 31 décembre 2016. Le gouvernement de Samy Badibanga refuse de rendre le tablier pour piller le peu d’argent qui passe sous les yeux des ministres et la désignation du Premier ministre issu de l’opposition traîne à voir le jour. Or, la transition est limitée dans le temps. Elle a une durée très courte de 12 mois. Nous sommes déjà en février et nous sommes encore loin d’entrer dans la transition. Que cela veut-il dire ? En voulant composer avec un tyran qui n’a jamais respecté ses engagements, la CENCO a plombé l’avenir de notre pays. On nous dira dans le futur si nous avons raison de manifester publiquement notre inquiétude ou non.

Une République où rien n’est respecté

Notre République n’a jamais été une res publica (une chose appartenant à tous) car certains individus croient avoir plus de droits que d’autres. Ceux qui pratiquent le droit au quotidien sont les premiers à le violer. La plupart des concepts partagés par les élites ont cessé d’avoir le même contenu selon qu’on appartienne à la mouvance présidentielle ou à l’opposition. Ainsi, par exemple, les concepts de démocratie et de gouvernance ne signifient pas la même chose chez les uns et chez les autres, alors qu’ils vivent les mêmes réalités dans le même pays. Pour ceux qui dirigent, le Congo est une République « démocratique » pendant que tout le monde sait qu’il ne l’est pas. En principe, lorsqu’on entend le mot « démocratie », on se représente un régime politique dont les dirigeants sont élus à des échéances régulières par le peuple et ces élus sont responsables devant lui ; on se représente un régime dans lequel tous ont les mêmes droits, tels le droit à la libre expression, l’accès équitable à la justice, etc. Au Congo, les dirigeants ont plus de droits que les citoyens, même les fils de Boshab et d’Adolphe Muzito ont plus de droit que les professeurs d’université sans fonction politique [leurs enfants ont été exfiltrés de la justice après avoir causé la mort dans un accident de voiture parce qu’ils étaient simplement les fils de deux dignitaires de la République]. Au Congo, les concepts ont déjà perdu leur contenu ou leur signification car ils se déclinent selon la volonté de celui qui les utilise. Dans un contexte mouvant et incertain, il devient difficile, voire impossible, de définir le décideur en politique congolaise. Est-il celui qui fait, interprète et met en vigueur les règles du système politique ou celui qui influence et manipule la fabrication des lois à l’Assemblée Nationale ? Qui sont au Congo les décideurs politiques qui jouissent pleinement de l’appui de leurs concitoyens ? Qui peuvent être élus sans corrompre ? Comment devient-on décideur dans une société comme la nôtre où des Sénateurs sans mandat siègent depuis 2012 sans aucun souci de solliciter le renouvellement de leurs mandants électifs. Et ils ne se cachent pas car ils s’expriment en public en tant que Sénateurs, sans honte. M. Léon Kengo wa Dondo est toujours président du Sénat, sans mandat depuis 2012 et cela ne dérange personne. Minaku sera sans mandat à la fin de ce mois et il continuera à présider à la tête de l’Assemblée nationale, sans honte. Dans une République bananière, tout est permis, dit-on.

En tout cas, pour ceux qui gouvernent la République, la gouvernance est une réalité et ils en parlent sans pudeur et sans remords alors que ce concept est une utopie dans notre pays pour tous ceux qui connaissent et enseignement le contenu de la gouvernance politique.

La CENCO a tout brouillé et empêche les candidats aux élections provinciales, législatives, sénatoriales et à l’élection présidentielle de briguer le mandat au cours d’une compétition électorale saine ? Jusqu’à quand contribuera-t-elle à bloquer les institutions en complicité avec le pouvoir et la CENI ? Seule la CENCO elle-même pourrait répondre à cette question mais je pense que dans le contexte actuel, elle n’est pas prête à fournir une réponse précise car elle ne contrôle rien et n’a aucun moyen de pression. Dans ces conditions, il vaut mieux qu’elle abandonne la politique aux professionnels pour se mettre à s’occuper de ce que les prélats savent mieux faire afin de ne pas se laisser ridiculiser par celui qui les emploie à distance et qui ne poursuit qu’un seul intérêt : se maintenir au pouvoir à tout prix.

Notre avenir commun est incertain. Il est en danger. Vous êtes avertis. Un tyran ne quitte pas le pouvoir par des négociations interminables mais sous la contrainte ou sous la pression populaire. Où est-il le gouvernement de transition que la CENCO a promis au peuple depuis le 31 décembre 2016 ?

Les Congolais méritent mieux que ce que l’église catholique a concocté avec le pouvoir actuel.

Février 2017.