Archive | décembre, 2017

Lu pour vous : « Je mourrai d’une balle dans la tête. »

20 Déc

A la cour du roi Kabila, les barons sont à la fois puissants et révocables

En RDC, un an après la fin de son mandat, le président se maintient grâce à un système clientéliste construit par vingt années de guerres et d’affaires.

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Le président congolais, Joseph Kabila, lors d’un discours à la nation, au palais du Peuple, siège du Parlement, le 5 avril 2017, à Kinshasa.

« Je mourrai d’une balle dans la tête. » Joseph Kabila aime confier à certains de ses visiteurs qu’il pense sa destinée déjà écrite. A 46 ans, le président de la République démocratique du Congo (RDC) n’aurait rien à perdrecar, feint-il de penser, sa fin sera tragique. Comme celle de son père et prédécesseur, Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001. Pour se détendre, il se plonge dans les jeux vidéo ou enfourche sa moto. Pour se protéger, il porte un gilet pare-balles sous son costume et change d’itinéraire au dernier moment.

Situation unique au monde, le président congolais est toujours en poste malgré la fin de son deuxième et dernier mandat, le 19 décembre 2016. Reportée de nombreuses fois, l’élection présidentielle doit se tenir le 23 décembre 2018. Des sanctions économiques des Etats-Unis et de l’Union européenne visent actuellement 17 proches de Joseph Kabila.

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Lui voyage rarement et on lui prête une fortune dont une partie serait à l’abri en Afrique du Sud ou dans des paradis fiscaux, sous des prête-noms. Pour protéger son pouvoir, Kabila orchestre une cour singulière, composée de personnalités dont la destinée s’est confondue avec la sienne. Et c’est par ce système clientéliste qu’il se maintient aux commandes. « Kabila est un homme seul, entouré de groupes qui se font la guerre plus qu’ils ne convergent vers une seule stratégie, observe un diplomate africain familier du pouvoir congolais. Ils n’essaient pas de le sortir de l’impasse. Ils ont peur et exécutent sa volonté, si tant est qu’il l’exprime. »

Le jeune homme inexpérimenté des débuts, moqué pour son français aussi approximatif que son lingala (la langue parlée dans l’ouest de la RDC), ne demande plus les conseils de l’entourage de son père mais donne des ordres à un microcosme de courtisans qui veulent lui plaire. Pour eux, la moindre route, le moindre centre de santé relèvent de « l’initiative personnelle du chef de l’Etat ». Nombreux sont ceux qui ont fait les frais de leurs excès de zèle ou de leur indolence. Jusqu’au-boutiste dans la répression des opposants, l’ancien ministre de l’intérieur, Evariste Boshab, a ainsi fini par être écarté. « Même ses conseillers ont peur de le conseiller », croit savoir un haut cadre des Nations unies.

Des conseillers plus puissants que des ministres

En cette période d’incertitude politique, le premier homme de cette cour est un austère professeur de droit de 40 ans : Néhémie Wilondja. Directeur de cabinet de Kabila depuis 2015, ce technocrate discret est considéré par ses collègues comme « le vrai premier ministre de la RDC »« Tout ce que le président doit signer passe par Néhémie », assurent avec une pointe de jalousie des membres de l’entourage présidentiel. « Je sers le chef de l’Etat et la stabilité du pays, menacée par des opposants futiles », confiait l’intéressé, d’une voix assurée, en décembre 2016, alors qu’il feignait de négocier pour mieux manipuler l’opposition. Comme Kabila, Wilondja est un homme de secrets et d’intrigues.

A ses autres hommes de main, le chef de l’Etat délègue des missions précises, sans dévoiler l’intégralité de son plan. C’est le cas pour Alexis Thambwe, une ancienne figure du mobutisme muée en chef de rébellion et visée par une plainte pour crimes contre l’humanité déposée en Belgique. Kabila a fait de ce juriste de 74 ans son ministre de la justice. « Thambwe formalise les vagues d’arrestations de manifestants et de militants pour les justifier par le droit », confie l’un de ses proches.

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Plus discret encore, l’avocat Norbert Nkulu, 71 ans, ambassadeur à Kigali depuis 2009, a été le maître d’œuvre de l’exploitation des failles de la Constitution congolaise pour le maintien au pouvoir. « Certains conseillers de Kabila sont bien plus puissants que des ministres au-dessus d’eux selon l’organigramme, remarque un négociateur. Mais que valent les organigrammes en RDC ? »

Aux hommes de main les petits coups bas contre l’opposition et la communauté internationale, au « raïs » les décisions qui portent sur l’avenir immédiat d’un pays grand comme l’Europe de l’Ouest, fragilisé par des conflits internes permanents et convoité pour ses ressources minières. En l’absence d’une alternative politique crédible ou d’un dirigeant plus respecté, ils maintiennent au pouvoir celui qui les a fait vivre.

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Ce système volontairement déstructuré règle les problèmes au coup par coup. « Ce qu’ils réussissent à faire n’est jamais calculé à l’avance, raconte un diplomate africain. Ils ressemblent à un aveugle qui marche avec sa canne, ne voyant pas le ravin au bout du chemin. » La cour de Kabila fonctionne par cercles concentriques, où la valeur de chacun augmente à mesure de sa proximité momentanée avec le sommet.

Rompu aux méthodes clandestines depuis la lutte de son père contre Mobutu Sese Seko et son exil en Tanzanie, le président surveille ses obligés. Leur impopularité est compensée par des avantages financiers et l’assurance d’une protection. Comme n’importe quel habitant de Kinshasa, ils vivent au jour le jour, mais avec une extravagance qui leur fait oublier qu’ils peuvent finir assassinés, lynchés ou jugés.

« Ils ne savent pas où ils seront dans cinq ans »

New York, le 23 septembre. Les hommes de Kabila, réunis à l’hôtel Intercontinental, préparent le discours présidentiel à l’assemblée générale des Nations unies. Ils multiplient aussi les rencontres informelles avec des diplomates et des lobbyistes grassement payés pour contrer les sanctions occidentales. « Ils ont pris goût au style de vie qu’offre le pouvoir, dit un diplomate européen. Mais ils ne savent pas où ils seront dans cinq ans. » Ce jour-là, Joseph Kabila prononce son discours devant une salle vide. Eux se donnent une image détendue et sereine, comme si leur pouvoir était bien parti pour durer.

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Ils ont en vu d’autres. La plupart, originaires de l’est de la RDC, se sont connus durant la guerre menée par Laurent-Désiré Kabila contre ses anciens alliés ougandais et rwandais à partir de 1998. Ils y ont aussi croisé Joseph Kabila, nommé chef d’état-major par son père à la place de son mentor rwandais James Kabarebe. Vingt ans plus tard, le président congolais vit toujours dans une atmosphère de paranoïa où, comme pendant la guerre, le pouvoir comme la vie peuvent lui échapper en un instant.

Un tel héritage mène à travailler étroitement avec des hommes en armes. Plus que les ministres de l’intérieur et de la défense, le patron de l’Agence nationale de renseignements, Kalev Mutond, peut ainsi « faire et défairen’importe quelle histoire », reconnaissent des conseillers du président. Loin d’être un personnage de l’ombre, ce natif du Katanga, la province d’origine de la famille Kabila, se révèle omniprésent. Les rencontres et les négociations politiques se déroulent même parfois sous sa houlette.

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Verrouillée par un système qui réprime la moindre manifestation publique et traque les opposants qu’il n’a pas réussi à « acheter », la scène politique intérieure est un champ de bataille au-dessus duquel plane Joseph Kabila. Une partie du noyautage de l’opposition a pris forme au cours des derniers jours de l’année 2016, dans un appartement luxueux du complexe immobilier Utex-Africa, dans le centre de Kinshasa. Alors que les évêques congolais s’épuisaient à obtenir un accord prévoyant des élections en 2017, le régime et l’opposition discutaient des postes et des contreparties sur la terrasse, sous le regard du président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, également secrétaire général de la majorité présidentielle.

« Les débauchages de membres de l’opposition se font par l’argent, car beaucoup ne se contentent pas de leur salaire d’élus », précise un député. Les gouverneurs de province, maintenus à leur poste malgré l’expiration de leur mandat – à l’instar des députés et des sénateurs –, sont acquis au régime, tout comme une partie des chefs coutumiers, auprès desquels Kabila dépêche des émissaires. « Tout le monde est achetable », admet l’un des leaders traditionnels du Kasaï (centre).

La course à la succession est ouverte

A Kinshasa, le swahili est resté la langue des affaires de la cour Kabila depuis l’ère d’Augustin Katumba Mwanke. Banquier en Afrique du Sud, gouverneur du Katanga sous Laurent-Désiré Kabila puis directeur du cabinet de son fils, il fut, jusqu’à sa mort dans un accident d’avion en 2012, le plus influent conseiller de Joseph Kabila et l’homme des contrats miniers. « Dans les années 2000, raconte Barnabé Kikaya, actuel conseiller diplomatique de Joseph Kabila, nous étions un groupe restreint de cinq, six personnes, mené par Katumba Mwanke. Puis il y a eu un renouvellement des conseillers de confiance. On est passé des affaires au droit comme compétence prioritaire du premier cercle du président. »

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Mais certaines affaires continuent dans la cour et alimentent une diplomatie économique fondée sur des commissions personnelles. « Si Katumba Mwanke a un héritier, c’est bien moi ! », plastronne Moïse Ekanga dans ses bureaux de Kinshasa, au bord du fleuve Congo. Ce pasteur de l’Eglise du Sang précieux est surtout le patron du conglomérat minier Sicomines. En 2008, il a été chargé du partenariat sino-congolais, qui possède le monopole de la construction d’infrastructures. Et ce en harmonie avec l’autre homme fort des affaires de Joseph Kabila, Albert Yuma, patron des patrons congolais, également à la tête de la société minière Gécamines.

Kabila l’enfant de la guerre a pris goût à l’argent, qui, avec les armes, le renseignement et la manipulation du droit, renforce un pouvoir qu’il ne voulait pas et qu’il ne semble plus vouloir quitter. En théorie, un an sépare la RDC de l’investiture de son prochain président. Entre-temps, la course à la succession est ouverte au sein de la cour, qui n’a pas fini de s’interroger sur les intentions de son chef. « Quelle est la principale vertu que vous a léguée votre père ? », demandait un journaliste en 2001. Joseph Kabila répondait alors : « La détermination. Savoir ce que l’on veut. S’en donner les moyens. Ne pas dévierAller jusqu’au bout. »

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Les propos de Riccardo Petrella sur les guerres occidentales dans les pays pauvres

13 Déc

L’Italien Riccardo Petrella, professeur à l’Université de Louvain, a déclaré ce qui suit pour expliquer les guerres occidentales dans les pays pauvres :

« Nous (Occidentaux), on est riches parce que nous sommes en train d’appauvrir l’Afrique de nouveau, l’Amérique latine et l’Asie. Nous sommes, nous, responsables de ces millions de morts […] Les Guerres qu’on est en train de faire, c’est quoi ? Ce n’est pas parce qu’ils nous ont attaqués ? Qui ? Quand Sarkozy a bombardé la Libye, aucun Libyen n’avait attaqué la France. Quand les Américains ont bombardé Bagdad ou l’Irak, parce que c’était l’ennemi du mal. Et tous ces millions qui sont morts et tous ces millions de réfugiés syriens, irakiens, etc. ! Est-ce que ce sont eux qui l’ont voulu ? Et nous (Européens), on a le courage de dire : « je veux t’aider pour rester chez toi » alors qu’on leur a créé des conditions pour qu’ils fuient (leur pays) et nous on va dire : je donne six milliards à la Turquie, deux milliards aux Libyens pour pouvoir retenir les gens qui viennent d’Afrique où on est en train d’alimenter les guerres. Mais il faut arrêter de raconter des balivernes ici. Il faut arrêter. Et nous sommes en train de créer la guerre […] La guerre ne se fait plus parce qu’on tue l’ennemi. La guerre est devenue, grâce à la technologisation – elle l’était aussi avant – elle est devenue l’activité économique la plus rentable après l’industrie pharmaceutique et l’industrie informatique. On fait la guerre parce que c’est rentable. Et si nous ne changeons pas nos dirigeants […] on fera la guerre […] D’ici quelques années, si vous éliminez la guerre, le PIB mondial chutera, d’après le système dominant. Il ne chutera pas si on est dans un autre système. Au contraire, la disparition de la guerre sera une source de richesse. C’est pour cela que les dominants, à l’heure actuelle, ne veulent pas réduire les armements et les occasions de guerre parce que […] imaginer la France sans la guerre, que serait l’économie de ce pays, imaginer les États-Unis sans la guerre, ce serait un pays pauvre. Donc, aujourd’hui, on est dans une phase où l’on fait la guerre, parce que c’est rentable et vous n’aurait aucun dirigeant actuel du monde qui arrêtera la guerre parce qu’il sera crucifié, parce qu’il sera lapidé du fait qu’il va contre la logique [générale]. La guerre fait augmenter le PIB mondial, la guerre permet la croissance économique (des pays riches). Et on suppose que si on fait la guerre (aux pays pauvres), on augmente la création d’emplois chez nous (en Occident) »[1].

Toutes les guerres que les grandes puissances mènent contre les pays d’Asie et d’Afrique répondent à la même logique d’enrichissement économique rapide et illicite. Là où les pays occidentaux ne peuvent pas eux-mêmes mener directement la guerre pour ne pas perdre leurs propres soldats, ils passent par leurs affidés, comme dans le cas du Congo-Kinshasa où la mission de piller les ressources naturelles a été confiée aux mercenaires rwandais Paul Kagame et ougandais Museveni. Le monde entier sait que les Africains des Grands Lacs entre-tuent à l’Est de la RDC pour défendre les intérêts des grandes puissances et des firmes multinationales impliquées dans le pillage de ce pays mais rien n’est fait pour arrêter cette sale guerre. Même  les Nations unies défendent les intérêts des Occidentaux contre ceux des Congolais. D’une année à l’autre, les atrocités et le nombre de victimes augmentent. Depuis décembre 2016, la RDC est dirigé par un chef d’Etat sans légalité et sans légitimité parce que celui-ci est arrivé à la fin de son mandat, Malgré cela, toutes les Organisations internationales ferment les yeux pour ne pas déplaire aux puissances occidentales qui pillent la RDC.

[1] L’intégralité de cette interview se trouve sur le site « pour écrire la liberté » : https://www.pour.press/trois-questions-a-riccardo-petrella/

Les Nations unies sont incapables d’assurer la paix du monde

10 Déc

Les Nations unies sont incapables d’assurer la paix du monde

par Fweley Diangitukwa (extrait d’un livre à paraître en 2018)

Les Américains et les Britanniques ne doivent pas être fiers de ce qu’ils ont fait en Irak même s’ils ont réussi à tuer Saddam Hussein par pendaison publique, de la même façon, les Français ne doivent pas être fiers de ce qu’ils ont fait en Côte d’Ivoire même s’ils ont réussi à envoyer Laurent Gbagbo à la CPI et de ce qu’ils ont fait en Libye même s’ils ont réussi à humilier et à tuer Kadhafi. La guerre n’a jamais été une solution. Elle ne l’est pas et elle ne le sera jamais.

Quelle est donc la bonne solution pour sortir le monde de la guerre perpétuelle ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord se demander : quel a été le rôle de l’ONU dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie ? Au Kosovo, la transformation de la province en protectorat de l’ONU, dépendant du financement international, constitue-t-elle vraiment un modèle de règlement pour les tensions interethniques qui peut être transféré ailleurs ?

Tzvetan Todorov écrit : « De nombreux Afghans hier, Irakiens aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ont souhaité une intervention étrangère pour chasser les détenteurs détestés du pouvoir. Mais étaient-ils prêts à assumer toutes les conséquences de leur geste ? Imaginons-les devenus, demain, les dirigeants d’un nouveau gouvernement : accepteront-ils que le destin de leur pays soit décidé ailleurs que chez eux ? Que les puissances étrangères les déposent quand leur politique cesse de leur plaire ? Autrement dit, sont-ils prêts à se soumettre demain à une règle qui les lèse – cette même règle qui, aujourd’hui, tourne à leur avantage ?[1] » Le même Tzvetan Todorov précise :

« Nombreux sont les massacres que l’ONU n’a pas su ou voulu empêcher : génocides au Cambodge et au Rwanda [aussi en RD Congo, c’est nous qui ajoutons], tueries massives au Soudan et en Éthiopie, guerres civiles en Angola et en Sierra Leone […] Les raisons ponctuelles sont diverses, mais leur origine est commune : l’inefficacité d’une organisation qui ne dispose pas d’une force propre, mais doit emprunter celle des pays particuliers. À quoi s’ajoute la lourdeur inévitable d’une machine bureaucratique lointaine et les divergences d’intérêts des pays membres, toujours prêts à lui mettre des bâtons dans les roues[2]. »

Dans beaucoup de situations, les Nations unies se soumettent aux décisions des États-Unis et, en le faisant, elles montrent son degré de servilité. Et lorsqu’il arrive que les Nations unies expriment leur indépendance, les États-Unis quittent tout simplement l’Organisation qui les dérange, comme ils viennent de le faire en ce mois d’octobre 2017 en quittant l’UNESCO[3]. Élève fidèle, Israël a suivi la décision américaine en quittant aussi l’UNESCO. Ceci montre clairement que les Nations unies ne sont pas indépendantes mais dépendantes des grandes puissances qui financent son fonctionnement. Sur ce sujet le journal français Le Figaro a écrit le 12 octobre 2017 : « Washington accuse l’institution d’être anti-israélienne. Les États-Unis ont annoncé jeudi leur retrait de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).‘Cette décision n’a pas été prise à la légère, et reflète les inquiétudes des États-Unis concernant l’accumulation des arriérés à l’Unesco, la nécessité d’une réforme en profondeur de l’organisation, et ses partis pris anti-israéliens persistants’, a précisé le département d’État dans son communiqué. Washington avait déjà suspendu sa participation financière en 2011 après l’admission de la Palestine comme État membre. Cette nouvelle décision de retrait ne sera effective qu’au 31 décembre 2018. Washington avait déjà quitté l’Unesco entre 1984 et 2003[4]. » En guise de réponse à la démission des États-Unis de l’agence onusienne, la directrice générale de l’organisation, Irina Bokova, a regretté profondément la décision des États-Unis. Elle a dit : « L’universalité est essentielle à la mission de l’Unesco pour construire la paix et la sécurité internationales face à la haine et à la violence, par la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine ». Elle a ajouté dans un communiqué : « C’est une perte pour la famille des Nations unies. C’est une perte pour le multilatéralisme »[5].

Le gouvernement américain garde les prisonniers politiques non pas dans les prisons de leur pays en Afghanistan ni dans des prisons américaines mais en dehors des États-Unis, à la base militaire de Guantánamo à Cuba où le respect des droits de l’homme n’ont pas la cote. Dans cette prison, selon le New York Times du 12 mars 2003, les prisonniers subissent « la privation de sommeil et de lumière, la suspension temporaire de nourriture, d’eau et de soins médicaux ». Un traitement qui n’est pas loin de la torture puisque les techniques habituelles de « pression » incluent le fait de « couvrir la tête des suspects avec des capuchons noirs pendant des heures, sans interruption, les forcer de rester debout ou agenouillés dans des positions inconfortables par grosse chaleur ou gros froid ». Un pays qui défend la démocratie doit-il agir ainsi même si le but de ces atrocités est « d’extorquer des aveux pour empêcher des attentats à venir »[6].

Il reste à réfléchir sur l’exercice du pouvoir au niveau international. À propos, Tzvetan Todorov dit : « Le pouvoir est l’expression légale de la volonté populaire. »[7] Déjà, au XVIIIe siècle, Montesquieu avait dit : « Tout pouvoir sans bornes ne saurait être légitime. » (Lettres persanes, lettre 104).

La grande rupture dans les relations internationales a commencé avec la guerre en Afghanistan et en Irak car les grandes puissances, en l’occurrence les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont refusé de se soumettre au droit international. Tzvetan Todorov précise :

« Au moment de déclencher la guerre contre l’Irak, les États-Unis ont traité les conventions internationales avec beaucoup de désinvolture. Il faut dire que leurs intentions avaient été clairement formulées dans The National Security. On pouvait y lire en effet : ‘Bien que les États-Unis soient prêts à déployer tous les efforts pour obtenir le soutien de la communauté internationale, nous n’hésiterons pas à agir seuls, si nécessaire’. Autrement dit : la légitimité accordée par l’ONU est un camouflage – souhaitable mais non nécessaire – de la force. L’effet négatif de telles déclarations est difficile à mesurer[8]. »

La position américaine voulait tout simplement dire que le droit international est fait pour les pays faibles qui ont l’obligation de l’observer en y obéissant tandis que les grandes puissances peuvent le transgresser allègrement pour satisfaire leurs ambitions et elles agissent ainsi sans subir la moindre conséquence négative. Dans toutes les situations de guerre, l’ONU a toujours été soumise à la volonté des grandes puissances. La preuve réside dans le fait qu’aucune puissance n’a jusqu’à présent été poursuivie par les Nations unies, parce que celles qui transgressent le droit international sont membres du Conseil de sécurité. Comme les États-Unis sont le pays le plus puissant du monde, ils méprisent les autres et font souvent ce qu’ils veulent. Il faut donc penser qu’un monde unipolaire est beaucoup plus dangereux qu’un monde bipolaire[9] et un monde bipolaire est préférable à un monde multipolaire où les différents États puissants sont condamnés à une confrontation permanente pour occuper la meilleure position par rapport aux autres[10]. L’équilibre des forces entre deux superpuissances n’est-elle pas finalement préférable pour la paix du monde ? La montée de la Chine qui a la tradition de ne pas mener de guerres de conquête et de guerres préventives ni à exporter sa foi religieuse augure un avenir où l’exercice du pouvoir au niveau international sera certainement autolimité par l’équilibre des forces en présence.

On sait que le droit international n’a pas la même efficacité ni le même respect que le droit national mais, comme le disait Monsieur Villepin, le 27 mars 2003, devant l’Institut international d’études stratégiques à Londres, les « normes collectives doivent viser à contenir l’emploi de la force [car] seul le consensus et le respect du droit donnent à la force la légitimité nécessaire [oui] la force doit être mise au service du droit ».

Le même Villepin déclara, le 13 mai 2003, au journal Le Monde : « Le rôle de l’ONU est plus que jamais irremplaçable [car] les Nations unies incarnent une conscience universelle au-dessus des États » avant d’ajouter : l’ONU doit conduire « vers la constitution d’une démocratie mondiale ». Pour y parvenir, les États du monde doivent s’employer à bannir le recours à la force en le remplaçant par le recours constant au droit. L’anarchie règne dans les relations internationales parce que les Nations unies n’ont pas une force armée (neutre) supérieure aux forces armées des États membres à laquelle ils doivent se soumettre. L’anarchie règne dans les relations internationales parce que le droit international est inférieur à la puissance militaire des grandes puissances. Pour parvenir à la paix universelle qui serait supérieure à la paix des peuples, la force doit être jugulée par le droit et les pays membres doivent parvenir à abolir le « droit de veto » attribué aux cinq membres permanents parce qu’il donne des privilèges aux uns et n’en donne pas aux autres[11].

Maintenant qu’il est prouvé que les Nations unies sont incapables d’assurer la paix du monde, que doit-on faire ?

Certes, en cas de guerre d’une grande ampleur, il faut favoriser le recours à une force diplomatique, mais cette force doit agir sous l’égide des Nations unies, c’est-à-dire qu’elle doit être une force multilatérale. C’est la communauté internationale dans son ensemble qui doit être mobilisée et intervenir, pas uniquement les pays membres de l’OTAN avec le soutien d’Israël. Au final, il faut créer une armée plus puissante que les armées nationales qui agira, en cas de conflit armé, sous le contrôle des Nations unies. En plus, tout État qui violera le droit international et une résolution des Nations unies sera exclu de toutes les Organisations de l’ONU. De ce fait, un tel État ne pourra plus commercer avec les autres pays du fait de son exclusion de l’OMC. C’est en se liguant contre les États belliqueux que la paix mondiale reviendra.

Pour mettre fin au terrorisme international sous toutes ses formes et pour assurer la paix universelle, il est indispensable d’agir sur différents plans, notamment juridique, politique, militaire et économique. Mais, pour cela, il faut d’abord abolir l’actuel Conseil de Sécurité (y compris le droit de veto réservé uniquement aux seuls cinq États victorieux de la Seconde Guerre mondiale) et le remplacer par le Conseil de Sécurité de tous les États membres.

[1]Tzvetan Todorov, Le nouveau désordre mondial. Réflexions d’un Européen, Paris, éditions Robert Laffont, 2003, p. 44.

[2] Ibid., pp. 67-68.

[3] Il est important de rappeler que les États-Unis ne se soumettent jamais aux exigences que leurs adressent les Commissions internationales (mêmes si elles ont été créées par l’ONU) lorsqu’elles sont contraires à leur objectif.

[4] http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/12/01003-20171012ARTFIG00211-les-etats-unis-se-retirent-de-l-unesco.php

[5] Ibid.

[6] Tzvetan Todorov, Le nouveau désordre mondial, op. cit., p. 50.

[7] Ibid., p. 57.

[8] Ibid., p. 58.

[9] États-Unis–Chine ou États-Unis–Russie.

[10] Cette liste reproduit les pays les plus armés dans le monde : https://www.facebook.com/1801051863514533/videos/2044803142472736/

[11] Avec le « droit de veto », l’injustice a été institutionnalisée au niveau international car les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont non seulement exempts des obligations pesant sur les autres mais en plus ils peuvent imposer leur veto sur toute résolution les concernant. Ceci revient à dire que la justice au niveau international n’existe pas.

Le président Donald Trump s’est lourdement trompé

8 Déc

En date du 6 décembre 2017, Donald Trump a annoncé au cours d’un discours public le transfert de l’ambassade des États-Unis en Israël à Jérusalem qu’il a reconnu comme la capitale officielle d’Israël. Cette annonce a été une surprise générale car cette annonce n’a pas été faite par Israël lui-même qui est un État souverain mais par le président américain. Tout au long de son discours, Donald Trump a parlé plus d’Israël et moins de Palestine qui a toujours revendiqué Jérusalem comme la capitale de son futur État. Donald Trump n’a eu aucune pensée positiver pour les Palestiniens car il n’a donné aucune contrepartie aux Palestiniens de s’exprimer sur le choix de Jérusalem. Cette décision unilatérale contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Au-delà, elle freine la possibilité d’une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens, entre Juifs et musulmans. Mais pour quelle raison Donald Trump a-t-il oublié que depuis 1948 Jérusalem n’appartient à personne, que cette ville n’appartient ni aux juifs ni aux chrétiens ni aux musulmans, qu’elle est ouverte à tous ?

Après l’annonce de Donald Trump, un torrent de critiques a afflué. La seule réaction positive est venue du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui a salué le discours de Donald Trump comme étant un « jour historique ». Dans un enregistrement vidéo, il a publiquement dit : « Le peuple juif et l’État juif seront à jamais reconnaissants », et il a ajouté : [Cette décision] « est un important pas vers la paix ». L’une des voix discordantes est venue d’Emmanuel Macron qui a qualifié de « regrettable » cette décision et qui a appelé à « éviter à tout prix les violences ». Il a souligné « l’attachement de la France et de l’Europe à la solution de deux États, Israël et la Palestine vivant côte à côte en paix et en sécurité dans des frontières internationalement reconnues avec Jérusalem comme capitale des deux États »[1].

En recevant à Paris le premier ministre israélien, le président Macron a demandé à celui-ci de faire un geste en direction des Palestiniens. Mais en réalité, à la place de faire un geste aux Palestiniens, c’est le respect du droit international envers le peuple palestinien et des résolutions des Nations unies qu’Israël a toujours violées que le président Macron aurait dû exiger mais il ne l’a pas fait. Comme le président Trump, le président Macron a publiquement manifesté sa soumission au représentant du peuple israélien et son mépris, par le silence, au représentant du peuple palestinien qu’il n’a pas simultanément reçu à Paris. De ce fait, la demande publique du président Macron au premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas été à la hauteur des attentes des pacifistes du monde entier, car elle relève d’une hypocrisie pour flouer les Palestiniens et pour faire croire que la France a une position neutre dans le conflit entre Israël et la Palestinien.

En effet, il appartient aux Palestiniens et aux Israéliens de se mettre d’accord sur le statut de Jérusalem. Toute ingérence étrangère sur la gestion de Jérusalem ne fera que mettre l’huile sur le feu.

En s’appuyant sur des données historiques, il est permis de dire que cette décision relève d’une provocation inutile car le peuple palestinien et les musulmans ne peuvent pas accepter la solution du président Donald Trump. Avec cette décision, la ville de Jérusalem sort du statu quo qui a été observé depuis de 1967. Donald Trump a davantage divisé les deux peuples car, désormais, pour les Palestiniens, Washington ne peut plus jouer son rôle de médiateur au Proche Orient, même si les Israéliens, par la voix de Netanyahu, ont salué ce discours sur Jérusalem comme étant une journée historique.

[1] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/jerusalem-capitale-d-israel-trois-questions-sur-la-decision-historique-de-trump_1966885.html

L’humiliation publique des Africains noirs en Libye

7 Déc

L’humiliation publique des Africains noirs en Libye

Pour lutter contre le régime du colonel Kadhafi, la France et l’OTAN ont recruté, par l’intermédiaire des opposants libyens au régime de Kadhafi, des mercenaires arabes dans différents pays musulmans. Ce sont ces soldats qui ont mené la guerre en Libye pour le compte des Occidentaux. Après l’assassinat de Kadhafi et la chute de son régime, la plupart des mercenaires sont restés en Libye pour assurer la sécurité. Ces soldats, recrutés par l’intermédiaire des opposants libyens, qualifiés de « tueurs sans pitié » ont été formés par l’Union européenne comme des « gardes-côtes libyens » pour empêcher les migrants venus d’Afrique subsaharienne de traverser de la mer Méditerranée pour gagner l’Europe via l’Italie. Les crimes commis par les « soldats libyens » sur les migrants d’Afrique noire et les violences sexuelles sur les négresses, filmés et diffusés à profusion, sont une stratégie bien réfléchie des pays européens pour décourager définitivement les Africains noirs à « envahir » l’Europe, selon une expression utilisée par les Européens racistes. C’est dans ce but que les vidéos de ces crimes odieux circulent dans les réseaux sociaux. Les soldats qui commettent ces actes horribles sans aucun état d’âme sont au service de l’Union européenne qui les ont formés et qui leur paie un salaire mensuelle pour surveiller les côtes libyennes.

Auparavant, au cours d’une émission télévisée, un Français a eu l’audace de prononcer ouvertement ces paroles malheureuses et choquantes pour s’opposer à l’arrivée des Noirs africains dans l’Hexagone. Il a publiquement dit : « Nous (pays européens) n’irons pas jusqu’à bombarder les pays africains pour mettre fin à l’immigration des Noirs en Europe, mais presque, car leur arrivée met en danger la civilisation européenne qui risque de disparaître si nous ne faisons rien »[1]. La réponse à cette inquiétude, l’Europe l’a trouvée en formant des gardes-côtes libyens qui « bombardent » sans pitié les jeunes Africains noirs pour les empêcher de traverser de mer Méditerranée et surtout pour décourager à distance d’autres jeunes qui ont l’intention de se rendre en Libye pour tenter leur aventure d’atteindre l’Europe.

Le racisme contre les Noirs dans le Maghreb est une très vieille tradition qui a été longuement étouffée pendant le régime de Kadhafi car ce dernier se faisait passer pour un panafricaniste. Sa mort et le refus de l’Union européenne de voir les Africains noirs utiliser les côtes libyennes pour arriver en Europe ont été l’occasion d’étaler ouvertement ce racisme anti noir qui existe depuis l’occupation de l’Afrique du Nord par les Arabes venus d’Asie qui avaient jadis chassé les Noirs de cette partie du continent (de l’Égypte au Maroc) qui leur appartenait.

Lorsqu’on prend en considération la répartition entre nations du monde des ressources naturelles faite par le Créateur, on conclut que les Africains n’ont pas besoin d’Europe pour exister (là où l’Europe a grandement besoin d’Afrique pour son existence, là où sans l’Afrique, l’Europe n’est presque rien). Les Africains possèdent tout chez eux. L’histoire montre que depuis les guerres puniques passant par la traite négrière et la colonisation, ce sont les Européens qui ont toujours ressenti le besoin d’Afrique. C’est pourquoi ils avaient mené des guerres de conquête en Afrique et avaient envahi l’Afrique où ils avaient pratiqué la traite négrière pour leur enrichissement rapide et illicite, avant de coloniser l’Afrique tout entière[2]. Si les Africains au sud du Sahara s’organisent et s’ils se dotent d’une armée, semblable à celle de l’OTAN, pour se protéger du pillage de leurs ressources naturelles et halieutiques, s’ils créent une banque unique et un marché commun, s’ils pacifient et modernisent leurs pays, ils n’auront aucunement besoin d’aller risquer leur vie dans le Maghreb pour gagner l’Europe qui ne leur réserve aucune considération. C’est une question de prise de conscience et de manque d’organisation. Ce sont ces deux facteurs qui retardent le développement de l’Afrique subsaharienne. Si les Africains gagnent en confiance, en dignité et en richesse, les jeunes africains noirs comprendront qu’ils n’ont rien à gagner à se rendre en Europe sinon à se faire régulièrement humilier.

L’Europe qui n’est pas plus riche que l’Afrique n’a jamais été tendre dans ses relations avec l’Afrique. Dans leur volonté atavique de domination, les Européens n’ont jamais épargné les Africains. Si l’Afrique a tout, il lui manque les armes sophistiquées et la détention du savoir diffusé en Occident dans les grandes universités. En vérité, à armes égales, les Africains l’emporteront sur les Occidentaux mais ils ne sont pas encore capables de réunir ce qui leur manque. La nature a doté l’Afrique des ressources naturelles et humaines incommensurables qui ne servent pas au développement de l’Afrique.

Fweley Diangituikwa, le 1 décembre 2017.

[1] Le fait même de le penser et de l’exprimer publiquement montre clairement jusqu’où pourront aller les Occidentaux s’ils entrent en conflit majeur avec les pays d’Afrique subsaharienne. S’ils avaient bombardé les villes de Nagasaki et d’Hiroshima au Japon, on ne voit pas pour quelle raison ils hésiteraient à agir de la même façon contre l’Afrique noire.

[2] À l’exception de l’Éthiopie.